Un manuscrit du milieu du XVIIIe siècle sur l'entretien et la manoeuvre des vaisseaux.

(dernière révision du texte: le 22 octobre 2004).

Pour visualiser un mini dictionnaire avec une définition très succincte des principaux termes de marine utilisés dans ce texte, il suffit de cliquer sur l'image ci-contre pour obtenir une fenêtre séparée ou de cliquer sur le lien présent dans la barre des menus ci-dessus. Dans le texte, les mots pouvant prêter à confusion font aussi directement renvoi à ce mini dictionnaire.

Ce manuscrit peut être daté du milieu du XVIIIe siècle. Dans l'article sur la préparation au combat, l'auteur donne en effet un exemple précis de rôle de l'équipage pour le quart et le combat, celui qui était en vigueur sur le vaisseau du roi le "Neptune" commandé par Henri François Desherbiers, marquis de Létanduère à Brest en 1734.

Certains articles sont argumentés par des événements vécus, décrits et datés (1689 sur le vaisseau "Vermandois" pour l'article "Racomoder une vergue rompue" ; 1673 sur le vaisseau le "Conquerrant" pour l'article "Remedier à une poupe ebranlée par la grosse mer"). Il est probable que l'auteur avait plusieurs sources d'informations à sa disposition et qu'il a aussi fait un travail de compilation.

Il est aussi amusant de constater que l'auteur de ce manuscrit avait très probablement eu à sa disposition un autre manuscrit de marine du milieu du XVIIe siècle, également transcrit sur ce site sous le titre: "Instructions pour la marine". On retrouve en effet parfois dans ce manuscrit des paragraphes entiers, repris mot à mot, ou presque, des "Instructions pour la marine". Souvent, les deux articles sont complémentaires et la comparaison des deux textes permet une meilleure compréhension. Les articles identiques que l'on retrouve dans les deux manuscrits sont indiqués juste après le titre avec un lien qui renvoie vers l'article de l'autre manuscrit.

Une partie importante, moins technique mais très vivante et poignante, est consacrée à l'organisation du travail à bord des vaisseaux; à la préparation, au déroulement du combat et à la prise à l'abordage de l'ennemi, comprenant en outre une liste de 129 recommandations que l'on sent bien issues de l'expérience, touchant aussi bien le passage des gargousses aux canons depuis la soute aux poudres que l'usage de l'eau de vie pendant le combat pour soulager et encourager l'équipage.

Le manuscrit est de format in-4°, relié d'époque en vélin, dos lisse, sans titre. Il comporte 1 f.n.ch. (Titre) et 258 pp.ch.

Sont joints au manuscrit: 1 préface manuscrite, sans doute de l'auteur. 2 pp n.ch. in-8° sur une feuille in-4° repliée et 1 note de la même écriture, 5 pp.n.ch. in-4° repliées qui constitue l'article sur l'abattage d'un vaisseau en carène qui se trouve ici à la fin.

Ce manuscrit a appartenu à l'époque à Auguste Denis Fougeroux de Bondaroy. Il est à présumer qu'une partie du texte est de lui, mais copié au propre par un secrétaire. La préface et la note mobiles ajoutées sont de sa main, ainsi qu'il a été comparé avec un autre recueil manuscrit de lui: « Voyage à Lyon, Le Forez, Marseille, Florence et Pise », 2 vol. in-.

Afin d'améliorer la lisibilité du texte, je me suis permis d'ajouter, là où cela me semblait être le plus approprié, des points de ponctuation que j’ai insérés dans le texte entre crochets comme ceci : [.]. Je me suis permis aussi de suggérer parfois un mot ou une idée quand cela me semblait utile pour la compréhension et sans risquer de déformer l’idée de l’auteur. J’ai alors placé entre crochets [ .....] le mot ou l’expression que je pense être le plus approprié. Les mots pas très lisibles mais que je pense être les bons sont suivis de l’indication [ ?] et enfin, certains mots sont encore pour moi mystérieux. J'espère bien pouvoir les déchiffrer rapidement, mais pour l’instant, ils sont remplacés par l’indication ...[ ?]. Voir au début de cette page la date de la dernière mise à jour de ce texte.

 

Voici le détail des titres des articles tel qu’ils sont indexés à la fin du manuscrit :

 

 

Manière de mater les vaisseaux dans le port

On hale le vaisseau à la mature ayant soin d’avoir deux aussières de l’arrière, amarrées stribord et babord, aux taquets de la sainte barbe, que l’on file en garand pour qu’on hale sur d’autres, sur le gaillard d’avant, ou sur deux greslins qui sont amarrés, stribord et babord du vaisseau, sur quelques corps morts ou sur quelques vaisseaux du port.

Le vaisseau etant à la mâture sur quatre amares, et les mâts y etant aussy garnis de deux bagues et de leurs longes sur le grand mât, et sur celuy de mizaine, on place la première bague sur le milieu du mât, la deuxième 3 ou 4 pieds plus haut, et la 3e à 3 ou 4 pieds au dessus de la 2e pour les plus gros vaisseaux.

Pour les vaisseaux de 60 canons on ne met que deux bagues, la 1ere se place a 3 pieds au dessus du milieu, & la 2e 5 ou 6 pieds plus haut.

Pour les frégates il n’y a qu’une bague et elle est à 5 ou 6 pieds plus haut que le milieu.

Les bagues du mât de beaupré se placent la 1ere à un pied plus haut que le milieu et la 2e à une brasse plus vers le haut que la 1ere.

La bague ou herse d’artimon se porte à 5 ou 6 pieds plus haut que le milieu.

Toutes ces bagues sont saisies aux mâts par eguillette de 4 ou 5 pouces qui fait 10 à 12 tours, embrassant la bague et le mât, les tours les uns sur les autres,[.] Les bagues ont la même force que l’ammarage qui les saisi au mât[.] On met quelques taquets sur le mât pour empecher que les bagues ne ripent et ne glissent par le haut.

Cela etant bien observé on croche les deux crocqs de poulie de franc funin de la mature sur les deux bagues de beaupré pour l’incliner s’il est besoin.

Ensuite on fait virer sur les deux francs funins de la mâture qui sont garnis aux deux grands cabestans de la mâture et on abraque sur le vat et vient de la mature en même temps, et quand le pied du mât est à la hauteur de son etambray, on hale sur les amares du vaisseau autant qu’il faut pour pouvoir faire entrer le pied du mât dans l’etambray[.] Quand il y est, on frape un palan sur l’herse de la poulie de franc funin la plus basse et l’autre bout sur les bittes d’ecoute de hune d’avant pour haller le vaisseau en place et quand le mât est a un pied de sa carlingue on y fait entrer son pied avec des cricq[.] Ensuite on decroche les caliornes et on affale les garands pour mettre le mât de mizaine comme il suit.

Pour le mât de mizaine on fait ecarter le vaisseau de la mâture, et on hale le mât, entre le vaisseau & la mâture avec les chaloupes de façon que les bagues se trouvent au dessous des caillornes que l’on croche en même temps puis on capelle sur la tête du mât une poulie simple où est passé un cartahu. On vire ensuite aux cabestans de la mâture jusqu’à ce que le pied du mât soit assez haut pour passer le plat bord du vaisseau, ayant soin de haler de temps en temps sur le cordage qui est frapé sur la queuë ou sur la barre qui est frapé entre les poulies de franc funin, et leurs estropes au dessous des poulies, laquelle queuë sert par le moyen d’un bout de manœuvre qui y est frappé à empecher les tours de franc funin qui causeraient beaucoup de frottement.

Il y a aussy un bout de manœuvre frapé sur le crocq de ces poulies qui sert à les crocher et decrocher lorsque le mât est assez haut pour que le pied puisse parer le plat bord,[.] On fait virer au cabestan du milieu de la mature, et on garnit l’amare de sorte qui sert à faire accoler le vaisseau de sa mâture, en filant en même temps les amares opposées, jusqu’à ce que le pied du mât soit presenté au dessus de l’etambray,[.] On dévire ensuite en douceur ayant soin de fraper sur le pied du mât un bout de manœuvre pour le conduire dans son etambray,[.] Quand il y est on devire en douceur, n’oubliant pas de frapper deux trevires sur le pied du mât au dessus du pont, l’un au revers de l’autre, que l’on fait avec des bouts de manœuvre, et passant des barres de cabestan dans l’œillet des trevires, on fait demeurer le mât dans la situation qu’il faut et à mesure que l’on devire, on largue et on defait les trévires pour les riper plus haut.

Il faut aussy observer de mettre des languettes dans l’etambray pour faciliter sa descente,[.] Ce sont des petits coins de sap de 2 ou 3 pieds de long que l’on met entre le mât et l’etambray, quand les cercles de mât sont prêts d’y entrer, afin que l’épaisseur des cercles ne mordent point sur l’etambray, ce qui l’empecherait de bien descendre.

Quand le pied du mât est prêt d’entrer dans sa carlingue on a soin de goudronner le pied et la mortaise & par le moyen des cricqs on l’y fait entrer,[.] Quand il y est on met des coins en avant dans la carlingue et dans l’etambray du premier pont.

C’est la même chose pour le grand mât et le mât d’artimon.

 

Garnitures des mâts

Après que les mâts sont faits on a la précaution de prendre un cordage d’un pouce d’épaisseur environ, bien goudronné, avec lequel on fait deux ou trois rostures au grand mât et à celuy de mizaine dans la partie qui doit se trouver entre le pont, et la hune,[.] Chaque rosture fait 16 à 17 tours autour du mât, cloués avec des petits clous[.] On met sy l’on veut quelques cercles de fer, ce qui ne se fait que pour affermir et serrer d’avantage les mâts qui sont de plusieurs pièces rapportées.

Comme les mâts d’artimon sont ordinairement d’une seule pièce, on y fait point de rosture, d’autant plus que ne souffrant pas tant que les autres ils sont moins sujet à se rompre.

Après que les rostures sont faites, avant de les mater on frappe une poulie simple à la teste de chaque mât dans laquelle passe un cordage dont les deux bouts viennent sur le pont lorsque le mât est mâté[.] On apelle ce cordage un va et vient, il sert à hisser un matelot au bout du mât pour en capeller les manœuvres.

Cette préparation faitte, on mâte le vaisseau comme il dit cy dessus,[.] Les premières manœuvres que l’on met aux mâts sont les pendeurs,[.] On n’en met qu’un de chaque coté, scavoir un pendeur de caillorne et un de palan,[.] On en met autant pour le mât de mizaine.

Après on capelle les haubans que l’on met deux à deux,[.] Le premier couple passe à stribord, et le 2e à babord et ainsy de suite[.] Quand le nombre d’haubans se trouve impaire, on fait passer la moitié d’un couple d’un bord et l’autre de l’autre, en faisant un nœud à l’encapelure,[.] On capelle ensuite les etays et faux etays des mâts, d’artimon, de grand mât, et de mizaine &c.

 

Garniture des vaisseaux

Pour les grands haubans, on commence par garnir la pièce de hauban au cabestan, ensuite on fait un ou deux tours morts sur la tête du sep de drisse ou chomar avec le bout de la pièce que l’on saisit bien avec un amarage en croix avec un raban, après quoy on fait virer au cabestan autant qu’on peut sans la rompre afin de la bien allonger.

Ayant ensuite degarny la pièce d’hauban du cabestan, on plante un epissoir sur le pont et on mesure depuis cet epissoir sur le pont, en allant vers l’autre bout du pont la longueur des pendeurs des palans de caillornes et du premier hauban,[.] Cela fait on met le bout de la pièce d’hauban à la marque qui designe sur le pont la longueur des pendeurs de palans, et faisant faire le tour de l’epissoir à la pièce, on vient l’apporter jusqu’à l’endroit du pont où se trouve la marque qui designe la longueur du pendeur de caillorne, et là on coupe la piece, et par ce moyen là on a coupé les deux pendeurs d’un bord, c’est à dire celuy du palan et celuy de caillorne d’autant qu’ils doivent être de la même pièce.

Pour les pendeurs de l’autre bord, on a attention de laisser sur le pont, et autour de l’epissoir les premiers pendeurs coupés et on mesure avec la pièce d’hauban la distance, depuis la marque qui designe la longueur du pendeur de palan, et luy faisant faire le tour de l’epissoir en passant derrière le 1er pendeur coupé, on vient la couper à la marque qui designe la longueur du pendeur de caillorne, et par là on a le pendeur de palan et de caillorne de l’autre bord.

On voit que ces deux premiers pendeurs quoy que coupés aux mêmes marques les premiers sont cependant plus longs parce que quand on leur a fait faire le tour de l’epissoir, il y avait entre eux deux l’épaisseur de la pièce de cordage qui formait les premiers pendeurs, et on fait cela parce que comme on veut que les pendeurs des deux bords, soient egallement longs, il faut qu’on en coupe deux plus longs, que les deux autres[.] Il faut que ceux qui sont capellés les derniers soient coupés plus longs.

Les pendeurs etans coupés on continue de longer la pièce d’haubans autour des deux pendeurs qui restent toujours sur le pont autour de l’epissoir, et quand on l’a elongé de côté & d’autres de l’epissoir, de la longueur des premiers haubans, on a coupe ce qui donne les deux 1er haubans d’un bord,[.] On elonge encore la pièce autour de l’epissoir, et des pendeurs, et premier hauban que l’on laisse toujours sur le pont, et l’ayant elongé plus bas que la marque qui designe la longueur des 1er haubans de la grandeur du diamètre des haubans, on coupe la pièce d’hauban, et on a de cette manière les deux 1er haubans de l’autre bord plus long que les précédents par deux raisons, 1er. Ils sont plus longs comme on l’a déjà fait remarquer pour les pendeurs, parce qu’ils envelopent les 1er haubans. 2e. On les coupe encore à une distance plus éloignée de l’epissoir de la grandeur du diamètre des haubans, et cela pour deux raisons, car il faut faire attention que les haubans pour être d’une bonne longueur, doivent être plus longs les uns que les autres, 2e. parce qu’ils vont se rider aux caps de mouton des porte haubans qui vont en arrière en s’éloignant du 1er hauban, de manière qu’en prenant le 1er hauban pour rayon d’un cercle, les autres haubans sont pour ainsy dire les sécantes des angles qui se forment avec ce 1er hauban,[.] Ou encore on peut considérer que le 1er hauban etant comme une ligne perpendiculaire, ce sont la 1er raison qui obligent de couper les haubans plus longs les uns que les autres de trois pouces ou du diamètre des haubans, de façon qu’on continue ainsy d’elonger la pièce d’hauban autour des haubans qu’on a coupé, et qu’on laisse toujours sur le pont autour de l’epissoir, et de couper les haubans plus longs les uns que les autres du diamètre de leurs haubans.

Tous les haubans etants coupés comme on vient de le dire, on prend avec un fil de caret la mesure de l’encapelure des haubans, et pliant cette mesure par la moitié autour de l’epissoir, on en porte le bout sur tous les pendeurs et haubans et on marque avec de la craye, l’endroit où il finit et c’est là l’encapelure des haubans et pendeurs, et pour que cette marque ne vienne pas à s’effacer on y amare sur chacune un bout de fil de carret,[.] On met aussy du fil de carret au premier hauban de chaque côté, à l’endroit à peu prés où l’on doit frapper les caps de mouton, et ensuitte du fil de carret sur tous les autres, au tiers de leurs longueurs en commençant de l’encapelure, c’est à dire on prend avec du fil de carret pour mieux faire les 2/3 du premier hauban, et on porte cette longueur sur tous les haubans, excepté le premier de chaque bord, et à cette distance de leur bout d’en bas, on marque ou on amare sur l’hauban un bout de fil de carret.

On amare aussy sur les pendeurs et haubans, un bout de merlin sur le milieu de l’encapelure pour le distinguer l’un de l’autre par des nœuds que l’on fait sur le bout du merlin de chaque hauban,[.] Cela sert aussy à voir sy on les encapelle bien sur les côtés du ton du mât.

L’usage est que le nombre de pouces qu’a la pièce d’haubans de circonférence, détermine le nombre d’hauban de chaque côté, tant des haubans des bâts mâts, que des mâts d’hune, observant touttes fois de mettre un hauban de plus quand les pièces d’haubans ont un ½ pouce de plus.

Les grands haubans étant coupés on coupe de la même manière, ceux de mizaine, et ceux d’artimon, en faisant attention que pour ce dernier, on ne doit point couper de pendeurs pour calliorne n’y en ayant point, mais simplement un pendeur de palan pour chaque bord que l’on encapelle avec un demy nœud, quand les haubans sont pairs de chaque bord, mais quand ils sont impaires on ne fait point les deux pendeurs de la même pièce[.] Pour les encapeler avec un demy nœud, voicy comme on s’y prend.

On alonge la pièce d’hauban autour de l’epissoir de manière que le bout soit à une distance égale à la longueur du pendeur d’un bord, et on coupe la pièce d’hauban de manière qu’il reste de l’autre côté de l’epissoir de quoy faire le premier hauban d’artimon d’un bord,[.] Voilà de cette manière le premier hauban d’artimon d’un bord, et le pendeur d’un bord coupé à la fois. On fait la même chose de l’autre bord et on acheve de couper les autres haubans à l’ordinaire.

Il faut aussy faire attention que quand le nombre de haubans des grands mâts sont impairs, que les deux derniers haubans soient capelés avec un demy nœud, l’un à babord, l’autre à stribord, car les premiers haubans & les pendeurs ne se coupent pas comme au mât d’artimon.

Les haubans de hune se coupent comme ceux d’artimon, avec cette différence qu’il faut les tous couper de la même longueur, en les plaçant pourtant autour de l’epissoir, car comme il n’y a point de porte haubans pour lesquels on a fait remarquer qu’on faisait les haubans plus longs les uns que les autres, on se contente de les placer les uns autour des autres sur le pont pour les couper afin d’avoir seulement l’augmentation qu’il faut pour les encapeler les uns sur les autres,[.] Leur nombre est encore déterminé par leur circonférence comme on l’a fait remarquer plus haut.

Les galhaubans se coupent comme les haubans des grands mâts, c’est à dire qu’ils doivent augmenter les uns sur les autres du diamètre du galhauban parce qu’ils viennent se rider aux portes haubans comme les haubans de grands mâts.

 

Manière de garnir les manœuvres

Primo. Pour les grands haubans, et haubans de mizaine, on elonge chaque hauban en amarant l’un des bouts et frapant sur l’autre un palan à fouët[.] Pour soutenir la pièce, on frape des bouts de corde, de distance en distance, vers le milieu de la pièce pour empecher que son poids ne la courbe, ensuite on la goudronne et on la peigne avec des lignes d’amarage[.] On prend après cela des bandes de toile de voile que l’on goudronne, et que l’on roulle en forme de bandage, ensuite on les enveloppe autour de l’encapelure de chaque hauban pour fourer l’œillet puis avec du fil de carret on transfille la toile sur l’hauban,[.] L’on prend ensuitte des paquets de bitord neuf que l’on elonge dans le vaisseau pour le detourner et empecher qu’il ne fasse des coques,[.] On en forme des pelotons,[.] En ayant arreté le bout sur l’extrémité de l’encapelure, que l’on a marqué avec du fil de carret, on fait un tour de ce bitord autour de l’hauban, et d’une mailloche et faisant passer le bitord autour et au dessous du manche, l’on fait un tour autour de la mailloche, et de l’hauban, et on vient faire avec le bitord un ou deux tours autour du manche,[.] Un matelot a soin de faire tourner la mailloche autour de l’hauban pour le fourer, pendant qu’un second tourne en même temps autour de l’hauban, et on garni ainsy le premier hauban jusqu’au caps de mouton, mais les autres ne se fourent pas jusques au tiers de la distance de l’encapelure en venant vers le bas, de manière qu’on ne foure que le tiers de ces haubans, au lieu qu’ils sont tous peignés tout du long excepté la dernière brasse[.] Ensuite de brasse en brasse, on fait 7 à 8 tours de merlin autour de l’hauban comme une espèce de seurlieure ou de rosture, que l’on croise de haut en bas en faisant le tour de l’hauban,[.] Ces amarages se nomment guirlandes, ce que l’on fait ordinairement aux grands haubans et ceux de mizaine.

On plie ensuite les haubans en double et on fait un amarage sur le double de l’hauban, au dessus de l’encapelure, et on croise cet amarage,[.] Ensuite on les garnit de cuir au dessous de l’encapelure,[.] En cette sorte, on fait tremper du cuir que l’on coupe par bande de la longueur et de la largeur propre à envelopper les haubans et à porter sur les jottereaux ou fourrure de bois de sap que l’on met sur les barres du grand mât, et on laisse pour cela à chaque hauban entre le cuir et l’œillet la distance qu’il y a entre l’œillet de chaque hauban, et les fourrures des barres, lequel va ou doit aller du premier au dernier hauban.

Ayant garny les haubans de cuir, on fait pour l’arrester une surlieure de merlin sur chaque bout de cuir de trois pouce de large et entre les deux sourlieures une espèce de transfilure pour coudre pour ainsy dire le cuir sur le hauban.

Les pendeurs se garnissent de la même manière que les pendeurs de caillorne excepté qu’il faut qu’ils soient tellement pliés que les dits pendeurs de caillorne soient plus longs que ceux de palan de 7, de la longueur du pendeur de caillorne,[.] On les peigne et on les foure excepté la dernière brasse.

C’est la même chose pour les haubans d’artimon avec cette difference que le dernier hauban de chaque bord, est fouré comme le 1er et que l’empeignure et la fourure se font de bitord[.] Il en est de même pour les haubans d’hune, les empeignant et les fourrants de bitord comme ceux d’artimon, les premiers jusqu’aux caps de mouton à l’ordinaire et les autres à la moitié.

Les galhaubans se fourent et s’empeignent de bitord, jusqu’aux 2/3 et se garnissent à l’ordinaire, comme les haubans,[.] C’est aussy la même chose pour le perroquet de fougue, et ses galhaubans, excepté qu’on ne les peigne point.

 

Pour les etays

Pour le grand etay on passe 1er un burin dans l’œillet pour l’agrandir sur lequel on frape deux pallans et l’autre bout s’amare à la tête du chomar pour l’elonger comme les haubans,[.] Ensuitte on le goudronne et on le peigne jusqu’aux deux tiers en venant vers le bout d’en bas, mais on ne le fourre de toille que jusqu’à la moitié, puis on fourre l’etay de quarent hunier jusqu’au 2/3[.] On fait ensuitte la noix et la fusée que l’on couvre de cuir,[.] On largue ensuite les palans, on ote le burin de l’œillet, on l’empeigne et on le fourre de toille de quarent hunier, et d’un cuir sur le tout et on y fait entrer le burin à coup de masse qui l’agrandit et qu’on y laisse jusqu’à ce l’on le capelle.

Le collier d’etay qui embrasse l’etrave se goudronne et s’empeigne et se fourre de toille de quarent hunier tout du long.

Le faux etay se goudronne, et s’empeigne de bitord jusqu’à la moitié puis on fait la noix et on la garnit de cuir que l’on coud dessus, et l’on garnit l’œillet comme celui du grand etay.

Le collier se fourre tout du long comme l’etay[.] C’est la même chose comme ceux de mizaine.

L’etay d’artimon se fourre et se garnit comme les faux etay precedents et son collier ne se fourre pas.

Les deux suspentes de palans d’etay se peignent et se fourrent de bitord jusqu’à la moitié.

Les etays des mâts d’hune se goudronnent, se peignent et de bitord, et se fourrent de toille par dessus des lignes d’amarage jusqu’au tiers.

Les faux etays se fourrent de la même longueur de toille et de bitord sans les peigner,[.] Ensuite on fait la noix des etays, et faux etays.

L’etay de perroquet de fougue se fourre seulement de bitord jusqu’à la moitié.

L’itague de la grande vergue et de la vergue de mizaine se peignent de quarant hunier, se fourrent de toille puis de bitord tout du long.

Les itagues et fausses itagues du grand hunier se goudronnent, se peignent, se fourent, de toille et de bitord tout du long et l’itague du perroquet de fougue ne se fourre point.

Les ecouttes de la grande voile et de mizaine se peignent avec du quarent hunier jusqu’au ¼ pour les grands ecouets et jusqu’au tiers pour ceux de mizaine.

Les ecouets du grand et du petit hunier se peignent de bitord puis on les fourre de toile et ensuite de bitord jusqu’à la moitié.

Les ecoutes du perroquet de fougue se goudronnent et se fourrent jusqu’au tiers egallement.

Les grandes ecoutes se peignent et se fourrent seullement de bitord jusqu’au tiers.

 

Des cables

Les cables etant dans des chalans ou pontons à costé du vaisseau, on commence par frapper un bout de cordage sur le bout du cable et hallant dessus, on le fait descendre dans la fosse aux cables, le faisant passer par un sabord de la 1ere batterie quand on en a[.] Après descendu pour pouvoir luy faire faire un tour mort au pied du mât de mizaine on fait deux ou trois tours d’amarrage pour bien saisir le bout au pied du mât, ensuitte on rouë à babord la touée, c’est à dire les cables de babord epissés ensemble qui doivent se talinguer sur la grand ancre,[.] On les rouë de cette manière.

On conduit le cable depuis le pied du mât de mizaine jusqu’à la cloison de la fosse aux cables sur le bord du plancher à babord, et on l’arrange en forme de circonférence de babord à stribord le long de laditte cloison en passant par le milieu de la fosse aux cables et venant ensuitte à babord en dedans du 1er tour puis on forme à la vue un cercle avec ce premier tour de manière qu’il n’occupe ou n’ait de diamètre que la moitié de la largeur du vaisseau au dessus du plancher de la fosse aux cables, et on continue ainsy de rouër le cable en spirale en dedans jusqu’à ce que les circonférences intérieures de la spirale soient assés petites, ce qui va à quatre tours de cable ordinairement et pour lors ou n’en fait plus dans l’intérieur des 1ers tours, car outre qu’on aurait de la peine à rouer le cable dans un sy petit espace cela serait cause qu’il se formerait des coques ou que le cable se plierait en circonférences très petites en le filant ce qui pourait le faire rompre en de certaines rencontres, ou du moins l’empecherait de filer.

On fait donc pour eviter ces inconveniens sortir le cable de l’interieur des premiers tours et on l’aplique au dessus du 1er ou de l’extérieur pour recommencer à former un 2e rang de plis de cable, encore en spirale et semblable au 1er et mis par dessus le 1er[.] On continue ainsy de rouër le cable jusqu’à ce qu’il ne reste qu’assés de bout pour le fraper sur l’organeau de l’ancre, et qui s’apelle l’etalinguer.

On observe de metre des bosses sur les cables à mesure qu’on le rouë dans la fosse aux cables, ces bosses sont à fouët, et retenues par des organaux qui sont contre le bord dans la fosse aux cables,[.] On frape sur la moitié du premier cable une de ces bosses, une seconde sur l’epissure du premier et du 2e cable, et ainsy de suite suivant la longueur de la touée.

Quand on embarque six cables, il y en a trois epissés de cette maniere à babord, et deux que l’on rouë de la même manière à stribord et un cable d’affourche,[.] Il faut observer que les cables de stribord ont aussy leur bout frapé sur le pied du mât de mizaine, mais que cette touée se rouë à droite et non pas à gauche comme la précédente.

On frape de même des bosses dans la fosse aux cables, sur la moitié des cables, et sur les epissures, comme à la première touée.

Le cable d’affourche se frape d’abord sur une bague qui embrasse le pied du mât de mizaine et qui vient en double jusqu’au bout de l’echaffaut ou plancher et qui est au dessus des faux baus en avant du pied du mât de mizaine,[.] On frape sur cette bague le bout du cable d’affourche et on le rouë comme la grande touée de babord mais au dessus de ce plancher.

Ce cable d’affourche est toujours seul,[.] Il sert ordinairement pour affourcher le navire, et quand le courant ou le vent luy fait faire un tour de la touée de stribord on n’a point de cable à filler pour défaire ce tour.

On faisait autrefois les cables et les ancres tous de differentes grosseurs, et grandeurs, mais l’usage est venu à Brest de prendre tous les cables de la même grosseur et les ancres aussy de même poids, ce qui ne parait pas d’un mauvais usage.

On episse les cables en les embarquant ou à la corderie avant de les transporter à bord.

Lorsqu’il y a neuf cables dans un vaisseau, comme on les donne aux généraux, pour les campagnes de l’océan, il faut un cable d’affourche qui doit être de la même grosseur que les autres,[.] Il en reste huit à partager en trois touées, scavoir trois pour chaqu’une des deux ancres,[.] Il en reste deux pour la grande ancre. Sy le même vaisseau ayant neuf cables passe de l’océan dans la mediterannée, il peut episser son cable d’affourche, n’en ayant pas besoin dans cette mer pour affourcher,[.] On l’epissera à une des touées de 3e pour en faire une 4e. On peut semblablement l’episser à la touée des deux cables, et en avoir 3 partout.

On doit toujours observer en epissant les cables s’ils ne sont pas d’égalle grosseur de mettre toujours le plus gros le plus eloigné de l’ancre et par consequent dessous dans la fosse aux cables.

S’il y a dans le vaisseau 3 cables qui exedent la grosseur proportionnée du vaisseau, il ne faut pas les episser ensemble, parce qu’ils maitriseraient l’ancre à laquelle on les fait servir, et les ayant mis comme il est dit cy devant, un à chaque touée il ne vous servent qu’aux grandes occasions, lorsqu’il faut filer trois cables donc le plus gros se trouve à l’ecubier qui est l’endroit où il travaille le plus.

Les vaisseaux qui n’ont que huit cables les mettent trois en trois, et un seul, et l’autre d’affourche dans l’océan, mais dans la Mediterannée 3 à 3 et deux mettant toujours les plus gros dessous la touée.

Les vaisseaux qui n’ont que 7 cables dans l’océan doivent les mettre 3 à 3 et 1 pour le long cours. Dans la Mediterannée où les mouillages sont près de terre il convient à un vaisseau d’avoir trois ancres etalinguées plutôt que deux[.] Il faut pour cela faire de 7 cables une touée de trois et deux autres chacune de deux.

Les frégates n’ayant que 5 cables qui est leur armement ordinaire, portant 3 grosses ancres sur le bord, l’etablissement des cables en deux touées chacune des deux cables et le 5e tout seul pendant qu’on sera dans l’océan où il faut que les frégates entrent souvent dans les ports dans lesquels on ne peut se dispenser d’affourcher avec deux grosses ancres à cause des marées.

 

Bosses des cables

On frape des bosses à bouton aux organaux frapés sur les hilloirs à côté et de l’arrière de l’ecoutille de la fosse aux cables, puis des bosses à fouet aux organaux qui sont sur l’avant près l’avant des ecoutilles sur les côtés, ensuitte des bosses à fouet aux organaux des jambes des courbes de bittes deux de chaque côté pour les cables entreposés dans les vaisseaux du roy.

 

Chauffer les souttes

Pour chauffer les souttes on prend des chaudières de fer que l’on remplit de lest neuf et sec ne laissant que la place qu’il faut pour y mettre une manée de charbons,[.] On prend deux chaudières pour chaque soute pour les vaisseaux, et une pour les frégates,[.] On les pose sur leur couverture dans le fond des soutes le plus ecarté des portes qu’il se peut, quoy qu’on les ferme quand le feu est allumé,[.] On l’allume avec un bout de chandelle autour de laquelle on met de petits charbons après avoir eu le soin de déposer des gardiens dans les soutes et avoir mis des bailles, ou seilleaux d’eau, à l’entrée des soutes,[.] On a aussy le soin de relever de temps en temps les gardiens car bien souvent ils deviennent ivres et étourdis par la vapeur du feu,[.] On laisse ainsy le feu environ huit jours plus ou moins jusqu’à ce que les souttes soient bien dessechées c’est à dire les souttes à pain.

Lorsque les souttes à pain sont bien seiches on les nates pour des petits voyages, mais pour les voyages de long cours on commence par les bien brayer et on aplique une toile claire sur cette braye que l’on braye encore par dessus. D’autres font calfaiter les souttes par dehors, tout autour et par dedans sur le fond, ou plancher et brayer les coutures puis y mettent cette toille qu’ils brayent ensuitte disant que de cette manière il n’entre point d’humidité dans les souttes.

 

Monter le gouvernail

On place sur son etambray une barre de cabestan puis on y place un cordage qu’on frape sur la teste du gouvernail,[.] On prend aussy le bout de la grande drisse que l’on passe par cet etambray, et ensuitte par le trou de la sauve garde du gouvernail qui est à 1/3 de sa longueur à compter depuis la teste,[.] Ensuite le bout de la drisse vient repasser par l’estambray et faire dormant à l’organeau d’un sabord puis on garnit le cordage au cabestan qui est frapé sur la teste du gouvernail,[.] En virant dessus, on le mate et on le place dans une situation perpendiculaire,[.] Ayant bien bossé ce cordage, on le dégarnit du cabestan pour y garnir la grande drisse et faisant virer dessus, on fait monter le gouvernail assés haut pour pouvoir le monter en place,[.] Pour lors, le Me charpentier et celuy qui a fait le gouvernail vont dans une chaloupe pour l’accoster à bord et le mieux presenter,[.] Quand ils voyent qu’il est au dessus de ses gonds [ ?], ils font amener le gouvernail en place et l’on met une barre dans la mortaise de la tête pour voir sy le gouvernail est bien placé et se tourne bien,[.] Il y a des maistres qui frapent deux palans à fouet sur le montant des fenêtres d’à costé de l’estambray du gouvernail et les autres bouts se frapent sur la teste du gouvernail et le reste à l’ordinaire.

Lors qu’il est bien placé, qu’il est jugé en etat d’estre bien manié on passe l’un des bouts de la sauve garde du gouvernail par un trou de l’arcasse de la Ste barbe, et l’autre bout va passer par le trou du gouvernail où était passée la drisse pour le mettre en place puis on fait un cul de porcq sur le bout, et après avoir fouré au dessus de ce cul de porcq à peu près l’epaisseur du gouvernail avec de la toille du bitord et du cuir, on hale sur la sauve garde pour faire toucher le cul de porcq au gouvernail et faire entrer la fourure dans le trou[.] Ensuitte on fait dormant avec l’autre bout sur un organeau des sabords de la Ste barbe de manière que la sauve garde ait assés de mol pour qu’elle n’empeche pas le mouvement du gouvernail.

On met de plus deux estropes ou especes de bosses qui sont passées dans des organaux du gouvernail et de l’etambot l’un à babord, l’autre à stribord que l’on amare de manière qu’ils n’empechent pas le jeu du gouvernail.

 

Demonter et remonter le gouvernail

On frappe dessus un bout d’aussière qui vienne par dessous le vent par le travers du grand lof, autour du petit cabestan,[.] On frapera les manœuvres dont on a parlé cy devant pour le demonter[.] On coupera les bosses et on defrapera la sauve garde[.] On le halera le long du bord par le moyen de l’aussière dont on vient de parler pour le hisser sur le pont pour le racommoder,[.] Ensuitte on fera deux trous, l’un à deux pieds du talon et l’autre à 4 ou 5 pieds plus haut et on frapera sur le gouvernail des aussières par ces trous et les bouts viendront sur le gaillard d’avant babord et stribord, en dehors du vaisseau[.] On remetra ensuite le gouvernail à la mer et on le remetra en place, comme on l’a dit cy dessus, observant de haler sur les aussières, babord et stribord pour le présenter au dessus des gonds[ ?].

 

Mater un vaisseau dans un port, ou il n’y a ny ponton ny machine à mater

(Cliquez ici pour voir l'article correspondant du manuscrit "Instructions pour la marine")

On choisit deux mathereaux de grosseur et de longueur convenable pour en faire une cabre assés forte pour embarquer deux bigues qui puissent mater un grand mât.

Pour embarquer ces mathereaux on frape deux palans sur le membre, joignant à la rabature de l’echelle,[.] Un des deux palans est frappé au 1/3 de la longueur du mathereau du coste du gros bout et on le hisse jusqu’à ce que les poulies de palan se joignent,[.] On frappe ensuite l’autre palan sur le même mathereau plus bas que la moitié de sa longueur, et halant dessus, on fait monter le mathereau et on l’embarque en le metant entre les deux gaillards.

On fait la même chose pour embarquer le deuxième mathereau,[.] On fait une petite cabre avec ces deux mathereaux que l’on établit en avant du grand mât, par le travers de l’echelle, par le moyen de laquelle on doit embarquer deux grosses et longues bigues proportionnées au mât que l’on veut mâter.

On frappe deux bonnes caillornes à la croisée de la cabre, et les bigues etant rendues le long du bord de chaque costé, le petit bout en avant, on frapera une des caillornes à 3 ou 4 brasses du petit bout d’une des deux bigues, et la seconde caillorne à 2 ou 3 pieds plus bas, et lorsque le petit bout est par dessus le plat bord, on saisit au membre le mât par une retenue, et on raporte les caliornes plus bas de distance en distance,[.] L’on embarque ainsy par plusieurs reprises une bigue de chaque bord,[.] On met les deux petits bouts de ces bigues en croix sur le pont en avant du vau, et les pieds de chaque costé par le travers de l’estambray du grand mât,[.] L’on met sous leurs pieds un bordage pour fortifier le pont[.] On met aussy des espontilles sur le pont comme on pratique pour soutenir les éguilles de carène, excepté qu’il n’en faut pas la même quantité 2 ou 3 suffisent etant mises près à près.

Ayant ainsy disposé touttes choses, on amare le pied des bigues des deux côtés aux organaux et aux crocqs des sabords qui se trouvent les plus proche,[.] On mesure la hauteur de la moitié du mât afin de donner à la cabre le guindage convenable, observant de faire la croisé assés haute pour qu’il soit suspendu par la moitié au dessous de la plus basse poulie à pouvoir mettre facillement le pied dans l’estambray sans que les poulies se joignent observant aussy de faire les rostures de la croisée assés haute, comme le mât doit estre, etant maté sur la carlingue, et plus haut sy l’on juge que le petit bout des bigues soit assés fort.

Les rostures etant faittes on frape par dessus la croisée une bonne caliorne qui vient du couronnement, et une de chaque costé frappée sur ledit couronnement qui vont aussy se rendre au dessus de la croisée,[.] On met le long des bigues plusieurs faux haubans, frappés par deux demy clefs en dehors, bien serrées et arrêtées par des taquets[.] On les met de distance en distance d’environ 12 pieds l’un de l’autre à commencer depuis la croisée, jusqu’à 15 ou 16 pieds du pont, en sorte qu’on peut en mettre 4 sur chaque bigue de grand vaisseau,[.] Chaque faux hauban, suivant sa longueur et sa grosseur, doit estre passé et amaré dans les sabords de la 2e batterie, les plus eloignés du mât tant de l’avant que de l’arrière,[.] Cependant on transporte la petite cabre en avant du vaisseau le plus près de la croisée des bigues que l’on peut et on se sert des deux caliornes qui sont sur ladite cabre[.] On en frape une sur chaque bigue par dessus la croisée qui est aplomb, sur la petite cabre, autant qu’il se peut,[.] On garnit ensuite les deux garands de caliorne aux deux cabestans que l’on vire, jusqu’à faire joindre les poulies des caliorne qui matent ainsy jusqu’à demy les deux bigues qui forment une grande cabre,[.] Il faut de plus fraper sur la croisée tout au bas de la grande cabre une bonne caliorne pour luy servire d’etay lorsqu’elle sera debout venant à l’etrave,[.] La grande cabre etant presqu’à demy matée, les poulies de caillorne se joignant aux bosses de garands, et on le degarnit du cabestan pour garnir le garand de la grande caillorne qui vient du couronnement à la croisée par une poulie de retour que l’on frape sur la courbe du baton d’enseigne et une autre semblable sur le pont croché à un organeau des hiloirs au travers des grandes amures, où l’on passe le garand dedans, que l’on roidit d’abord en virant pour soulager les deux caliornes qui sont chargées de tout le fais des bigues.

On a dit qu’on avait etably deux moyennes caliornes qui viennent des cotés du couronnement sur la croisé des bigues,[.] Il faut garnir le garand d’une de ces moyennes au petit cabestan et la virer egalement à la grosse qui est au grand cabestan et la 2e moyenne sera halée à bras.

Il faut aussy fraper de bons palans sur les deux faux haubans les plus hauts de derrière qui sont sur les bigues frapant les poulies d’en bas desdits palans deux de chaque costé du vaisseau à travers les membres du plat bord, joignant à la rabature de la dunette à travers le mât d’artimon,[.] Les ayant ainsy etably avec chacun la poulie de retour, l’on dispose sur tout egalement la quantité de monde necessaire[.] On fait travailler tous les palans egalement aux trois caillornes qui sont derrière, après quoy on defait la petite cabre, qui a soutenu la grande jusque là et on vire sur tous les cabestans,[.] On palanque sur la troisième caliorne à bras et sur tous les palans le plus également qu’il se peut[.] Par ce moyen on mate avec sureté les cabres de telle hauteur et grosseur quelles soient et à mesure qu’on vire derrière on fille la caliorne qui vient de l’avant jusqu’à ce que les cabres soient droites à plomb sur l’estambray du grand mât, après quoy on tient cette caliorne de l’avant roide comme celle de l’arrière.

On roidit ensuitte tous les faux haubans qu’on a desja etablis, et on les empatte sur le bout du vaisseau le plus loin qu’il se peut des cabres la moitié des bouts en avant et l’autre moitié en arrière,[.] On les roidit tous à coup de palans, les faisant travailler le plus egallement qu’il se peut.

Des que la croisée est faitte on doit avoir etably au haut des cabres deux vats et vient dont on a point parlé auparavant que de mater la cabre,[.] Les deux vat et vient doivent porter en haut tout ce qui est necessaire,[.] On commence par y envoyer trois ou quatre bons matelots et les poulies de franc funin à mater que l’on amare sur la croisée par le moyen de bonnes eguillettes d’un cordage de 5 à 6 pouces, bien souple,[.] La quantité de tours doit estre reglée par la grandeur du mât.

On amare la 1re poulie le plus haut qu’il se peut, joignant la croisée, et la 2e plus basse de la moitié de la longueur des estropes des poulies,[.] sy l’estrope n’est pas plus loin que la 1er on la coud par des eguilettes qui doivent estres plus longues selon qu’on en a besoin de sorte que les poulies en virant ne se puissent toucher,[.] Sy le mât etait sy haut et gros qu’il en falut 3 on amarre la 3e plus haut sur une des bigues par dessus la croisée, et elle acroche la partie du mât la plus hautte, et les ayant amarées on peut passer les garands de franc funin dans les poulies de retour qui sont sur le pont.

Il faut mezurer le mât afin de fraper droit au milieu qui est le plus bas des francs funins et les deux autres à deux pieds et demy par dessus en distance l’un de l’autre, de sorte qu’ayant frapé les trois il se trouve environ 6 pieds de distance entre le plus bas et le plus haut,[.] Il faut garnir le plus haut au cabestan d’arrière et le plus bas au petit, celuy du milieu au sep de drisse ou à bord d’un autre batiment s’il y en a à portée[.] On suppose que les cabres ayant beaucoup de guindage, car n’y en ayant pas suffisament ou la cabre se trouvant courte il faudrait garnir le franc funin d’en bas au grand cabestan parce qu’il fait plus de force et le plus haut au cabestan d’avant.

On a cy devant remarqué de donner au cabre le plus de guindage qu’il se peut et lorsqu’il n’y aura pas tout à fait le guindage necessaire, il faudra toujours joindre le 1er franc funin au milieu du grand mât et les autres le plus près qu’il se poura au dessus du 1er.

Il faut aussy un bon palan sur le bout des bigues au dessus de la croisée frapé sur le mât au dessus de tous les francs funins avec une poulie de retour au pied d’une bigue pour passer le garand,[.] Ce palan fait un bon effet lors que les poulies de franc funin se joignent et que le mât reste en balance sur les deux franc funins, ayant cependant le pied du mât dans le vaisseau on hisse avec beaucoup de monde sur ce palan et on met par ce moyen le mât droit parce que le palan vient de beaucoup plus haut que les francs funins sans que les poulies se joignent.

On conduit le pied du mât dans son etambray, et on fait virer des garands des francs funins observant de les faire toujours travailler egallement tant en virant qu’en devirant afin que tous portent ensemble le fardeau et s’il arrivait après avoir déviré du pont d’en haut, au second, que le mât ne dessendit pas à plomb, etant ainsy saisy et en balance, il faudrait devirer le franc funin du bas un peu plus que celui d’en haut, et par ce moyen celuy d’en haut qui est au dessus du milieu du mât tient le mât droit qui dessend facilement dans l’estambray.

On le conduit avec ces mêmes precautions dans sa carlingue,[.] Il faut après l’avoir mis en place mettre les barres de long avant de bouger les cabres, parce qu’on travaille avec plus de facilité de dessus lesdites barres.

Voulant mater le mât de mizaine on se sert des mêmes cabres ou en faisant courir le pied par le moyen des palans qu’on frape en avant du vaisseau, et sur le pied des cabres,[.] On la fait avancer peu à peu jusqu’en avant à travers l’etambray du mât de mizaine molissant de la caliorne et des haubans d’arrière à mezure qu’on palanque sur le pied des bigues[.] On chasse les bordages qui sont dessous à coup de masse, en sorte qu’ils ne sortent pas de dessous les pieds des bigues.

Sy le vaisseau a un gaillard d’avant le pied de la cabre ne pouvant aller qu’à joindre le gaillard il faut luy donner de la pente par la teste jusqu’à ce que la croisée soit à plomb sur l’etambray,[.] Après l’on en amare bien les pieds et l’on roidit sur les caliornes de l’arrière, et celles de l’avant qui sert d’etay faisant travailler les faux haubans, comme il est dit dans l’article du grand mât.

La cabre etant solidement établie, on frappe le plus bas des francs funins sur le milieu du mât et l’autre à 2 ou 3 pieds plus haut les garnissant au cabestan et virant sur les deux et lorsque le tenon du mât sera à la hauteur du plat bord, il faut etablir deux vat et vient dessus et s’il falait mettre un palan, sur la teste de la cabre, parce que le guindage se serait trouvé juste à cause du penchant de la cabre, le mât etant cependant suspendu en balance dedans le bord il faudra etablir comme au grand mât.

La même cabre peut aussi mater le beaupré l’appareil etant tout fait après avoir mis le mât de mizaine en place[.] On le garnit de ses barres ce qu’étant fait, on amene bas les cabres, en mettant au tenon du mât de mizaine, et sur la croisée de ladite cabre la caliorne qui a servy d’etay à la cabre[.] On file doucement les caliornes qui viennent du derrière à la teste de la cabre, qui fait en avant, à mezure qu’on file de derrière,[.] Il faut mettre des palans sur les pieds de la cabre pour les mener en arrière, jusqu’à ce qu’elles portent à plat sur le pont après quoy on defait la croisée et on met les bigues à la mer par le moyen des mâts qui sont en place.

Les deux mathereaux qui ont servy à embarquer les bigues suffisent pour mater le mât d’artimon, les etablissant comme au grand mât.

 

Manœuvrer lorsqu’on est dematé de tous mats

Ordinairement dans les vaisseaux du roy on porte deux mâts d’hune de rechange, l’un du grand & l’autre du petit hunier[.] L’on se sert de ces deux mâts pour remater.

Comme on ne demâte que rarement du mât d’artimon, il est necessaire, quand tous les autres mâts sont bas, de le demâter pour le faire servir de mât de mizaine, et mettre en avant des voilles tant qu’on peut pour faire arriver le navire,[.] Pour la même raison il faut faire servir le grand mât d’hune de beaupré, et mettre le petit à la place du grand mât,[.] Il est aisé de faire venir le navire au vent, mais il est très difficile de le faire arriver[.] L’elevation de la poupe est une raison pourquoy on ne met pas de plus grand mât en arrière, car elle même elle fait rallier le vaisseau au vent.

Sy la quantité de voilles de l’avant le fait trop arriver, il faudra mettre une vergue de hune qui servira d’artimon avec quelques voilles d’etay[.] Il est certain que de cette manière un navire en gouverne mieux que sy l’on metait toute la force de voilles en arriere.

Observation,[.] Lorsqu’un mât tombe à la mer il faut couper promptement toutes les manœuvres qui pourraient le retenir de crainte que la mer ne le jettas contre le bord, et n’ouvrit le navire, et afin de ravoir quelques manœuvres on frappe une aussière sur le mât qu’on laisse filer derrière le bord jusqu’à ce que le temps permette de les reprendre.

 

Couper un mat

Quand on y est forçé par le mauvais temps il faut degarnir le mât de sa vergue et de touttes les manœuvres qui pouroient le retenir, ny laisser que les haubans et le grand etay,[.] Pour faire tomber le mât sous le vent, il faut couper les haubans au vent le premier, commençant par l’avant, venant en arrière de crainte que le mât ne tombe en avant,[.] Il faut couper le mât sous le vent[.] Lorsqu’il commence à venir bas, il faut qu’il y ait des matelots prets avec des haches, pour couper promptement le grand etay et les haubans sous le vent,[.] Et sy on coupait les haubans sous le vent les 1er le mât tomberaît facilement au vent, et pourait crever le navire.

Quand on est contraint de couper un mât etant mouillé il faut tacher de faire carguer le vaisseau du costé que l’on veut jetter le mât avec les même précautions que dessus.

 

Observation sur le gouvernail

La situation du gouvernail la plus avantageuse qu’on puisse luy donner, est lorsqu’il fait un angle de 54.44 avec la quille sy elle etait prolongée parce que sy on augmente ou diminue tant soit peu cette angle la force de la quille sera moindre.

Par cette raison on doit mettre des taquets sur le cercle qui soutient le bout de la barre du gouvernail afin que l’angle ne soit ny plus grand, ny plus petit.

Quand le gouvernail est sous le vent et que le vaisseau va de l’avant, il pousse l’arrière de la quille au vent, et fait venir la prouë sous le vent,[.] Au contraire quand le gouvernail est au vent il pousse l’arrière de la quille sous le vent, et fait venir la proue au vent.

Mais il faut observer que quand le vaisseau cule l’effet du gouvernail est different car sy le vaisseau cule et que le gouvernail soit sous le vent il fait venir le proue au vent et s’il est au vent il fait venir la prouë sous le vent, c’est à dire arriver.

Il faut avoir soin que le gouvernail soit proportionné au vaisseau et qu’il soit bien exposé à l’eau qui court le long du costé du vaisseau.

Quand le vaisseau gouverne sans peine il n’est pas aisé de le tenir constemment sur la même routte à cause de l’inconstance des vagues et du vent,[.] Pour cela, il faut prendre les precautions suivantes.

Il faut rompre les elans du vaisseau quand ils commencent, ce qui se peut faire par un leger mouvement du gouvernail[.] Quand un elan du vaisseau l’a beaucoup eloigné de sa routte, il ne faut pas le faire revenir tout à coup, de peur de le jetter dans un elan contraire.

Sy on y était obligé il faudrait changer la barre un peu avant qu’il fut revenu à sa routte afin de prevenir l’elan opposé ou l’air du vaisseau le jetterait.

 

Observation sur les voilles

Les voilles plattes c’est à dire celles qui sont bien tendues ont plus de force que les concaves par la raison quelles recoivent plus de vent et qu’il tombe plus à plomb sur elles et prennent autant de vent que les concaves qui sont plus grandes[.] Le vent communique tout son mouvement à la voille platte tombant perpendiculairement sur toutes ses parties et il n’en communique à la voille concave qu’à proportion des angles d’incidence sy le vent ne tombe pas perpendiculairement sur la voille et qu’il la frape de biais,[.] Le vent ne fera presque nul effet sur la partie de la voille concave qui est au vent, et l’impulsion qu’il donne à la partie qui est sous le vent sur quoy il est plus perpendiculairement ne sert presque qu’à faire deriver le vaisseau parce qu’il s’en faut peu qu’il soit en paralelle à la quille.

Il arrive même souvent que les parties de la voille qui sont près de l’ecoute qui est bordée sous le vent portent tout à fait en arrière, et contrarient celles qui portent de l’avant.

Ces considerations font voir combien se trompent ceux qui coupent les voilles de telle manière qu’il semble qu’il y ait un sac au milieu, s’imaginant que c’est uniquement ce sac qui donne prise au vent quand la voille est orientée au plus prés, et ne prennent pas garde que ce sac n’est point du tout frapé par le vent et qu’il vient enflé que par l’air qui rejaillit des parties voisines de la voille et n’a point de force.

C’est pour les mêmes raisons que les huniers font plus d’effet au plus près que les basses voilles qui n’étant pas bordées par le bas sur des vergues ne sont pas sy plattes.

Les huniers qui ont trop d’envergure ne vont pas bien au plus près parcequ’ils ne sont pas assés plats.

On ferait bien de couper la grande voille de telle manière que les parties les plus voisines de l’ecoute ne portassent pas quand elles sont orientées au plus près parce que leur direction tend vers l’arrière.

Dans les vaisseaux où il y a plusieurs voilles, le vent arrière n’est pas la situation la plus avantageuse pour aller de l’avant parce que les voilles de l’arrière otent le vent à celles de l’avant,[.] le vaisseau va beaucoup mieux quand le vent vient un peu de coté s’il n’y a point de mer,[.] Il n’en est pas de même quand il y a de la mer, parce que la houlle qui pousse le vaisseau de l’arrière, suplée à ce qui manque de vent aux voilles de l’avant et ferait beaucoup deriver le vaisseau, s’il n’était pas tout à fait au lit du vent.

Les voilles de l’avant servent à soutenir le vaisseau, empêchant qu’il ne tangue et qu’il n’aille pas par des elans[.] Elles servent encore à faire arriver le vaisseau quant elles sont inclinées sur la quille et qu’elles sont poussées de l’arrière par le vent,[.] On leur donne plus de force pour faire arriver quant on les brasse plus sous le vent.

La voille de beaupré sert beaucoup à faire arriver le vaisseau ou le faire venir au vent parce qu’elle est plus eloignée du centre de gravité du vaisseau, et parce qu’elles peuvent être plus brassées que celles qui sont genées par les haubans,[.] Son principal usage est d’empêcher que le vaisseau ne tangue parce que etant beaucoup incliné de l’avant elle contrarie le mouvement que la houlle imprime à l’avant du vaisseau pour l’elever.

La raison pour laquelle la mizaine et son hunier sont un peu plus inclinés de l’avant c’est pour empecher que le vaisseau ne tangue.

La mizaine doit estre plus etroite par le bas afin qu’on puisse l’amurer plus facilement et quelle soit plus platte.

La mizaine et son hunier etant orientés au plus près ont plus de force pour faire arriver, parce que l’angle qu’ils font avec le vent est fort petit,[.] C’est pour cela que quand on veut arriver promptement, on brasse la mizaine et son hunier au vent le plus qu’on peut et alors le vaisseau s’abat sous le vent,[.] On apelle cette manœuvre arriver en mettant les voilles de l’avant sur le mât.

Les bonnettes et les voilles d’etay n’ont rien de particulier[.] Il faut seulement remarquer que souvent les voilles d’etay ne servent qu’à faire deriver le vaisseau parcequ’elles sont paralelles à la quille, comme quand on va au plus prés.

La grande voille et la mizaine des vaisseaux doivent être de toille royalle à trois fils et pour les fregattes de toille royalle à 2 fils.

Le grand, le petit hunier, la civadiere et l’artimon doivent estre de toille royalle à 2 fils[.] Pour les petites fregattes de toille apelée vitrée renforcée.

Les perroquets, voilles d’etay, bonnettes, coutelas et focs doivent estre de toille à un fil appelé vitré commun.

Il est aisé de savoir combien chaque voille contient d’aulnes[.] Pour cela on a qu’à ajouter les pieds de l’envergure et de la bordure ensemble, et en prendre la moitié,[.] Cette moitié sera la largeur moyenne qu’il faut multiplier par les pieds de la chutte[.] Le produit sera le nombre de pieds quarré de la voille,[.] Ensuitte multiplier la longueur de l’aulne qui est 3 p. 2/3 pour la largeur de la toille moins un pouce à cause de la couture,[.] Le produit sera le nombre de pieds quarrés que l’aulne contient par lesquels il faut diviser les pieds quarrés de la voille[.] Le quotient sera le nombre d’aulnes que la voille contient.

A l’egard de l’artimon et les voilles d’etay, il faut multiplier les pieds de la chutte par les pieds de la bordure et prendre la moitié du produit qui sera le nombre de pieds quarrés que contient la voille et divisant cette moitié par le nombre de pieds quarrés que contient l’aulne on aura au quotient la quantité d’aulnes de la voille.

 

Affourcher avec la chaloupe

On frappe une herse sur la verge auprès du jas d’une ancre à touée, et on y croche la caillorne d’avant[.] On saisit ensuite l’herse au jas avec un raban, on frape une autre herse entre les aisselles et on y croche le palan d’etay,[.] Ensuitte on fait larguer l’orin et la serre bosse et on amene en douceur l’ancre sur l’arrière de la chaloupe dont on a demonté le gouvernail,[.] On place l’ancre dans la chaloupe de façon que le jas soit perpendiculairement sur l’arrière en dehors, le long de l’etambot que la verge porte sur un roulot [le rouet de chaloupe] qui est sur le haut de l’arrière de la chaloupe, et que les pattes soient placées horizontalement dans la chaloupe portant sur les caissons.

On etalingue ensuite un greslin sur l’organau et on frappe l’orin sur la croisée,[.] On cueille ensuitte le greslin dans le fond de la chaloupe, on lui ajuste un autre à celuy là en faisant 2 ou 3 amarages sur les  bouts[.] On fait ensuite un peu nager de la chaloupe au vent de l’endroit où on doit mouiller l’ancre d’affourche comme par exemple, sy des courants sont est et ouest, que les vents soient au sud et que les vents d’O.S.O. soient à craindre on fait nager la chaloupe, ensuitte on luy fait mouiller l’ancre à touée quant on a tout filé[.] Ensuitte la chaloupe revient à bord prendre la grosse ancre d’affourche.

On fait larguer la serre bosse pour laisser tomber la patte de l’ancre, ensuitte on file en douceur de la bosse de bout pour faire monter le poids de l’ancre sur le capon, et on l’emmene ainsy contre l’arrière de la chaloupe,[.] On la saisit contre le grand banc de la chaloupe, le jas rangé contre son arrière[.] On cueille l’orin autour de l’etrave de la chaloupe et on amare la bouée avec son eguillette contre l’estrave.

On file du cable et on le cueille dans le fond de la chaloupe à mesure,[.] Ensuitte la chaloupe se halle le long du greslin, vers l’ancre à touée et on file du cable à mezure,[.] Sy le poids du cable qu’on file à la mer empeche la chaloupe de se haler, on fait placer le canot sous le cable que l’on file et après l’avoir saisi au canot,[.] Le canot se hale le long du greslin vers la chaloupe a mezure que l’on file,[.] Quand il n’y a plus à filer dans le bord on file de la chaloupe,[.] Tout etant filé et le cable bien elongé, on laisse tomber l’ancre de la chaloupe, le canot ayant soin auparavant de larguer le cable,[.] Ensuitte on passe le bout du tournevire en avant des petits rouleaux, ou des espontilles roulantes, que l’on met du haut en bas contre les guirlandes près de l’etrave à côté des ecubiers et de là le bout du tournevire vient faire 3 tours au cabestan d’arrière entre pont, et on saisit bien les deux bouts ensemble avec l’eguilette que l’on passe dans les œillets des deux bouts que l’on bride ensuitte.

On garnit le cabestan de ses barres, et l’on passe dans les trous des bouts des dittes barres une manœuvre qui fait une demi clef sur chaque bout de barre, et vient faire dormant sur la 1er où on a commencé à la passer.

On prend ensuitte des garcettes de tournevire et on les saisit au cable, depuis l’ecubier jusqu’aux bittes sur l’arrière de chaque fusée de tournevire,[.] Pour que virant sur le tournevire le cable entre dans le vaisseau on observe de larguer les garcettes à mezure que le cable depasse le traversin des bittes sur lequel il est passé, et de le rouer à mesure sur l’echaffaut[.] Quand on a bien viré et roidy le cable, on fait mettre le linguet au cabestan et bosser le cable et le tournevire en avant des bittes,[.] On largue ensuitte les garcettes qu’on laisse courir un peu en arrière des ecoutilles, de peur qu’ils ne viennent à manquer, et on prend un tour de bittes[.] On frappe ensuitte les bosses en arrière des bittes et on largue touttes les garcettes pour fourer le cable[.] On file ensuitte du cable, soit hors du taille mer, et on bosse ensuitte à demeure,[.] Pendant ce tems là on doit avoir levé et aporté l’ancre à touée,[.] Pour la lever on s’y prend de la manière suivante.

On hale la bouée dans la chaloupe, et on cuëille a mezure l’orin sur l’etrave, dont on fait passer le bout par le davier, et on hale à bras dessus d’autant qu’on peut,[.] On croche ensuitte deux palans a fouët de la chaloupe aux deux estropes ou herses frappés sur l’avant de la chaloupe, sur le traversin, et les fouets de ces palans se frapent sur l’orin près du davier[.] Les deux poulies de retour se crochent aux deux autres petites estropes à côté des premières[.] En avant le halant et palanquant sur les palans, on leve l’ancre à touée que l’on hale tout à fait dans la chaloupe, comme il était quant on la porte pour la mouiller,[.] On defrape le greslin et l’orin et l’on hale à bras par le moyen du petit cabestan les greslins à bord du vaisseau que l’on cueille sur le pont pour les mettre ensuitte dans leur poste.

On doit faire attention qu’on doit mettre deux greslins et quelque fois 3 bout à bout pour affourcher comme il faut car bien souvent le poids du greslin, du cable, les courants et la force du vent font qu’on ne peut porter l’ancre d’affourche à l’air du vent qu’il convient, sy bien qu’on est obligé de prendre ces precautions, sans quoy l’ancre serait mouillée sous le vent.

On peut aussy sy l’on veut affourcher avec le vaisseau, c’est à dire après avoir moüillé l’ancre à touée comme on l’a dit[.] On garnit le greslin au cabestan et on vire dessus jusqu’à ce qu’on ait filé à peu près deux cables de la touée de l’ancre qui est mouillée[.] Alors on mouille l’ancre d’affourche et ayant garny le tournevire au cabestan, on rabraque sur la touée de la 1re ancre mouillée en filant à mezure du cable d’affourche et quand on a halé la fourure en place, on fait bien virer sur le cable d’affourche pour le roidir,[.] Ensuitte on fait sa fourure on on la file jusqu’au taille mer.

Quand le vent et la marée portent le vau dans l’endroit où on veut moüiller l’ancre d’affourche, on ne fait que filer du cable de l’ancre mouillée suffisemment, pour pouvoir moüiller l’ancre d’affourche de manière qu’il y ait à peu près un cable au vent et un sous le vent,[.] On laisse dans ce cas le perroquet de fougue dehors à moins qu’il ne vente bon frais, et on n’elonge point le cable d’affourche pour la mouiller[.] Au contraire on prend un tour de bittes de peur que l’ancre ne tombe avec trop de force au fond et ne casse ses pattes.

On affourche quelquefois à la voille,[.] Dans ce cas on elonge le cable de stribord jusqu’au grand mât, et on ne prend point de tour de bittes,[.] On laisse tomber l’ancre et on gouverne vers l’endroit où l’on veut mouiller l’ancre d’affourche en filant du cable à mezure[.] Quand on a filé suffisemment, on fait mouiller l’ancre d’affourche qui doit avoir un tour de bittes pour arrester le navire et que l’on bosse ensuitte pour virer sur le 1er cable en filant du second.

Mais outre qu’il faut bien menager la voilure pour n’aller point trop vite et ne point traverser le navire il est à craindre que l’epissure n’arreste le vaisseau, et de bons maistres disent que cela leur est presque toujours arrivé quand ils ont affourché à la voille.

 

Préparations pour appareiller

On suppose estre mouillé dans la rade au sortir du port où l’on a armé, et en consequence lorsqu’il est question de travailler à mettre à la voille pour partir on roidit s’yl est besoin les etays et les haubans, on passe et on ride le trelinguage des 2 passes,[.] Sy on juge qu’il en soit besoin, on passe celuy des haubans de hune,[.] Sy on ne les a pas passé, on passe d’un espace à l’autre, et comme il n’y a point d’espaces aux haubans d’hune, on frappe des poulies sur les haubans pour les passer.

On couvre les lieures sur le beaupré de deux paillets bien lardés, et le beaupré,[.] On couvre de même le coussin d’amure de mizaine de même que l’etay de mizaine,[.] Tous les sauves rabans des vergues se couvrent de paillets de même que les jambes de hune et les premiers haubans près des quenoüillettes, pour empecher la vergue et les haubans de se raguer[.] Touttes les rides des haubans se couvrent de sangles que l’on saisit et amare bien en dedans du cap de mouton.

On garnit aussy le plat bord d’un paillet ou coussin dans l’endroit où s’amure la grande voille et les cercles d’hune se garnissent aussy de paillets sur l’avant.

 

Pour appareiller

L’on embarque le davier et les palans dans la chaloupe qui va sur la bouée de l’ancre d’affourche,[.] Pour la lever on attrape l’eguillette de la bouée, on la hisse, on l’amare sur l’estrave,[.] Ensuitte on fait passer l’orin sur le davier, et on hale et hisse l’ancre jusqu’à l’arrière de la chaloupe.

Quand la croisée de l’ancre est au dessus de l’eau on frape les deux bosses du banc d’arrière sur l’orin et qui sont à fouet, et on prend un tour avec le double de l’orin sur le grand banc de la chaloupe, et on fait un amarage sur l’orin, et sur le double on a soin à mezure que les palans viennent à joindre des bosses pour le reprendre et les foueter de nouveau au près du davier,[.] On est obligé aussy quelquefois de faire passer tous les matelots sur l’avant de la chaloupe pour faire deplanter l’ancre.

Pendant ce temps on doit avoir garny le cabestan du tournevire et de ses barres, et d’abord que la chaloupe a deplanté l’ancre, on fait virer dessus le cable[.] Quand la chaloupe est près du bossoir on croche le crocq du capon dans l’organeau, et on fait caponner l’ancre et larguer à mezure l’orin de la chaloupe,[.] Pour laisser tomber les pattes on la caponne et on la traverse[.] Ensuitte on fait changer le tournevire et on vire l’ancre qui est encore mouillée.

Ayant bossé le cable et le tournevire en avant des bittes pour le debitter quand la fourure est dedans le bord on fait mettre le linguet au cabestan et on fait oster la fourrure du cable en arrière des bittes, et on largue la fourrure en avant des bittes.

On resaisit le tournevire et le cable avec des garcettes sur l’arrière de chaque fusée du tournevire, comme de coutume, et on vire au cabestan, observant de faire bosser pour choquer le tournevire et de choquer quand le tournevire est assés bas crainte qu’il ne s’envergue ou ne se ceuille par dessus le tour de dessus.

Quand le demy cable est dans le bord on a soin de fraper une bosse dessus, et sur chaque cable en embarquant[.] On gouverne sur le cable ou sur l’ancre,[.] Quand l’ancre est à picq on atrape la bouée et on la saisi avec son eguilette près du dogue d’amure de grande voille,[.] On defrêle [pour déferle] les huniers, et on les borde.

Quand le vaisseau chasse et que l’ancre a quitté, on fait d’abord brasser d’arrière la grande vergue et la vergue d’hune du côté que l’on veut abattre, qui est ordinairement celuy où on a point d’ancre à la mer car c’est l’usage de faire en sorte que le cable et l’ancre soient au vent, ce qui est d’autant plus necessaire que sy le vaisseau abatait du côté où est l’ancre, le cable se raguerait contre la quille.

Quand on a brassé les vergues d’arrière on brasse celles d’avant de l’autre costé et hissant un peu le petit hunier qui est sur le mât et faisant fasier le grand on abat ensuitte, et quand le vaisseau est bien abattu on met en panne,[.] Cependant on continue à virer sur le cable, et quand l’organeau de l’ancre paraît hors de l’eau on y croche le capon, et on fait mettre le linguet au cabestan,[.] On fait aussy fraper une bosse sur le cable dans la fosse aux cables,[.] On caponne l’ancre et on la traverse observant de faire larguer le tournevire et changer le tournevire quant on a soulagé l’ancre, et de faire larguer en même temps touttes les garcettes, et filer du cable à mezure qu’on hisse l’ancre contre le bossoir.

On ne fait point servir que l’ancre ne soit caponnée par la difficulté qu’il y aurait à virer l’ancre et le cable, et surtout sy on avait été obligé d’abattre du costé de l’ancre ou que le cable se trouvat sous le vent, ce qui ferait qu’il serait presque impossible de faire à l’ancre parer le taille mer sy le navire a de l’air et qu’il derive beaucoup.

On appareille quelque fois avec le petit hunier seul, et d’autre fois avec la mizaine seulle, ou avec les voilles de l’artimon,[.] Quelque fois on est obligé de prendre les ris avant d’apareiller, d’autres fois on est obligé de filer ou de couper le cable.

On file et on couppe le cable en vuë de l’ennemy, ou lorsque quelqu’autres raisons pressantes vous y obligent, comme d’estre forcé par un mauvais temps, d’entrer dans un port ou n’ayant point de monde pour lever l’ancre[.] On commence par amarer une aussière sur le cable, en dehors du vaisseau, pour qu’elle serve d’orin, et on met une bouée sur son autre bout[.] Ensuitte on coupe le cable sur le bout du traversin des bittes, car il serait dangereux de le couper de l’autre double du cable sur les bittes parce que le bout du cable en se deployant pourait estropier ceux qui le couperaient[.] On peut encore le couper près de la guirlande sur l’ecubier[.] La bouée que l’on met sert à relever l’ancre par la suitte.

 

Filer un cable

Il y a des cas où l’on file le cable,[.] On frappe de même un orin et une bouée sur le bout pour relever l’ancre et le cable, et on doit avoir apareillé les voilles avant de couper ou filer le cable.

Il peut se faire que l’on soit obligé de couper le cable par la force du vent et des courants et de faire abattre le navire tout, n’ayant pas de quoy faire ariver le navire à cause de quelques danger.

Dans ce cas on fait une embossure sur le cable avec du greslin et une aussière, en avant de l’ecubier, et l’on fait passer l’autre bout par le sabord le plus près de la Ste barbe, que l’on garnit au cabestan et que l’on roidit, et quand le vent peut donner à plain dans les voilles, on fait filer peu à peu du cable et haller sur l’embossure, et quand le vaisseau est arrivé on fait couper le cable et larguer l’embossure quand elle commence à faire force.

 

Filer un cable et tenir le plus prés.

Il peut encore se faire qu’etant proche de la côte on soit obligé d’appareiller pour se relever de la coste et tenir le vent[.] Dans ce 3e cas on fait une embossure avec un bon greslin sur le cable en dehors du vaisseau que l’on garnit aussy au cabestan pour le bien roidir, et on file à mezure du cable, et quand toutes les voilles portent ensemble et que le vaisseau a pris son air, on coupe le cable puis l’embossure observant de fraper en dehors du vaisseau une bouée sur le greslin sy l’on veut ravoir le cable et l’ancre.

Lorsque l’on vire sur un cable dans un beau tems il suffit de saisir le cable et le tournevire avec des garcettes à l’ordinaire mais lorsque le temps rafraichit, il faut croiser les garcettes ou faire un tour mort afin que le cable ne puisse glisser.

Il faut aussy avoir soin d’alleger le tournevire pendant que l’on vire, de haller bien dessous, et de faire bien bosser le cable quand on veut choquer parcequ’on est obligé de larguer les tours du tournevire au cabestan pour le lever plus haut autour de la cloche du cabestan.

Ordinairement on ne prend que trois tours de tournevire et peu d’hommes suffisent pour retenir le double qui est par dessous les autres tours sur le cabestan, mais quand il fait force par la difficulté de virer, on est obligé de mettre plus de monde à tenir dessus ou de faire avant de virer quatre ou cinq tours au cabestan,[.] Quelque fois la vaze fait glisser le tournevire[.] Dans ce cas on jette de la cendre dessus le tournevire et la cloche du cabestan.

On a soin aussy de faire jetter des seilleaux d’eau sur le cable à la poulaine, pour le netoyer et on le frotte au ras de l’eau avec un balet pour oster la vaze.

Lorsque dans un pays de marée l’ancre ne peut estre deplantée, on commence à virer de basse mer, et autant qu’on peut ensuitte on fait bien bitter le cable et amarre l’orin, et quand la mer monte il faut que l’ancre deplante, qu’elle rompe, ou bien le cable.

Dans ce cas, il est bon de laisser courir les garcettes jusques prés du grand mât, comme l’on fait quand elle est à picq et jusqu’à ce qu’elle soit à fleur d’eau on doit toujours presenter des bosses de dessus le cable dans la calle et sur le pont pour retenir le cable,[.] Sy en cas le tournevire venait à manquer, les bosses à fouët sont les meilleures parcequ’elles font une demy clef sur le cable, au lieu que les bosses à bouton demandent plusieurs tours d’eguillettes et sont sujettes à riper.

Les bosses de la calle sont encore plus sures parce que le frottement et les plis que fait le cable contre le susbord de l’ecoutille fait qu’il ne faut point tant de force en bas pour le retenir.

Quand on est appareillé et qu’on a hallé la bouée dans le bord, et l’orin, on hisse la bouée en frapant le petit palan de la bouline du grand hunier sur le dernier hauban de mizaine, et l’autre bout se croche à l’estrope de la bouée et l’orin se cueille dans le bord près du dernier hauban.

 

Mettre les ancres en place.

Etant sous voille et jugeant qu’on ne relachera pas on travaille à mettre les ancres en place,[.] Pour les ancres des bossoirs, on frappe des herses sur la verge prés des jas que l’on saisit au jas avec une garcette et on y croche la candelette[.] Ensuitte on croche la caillorne à une herse frapée sur la patte qui touche le bord en faisant hisser sur les deux garands,[.] On hisse la patte de l’ancre par dessus le plat bord sur l’avant du premier hauban de mizaine,[.] Ensuitte on place le jas à l’angle formé par le bossoir et le costé du vaisseau la verge à toucher audit bossoir,[.] Ensuitte on fait quatre tours de la bosse de bout qui embrasse le bossoir, le jas et l’ancre et du restant du tout on bride bien les tours,[.] On place auparavant un bout de planche, entre le bout d’en bas du jas et le bord en forme de savatte et une petite eponstille ou bout de bois près de la croisée entre le bord et la verge, pour empecher l’ancre de rentrer dans le bord et le costé d’en bas de la patte qui est dans le bord par dessus le plat bord empeche l’ancre de sortir.

On fait ensuitte 4 ou 5 tours de serre bosse qui embrassent les bouts d’allonge de revers, où est frapée la serre bosse et aussy la verge, et le bras qui est en dehors et au large du vaisseau et du restant de la serre bosse on fait une bridure sur les tours[.] On largue ensuitte la candelette et la calliorne, et l’on met la grande ancre en place.

Pour cet effet on frappe la caillorne d’avant prés du jas et la caillorne du grand mât sur la patte comme cy-devant, puis on frappe le palan de mizaine sur l’herse de la caillorne d’arrière et en hissant à propos sur le tout on eleve l’ancre de manière que la patte pare le plat bord sur l’arrière du dernier hauban de mizaine,[.] Ensuitte la patte etant engagée dans le bord et la verge bien située, on met des accores et des bouts d’epontilles entre le bord et la verge, et on saisit ensuitte la verge le jas et le membre où est frapée la bosse par 4 tours de la bosse que l’on bride avec tout,[.] On fait aussy 4 tours de serre bosse pour saisir la verge et les bras du large et l’allonge où est frappée la serre bosse, et sy l’on juge que cela ne suffit pas on fait encore trois tours d’une 3e bosse qui embrasse le milieu de la verge, et les bouts d’allonge qui sont vis à vis.

On est obligé souvent à cause des rides des haubans de passer les bosses et serrebosses en dedans des rides[.] Dans ce cas on a bien soin de garnir les rides de paillets et de sangles[.] On observe encore de bien garnir la patte et le jas de paillets à cause que l’ecoutte de mizaine et de civadiere portent dessus de même que l’ecouet de mizaine.

On met aussy un cabrion depuis le bec de la patte du large jusqu’au jas de la culasse ou de la verge joignant la culasse que l’on saisit au bas de l’ancre par des maillets de bitord ou de rabans, ce qui empeche que l’ecoutte, ny l’ecouet ne s’engagent à la patte en virant de bord et du bout du jas aux haubans de mizaine on met une garcette pour le même effet,[.] C’est la même chose pour les ancres à touér, car les ancres des bossoirs ont leur patte du large garnie seulement de paillets.

Sy la traversée doit estre longue, on detalingue les cables, on en hâle les bouts dans la fosse aux cables et on condamne les ecubiers,[.] Les greslins se rouent ou se cueillent ensuitte sur le cable et le tournevire pour debarasser l’entrepont.

 

Embarquer les ancres etant dans le port.

On laisse ordinairement le long du bord 4 ancres pour mouiller dans les rades, scavoir l’ancre d’affourche au bossoir de babord, la grande ancre sur l’arrière des portes haubans de babord, l’ancre de la 2e touée au bossoir de stribord, et on met à costé des derniers haubans de mizaine de stribord, une ou deux ancres à touer.

Les autres ancres s’il y en a comme dans les gros vaisseaux se mettent dans la calle sur le beau qui est en avant de l’archipompe ou bien les bras en bas contre la cloison de l’archipompe sur l’avant et l’organeau en haut, ou bien les placer sur le vaigrage avant d’embarquer le lest, à costé de la carlingue au dessous du grand panneau.

On va les prendre avec des pontons sur le quay, puis on les transporte le long du bord[.] On garnit les organeaux de toille goudronnée, ensuitte on fait par dessus deux ou trois fourures de fil de carret et on prend des bouts de quarante hunier ou autre cordage que l’on fait tourner en spiral autour de l’organeau et on arreste les bouts de tours à costé de la verge,[.] On fait avec un autre bout de cordage des tours à costé du 1er spiral autour de l’organeau qui est formé comme on l’a dit de toille et de fil de carret, de manière qu’on ne fait que couvrir les fourrures de bouts de cordage egaux qui se touchent en faisant des spirales autour de l’organeau, et quand on en a assés mis ou qu’on a couvert de ces bouts de cordage la fourrure, on fait sur le bout une surlieure pour les saisir tous à l’organeau, avec un quarant-hunier de moindre grosseur et tout cela s’appelle faire l’emboudinure de l’ancre, qui n’est comme l’on voit qu’une fourrure qui grossit l’organeau et l’empeche de marquer ny de couper le bout du cable qu’on y etalingue.

On suppose que touttes les ancres sont garnies de leur jas[.] On passe cependant les garands des capons par les rouets du bossoir, et le bout après avoir passé par le rouet du milieu de la poulie à crocq à l’ordinaire, comme les garands des caillornes vient faire dormant sur le bossoir par un tour mort[.] L’autre bout s’allonge sur le gaillard et sur le pont.

Les bosses de bout passent dans un trou fait dans le bossoir de leur grosseur et on fait pour les arrester sur le bossoir un double cul de porcq ou nœud[.] Les serres bosses des ancres qui sont au bossoir sont frappées ou font un tour mort sur les bouts d’allonges de revers qui sont sur l’avant du 1er hauban de mizaine à un pied ou deux.

Maintenant pour mettre les ancres en place on croche le crocq du capon à l’organeau de l’ancre, et le crocq de la caponniere [pour cantonnière], ou une herse qui a un grand crocq d’un bout et une cosse de l’autre, on croche dije cette herse à la patte de l’ancre qui doit estre en haut ou plutot contre le bord lequel crocq s’arreste à l’angle fourré par le bout d’en bas de la patte et le bras de l’ancre.

On croche ensuitte la candelette à la cosse de cette herse à crocq qu’on apelle, caponnière, puis on fait haller sur les garands de capon et sur ceux de candelette, jusqu’à ce que l’organeau de l’ancre ne soit au bossoir, ou plutôt jusqu’à ce que la poulie de capon ne soit à joindre presque au bossoir et pezant sur la candelette à mezure on fait lever la patte jusques au dessous du plat bord ou à peu prés des portes haubans de mizaine, de manière que le jas de l’ancre, a un de ses bouts en haut contre le bossoir et le bord, et la verge un peu panchée de l’avant du vaisseau à l’arrière.

Il faut observer qu’on passe la bosse de bout dans l’organeau avant de caponner, ou de hisser pour haller en même temps sur le bout de la bosse qui passe par dessus le bout du bossoir, dans une gougure qu’on y fait pour cela.

Quand la poulie de capon est presque à joindre ou quand l’ancre est caponnée, on fait fraper sur le garand du capon 2 bosses à bouton qui sont frapées à des organeaux sur la bosse qui est en dehors du bord, et l’autre entre le bout du bossoir qui est sur le gaillard, et la 1re bosse[.] Les bosses à bouton se saisissent sur le garand de capon, par des eguillettes frapées au dessus des nœuds, cul de porcq des bosses.

On largue le garand du capon qui est sur le pont[.] On roidit bien la bosse qui fait un tour sur un taquet frappé ou chevillé au beau qui est sur l’arrière du mât de mizaine sur le gaillard et après avoir passé le bout de la bosse par dessous le bout d’avant du taquet sur l’arrière en passant sur le bout d’arrière du taquet, et ayant elongé le bout le long de la bosse, on fait avec du bitord deux ou trois amares pour arrester le bout[.] On largue ensuitte les bosses qui sont frappées sur le garand du capon et on decroche le capon de l’organeau.

On passe ensuite la serre bosse par dessous la verge entre le bord et l’ancre, dans l’angle formée par la verge et le bras qui ne touche point le bord, et le bout vient ensuite passer sur l’arrière de l’allonge où est frappée l’autre bout de la serre bosse, et après avoir fait le tour va passer par dessous la verge, et ainsy de suitte,[.] Ensuitte avec le restant du bout on croise sur ces tours pour les raprocher[.] On les bride et avec du bitord on fait un amarage sur le bout.

On decroche ensuitte le crocq de caponnière de même que la candelette, et l’ancre est en place contre le bord et preste à mouiller quand on y aura etalinguer le cable.

C’est la même chose pour l’ancre de l’autre bord,[.] Il faut observer de mettre entre le becq de l’ancre et le bord un morceau de bois que l’on nomme savatte pour empecher de larguer ny offenser le bordage.

La grande ancre et l’ancre à touer se mettent en place avec la caillorne du grand mât frappée avec une herse sur la patte de l’ancre et la caillorne d’avant frappée à l’organeau ou à une herse frappée sur la verge prés du jas.

Les enflechures de mizaine sont à bouton depuis l’espar [ ?] jusqu’au bas au 2e hauban, et à celuy du milieu pour pouvoir se servir des caillornes dans l’occasion.

La bosse de la grande ancre est frappée aux allonges qui sont aux deux tiers à peu prés du nombre des haubans en les comptant de l’avant à l’arrière, et la serre bosse est frappée un peu en avant du dernier hauban.

Aux allonges ont met aussy une savatte entre le bord et la patte de l’ancre[.] On hisse les ancres autant qu’on peut au dessous des porte haubans,[.] Elles sont placées de cette manière prestes à mouiller, car c’est la même chose de l’ancre à touer.

On passe ensuitte le bout de la touée de stribord par l’ecubier le plus prés de l’etrave en frapant un bout de manœuvre de dessus le bout qui passe de dessus le gaillard dans l’ecubier, et hallant dessus on halle autant de cable qu’il faut pour l’etalinguer sur l’organeau de l’ancre du bossoir de stribord.

C’est la même chose pour l’ancre d’affourche sinon que le cable passe par l’ecubier de basbord, le plus prés de l’etrave, et s’etalingue sur l’ancre du bossoir de basbord,[.] Le maistre cable passe par l’autre ecubier de basbord et s’etalingue sur l’organeau de la maitresse ancre qui est sous les porte haubans de mizaine de basbord.

On n’etalingue point de greslin sur les ancres à touer que quand on en a besoin, et ils passent ordinairement sur le gaillard ou par les portes du fronteau et non par les ecubiers.

 

Mettre les canons dans la calle.

Cette manœuvre est très delicatte, aussy ne se fait elle que lorsqu’un vaisseau a un extrême besoin d’estre soulagé, comme lorsqu’il largue ou fait beaucoup d’eau,[.] On commence par les pieces les plus voisines de l’ecoutille par laquelle on veut les faire passer,[.] On fait une coulisse depuis cette ecoutille jusqu’à l’arrière du canon qui ait pour largeur le diamètre du train d’arrière[.] Elle se fait de bonnes barres de cabestan clouées sur le pont et bien suiffées[.] On oste les plattes bandes des canons et on demonte les rouës de devant[.] On frappe des palans au vent et sous le vent pour les assujettir et contenir dans le gros roulis et les insinuer dans la coulisse et par le moyen des palans de retenue et des trapes on conduit les canons à l’ecoutille[.] On frappe une herse sur le canon au dessus des tourillons, et on y croche les caillornes pour l’enlever de l’affut,[.] On les amene dans la cale en frappant toujours des palans, stribord et babord et sur l’avant pour le contenir contre les roulis et tangages,[.] C’est la même chose pour tous les canons de la 1re batterie, car les canons de la seconde demeurent sur le pont et il ne faut point de coulisse pour les canons des gaillards, une caillorne suffit, avec des retenues.

Il faut mettre les gros canons sur le lest, ceux des gaillards peuvent se mettre sur des futailles du 1er plan en mettant des fagots et des bordages dessous.

 

Jetter du canon à la mer.

(Cliquez ici pour voir l'article correspondant du manuscrit "Instructions pour la marine")

On doit le faire que quand un vaisseau largue ou est en danger de perir et ce sont ordinairement les canons de la 2em batterie ou des gaillards.

Cette manœuvre se fait en appuyant un ou 2 pieds de bordage sur la 1re precinte et les autres bouts viennent repondre au seuillet du sabord par où on veut jetter le canon.

On leve la platte bande on laisse tomber la culasse pour pousser une pince entre le canon dessous la vollée et l’affut pour le demonter,[.] On demonte s’il est necessaire les rouës de devant,[.] On passe une bague au bouton de la culasse, et on y frappe un palan qui est croché à un organeau au dessus du sabord et on hisse la culasse par le moyen des palans sans larguer les palans de canon et au moment que le canon est assés haut pour estre degagé de son affut et que le roully luy a donné il va tout seul à la mer sans qu’il puisse endommager le costé du vaisseau[.] Les bordages servent de fourrures[.] On peut se servir aussy de crocqs.

 

Saisir les canons demarés.

Quand il arrive que les crocqs ou organaux manquent par le gros temps, il est difficille et dangereux d’arrester les canons, et surtout d’une grosse mer y ayant à craindre qu’ils ne crevent les sabords.

Dés qu’on s’en aperçoit on jette des matelats, cordages pour tacher d’arrester le canon demaré,[.] On tache de le demonter des ses roues à coups de hache ou de le renverser sy faire se peut ou bien on tache de l’arrester par quelques gros cordage contre le bord ou contre le mât, et dés qu’on l’a arreté on le saisit le long du bord.

 

Lier ou ceintrer un vaisseau

C’est pour empecher un vaisseau qui largue de s’ouvrir par ses hauts et empecher qu’il ne perisse.

Cette manœuvre doit se faire dans le principe du mouvement le mal allant toujours en augmentant deviendrait par là très dangereux et faisant perir plusieur vaisseaux quand on neglige de le faire.

Le vaisseau commence ordinairement à larguer par le haut et ensuitte par le bas,[.] Ainssy on doit commencer par soulager le haut, en jettant à la mer les canons des gaillards, les fours et les fournaux et en les mettant dans la calle aussy bien que les ancres sur le bord,[.] Sy le peril est evident, on jette les mâts et vergues de rechange.

Ayant soulagé le haut du vaisseau on doit le ceintrer dans l’endroit qui largue[.] Par exemple, sy c’est l’avant qui largue on prend un greslin qui aye servy, et on en fait plusieurs tours qui embrassent les deux sabords d’avant du vent, et les deux de dessous le vent et à chaque tour on garnit le bout au cabestan que l’on roidit autant que l’on peut sans le rompre puis on genope, et on continue ainssy jusqu’au bout du greslin,[.] Ensuitte on prend un ecouët qui aye servy et on le frappe sur le double greslin en dehors et on fait plusieurs tours qui embrassent les bossoirs, la porte du fronteau du même costé, et le double du greslin, en dehors roidit, et on genope à chaque tour jusqu’au bout,[.] Et de même de l’autre bord avec un second ecouët,[.] Ensuitte on bride bien ces ecouëts en dehors des portes, par une bonne aussière qui aye servy, observant de bien roidir et genoper à chaque tour, jusqu’au bout.

On en fait un autre de la même manière, mais en dedans des portes où sont le gaillard,[.] Ensuitte on fait mettre une bridure d’une 3e aussiere pour brider le double du greslin, et les rapprocher de l’avant à l’arrière et au milieu, et on bride de cette dernière bridure, et on saisit bien l’avant du vaisseau par le haut[.] On fait entrer à grand cous de masse des coins de sap entre le bord et les greslins et quand les bridures viennent à larguer ou a mollir on fait rebrider, ou bien d’autres bridures[.] On doit arrondir, ou fourrer du bois de sap, les angles des sabords pour que les greslins et aussieres ne se coupent pas.

Sy le vaisseau largue ailleurs on ferait à peu prés la même chose.

Lorsqu’on a lié le vaisseau par le haut on peut aussy lier en entrepont,[.] Supposé qu’on ait mis des canons dans la calle on clouë et amare des barres de cabestan aux crocqs et organaux des sabords des canons qui sont dans la calle[.] Avec une aussiere on embrasse la barre qui est clouée au sabord du vent et celle qui est à celuy de dessous le vent[.] On luy fait faire plusieurs tours[.] On fait la même chose à plusieurs sabords et ensuitte on bride les aussieres les unes avec les autres,[.] On peut encore frapper des trevires sur touttes les bridures pour les roidir avec toutte la force possible et quand elles viennent à molir les roidir de nouveau.

On ceint le vaisseau par dehors avec des greslins que l’on fait passer d’un bord à l’autre au bas du 2e pont et par dessous la quille, et on lie ensuitte le vaisseau en plusieurs endroits sy on le veut.

On devrait embarquer des courbes de fer pour lier les vaisseaux par le haut quand les autres courbes viennent à manquer, ou quand le vaisseau ouvre, et des bouts de bordage ou plaques de fer pour lier les vaisseaux qui se rompent au lieu de jas d’ancre qu’on est obligé d’y mettre.

 

Empecher l’etrave de larguer.

On fait 4 ou 5 tours de greslin qui embrassent l’etrave et qui passent par les 1er sabords de l’avant, basbord et stribord[.] On met sur l’etrave des taquets qui retiennent les tours de greslin,[.] Ensuitte on bridde ces tours de greslin avec une aussiere pour les raprocher et roidir d’avantage en se servant de trevires.

 

Empecher l’etambot de larguer.

Quoy qu’il soit difficille d’y remedier, la 1er chose qu’il faut faire c’est de demonter le gouvernail supposé qu’il ne soit point emporté, et le mettre sur le pont.

On suppose estre au large, ou eloigné de la coste, et on met à la cape pour attendre le beau temps,[.] On coure le vent-arrière sous la mizaine sy on ne peut pas tenir à la cape,[.] Ensuitte quand le temps le permet, on cheville deux courbes babord et stribord contre l’etambot le plus bas que l’on peut, c’est à dire la 1re et la 2e au dessus, vis à vis la barre d’arcasse,[.] Sy on n’a point de courbes de rechange on en detache de la dunette ou des gaillards et sy l’etambot ne largue plus on remonte le gouvernail.

 

Empecher une poulaine de larguer.

On prend deux arc boutants que l’on appuye par un bout sur l’avant du vaisseau, sous les bossoirs babord et stribord et l’autre bout allant joindre la fleche au taillemer le plus bas que l’on peut,[.] On fait ensuitte plusieurs tours de greslin qui embrasse le taillemer et le beaupré au bas de son etambray que l’on bride bien,[.] On clouë des taquets au dessus sur le taillemer pour empêcher que les tours de greslin ne montent et ne ripent.

 

Lier un beaupré.

Quand la poulaine est emportée, on pousse le gros bout d’un mât d’hune dehors par l’une des portes du fronteau et on frappe dessus ce bout les poulies d’amures de mizaine,[.] On pousse ensuitte ce mât, de manière que les amures soient à peu prés où elles etaient auparavant, aprés quoy on fait passer un bout de greslin qui embrasse le mât et les organaux du pont ou les bittes d’entrepont en passant par les ecoutilles ou les caillebotis du 2e pont.

On fait ensuitte 4 ou 5 tours de greslin qui embrasse le bout du mât en dehors, et passant par les deux ecubiers qui sont au dessus on les saisit bien et bride de manière que le mât soit incliné et situé comme il faut,[.] On fait des lieures qui embrassent le beaupré et le mât d’hune,[.] On frape des haubans babord et stribord sur le beaupré et qui passent par le sabord d’avant,[.] On frappe un taquet sur l’etrave et une herse sur le beaupré, et on passe une soubarbe par ce taquet et on la frappe dessus[.] On les saisit bien et on les bride et le bout après avoir passé par la cosse de herse vient s’amarer dans le bord,[.] On peut ajouter une autre sous barbe qui fait dormant sur le beaupré au dessus de l’etay de mizaine comme au bout d’ecouet et l’autre bout vient passer par le pied du mât d’hune et on frappe dessus un palan double pour le bien roidir.

L’on doit de plus frapper les caillornes sur les deux bossoirs et les saisir au mât par une lieure au dessus du racage[.] Elles soulagent beaucoup le beaupré et l’etay.

 

Se relever d’une côte.

Dans le cas ou on se trouve à la côte chargé d’un coup de vent sans la connoitre ou sans avoir de relache sous le vent il faut examiner quel est la bordée la plus avantageuse pour se relever de la côte ou doubler les caps et dangers qu’il peut y avoir,[.] Courir ensuitte cette bordée sous les basses voilles, mais quand on s’apperçoit qu’il est impossible de pouvoir doubler ny relever sans huniers et qu’il faut pourtant ou doubler ou donner à la coste, le party qu’il y a à prendre est de jetter les canons de dessous le vent de la 2e batterie à la mer et des gaillards et par ce moyen là les vaisseaux se redressent et sont plus en etat de porter la voille,[.] Pendant cette operation, on saisit les haubans et galhaubans des mâts d’hune à leur mât à la moitié de leur hauteur, on les roidit bien et on frappe des faux haubans et galhaubans volants sur les mâts[.] Enfin on prend touttes les precautions possibles,[.] Il est sensé que les ris sont pris dans les huniers et qu’on a des huniers neufs ou des meilleurs envergués et que les perroquets et vergue de civadiere sont bas[.] On borde ensuitte les huniers en cette sorte.

 

Border les huniers dans un coup de vent.

On commence par deferler et jetter le fond de l’hunier hors la hune et on tient les bras du vent de manière que la voille soit en ralingue,[.] On file ensuitte la cargue point du vent et on borde au vent à mezure[.] Dès que le point du vent est bordé on file avec la même precaution le cargue point de dessous le vent et touttes les cargues et egorgeoirs que l’on a soin d’affaler de dessus la vergue et on borde de dessous le vent, en fillant en garand des bras du vent, afin que la ralingue de dessous le vent n’empêche pas de border[.] On tient cependant toujours le hunier en ralingue,[.] Dés que le hunier est bordé on le hisse un peu sy l’on veut on hale la bouline et on brasse un peu sous le vent après avoir amaré la bouline,[.] On roidit bien les bras du vent que l’on amare en larguant celuy de dessous le vent.

Il y a des manœuvriers qui aiment mieux commencer à border sous le vent,[.] Ils font pousser la barre à venir au vent et quand ils voyent que le vent ne donne pas dans le hunier ils font filer en garand de la cargue sous le vent, et bordent à mezure,[.] Ils bordent ensuitte avec la même precaution au vent en prenant garde que le vent ne donne dans le hunier car il arrive qu’en voulant border un hunier de cette manière on a de la peine à le border quand le vent donne dedans, et on a beau voulloir le brasser au vent on ne le peut pas parce que les bras appellent de biais ou obliquement et il faut absolument attendre que le vaisseau vienne au vent pour faire ralinguer le hunier.

Ceux qui se servent de la même manière disent pour leur raison que sy on les bordoit en 1er lieu sous le vent il arriverait peut estre que le vent donnerait dans la voille et empecherait de border ensuitte au vent,[.] Ils aiment mieux de peur de cet accident commencer à border le point du vent.

Les autres au contraire disent qu’ayant bordé un hunier premierement au vent il est ensuitte presque impossible de le border sous le vent, quand le vent donne tant soit peu dans la voille et qu’en faisant bien venir au vent, et empechant que le vent ne donne dans le hunier, qu’on le borde tout à coup sous le vent et ensuitte aisement au vent sans craindre de dechirer l’hunier, ce qui arrive souvent en les bordant premierement au vent, car d’abord qu’on vient à filer des cargues de dessous le vent pour le border, la voille ne fait que battre et se dechire, quoy qu’on file la cargue en garand,[.] On ne largue jamais d’un mauvais temps les cargue points tout d’un coup,[.] On les file toujours en garand, et on retient les boulines à mezure qu’on les appareille pour les empecher de battre et les contenir outre que l’ecoutte d’hune pourait dechirer les basses voilles.

Après avoir apareillé les huniers avec touttes les precautions que l’on peut prendre pour ne dechirer ny rompre ny vergues ny mâts, le vaisseau fait juger à celuy qui le mène de la voilure s’il peut les porter[.] Et ensuitte ayant couru cette bordée autant que l’on peut et reconnaissant par la routte du vaisseau sa derive et l’aire de vent qu’il peut faire, qu’on ne peut pas doubler, il faut prendre son party pour virer de bord de bonne heure voyant qu’il n’y a pas d’autres moyens[.] Il faut faire atention alors, qu’on a du canon que d’un bord et qu’ainsy s’il faut virer il faut les faire passer de l’autre bord et on doit tout disposer pour que cela se fasse le plus promptement qu’il est possible,[.] Sy le temps est trop mauvais le plus sur est de mettre à la cape et pour lors il faut changer une partie des canons, et après avoir viré sous la cape, il faut passer les canons avant de courir sur l’autre bord, avec les 4 voilles majeures les deux ris dans les huniers et on tache de se relever de la côte en sondant de temps en temps pour virer quand il est temps de revirer,[.] Mais quand il arrive malheureusement qu’on est chargé de plus en plus d’un gros temps, et qu’ayant perdu les huniers et tenu autant qu’on a pu sous les basses voilles puis à la cape et qu’enfin on se voit obligé par la force du vent de demeurer à sec, les voilles etants touttes emportées, et qu’il est enfin impossible de se relever de la côte, dans ce cas facheux on se dispose à faire coste ou à donner à la côte,[.] Mais comme on veux toujours prolonger la vie et ne perir que le plus tard qu’on peut voicy à peu prés tout ce que les hommes se sont avisés de faire dans des perils sy evident pour eviter le naufrage.

Dans la dure necessité de ne pouvoir porter des voilles on peut pour prolonger la derive mouiller par le travers de la grande amure une ancre à touer avec un greslin laquelle suivant le navire à la touée prolonge la derive et luy fait mieux l’avant à la grosse mer, observant cependant que cette ancre à la traine n’asujetisse pas trop l’avant du vaisseau et ne luy fasse recevoir de gros coups de mer qui le mettrait en danger de perir,[.] En ce cas il faut estre prêt à couper le greslin.

Sy on ne peut conserver cette petite ancre, elle avertit quand il y a fond et on doit auparavant empenneler le bout du greslin sur une grosse ancre afin que dans le moment que la petite vient de trouver fond elle serve d’empennelure à la grosse que l’on moüille,[.] Et l’on doit avoir attention alors avant de faire tête de filer au moins deux cables.

Dans cet etat on peut attendre une eclaircy, le jour ou de la moderation dans le temps, pour pouvoir appareiller et relever de la coste,[.] Sy dans une eclaircy on se trouve entouré de dangers, et que la force du vent au lieu de diminuer augmente et fasse presumer qu’on ne poura pas se relever, il faut prendre le party de couper les mâts avec touttes les precautions possibles[.] Pour cet effet il faut faire pencher le vaisseau du costé où l’on veut que les mâts tombent mais avant de les couper, il faut suspendre la chaloupe le long du bord, de l’autre costé du Vau afin de pouvoir s’en servir pour sauver l’equipage en cas que le vaisseau aille à la coste[.] On tient aussy les mâts à la traine, pour en faire des ras en cas de besoin,[.] L’on ne doit couper les mâts que lorsque l’on craint qu’ils ne fassent chasser ou manquer le cable et que le peril est evident.

Sy on se voit dans la necessité absolue d’aller s’echouer à la côte, il faut couper le cable et faire abattre le vaisseau tout court et pour cet effet on fait une embossure avec un greslin et une aussiere sur le cable en avant des ecubiers et l’on fait passer l’autre bout par le sabord qui est prés de la cloison de la Ste barbe au vent[.] On l’abraque et on le roidit autant que l’on peut et l’ammare au cabestan,[.] Quand le vaisseau est un peu evité par le moyen de ce greslin qu’on a roidi, et que le vent peut donner dans quelques voilles de l’avant sy on a pas coupé les mâts et on couppe en même temps le cable sur le bout du traversin des bittes et moins de l’autre costé, sur le double qui va dans la calle, car le bout pourait en se deployant estropier ceux qui le coupent[.] Quand le vaisseau est abattu, et que le greslin fait force, on file et on couppe le bout, observant de fraper une bouée sy on veut relever l’ancre par la suitte,[.] Ensuitte pour echouer le vaisseau il faut faire en sorte que ce soit par son avant ce qui peut se faire par le gouvernail en defrelant s’il est possible la civadiere, pour faire arriver le vaisseau et le conduire à l’endroit que l’on aura remarqué le plus convenable,[.] Sy la civadiere n’etait pas suffisante pour faire arriver et qu’il y eut dans le navire une autre ancre à touer on y etalinguera un greslin, et l’autre bout s’amarera en arrière du vaisseau et on mouillera l’ancre[.] Le vaisseau derivant sera arresté de l’arrière par cette ancre et arrivera et pour lors on coupera le greslin et on continuera d’aller s’echouer.

Fautte de petittes ancres on se sert de canon et on tache d’aller s’echouer dans l’endroit où il y a moins de roches et où la mer brise le moins ou dans quelques ances de sables ou de vaze, et dans ce dernier cas, où on pourait avoir esperance de sauver le navire, on commencerait par jetter le canon à la mer et à le soulager autant que l’on pourait, et le culer de l’arriere et l’alleger de l’avant pour que toutte la quille porte en même temps sur terre,[.] Lorsque le vaisseau s’echoue et sy l’on voit que l’on puisse sauver le vaisseau, on etançonne et fortifie bien l’arcasse, et l’arrière pour que les coups de mer ne l’enfonce pas, ce qu’il doit estre fait avant de s’echouer, car pour lors tout le monde ne pense qu’à se sauver,[.] Touttes les precautions etant prises pour empecher le desordre et pour sauver le vaisseau s’il est possible et les hommes de l’equipage, on met la chaloupe à la mer à l’abry du vaisseau, et on fait en sorte de l’envoyer à terre pour y porter un vat et vient et des hommes qu’on y laisse sy la houlle ou les coups de mer ne l’empêche pas d’y aborder[.] Ils servent à haller le vat et vient quand il est necessaire observant que la chaloupe doit toujours aller à terre debout à la mer ou le cul à terre[.] De cette manière on met a differentes fois l’equipage à terre sy le temps le permet et sy on est assés prés de terre pour faire cette manœuvre, car sy on est eloigné elle ne sera pas pratiquable et dans ce cas on forme des ras avec les mâts et les vergues, que l’on a conservé à la traine.

On peut ajouter à tout cecy qu’il faut absollument se servire des armes dans un pareil cas pour empecher le desordre qui se met dans l’equipage, et qui fait quelquefois qu’en voulant se sauver tout à la fois on se fait noyer les uns les autres.

 

Relever un vaisseau echoué à la côte.

Quand le mauvais temps est passé et que le temps le permet on commence par degréer et decharger entierement le Vau. Ensuitte on met deux rangs de futaille le long du bord en dehors que l’on saisit à des crampes sur les costés du vaisseau lorsque la mer est basse de manière qu’il reste le tiers du 2e rang de futailles hors de l’eau quand la mer sera hautte pour qu’elles appuyent et accorent le vaisseau.

On met aussy aux deux bouts du vaisseau 4 futailles à chaque bout en dehors[.] Dans la calle, on met de chaque costé de la carlingue deux rangs de futaille qui soient bouchées et vuides comme celles de dehors et saisies à deux crampes tout le long de la carlingue, ou bien on fait le 1er plan du vaisseau dans la calle et les futailles etants vuides et bien bouchées on fait mettre des bordages et des fagots, c’est à dire les fagots sous les bordages par dessus les futailles,[.] On fait croiser ces bordages par d’autres bordages que l’on assujettit par des bouts de bois qui portent sur ledit bordage, et sous le faux beaux[.] On tache de boucher dans la mer basse les trous par où le vaisseau fait de l’eau, et quand la mer monte le vaisseau s’enleve tant par les futailles de dehors que par celles de dedans,[.] Sy par hazard le vaisseau fait de l’eau comme il est à presumer, on le conduit ensuitte dans une anse de sable ou dans un port de la manière la plus aisée.

 

Boucher une voye d’eau

On prend une bouette ou civadiere qu’on larde c’est à dire qu’on y coud partout des morceaux d’etoupe, avec du fil de voille dont on se sert pour boucher une voye d’eau,[.] Lorsqu’on ne peut decouvrir l’endroit où elle est, on amare un bout de manœuvre à chaque point de la voille, et on met un boulet à chaque pointe d’en bas,[.] On la plonge dans la mer, et on la conduit perpendiculairement dans le vaisseau tout le long de la quille de l’avant à l’arrière jusqu’à ce qu’elle aye rencontré la voye d’eau,[.] On tache d’insinuer beaucoup d’ordure entre la voille et le vaisseau, afin que s’il peut en entrer dans la voye d’eau elle soit bouchée en partie.

Mais sy on connaît la voye d’eau, voicy comment on la bouche en plongeant,[.] Le plongeur reconnaît au 1er lieu la voye d’eau après quoy il coupe une plaque de plomb proportionnée pour la couvrir[.] Il la perce tout autour, et dans le milieu il attache une petite estrope,[.] Ensuitte il prend une estrope, du suif, de la cendre, et de l’etoupe hachée bien menüe,[.] Il fait bien battre et bien paitrir tout cela ensemble et en ayant fait des boulles il emporte à la voye d’eau,[.] Il en fait entrer autant qu’il peut demeurant sous l’eau autant que son haleine le permet,[.] lors que la voye d’eau est bouchée de cette manière et qu’il est remonté sur l’eau il passe dans son bras l’estrope du manche d’un petit marteau et tient dans la main un cloud,[.] Il replonge et cogne un cloud au dessus du milieu de la voye d’eau[.] Ensuitte il remonte pour prendre une ficelle qu’il va amarer au cloud[.] Etant remonté il passe cette ficelle dans l’estrope de la plaque de plomb qu’il fait descendre, tout le long de la ficelle, et va tomber par ce moyen là sur la voye d’eau,[.] Ensuitte le plongeur, replongeant cloue un cloud à chaque coin de la plaque pour l’arrester sur la voye d’eau, l’ayant auparavant bien placée, puis etant remonté pour reprendre haleine il continue de replonger jusqu’à ce qu’il l’ait entierement clouée,[.] Il faut un bon plongeur et estre en rade,[.] A la mer cette manœuvre serait très dificille.

Lors qu’on a essayé de boucher par dehors une voye d’eau, sans y reussir à cause du mauvais temps ou par d’autres raisons, on doit travailler à la boucher par dedans,[.] On tache de decouvrir l’endroit où elle est, et on coupe une partie de la vaigre,[.] Sy besoin et s’il arrive que ce soit une couture on y fait entrer le plus d’estoupe que l’on peut sans faire cependant grande force en la faisant entrer de crainte d’ebranler les clouds qui tiennent le bordage,[.] Sy c’est par dessous au membre, on force l’estoupe entre le membre et le bordage et on coupe même un peu du membre pour tacher de decouvrir la voye d’eau observant de n’en guère couper de peur d’ebranler les clouds et les chevilles.

Sy on soupçonne que ce soit un ecart qui ait largué, ce qui est très dangereux, on se sert d’un tirrebord que l’on fait entrer peu à peu dans le bordage par le moyen d’une vrille et lorsque le tirrebord a bonne prise on tire en dedans le bordage par son moyeu, que l’on choisit bien après quoy on foure bien de l’estoupe dans les coutures de l’ecart, comme pour boucher la voye d’eau[.] En radde, on ne fait tout cecy, que dans la dernière extremité, etant très dangereux d’ebranler le bordage.

 

Preparation pour le combat.

On fait faire branlebas, c’est à dire deprendre tous les branles, hamacs, cadres[.] Ce sont dans lesquels ils tiennent leurs hardes,[.] On les porte dans les filets qui sont attachés le long des lisses du vaisseau, des deux costés, et ils forment une espece de parapet, pour couvrir ceux qui sont sur les gaillards & dunette auparavant à la mousqueterie.

On fait mettre tous les coffres dans la calle aux vivres et dans la calle à l’eau dans des endroits où ils n’empêchent pas le passage des poudres des calfats et l’echaffaut des blessés.

On fait un plancher ou echaffaut pour les blessés sur les futailles dans la calle à l’eau et on y place plusieurs cadres,[.] Les chirurgiens sont dans cette calle et on y descend le coffre de medecine,[.] Le coffre d’armes se met dans la chambre de conseil[.] On dessaisit tous les canons, et sy l’on peut ouvrir la batterie d’en bas, on largue tous les rabans des sabords et on les tiens prets à les ouvrir, on en ouvre seullement quelques uns du vent.

On ote les faux sabords des canons d’en haut et on arme les canons de leurs ecouvillons, boutefeux, pinces, anspects, garde feu, vallets, bailles, et faux bouts [fauberts],[.] On fait mettre tous les gens destinés au canon à leur poste et ordinairement on met une pièce de parchemin au dessus de chaque sabord,[.] Sur ce parchemin on met le nom de tous ceux qui doivent servir le canon de ce sabord.

On met ordinairement sur un canon de 36, 14 hommes dont l’un est canonier, et chef de la pièce et quand il vient à manquer, le plus capable le remplace.

Pour les canons de 24, ou 18 on met 11 hommes dont 1 est canonnier[.] Sur les pièces de 12, 7 hommes et 5 sur celles de 6, et ainssy du reste observant qu’il doit y avoir un canonier sur chaque pièce,[.] On n’arme qu’un bord.

 

Manœuvre pour le combat.

On frappe deux palans sur le gouvernail en cas que la barre soit coupée et voicy comme on les etablit.

On frappe deux palans sur 2 organaux qui sont frappés sur le gouvernail à la hauteur du seuillet de la Ste barbe, et les autres bouts de ces palans sont frappés sur le bout de la barre d’arcasse, ou lisse d’ourdy, et les garands viennent par les sabords de la Ste barbe sur lesquels on hale pour gouverner, quand la barre ou la teste du gouvernail est coupée.

On peut aussy pour le même effet frapper deux petits bouts de cordage de 5 à 6 pieds sur les mêmes organaux et qui viennent passer dans des taquets à gueule, mis sur le bout de la barre d’arcasse de la 1re batterie[.] On episse sur leur bout une cosse où s’accrochent les palans et les autres poulies de ces palans sont frappées à des organaux contre le bord par le travers du mât d’artimon pour que les garands viennent à la timonerie, ce qui fait que le capitaine voit comme on gouverne dans l’occasion ce qui est de la dernière consequence.

Ensuitte sy les suspentes des basses vergues ne sont pas en place on les passe ainssy que les faux bras, fausses ecouttes, fausses cargue points, que l’on ne roidit point pour que les manœuvres ne soient pas coupées du même coup de canon,[.] On saisit aussy les basses vergues autour des mâts avec des chaines en forme de suspente.

 

Fausses amures

On frape un cordage de 4 ou 5 pouces sur le point de la voille par le moyen de deux crocqs qui sont epissés sur les bouts que l’on croche l’un à la patte ou ancette de la ralingue du fond prés du point de la voille,[.] On frappe dije une fausse amure que l’on fait passer par le second dogue d’amure car pour bien faire il doit y en avoir deux d’avant et à la grande voille, ou bien l’on passe cette fausse amure par le sabord le plus prés,[.] On peut s’y l’on aime mieux frapper des palans, et quand l’amure est coupée, le point reste tenu par les palans et on a le temps d’episser l’arrière ou de la frapper sur le point de la voille.

 

Fausses suspentes des basses vergues.

Outre la suspente ordinaire et les haubans ou moustaches on peut prendre un bout d’aussiere qui fait deux demy clefs sur le mât d’hune, au dessus du choquet, d’où les deux bouts viennent s’ammarer sur la vergue, un peu en dehors des poulies de cargue points,[.] On leur laisse un peu de mou pour pouvoir brasser et amurer les basses voilles,[.] Cela peut servir, pour soutenir la vergue, sy touttes les autres etaient coupées, car comme elles sont l’une auprés de l’autre il arrive que le même coup de canon les coupe tous les deux à la fois.

 

Bourlets des mâts.

A un pied au dessus du racage des basses vergues, on met un bourlet, et au dessus, une baderne en forme de bourlet et par dessous on fait avec un bout de vieux orin deux demy clefs sur le mât et les bouts viennent s’ammarer au ton du mât par dessus la garniture bien roidy, et cela sert pour soutenir une basse vergue lorsque les itagues sont coupées.

On met aussy à la moitié des mats d’hune une fourrure de toille de voille, et par dessus on fait une espece de bourlet avec une garcette.

 

Fausses drisses d’hune.

Pour les fausses drisses d’hune que l’on met dans le combat on frappe une poulie double sur les tours du mât d’hune et on passe une pièce de cordage dans cette poulie et dans la poulie simple qui est frapée entre les deux bouts de l’itague sur la vergue d’hune, pour former un palan qui sert de drisse, et dont le garand vient passer par un des sep de l’ecoute d’hune et se garnit au cabestan ou à bras pour hisser les huniers.

On met aussy des faux bras pour les basses vergues et pour les vergues d’hune.

On frappe les bosses d’ecoutte d’hune sur le coin des huniers.

On en frappe aussy sur le beaupré au dessus du colier d’etay de mizaine, et qui se frappent au dessus de la moque d’etay,[.] La même chose s’observe pour le grand etay,[.] On met l’etay de tangage en place,[.] On frappe aussy sur les haubans prés des espars des bosses qui ont deux culs de porcq et un fouet et quand on veut on estrope à cette bosse une poulie simple pour passer un bout de manœuvre, pour faire joindre les deux bouts des haubans qui sont coupés, et les bien bosser ensuitte[.] Le plus court serait d’avoir au moins 2 ou 3. 12em de palans à fouet pour fraper sur les haubans coupés.

On frappe deux bosses sur les itagues des basses vergues qui sont frappées par dessus la garniture sur l’avant du mât et deux autres en arrière pour empecher la poulie de drisse de tomber ou pour retenir l’itague sy elle est coupée dessous.

On frappe les bosses sur les drisses et guinderesses et on genope les palans de drisse ensemble.

Les etays et faux etays sont aussy bossés avant de partir par des bosses à bouton, qui se croisent aussy bien que les itagues au dessus de la poulie de drisse.

On frappe aussy une serre bosse sur le milieu des verges d’ancres qui doivent avoir leur patte dans le bord comme il a eté dit.

 

Manœuvres de rechange.

Il doit y avoir aussy sur le pont ou dans le canot et dans la chaloupe, les manœuvres de rechange dont on poura avoir besoin, des palans, des bosses, beaucoup de quarent hunier, lignes d’ammarage, merlin, bitord, epissoir, seilleaux, de cuir et de bois, faubert à main et à manche, et generallement les choses les plus pressantes qui pouraient estre utilles, comme encore des haches des cricqs des essieux, ecoutes d’hune, pied de mât d’hune, cap de mouton, à crocqs, à jambes d’hune, poulies de caillorne, et de palans, des pendeurs, des cargues point des cargue boulines et des balancines &c. Voir sy les mâts d’hune de rechange sont parés, les jumelles des bas mâts, et des basses vergues, les voilles &c. et tout ce qui pourait servir au desordre que peut causer l’ennemy.

Tout etant preparé etant à portée du canon on fait aller chacun à son poste, et on donne un coup de sifflet pour que chacun s’y rende comme il est destiné.

 

Manière facille pour poster l’equipage d’un vaisseau dans touttes les dispositions les plus avantageuses pour manœuvrer, se preparer promptement au combat, et pour se battre.

Quoy que les anciennes manières, dont on s’est servy jusqu’à present dans les Vaux. du roy ayent paru jusqu’à present suffisantes pour faire les dispositions des equipages on est toujours sujet à tomber dans une grande confusion lorsque touttes les fonctions de chaque homme ne sont pas marquées par touttes les differentes dispositions, et ce n’est qu’en employant beaucoup de temps que l’on vient à bout d’executer les principaux mouvements,[.] Sy chacun fait bien ce qu’il doit faire, il en faut très peu pour faire ce qu’il y a de plus essentiel, comme pour appareiller revirer de bord et se preparer au combat sans bruit et sans confusion[.] Avant de donner une methode qui conduit infailliblement à tous ces avantages, il est necessaire de faire voir en peu de mots ceux qu’on en peut tirer.

1er. Tout le monde etant bien disposé pour appareiller, l’on appareille, bien plus vite et sans bruit,[.] Il y a des gens de placés qu’autant qu’il en faut dans chaque lieu, les paresseux n’ont plus la liberté de se cacher sans estre decouvert, et quoy que tous les postes soient garnis on trouve assés de monde sur le pont même dans des equipages mediocres, pour border et establir les voilles sans en degarnir aucun.

2e. Lorsqu’on n’a qu’un des quarts sur le pont, on revire de bord avec autant de facilité, quand tout l’equipage est bien disposé qu’on pourait faire avec les deux,[.] Lorsqu’il ne l’est pas sy on juge à propos de faire monter les deux, la force se trouve double à proportion.

3e. S’il arrive la nuit qu’avec un des quarts sur le pont on se trouve prés d’un vaisseau ennemy, on est bientôt plutot paré à se battre la moitié de chaque poste pour le combat se trouve toujours d’un des quarts, et comme en pareil cas on commence d’abord à tirer des batteries hauttes, les gens de la 1re batterie qui se trouve toujours d’un desdits quarts, n’ont qu’à se joindre à ceux de la 2e batterie canon par canon[.] La 2e batterie se trouve armée dans l’instant et en etat de faire feu.

4e. On employe toujours beaucoup de temps à se préparer au combat, et on ne le fait qu’avec confusion qui souvent met hors d’etat de bien faire plusieurs manœuvres à la vue de l’ennemy, au lieu que sy tout ce qu’il y a à faire pour la preparation est bien partagé entre tous les gens de chaque poste, cela n’est presque rien pour chacun et tout se fait dans peu de temps avec un ordre qui n’empeche point de faire touttes les manœuvres dont est besoin.

5e.Les officiers les plus experimentés ont reconnus qu’il est très avantageux, dans les combats d’avoir un detachement pour sauter à l’abordage[.] Il est necessaire que chacun d’eux ay prés de luy les armes qui luy sont destinées prest à prendre, qu’il soit equipé de façon de pouvoir sauter à bord de l’ennemy sans perdre ses armes, qu’il soit prevenu de l’usage qu’il doit en faire, et qu’après que ledit detachement est sauté à bord de l’ennemy aucun des des postes du vaisseau ne se trouve degarny afin qu’il soit toujours en etat de soutenir son feu et soutenir l’abordage d’un autre vaisseau, qui viendrait pour secourir celuy qu’il aurait abordé,[.] On trouve tous ces avantages dans la methode cy après[.] Il y en a un nombre infiny d’autres dont ceux qui s’en sont servy connaissent le prix,[.] Les gens du metier le connaitront aussy tot qu’ils l’auront examiné, mais je dois avertir qu’il est absolument necessaire de bien suivre et de bien examiné tous les articles dans l’ordre, et dans le tems qu’ils sont ecrits sans quoy on se jetterait dans un travail excessif avec lequel on ne parviendrait jamais à touttes les fins avantageuses qu’on se propose[.] Les 1res operations ne tendent qu’à mettre l’equipage dans les dispositions que l’on a toujours pratiqué et les rolles à colonnes dont on se propose de se servir y sont egallement propres.

Ceux qui ne voudront pas pousser la perfection de ces etablissements jusqu’à tout ce qui est prescrit se contenteront de ceux qu’ils voudront pratiquer,[.] Ils n’auront qu’à se servir des colonnes qui leur conviennent et negliger de remplir ce qu’il ne jugeront pas necessaires.

Premierement. Ce qu’il faut faire avant la revüe si tot que l’on peut retirer, du bureau des armements l’extrait de l’equipage, qui doit estre embarqué sur le Vau il est d’usage que l’on fait deux projets de disposition, un pour les quarts et un pour les combats,[.] Voicy un exemple fait pour un equipage de 602 hommes comme est celuy du Veau du roy le Neptune commandé par Mr Deserbiers l’etenduere, capitaine du pavillon sous les ordres de Mr Dugué Troüin, lieutenant general des armées navalles du roy armé à Brest en 1734.

 

Projets de dispositions pour le quart.

Quart de basbord Quart de stribord Total

 

Officiers mariniers et matelots 

 

Sur la dunette 16 16 32
Gaillard d'arrière 64 64 128
Coursive 45 45 90
Gaillard d'avant 70 70 140
  195 195 390

 

Soldats

 

60 60 120
Total des gens employés aux quarts 510
Exemptés de quart pour employ per 92
  602

 

Projet de disposition pour le combat

A la 1re batterie 3 gardes de la marine 191
2 Mtre canoniers
4 pour passer les poudres en haut
182 à 13 canons. 14 par canons de 36.
A la 2e batterie 3 gardes de la marine 146
1 Mtre canonier
2 pour donner les poudres en haut
140 à 14 canons. 10 par canons de 18
A la 3e batterie 1 Mtre canonier 41
40 à 8 canons. 5 par canons de 8
A la mousqueterie 28 à la dunette 100
30 au gaillard d'arrière
12 à la coursive
30 au gaillard d'avant
A la manoeuvre 10 à la dunette 83
27 au gaillard d'arrière
21 à la coursive
25 au gaillard d'avant
Au fond de calle 7 dans la soutte à poudre 41
6 dans le couroir des souttes
9 à la calle à vin
9 à la calle à l'eau
5 à la fosse à lions
5 à la soutte à poudre d'avant
  602

Ces deux projets de disposition etants faits à proportion de l’equipage dans chaque vaisseau et selon la volonté des capitaines qui mettent plus ou moins de monde dans chaque quartier pour les quarts ou dans les postes pour le combat il faut agir comme cy après.

Premierement. Un rolle d’equipage sur du grand papier, où tous les noms des officiers mariniers soient ecrits au même ordre que celuy du bureau des armements de même que le nom des matelots et soldats sur lesquels on doit faire la revue à bord, et quoyque ce rolle ne doive servir que de brouillon il est cependant necessaire qu’il soit construit comme le modelle cy après observant d’y ecrire les noms à un pouce de distance les uns des autres.

 

Modele du 1er rolle pour servir de brouillon

Differentes apostilles Noms et quartiers Pays Employ particulier Poste pour le combat Poste pour le quart Plat Revue pour l'armement

2e. Ce rolle etant ainssy disposé il faut commencer par choisir le monde de gabiers necessaire pour chaque hune, marquer à la ligne, au bout de leurs noms dans les colonnes des emplois particuliers le 1er et le 2e gabier de chaque hune[.] On les partage ensuitte en deux pour les quarts, on les marque dans la colonne des quarts, ceux pour stribord, pour stribord, ceux de babord, pour b.a.b.[.] On distingue ensuitte les quartiers on les destine, scavoir ceux de la dunette par Du. Ceux du gaillard d’arrière Grd D’ar. Ceux de la coursive par Co et ceux du gaillard d’avant par G D’av. en sorte que le premier gabier de la grande hune qui doit toujours estre destiné pour le quart de stribord sur le gaillard d’arrière doit estre marqué dans la colonne des quarts par stribord. Gard. D’arrière,[.] Le 1er gabier de la hune de mizaine doit estre du quart de babord sur le gaillard d’avant est marqué par babord. Grd D’av. Ainssy de tous les autres employs particuliers des officiers mariniers matelots et soldats suivant le quart et le quartier où ils seront destinés par la suitte.

3e. Il faut faire choix du nombre d’officiers mariniers dont on a besoin pour les quarts et les separer en deux le plus egallement qu’il est possible pour chaque quart,[.] On partage ensuitte chaque moitié dans les quartiers du quart, dont ils sont à proportion de la force qu’ils doivent estre.

Il faut ensuitte choisir egallement dans chaque quart le nombre d’officiers mariniers dont on a besoin pour estre à la manœuvre pendant le combat, à chaque quartier, et comme on n’a pas besoin de tous, les autres sont reservés le plus prés du poste où ils font le quart, soit en qualité de chef ou 2e chef suivant leur capacité.

4e. Il faut faire choix de matelots necessaires dans le combat plutot plus que moins, et les marquer sur le 1er rolle brouillon à la marge gauche d’un M. qui fasse connaître qu’ils sont jugés propres pour la manœuvre,[.] Les gabiers qu’on a déjà choisis sont compris dans ce nombre.

5e. Il faut former les equipages de chaloupes et canots en faire des rolles particuliers disposés par colonnes comme le 1er rolle dont le modele est cy dessus[.] Les partager en deux pour les quarts et les mettre par plats les plus aprochant du nombre de 7 observant que le plat qui est le 1er de la chaloupe doit estre composé de ceux qui nagent, sur les bancs les plus en arrière, ceux du 2e plat de ceux du milieu, et ceux du 3e s’il y en a de ceux d’en avant[.] Le même ordre doit estre observé dans les equipages des canots.

6e. Il faut préparer les petits rolles necessaires pour les batteries, pour les quarts, pour les postes de combat dans la forme suivante, en commençant par ceux de quart.

 

Modele des petits rolles de quart pour un quartier

Stribord                        Gaillard d’arrière

Differentes apostilles Noms et quart Postes pour appareiller Poste pour revirer de bord
  Officiers mariniers    
  Canoniers    
  Matelots    

 

Modele des petits rolles pour la 1re batterie.

M.

Lieutenant de Veau.

Commandant
M. Enseigne de Veau. du grand mât en arrière et principalement aux ........ 1e pièce
2e pièce
M. Enseigne de Veau. du grand mât en avant et principalement aux ........ 12e pièce
13e pièce
M. Garde de la marine
aux ........
3
4    pièce
5
M. Garde de la marine
aux ........
9
10    pièce
11
M. Garde de la marine
aux ........
6
7    pièce
8
Jacques Mtre canonier partout où besoin sera et principalement du grand mât en arrière.  
Pierre 2e Mtre canonier du grand mât en avant.  

 

Suite du modele du petit rolle

Première pièce                                                               Plat – Batterie

                                                                                         

Pour se battre des deux bords   Noms Preparation au combat
- armes
Detachement pour l'abordage
  T. . Chef. Passera la poudre en avant Fonction pour l'abordage. Suivra les officiers
  B. . 2e chef. Parer les pièces du 2e bord.
  T. . Charg. Sortira le refouloir à l'escouvillon à stribord
  B. . Chr. idem à babord
  T. . Bf. Ira chercher le b.f. et le g.f. à stribord
  B. . Bf. Idem à babord
  T. . Aidera à parer la pièce - haches d'a.
  T. . Aidera à parer la pièce - sabre
Ga. T. . Parer la pièce - ses armes
Ga. B. Sold.    

Il faut tacher que chaque page du rolle contiennent deux pieds[.] Les colonnes doivent reigner tout du long pour y marquer les fonctions d’un chacun, suivant qu’on dira cy après.

Les rolles de tous les autres postes se disposent de le même manière, à la reserve que dans les postes de la manœuvre et de la mousqueterie, la 1re colonne pour se battre des deux cotés serait inutille, et dans celuy des gens de fond de calle, il faut suprimer de plus celle du detachement pour l’abordage,[.] Il faut autant de petites rolles, comme il paraît de differents postes par le projet de la disposition du combat cy devant auxquels on laisse les espaces necessaires pour les remplir d’autant de monde qu’il doit y avoir d’hommes à chaque endroit et la place de chaque nom doit être marqué par un point.

 

Ce qu’il faut faire pendant la revue.

On ne saurait bien faire la disposition d’un equipage sans connaître auparavant la force et la capacité d’un chacun et comme cela ne se connaît par que dans la suitte d’une campagne, et que c’est dans le commencement qu’on doit faire la destination des postes on ne peut apporter trop de soin pour connaître les sujets dont on a besoin,[.] La meilleure façon pour y parvenir est de remarquer pendant le cours de l’armement les meilleurs sujets de toutte espece et de marquer egalement à la marge gauche du rolle brouillon les differents endroits pour lesquels on les juge propres, mais comme ce temps ne suffit pas pour connaître les gens d’un gros equipage, on ne doit pas manquer à fur et à mezure que tous les officiers mariniers passent en revüe devant le commissaire pendant le temps que le tresorier employ à faire leur compte, de les tirer à part dans un endroit particulier pour ne pas troubler la revue, et là avec le rolle brouillon à la main les interroger les uns après les autres sur leurs services sur le nombre des campagnes qu’ils ont faittes dans les vaisseaux du roy, sy ils se sont trouvés dans quelques combats, sur le rolle qu’ils occupaient dans les vaisseaux, où ils ont servy pendant le combat, et autres questions tendant à decouvrir à quoy ils sont propres, ce qui joint à ce que l’on voit de leur force et de leur figure, peuvent faire juger de postes auxquels ils doivent estre destinés et afin de les placer, comme il convient, on marque sur la marge gauche dudit rolle, ce qu’on a reconnu de leur capacité,[.] Ceux que l’on ne trouve, ny bon ny mauvais, peuvent estre marqués par mediocre, ceux qui sont tout à fait mauvais par un R. qui veut dire rebut[.] Ainssy de tous.

 

Ce qu’il faut faire après la revue.

Tout ce qu’on vient de dire ayant été fait avant et pendant la revue, la 1re chose est de destiner les postes à tout le monde pour le quart et pour le combat dans l’ordre qui suit.

1e. Il faut commencer par choisir tous les chefs de pièce parmy les aides canoniers et les officiers mariniers que l’on n’a pas employé pour la manœuvre, ainssy qu’il est dit cy devant art. 3. En ecrire un dans les rolles des batteries à la teste de l’equipage de chaque canon,[.] Pareillement faire le choix d’un second chef par pièce, que l’on ecrit de même dans l’endroit marqué 2e chef[.] Placer les uns et les autres pour les quarts en telle sorte que sy le chef de la 1re batterie est du quart de stribord, il faut que celuy de la 2e soit de celuy de babord celuy de la 3e pièce de stribord, et ainssy de suitte tout le long de la batterie, afin que le chef de la 1re batterie etant de stribord comme il a esté dit, le 2e chef de la même pièce soit de babord, le chef de la 2e piece etant de babord, le 2e chef soit de stribord et ainssy de suitte afin qu’il se trouve de chaque quart autant de chefs et de seconds chefs toujours dans chaque batterie, et qu’il n’y ait point de piece de canon dont l’un ou l’autre ne se trouve de quart[.] On reconnaitra par la suitte la grande utilité de cet arrangement.

2e. Il faut faire choix de tous les gens dont on a besoin pour les emplois particuliers, comme sont les gabiers dont on a déjà parlé, les timoniers, les gardiens, les prevots, poulailliers, moutonniers &c.

Ceux qui doivent faire le quart doivent estre partagés, moitié pour un quart, et moitié pour l’autre et les chaloupiers et canotiers qu’on a déjà partagés, doivent estres placés sur les quartiers de chaque quart à proportion de leur force afin que lesdits quartiers ne se trouvent pas plus affaiblis les uns que les autres, quand il ne sont pas à bord.

3e. Il faut choisir les soldats que l’on destine à la mousqueterie et remplir les rolles, pour chaque quartier, ensuitte ceux que l’on destine pour les canons repandus à touttes les pièces egallement.

S’il y en a quelques uns où l’on soit obligé d’en mettre deux ce doit estre à la 2e batterie,[.] Le nom du soldat de chaque canon doit estre ecrit aux plus basses places en sorte qu’il n’y ait place au dessous de luy que pour le nom du mousse.

4e. Il faut placer pour le combat tous les gens qui ont etés choisis pour des emplois particuliers, scavoir les gabiers d’artimon à la manœuvre de la dunette, ceux de la grande hune au gaillard d’arrière, ceux de la hune de mizaine au gaillard d’avant,[.] Les deux meilleurs timoniers l’un d’un quart, et l’autre de l’autre, à la maneuvre du gaillard d’arrière, destinés pour estre au timon,[.] Les autres timoniers doivent estre destinés pour servir les canons de la 3e batterie sur le gaillard d’arrière repandus egallement à chaque canon et mis egallement à chaque quart,[.] Les chaloupiers doivent estre repandus sur tous les canons de la 1re batterie un par canon pris alternativement de chaque quart le surplus repandu sur le quartier de la manœuvre,[.] Les canotiers mis à la 2e batterie, le surplus repandu idem.

5e. On ne doit point manquer de faire choix d’un nombre suffisant de matelots adroits et laborieux pour travailler dans le fond de calle à l’arrimage avec le contre maitre qui est à la charge[.] Dans un equipage de 600 hommes, il en faut environ 2 plats qui font 14 hommes que l’on nomme arimeurs,[.] On les distribue à proportion dans tous les quartiers des deux quarts, et pour le combat on les place au canon de la 1er batterie un par canon pris alternativement de chaque quart,[.] ce sont ces gens là qui pendant le cours de la campagne, aident le contre maitre d’arrimage à faire tout le travail du fond de cale.

6e. Il faut observer de placer tous ceux qui ont des emplois particuliers qui les dispensent de quart, aux postes les plus voisins de leur employ, sans cependant qu’il y en ait s’il est possible plus à un canon qu’à l’autre, ny plus d’un par canon.

7e. On place ensuitte les gens destinés pour la manœuvre commençant par les officiers mariniers, ensuitte les matelots distribués sur chaque quartier, suivant le projet, et d’observer que ceux qu’on aura ainssy placer, se trouvent la moitié d’un quart et la moitié d’un autre autant qu’il se poura du même quartier où on les met pour le quart.

8e. Il faut ensuitte partager tous les matelots qui reste à destiner en deux parties les plus egalles qu’il est possible l’une pour le quart de stribord et l’autre pour le quart de babord,[.] Partager chacune desdittes moitié pour remplir les quartiers de chaque quart en les ecrivant sur les petits rolles, sur touttes les places marquées par des points, observant de repandre partout les bons et les mauvais,[.] Il faut encore les placer à chaque canon pour le combat observant toujours de placer à chaque piece autant d’un quart que de l’autre jusqu’à ce que touttes les places des noms marqués par un point et laissés en blanc se trouvent remplies.

9e. Il faut partager egalement les soldats qu’on a desja marqués pour la mousqueterie et pour le canon, pour faire le quart à la mer, partie à stribord partie à babord la moitié destinée pour chaque quart, doit estre partagée en 3 à scavoir, les 2/3 pour faire le quart dans la coursive lesquels doivent estre pris de ceux destinés à la mousqueterie du gaillard d’avant, et ceux qui sont sur le canon alternativement de l’un à l’autre canon, pour les deux quarts,[.] L’autre tiers pour faire le quart sur le gaillard d’arrière pris parmy ceux destinés à la mousqueterie de la dunette et dudit gaillard afin qu’en cas d’allarme pendant la nuit il se trouvent plus parés à prendre les armes et à se ranger à leur poste.

On partage aussy les soldats en escouades en partageant chaque quart en deux lesquels montent la garde alternativement pendant 24 heures lors qu’on est en rade, alors les autres ne font plus le quart.

Les rolles de quart pour les soldats, doivent estre fait comme ceux des matelots, et remis entre les mains des 1er officiers soldats qui font le quart dans chaque quartier.

Sy ce qui est dit cy dessus est bien executé tout l’equipage se trouvera disposé de façon que la moitié de tous ceux qui sont dans les postes pour le combat seront toujours de quart, et l’on se trouvera la nuit en cas d’allarmes en etat de se battre bien plutot qu’on ne l’aurait fait sy on n’avait pas eu touttes les attentions susdittes en faisant comme il est dit cy dessus.

10e Il est necessaire d’etablir les plats de façon qu’il se trouve du monde partout lorsque l’equipage mange[.] Il faut commencer par regler ceux des officiers mariniers et officiers soldats, et ensuitte faire monter tous ceux que l’on a pas desja destinés comme il est dit cy-devant à cause de leurs employs particuliers,[.] Faire passer tous ceux du quart, de stribord à stribord, et tous ceux de babord à babord, chacun dans leur quartier,[.] Prendre 4 matelots d’un costé et 3 de l’autre à leur volonté, pour composer un plat de 7,[.] Ensuitte on prendra 4 du costé où l’on a pris 3 et 3 du costé où l’on a pris 4 pour composer un autre plat et ainssy de suitte,[.] Cela peut se faire dans tous les quartiers à la fois par differentes personnes qui les ecrivent exactement plat par plat jusqu’au dernier et s’il restait des plats imparfaits, qui ne soient pas de 7 dans quelques quartiers, on les joint avec ceux qui sont aussy imparfaits dans les quartiers, les plus voisins, en telle sorte qu’il n’en peut rester qu’un qui ne soit pas complet,[.] On fait ensuitte un rolle entier desdits plats, et on les met par ordre observant d’y mettre ceux qui ont etés pris dans chaque quartier les uns après les autres pour que la suitte desdits plats soit prise tantot d’un quartier tantot de l’autre.

Les plats des soldats doivent estres formés avec la même attention, et quoy qu’ils ne soient pas sy essentiel il en resulte cependant un grand bien pour la propreté du vaisseau pour que tout le monde mange à son poste et qu’il y ait partout de ceux auxquels on distribue les premiers et les derniers.

Les canotiers doivent toujours etre des 1er sur le role des plats, les chaloupiers ensuitte, les arimeurs, les gabiers, et ensuitte tous les autres matelots,[.] Chaque plat doit estre mesurer jusqu’au dernier.

 

Avertissement

En faisant touttes les destinations dont on vient de parler que l’on a ecrit sur les petits rolles preparés pour chacun il ne faut pas manquer de les marquer en même temps sur le rolle brouillon, chacun dans les colonnes qui leur convient sans quoy, on courerait risque d’employer les mêmes gens dans plusieurs endroits pour la même chose.

11e. Il ne s’agit plus à present que de remplir les colonnes des petits rolles, tant pour les quarts que pour le combat qui contiennent les fonctions de chacun pour appareiller, pour revirer de bord, pour la preparation pour le combat, le detachement de l’abordage avec les armes dont ils doivent se servir, qui sont les principaux mouvements dans lesquels il est necessaire que tout se fasse en même temps et sans confusion[.] On le peut faire très facilement sy on execute tout ce qui vient d’estre dit,[.] Il faut commencer par la disposition pour revirer de bord avec un des quarts seullement.

Ayant à la main les petits rolles de chaque quartier dudit quart où tous les noms sont ecrits, il faut faire descendre les gens de l’autre quart, en entrepont pour eviter l’embaras,[.] Se transporter dans chaque quartier, l’un après l’autre où l’on fait l’appel des gens qui y sont destinés ensuitte on leur fait le commandement de parer à virer,[.] On leur donne le tems de se bien ranger sur touttes les manœuvres et on les y fait placer comme ils doivent estre,[.] Lorsque touttes les voilles sont dehors et à mezure que l’on ecrit, au bout du nom de chaque matelot la manœuvre qu’il doit avoir à la main, on l’instruit sur ce qu’il doit faire à tous les differents commandements, soit pour larguer, affaler ou haller, laditte manœuvre, et on l’ecrit dans la colonne de laditte disposition.

Pour peu que l’equipage soit fort il se trouve toujours un nombre de matelots qui paraissent n’avoir aucune destination particuliere quoy qu’ils soient assés de monde partout,[.] On doit même tacher que les meilleurs soient du nombre, et on met seullement au bout de leur nom dans lad. Colonne : « où besoin sera »[.] Ce sont ceux qui donnent la main partout, où il est necessaire,[.] Les chaloupiers, les canotiers, les arimeurs doivent estre toujours de ce nombre, afin que s’ils sont employés hors du vaisseau, ou bien à fond de calle, touttes les fonctions n’en soient pas moins remplies dans tous les quartiers.

Il faut les avertir, tous à hautte voix en general et par plusieurs fois, que ceux qui sont destinés pour la manœuvre servent aux voilles qui sont serrées ou larguées, lorsqu’on vire de bord, au lieu de se mettre à ces voilles là doivent se mettre sur celles qui sont etablies.

La même chose etant faite dans tous les quartiers d’un quart on le fait descendre en bas pour faire la même operation avec l’autre quart.

Il est aisé de concevoir que lesdittes operations suffisent pour remplir la colonne des fonctions, pour revirer de bord pour les deux quarts, et que s’il arrive que l’on fasse monter les deux quarts sur le pont pour revirer de bord le monde se trouve double partout.

12e. La destination pour apareiller se fait de cette sorte.

Premierement il faut choisir le nombre de matelots necessaires pour estre dans les hunes avec les gabiers et servir à defreller les voilles, affaler les manœuvres &c. Ils doivent estres pris parmy ceux qui sont destinés à la manœuvre pour le combat moitié d’un quart et moitié de l’autre[.] On en fait de petits rolles particuliers dont on donne des copies à chaque 1er gabier afin qu’ils les connaisse et qu’il n’en souffre pas d’autres dans leurs hunes lorsque l’on veut appareiller.

2e. Choisir 4 ou 5 bons matelots pris de la manœuvre du gaillard d’avant moitié d’un quart, moitié de l’autre dont il faut donner copie du rolle au bossement pour qu’ils l’aident dans toutes les fonctions qu’il doit faire.

3e. Dans les grands vaisseaux, c’est d’ordinairement le 2e mt. qui doit estre à faire prendre les garcettes sur le cable,[.] Il faut nommer un officier marinier et luy donner le rolle des matelots qui sont destinés à cet usage que l’on prend moitié d’un quart moitié de l’autre sur tous les quartiers.

4e. Le contre maistre d’arimage avec un des bossements doit estre nommé pour faire rouer le cable dans la fosse aux cables,[.] On nomme avec luy pour cet effet tous les matelots arimeurs et un plus grand nombre suffisant que l’on prend comme en l’article cy dessus.

S’il arrive que l’on soit obligé de filer un cable pendant qu’on vire l’autre on detacher extraordinairement de chaque quartier à proportion le nombre de matelots necessaires à cet effet, lequel & contre maistre a ordre de remonter en haut aussitôt qu’il n’est plus necessaire de filler du cable.

5e. Il faut choisir un detachement de soldats dans lequel il y ait un sergent un caporal et un tambour qui ayent toujours leurs armes prêtes à prendre sans empecher de virer au cabestan encore que l’on soit dans la necessité de faire des honneurs militaires à ceux qui entrent ou qui sortent.

Ce detachement se tient dans la coursive,[.] Il fournit les soldats pour faire la faction, et ils aident à touttes les manœuvres qui se font dans la coursives,[.] Un vaisseau qui est seul en particulier dans une radde peut se passer de faire ce detachement,[.] C’est le sergent qui doit en avoir le rolle.

Tous les autres soldats doivent estre partagés en deux moitié d’un quart et moitié de l’autre et l’une desd. parties moitié pour virer au cabestan en haut sous le gaillard et l’autre moitié en bas entrepont,[.] Les officiers soldats y doivent estre pareillement distribués et placés de l’avant à l’arrière dudit cabestan pour virer eux mêmes et faire virer, et avoir attention à ce que les soldats obeissent au commandement sans faire aucun bruit.

6e. Un des 1er quartier Mt. du gaillard d’arrière avec un des seconds de la coursive doivent estre chargés du soin de garnir le cabestan en haut, et le garnir, non seullement pour appareiller, mais dans touttes les rencontres,[.] On leur nomme pour cet effet le nombre de matelots necessaires que l’on prend moitié d’un quart moitié d’un autre parmi ceux de la dunette et du gaillard d’arrière,[.] c’est ledit quartier maistre qui doit en avoir le rolle.

On nomme pareillement un des 1er quartier maistre de la coursive avec un des seconds du gaillard d’arrière et un nombre de matelots suffisants pris moitié d’un quart et moitié de l’autre, dans les quartiers du gaillard d’avant et de la coursive pour parer et garnir le cabestan en bas en toutte occasion,[.] Il faut joindre à cet etablissement 4 ou 5 hommes plus qu’à l’autre destinés pour tenir au pied du cabestan et mettre haut le tournevire,[.] L’on joint à ces deux rolles pour virer au cabestan la plus grande partie des aides canoniers que l’on partage egallement, pour celuy d’en haut et celuy d’en bas, lesquels on prend egallement de chaque quart, et sur les differents endroits où on les a placés pour revirer de bord, observant qu’il y en reste toujours quelques uns pour tenir les manœuvres, dont on les a chargés bien parés.

Il y a encore plusieurs gens que l’on peut destiner pour virer au cabestan quoy qu’ils soient dispensés de quart par leurs employs particuliers et en ce cas on peut y mettre un peu moins de matelots,[.] C’est ce qu’on ne doit pas négliger surtout dans les equipages faibles.

7e. Il faut nommer un quartier maistre à qui l’on donne le rolle du nombre de matelot necessaires pour tenir dessous un tournevire,[.] On choisit pour cela les plus mauvais,[.] On fera de même de poulaillers et moutonniers et autres,[.] On en nomme aussy quelques uns sur le même rolle, avec quelques mousses des plus forts pour faire passer le tournevire en avant.

Tous les mousses doivent estres destinés au même usage et à raporter les garcettes en avant.

8e. Tous les detachements cy dessus ayant etés pris sur tous les rolles, ainssy que l’on vient de dire, il reste encore un nombre considerable d’officiers mariniers, et matelots qui n’y sont pas compris,[.] Ce sont ceux qui doivent rester, lorsqu’on appareille dans le même quartier, où ils sont nommés pour le quart, et dont il faut faire des rolles particuliers pour en donner des copies aux premiers quartiers mt. qui restent dans chaque quartier.

Les chaloupiers, canotiers, arimeurs, et autres qui ont des emplois particuliers, doivent estre du nombre,[.] C’est aussy parmy ces gens là que l’on prend ceux dont on a besoin pour des travaux extraordinaires qui arrivent dans le tems que l’on veut apareiller comme desafourcher, embarquer ce qui arrive à bord &c. Touttes ces differentes destinations remplissent les colonnes pour appareiller.

 

Maniere de faire le detachement pour l’abordage et la preparation au combat.

La premiere chose est de faire faire branle bas bien exactement à tous ceux qui le doivent faire, et que chacun apporte les hardes en haut pour estre mises dans les filets 1e dans tout le tour du Vau.et 2e dans les filets de fronteau aussy bien qu’il est possible pour que les dites hardes servent de garde corps au jour du combat,[.] Il faut nommer un officier marinier de la manœuvre, en chaque quartier et même deux sy on en a suffisament avec un nombre de matelots pris en partie sur les rolles pour la manœuvre et sur celuy des canons, qui en sont les plus voisins pour faire l’arimage des dites hardes touttes les fois qu’on fera branle bas et que chaque officier marinier en aye le rolle.

2e. Il faut apporter touttes les armes de rechange, gargoussiers, caisses à cartouches, et grenades dans les postes où elles doivent estre placées pour le combat, observant qu’il y en ait toujours le quart de reserve[.] Il faut faire un etat des armes necessaires pour chacun desdits postes, dont copie doit estre remise à l’officier qui commande dans ledit poste pour qu’il se charge de faire tenir les armes en etat pendant la campagne et les faire placer sous les gaillards touttes ensemble avec des etiquettes qui marque le poste auquel elles sont destinées,[.] Que ledit officier sache le nombre des grenades, gargoussiers et caisses à cartouche qui doivent estres dans son poste et le lieu ou chacunes de ces sortes de choses doit estre placées pour ne point causer d’accidents pendant le combat.

On doit avoir la quantité de gibernes necessaires pour le soldat grenadier que l’on destine à l’abordage dans lesquelles il puisse tenir deux ou trois grenades,[.] Chaque giberne doit estre garnie de sa ceinture, ou banderolle,[.] Les grenades doivent estres mises dans lesdites gibernes afin qu’elles soient pretes à prendre au 1er commendement des grenadiers aux grenades.

Il faut en outre pour chaque quartier quelques gibernes de plus que celles qui sont necessaires pour les grenadiers nommés pour sauter à l’abordage pour servir à ceux qui doivent jetter des grenades dans le Vau ennemy sans y sauter et pour y en faire passer un plus grand nombre s’il est necessaire[.] On ne doit pas manquer de faire percer tous les manches de haches d’armes et haches de charpentier pour y attacher au bout du bitord qui sert à les tenir suspendues aux bras,[.] Il en faut attacher de même à tous les sabres afin que ceux qui se servent de ses armes puissent sauter à bord de l’ennemy sans avoir les armes embarassées.

3e. Il faut ensuitte faire le detachement des gens qui doivent sauter à l’abordage,[.] Chaque capitaine le fait faire à sa volonté dans les postes où il juge à propos de les prendre[.] On doit toujours observer de faire choix d’une grande partie des meilleurs hommes, mais il en faut cependant reserver pour estre en etat de soutenir un second combat avec un vaisseau ennemy qui voudrait secourir celuy qu’on aurait abordé,[.] Par cette même raison il paraît qu’on doit prendre le detachement sur tous les postes sans en affaiblir un plus que l’autre,[.] Par exemple dans un equipage de 600 hommes on peut detacher 140 ou 150 hommes, prés, scavoir 2 hommes par canon de la 1re batterie, 2 hommes par canon de la 2e 1 homme par canon des gaillards, ou de la 3e batterie un peu plus du tiers de tous ceux qui sont destinés à la manœuvre et à la mousqueterie.

Pour faire ce detachement il faut faire mettre tout le monde, chacun à son poste pour le combat[.] Ayant le rolle desdits postes à la main, on fait choix de ceux qui sont les plus necessaires, ou que l’on juge les plus àpropos, et l’on marque au bout de leur nom dans la colonne des armes, à chacun, celles qu’on leur destine pour sauter à l’abordage,[.] Les soldats doivent autant qu’il est possible y sauter avec leurs armes, le fusil pendu derrière le dos avec la banderolle afin qu’ils soient en etat de faire feu de la mousqueterie lorsqu’ils sont entrés dans le Vau ennemy,[.] On en choisit parmy eux le nombre convenable pour grenadiers lesquels au commendement susdit des grenadiers aux grenades doivent se servir d’une giberne chacun qu’ils doivent trouver garny comme il est dit cy devant[.] Ils allument le bout de meche amorce qui y est attaché pour s’en servir au besoin.

Il faut aussy nommer un certain nombre de soldats qui doivent audit commendement se saisir du surplus des gibernes comme on dit cy dessus pour jetter des grenades dans le Vau ennemy sans y sauter,[.] Sy on juge à propos n’ayant à faire qu’un vaisseau, d’augmenter lesdits detachement de faire sauter un plus grand nombre d’hommes à l’abordage ou d’y faire passer des armes, des gagoussiers et des grenades, c’est ce second detachement de grenadiers qui doit marcher et agir en même cas.

On donne ordinairement un pistolet de ceinture à tous les officiers soldats, et officiers mariniers,[.] On en peut donner de plus à tous ceux que l’on croit qui scavent bien s’en servir[.] Il serait inutile d’en donner aux autres,[.] On donne à chaque matelot, une hache d’arme et un sabre,[.] Il en faut un certain nombre qui ay des haches de charpentier, en outre quelques aides charpentiers avec les mêmes haches pour faire ouverture dans les gaillards du vaisseau ennemy afin de jetter les grenades dessous,[.] Entre les matelots qui ont lesdites haches, il en faut destiner quelques uns pour s’ecouler le long des precintes du vaisseau pour couper les itagues de sabord afin qu’ils ne les puissent ouvrir sy on est obligé de deborder.

Touttes ces differentes destinations se marquent dans la colonne des fonctions pour l’abordage vis à vis de chaque nom mais la plus importante de toute et qu’on ne saurait trop recommander, c’est que chacun se tienne prés des officiers pour former de gros corps, qui ne se debandent jamais et qui soient toujours en etat d’executer leurs ordres.

Tous les gens compris sur le detachement de l’abbordage doivent generallement estres tous marqués par une cocarde de parchemin à leurs chapeaux[.] A tous ceux qui ont especes d’armes à porter sans avoir de ceinturon, tel que sont les officiers mariniers et les matelots, doivent avoir aussy une ceinture d’une petite garcette pour y passer l’arme qu’ils n’ont pas à la main.

 

Pour marquer les fonctions pour la preparation au combat.

La premiere chose est de faire passer les poudres en avant[.] Il faut choisir dans la 1re batterie un des maistres canoniers avec le chef ou le 2e chef de chaque pièce, pris tous du long de la batterie, l’un après l’autre de canon en canon, et sy cela ne suffit pas quelques uns de ceux de la 2e batterie ou des matelots destinés aux canons de la 1re batterie, dont on compose un detachement pour cet effet, et dont le canonier a le rolle,[.] Les gargousses se voiturent avec des sacs qui se delivrent dans la Ste barbe, aux gens dudit detachement, lesquels se portent dans la soutte aux poudres en avant où ils doit y avoir quelques uns des chefs des pièces les plus en avant pour les recevoir et les arimer dans les coffres pour cet effet[.] Il faut que le Me. Canonier aye toujours dans la soutte à poudre d’arrière le nombre de sacs ordinaires pour cet usage.

2e. On ne tient pas ordinairement dans les parcs à boulet sur le pont le nombre qu’il en faut pour un long combat c’est pourquoy on doit faire monter, et pour que cela se fasse sans empêcher de travailler à autres choses, il faut nommer pour cet effet le Me. Canonier de la 2e batterie avec un certain nombre de canoniers et matelots pris sur chaque canon, pour faire monter et placer lesdits boulets partout où il est necessaire.

Tous les chefs et seconds chefs de pièce dans touttes les batteries qui ne sont pas employés aux usages cy dessus ou sitot qu’ils ont fait doivent estre destinés à parer les deux batteries, premierement du costé de l’ennemy ensuitte de l’autre.

Dans les bons equipages de chaque grosse pièce on peut faire choix 1e de deux hommes pour charger le canon[.] Au cas que l’on se batte des deux bords, l’un se met à basbord l’autre à stribord[.] C’est là ce que veulent dire les lettres T.B. qui sont le long de la marge gauche du modele du rolle pour les batteries cy devant en sorte que celuy qui est marqué Chr. et qui a un T. à costé de son nom est celuy qui est destiné pour charger la pièce du costé de stribord, la même chose de celuy de babord,[.] 2e. De deux autres hommes, qui mettent le feu au canon qui sont marqués par cette lettres, Bf. qui veulent dire Boute feu, l’un a un T et l’autre un B. pour marquer le bord où ils doivent estre, au cas que l’on se batte des deux bords,[.] 3e. De deux autres pour aller chercher les gargousses marqués par garg. pour stribord et pour babord.

Les chefs et seconds chefs de chaque pièce sont aussy marqués un pour stribord et l’autre pour babord, pour le même cas de se battre des deux bords,[.] On les doit destiner de cette sorte le long de la batterie alternativement de canon en canon afin que quand ils sont parés il y ait autant de chefs et seconds chefs d’un bord que de l’autre.

Lorsque l’on fait le commendement de partager les postes pour se battre des deux bords, le chef ou le 2e chef le charge et les boute feu ne doivent point quitter la pièce où ils sont destinés, et quoy que les autres soient egalement marqués pour stribord ou pour babord ils doivent cependant aider à haler sur les palans des deux bords,[.] Ces dispositions se font de poste en poste avec le rolle de la batterie à la main et lorsqu’elles sont faittes il est facille de leur destiner des fonctions pour estre bientôt parés au combat[.] Par exemple on ordonne aux chargeurs d’apporter chacun le refouloir, et l’ecouvillon pour le bord où ils doivent estre[.] Le boute feu doit apporter le boute feu et les valets[.] Celuy qui est destiné pour la gargousse va chercher le garde feu[.] Le chef n’a que les deux cornets d’amorces à prendre dans la sainte barbe,[.] Les pinces et anspects sont toujours sur les lieux, en sorte que sy chacun fait sa petite fonction les ustancilles pour les deux bords sont dans le moment rendus à tous les canons, et les equipages desdits canons n’ont plus à faire qu’à estre de leur poste ce qui pourait les embarrasser.

Sy ce sont des petits canons il y a moins d’hommes à chacun mais comme les ustancilles en sont beaucoup plus legers, un seul homme peut estre destiné pour emporter plusieurs à la fois.

Il faut quelques uns des gens des canons qui sont les plus prés de l’ecoutille qui soient nommés pour aider à descendre et arimer à fond de calle tout ce qu’on est obligé d’y mettre dans un combat, comme sont les cadres, les coffres, les malles, cages à poules, et c’est pour ce sujet qu’on a dit cy devant qu’il fallait que les matelots arimeurs fussent destinés sur les canons de la 1re batterie.

Tous les gens de canon nommés pour l’abordage doivent avoir à leur poste auprés d’eux les armes qui leur sont destinées placées dans un lieu où elles ne puissent estre rompues pendant le combat, où ils puissent les prendre dans le moment qu’ils en auront besoin.

On peut voir pour plus grand eclaircissement le modelle du rolle de batterie cy devant où il paraît que touttes les destinations cy dessus dites sont remplies pour la 1re pièce[.]

1e. Parmy les gens destinés à la manœuvre de chaque quartier il faut qu’il y ait un nombre destiné pour aller chercher les manœuvres de rechange, les grapins d’abordage les haches des charpentiers, les epissoirs, le merlin, le luzin, le bitord et generallement tous les ustancilles necessaires,[.]

2e. Qu’il y en ait de nommés pour aider à passer les manœuvres aux gabiers et frapper les bosses de combat[.]

3e. Lesdits gabiers doivent toujours estre destinés pour garnir leurs hunes de tous les ustancilles necessaires et principalement y monter les fusils, et les grenades qu’on y a destinés avec des meches pour y mettre le feu[.]

4e. Qu’il y en ait de destinés avec ceux des equipages des canons des gaillards pour arimer les hardes dans les filets les uns à stribord et les autres à babord.

5e Qu’il y en ait qui n’ayent point d’autres fonctions que de rester à leur poste pour executer les manœuvres qui seraient commandées.

Parmis les gens de la mousqueterie on en doit destiner le nombre suffisant pour aller prendre les armes de chaque poste dans l’endroit où elles sont et les porter dans ledit poste,[.] Qu’il y en ait de nommés pour aller chercher les caisses à cartouches et les gargoussiers de rechange pour les porter dans le poste et le lieu marqué avec les gibernes garnies comme il est dit cy devant et qu’ils delivrent aux gabiers, celles qui sont destinées pour les hunes.

6e. Il faut destiner les charpentiers pour demonter les cloisons de la Ste barbe, de la grande chambre, et autres et que parmy les gens des canons les plus voisins, il y ait des matelots nommés pour les aider à porter les panaux desdites cloisons au fond de cale et les arimer soit pour faire le theatre des blessés ou autrement[.] Les gens du fond de cale destinés dans la calle à l’eau doivent aussy aider à faire le theatre, et y aranger les matelats des malades.

7e. S’il y a des cages à poules sur le pont ou sur le gaillard il faut que la place desdittes cages soit marquée et qu’il y ait des gens nommés suffisement pour les y porter promptement.

8e. Personne n’ignore que la 1re chose qu’on doit faire pour se preparer au combat, est le branle bas, et qu’on doit le faire plusieurs fois pour accoutumer l’equipage à le faire promptement et apporter leurs hardes toujours au même endroit où on les a mises, lorsqu’elles se sont trouvées bien arimées dans les filets,[.] On a dit cy devant qu’il fallait nommer des officiers, mariniers, et matelots pour arimer lesdittes hardes dans les filets, et les mettre touttes les fois que l’on fait branle bas dans la même scituation, on les a toujours bien arimées, une fois,[.] Il faut commander à tout l’equipage de raporter toujours leurs hardes dans le même poste, où elles etaient lorsqu’ils les ont reprises et qu’on les a bien trouvées.

Touttes ces destinations faittes quartier par quartier et de poste en poste, etant touttes marquées exactement dans les colonnes des petits rolles qui leur appartiennent, il est facille à chaque officier commendant qui en a le role de montrer et enseigner à tous les gens de l’equipage qui y sont destinés tout ce qu’ils doivent faire pour remplir leur fonction dans touttes lesdittes destinations.

Il ne s’agit plus que d’avoir un grand rolle qui comprend seul touttes les colonnes des autres petittes et du rolle brouillon dont on a parlé afin qu’on puisse voir tout d’un coup à quoy chacun est destiné dans touttes les differentes dispositions dont on a parlé,[.] C’est pour cela que l’on a fait imprimé à Brest en 1734 des grands rolles où touttes les colonnes sont tirées pour touttes les differentes dispositions.

Sy donc on remplit exactement tout ce que l’on a dit cy dessus, on peut remplir les colonnes des grands rolles des mêmes apostilles qu’on a mises sur les petits,[.] Elle se trouveront touttes d’un coup d’œil,[.] En suivant la ligne au bout du nom d’un chacun, on vera tout ce qu’il doit faire & sy tous remplissent egallement bien leurs devoirs et leurs fonctions, il est certain que l’on jouira de tous les avantages capables de donner la superiorité de la force à un vaisseau sur un autre egal à celuy qui ne serait pas sy bien etably et qu’avec un equipage faible, on peut manœuvrer avec autant de facilité qu’on ferait avec un plus fort sy on n’avait pas pratiqué ces arrangements,[.] Ce sont là les fins que l’on s’est proposé dans cette methode.

On aurait pu donner les tables qui auraient marqué le nombre d’hommes qu’il est necessaire de placer en chaque lieu dans touttes les differentes disposition dont on a parlé à propos des equipages mais comme touttes ces dispositions doivent se faire suivant le cas où on se trouve et qu’elles sont encore plus utiles dans les equipages faibles que dans ceux qui sont fort, qu’elles dependent de la volonté des capitaines qui mettent plus ou moins de monde dans un poste, et de la bonne ou mauvaise qualité des gens qu’on y place, il suffit qu’on aye mis les principales fonctions dans touttes lesdittes dispositions,[.] C’est à ceux qui font ces etablissements de faire des projets suivant les circonstances susdittes par lesquelles ils puissent voir le nombre d’hommes qu’ils employeront à chaque fonction, et que tous ceux qui doivent estre employés dans une destination s’y trouvent placés[.] Les officiers experimentés n’y trouveront aucune difficulté et ceux qui ne pouront faire de pareils projets, auront besoin de plusieurs autres leçons avant qu’ils puissent estres capables de bien etablir l’equipage d’un vaisseau comme il doit estre.

La colonne qui est à la droite du rolle brouillon, laquelle a pour titre service pendant l’armement, sert à marquer les absents à tous les appels que l’on a fait à bord pendant l’armement.

On doit laisser une feüille blanche au commencement dudit rolle sur laquelle on marque la datte des jours que l’on a fait lesdits appels que l’on distingue par 1, 2, 3 &c.

On marque dans la petite colonne, en très petit chiffre ceux qui se trouvent absent, par le même chiffre, de l’appel[.] Par exemple celuy qui est absent au 1er appel, on le marque d’un 1. Celuy qui se trouve absent au 2e le marque seullement par un 2 &c.

Lorsqu’on est en radde sy on veut permettre à l’equipage d’aller à terre tour à tour, ladite colonne peut servir à scavoir le nombre de fois que chacun y aura esté[.] Il faut seullement tirer une petite ligne qui traverse la colonne vis à vis le bout de chaque nom sur laquelle on tire avec la plume autant de petittes marques que l’on a donné des fois congé, et sy l’on connaît des libertins, yvrognes, ou tapageurs auxquels on ne veut plus donner de congé, en faisant un O. à la dernière marque sur laditte ligne cela fait connaître qu’il y a des raisons pour leur refuser lorsqu’ils viennent la demander,[.] Par exemple, sy l’on voit ce qui est marqué, dans le nombre dudit rolle, à ladite colonne, il paraît que le 1er du rolle a esté absent au 2e appel qui s’est fait et qu’il a eu congé une fois pour aller à terre, et que le 2e a esté absent au 3e appel, qu’il a eu congés deux fois et qu’il y a des raison pour ne luy en plus donner.

 

Observations, pour etablir toutes choses dans un combat.

Tous les officiers mariniers seront placés, scavoir le maître, et les pilottes en arrière, les contre maitres et les bossements en avant.

Les quartiers maistres au gaillard d’arrière au milieu et en avant, les gabiers et perroquetiers aux hunes.

A chacun des quartiers Me. sera donné le nombre de matelots destinés pour les voilles, qu’il conviendra pour le poste qu’il doit occuper.

Aux gabiers et perroquetiers de même il leur sera donné à chacun un rolle des gens qu’ils doivent commander.

Sy les contre maistres ne se trouvaient pas assés forts il faudra mettre le 2e maistre en avant.

Il sera destiné un canonier à chaque canon, et il luy sera donné un des meilleurs hommes pour second à la même pièce afin que sy le canonier vient à manquer le 2e tienne la place.

Le nombre de soldats, et matelots pour une pièce sera partagé en deux, le canonier sera mis à la teste d’une moitié et le 2e à la teste de l’autre.

Ledit canonier aura soin de mettre sa pièce de stribord en etat, et son second celle de basbord,[.] Dans un combat ils serviront tous la même pièce, scavoir le canonier et ses gens à costé du canon, en arrière et ceux du second à costé en avant, et sy par occasion on etait obligé de se battre des deux bords alors chacun servirait sa pièce avec ses gens, bien entendu que le canonier a le commendement sur les 2 pièces babord et stribord.

Les timoniers seront etablis aux pièces les plus proches de la timonerie, afin que s’il manque quelque timonier pendant le combat, ils soient parés pour se mettre au gouvernail.

Il sera recommandé à tous les canoniers de la 1re batterie, lorsqu’ils auront connaissance de quelques coups de canon d’avertir l’officier et de luy dire le calibre du canon où le coup aura porté afin de faire avertir le calfat pour le boucher.

A la distribution des poudres il sera placé un canonier de bout feu dans la soutte aux poudres pour prendre prendre soin de la distribution des gargousses et faire remplir les pulverins afin que tout se fasse dans l’ordre.

On luy donne des gens assés suffisemment pour les gargousses des coffres qui seront dispersés afin que chacun sache le calibre qu’il doit passer, jusqu’à la petitte ecoutille de laditte soutte.

Il sera mis trois mousses des plus forts pour remplir les pulverins qu’on fera passer de même que les gargousses, de main en main jusqu’à l’ecoutille de la distribution des vivres.

On rangera les mousses les plus petits pour repasser les garde feux vides afin qu’ils ne se mellent point avec les plains.

Pour ce qui est de l’ecoutille à la distribution des vivres, il faut mettre deux bailles directement dessous, ensuitte au 1er beau en arrière de l’ouverture de laditte ecoutille[.] Y mettre de la toille de fourrure clouée audit beau en manière de rideau qui aille d’un bord à l’autre, afin d’empecher que les etincelles de la mêche et du canon ne puisse gagner le couroir de la soutte aux poudres,[.] Et pour passer les garde feux, il sera fait un trou au milieu de la grandeur proportionnée au garde feu qui sera couvert pour plus de precautions par un autre morceau de toille en forme de mantelet de sabord.

Il faut aussy à la Ste barbe après que l’ecoutille de la soutte sera fermée avec sa barre et cadenas aveugler laditte ecoutille avec de l’etoupe chassée seullement avec le fer du calfat sans y mettre du goudron mais un peu de suif gras dessus ladite etoupe.

Sy le vaisseau a 3 batteries, il se fait deux petittes ecoutilles par le travers du grand mât pour passer les poudres jusqu’à la 3e batterie[.] De cette manière on empêche les gens des batteries de se meler les uns les autres.

Les officiers commendants les batteries voyent tous leur monde et cela empeche la confusion qui arrive souvent par la quantité de monde qui s’y trouve.

On fera de même la distribution, des poudres en avant.

Il sera fait deffence à ceux qui reçoivent les gargousses aux ecoutilles de n’en recevoir qu’autant qu’il en faut tirer, et ne point souffrir qu’on en passe d’amas à cause des accidents qui en peuvent arriver.

Avant le combat, il sera mis sur le pont à touttes les batteries la quantité de boulets ronds et à deux testes, les mitrailles et les valets necessaires, comme aussy les bailles sur le pont, remplies d’eau, les roues de rechange, les seilleaux, et fauberts, essieux, palans, bragues, criqs, graisse, coussin, suif, anspects, pinces, refouloir, tirreboures, cüillers, coin de mirre, du tout autant qu’il en pourra avoir besoin afin que pendant le combat on ne manque de rien.

Le Me. Canonier doit avoir soin de tout pendant le combat doit estre à la 1re batterie le 2e à la 2e et le 3e à la 3e.

Le maistre du vaisseau doit avoir soin de faire mettre des bosses aux etays et galhaubans et bosser les basses vergues faire mettre des chaînes au bout des vergues, faire passer touttes les fausses manœuvres[.] Il fera mettre sur le pont touttes les bosses et palans à fouet les poulies avec leur rouets, les haches, epissoirs, suif et quelque peu de cordage de raban des pièces de merlin, et luzin pour amarage des bailles plaines d’eau, aux hunes, afin que pendant le combat l’on ne manque de rien.

Les hardes des matelots et branles serviront pour se retrancher, les mettant dans les filets que l’on met aux lisses.

Les Me. Calfats feront passer un cordage autour du vaisseau attaché avec des crampes, qui leur servira quand il faut boucher un coup de canon dans l’eau[.] Ils feront debarasser les gaillards et nettoyer l’archipompe tiendront touttes les pompes en bon etat et auront double appareil à chacune,[.] Ils mettront sur le pont les platines, placards, suif en bote, tampons gros et petit, cuir clous et tous les ferrements,[.] Ils mettront un homme à l’archipompe pour avertir s’il vient de l’eau, par quelques coups de canon inconnus ou autre accident,[.] On tiendra deux hommes charpentiers aux galleries pour ecouter les coups de canon, les autres charpentiers doivent estres sur le pont.

Le Me. charpentier doit estre prés de tous les ferrements et doit avoir quelques pièces de bordage sur le pont,[.] Il doit placer deux charpentiers dans les galleries pour ecouter les coups de canon pendant le combat, les autres doivent estres sur le pont aussy bien que les calfats.

Le capitaine d’arme doit visiter les armes des soldats voir sy elles sont en etat, sy les gargoussiers sont remplies de cartouches,[.] Il doit faire monter sur le pont les fusils, mousquetons, pistolets, sabres, haches d’armes, spontons, demy piques, balets et mêches, et les faire mettre où les officiers luy diront, et avoir soin que les gargoussiers ou fourniments de rechange soient remplis et en etat.

Les sergents seront disponibles en 4 escouades à la dunette au gaillard d’arrière au milieu et en avant,[.] Ils leur sera donné le nombre de caporeaux et soldats destinés pour la mousqueterie qu’ils commenderont aux postes qu’ils doivent occuper et lesdits sergents auront soint de tenir leurs escouades prestes.

Lorsqu’on aura des gardes de la marine en etat de commander dans les batteries on en detache quelques uns pour commander 2 pièces de canon.

Quand le capitaine aura donné ses ordres pour se préparer au combat, les officiers seront obligés de voir sy les canoniers, calfats, charpentiers et autres officiers mariniers sont prêt,[.] Ce sont des affaires sy importantes que l’on doit voir soy même et ne se fier à personne.

 

Disposition des gens pour remplir les cornets d’amorces, et passer de main en main les gargousses.

Après que les quarts sont disposés et que l’on a determiné à chacun le poste qu’il doit occuper, on doit faire une revüe particulliere des valets et mousses afin de remarquer ceux qui seront proposer à demeurer dans les souttes pour y prendre les gargousses et les donner à ceux qui sont aux ecoutilles et qui les leur demandent lesquels les ayant reçu dans leur garde feux, les donneront à un autre, et cet autre à un autre ainssy de l’un à l’autre depuis l’entrée de la soutte jusqu’à l’ecoutille ayant pour cet effet des gens dans les souttes, tout le long du couroir et dans le fond de calle, rangés les uns au prés des autres qui sans bouger de place puissent se donner et prendre les gargousses dans les garde feux.

Pour observer dans ces sortes d’arangement une espece d’ordre, les mousses ou autres qui doivent demeurer pour les gargousses de 48, 36, 24 &c. porteront ce nom là, ainssy ils connaitront mieux les gargousses et les souttes qu’ils serviront[.] Ces noms leur serviront de nom de guerre, et on ne les nommera plus autrement, particulièrement les jours ou l’on fera mettre tout le monde à son poste.

Lorsqu’on fera l’exercice general du canon, il faudrait que ceux qui sont destinés pour passer les gargousses et remplir les cornes d’amorces, seront disposé à leur poste afin de les accoutumer,[.] Pour que ces exercices fussent plus sensibles, il serait bon que l’on envoyat chercher les gardes feux dans les souttes dont ils seraient.

Après avoir rangé les domestiques et mousses et l’ecrivain du roy doit avoir là ordinairement son poste[.] On mettra dans une soutte à pain ou en quelque autre lieu en bas deux trois, ou 4 hommes, ou cinq qui auraient le soin de se mettre toujours au même endroit où on les aura mis la première fois, à moins qu’on les en otat pour les remettre ailleurs.

Pour ces passages de poudre, il faut 20, 30 ou 40 personnes suivant la grandeur du vaisseau[.] On les mettra en deux haye, l’une qui prendra et passera les garde feux sans poudre, et l’autre qui les prendra, et passera avec les gargousses[.] cet ordre ne causera aucun desordre, et evitera la confusion et fera faire diligence.

 

Observations à faire pour un jour d’occasion, on n’a point affecté d’ecrire tous ces differents articles dans un ordre regullier, neanmoins en les lisant on trouvera leur utilité en temps et lieu.

Premierement. Autant qu’il sera possible on doit faire observer un grand silence dans le vaisseau afin que le commandant puisse se faire clairement entendre.

2. après ce commendement de silence, on fera crier branle bas et dans l’instant tous les gens de l’equipage, soldats, matelots, valets, mousses et autres doivent travailler avec une très grande vigilance à sortir leurs hardes, coffres, branles, cadres, malles &c. dans les postes qui leur auront étés destinés à chacun, observant de les bien attacher et ranger dans les filets ou ailleurs en sorte qu’ils n’embarassent aucune manœuvre et qu’ils soient rangés de manière qu’ils puissent servir de garde corps.

3e. Dans le branle bas on doit aussy comprendre les hardes des officiers lesquelles doivent estre placées par les matelots, afin de tacher le mieux que l’on peut de mettre à couvert la mousqueterie, ceux qui sont obligés de rester sur le pont soit pour le canon, la mousqueterie ou pour la manœuvre.

4e. Après le branle bas on doit debarasser les batteries et mettre les cages à poules, …[ ?], et touttes autres choses embarassantes dans les endroits destinés pour cela qui sont la gatte, les chambres, les galleries de l’arrière, et autres endroits,[.] Enfin rien ne doit embarrasser les batteries.

5e. Afin que les commandants ou capitaines soient mieux entendus, et pour que l’equipage execute mieux ce qui luy sera commandé ils devraient faire rester auprés d’eux le maistre qui aurait son siflet pour faire passer et entendre plus facilement le commendement du capitaine de l’arrière à l’avant.

6e. De plus un bon maistre ces jours là n’est pas inutille auprés d’un capitaine.

7e. Lorsque le branle bas est tout à fait fait et finy et que chaque chose est rangée, sy les gargousses n’étaient pas passées des souttes de l’arrière dans les coffres de l’avant on les y ferait promptement passer,[.] L’on a dit ailleurs la meilleure manière de les passer, ainssy on en parlera plus icy.

8e. Aussy tot que lesdittes gargousses seront passées il faudra sur le champ faire passer des faux bers moüillés et secs tout le long de cette espace,[.] On en les a passés afin de pouvoir oster ou mouiller la poudre qui y serait repandue, ce que l’on ne saurait eviter quelque precaution que l’on prenne car souvent il y a des grains de poudre qui tiennent aux plis ou coutures des gargousses.

9e. En france nos gagousses sont de parchemin à deffaut de quoy plutot que de charger les canons avec les cüeilleres, il vaudrait mieux en avoir de toille ou papier mou[.] La toille serait meilleure.

10e. Les gargousses que l’on fait passer dans les coffres de l’avant devraient estre celles de la 2e batterie laquelle tirerait avec plus de vigilance et moins de confusion que sy on allait les prendre à deux differents endroits.

11e. De plus c’est que les gargousses de 4. 6. 8 ou 12 qui sortiraient de la même ecoutille, ne pourraient pas se meler ny estres prises pour celles de 48. 24 ou 18. qui sortiraient du même endroit.

12e. Dans le temps que l’on passerait les poudres pour les gens de la seule batterie d’en bas, les Me. feraient porter sur le pont et entrepont tout ce qui leur serait necessaire.

13e. Touttes ces choses etant achevées on fera faire la priere avec une brieve exortation à tout l’equipage sur le pont ensuitte de quoy tout le monde se mettra à genoux et M. l’aummonier donnera l’absolution,[.] Sy cette action ne touche pas tout le monde, du moins elle en consolera une grande partie et les portera avec plus d’ardeur à remplir leurs devoirs. Cecy etant fait on fera crier 3 fois, vive le roy suivant la coutume de France.

14e. Ensuitte la capitaine fera crier chacun à son poste,[.] A ce 1er et seul commendement, tout le monde officiers et autres se rangeront promptement à leurs postes et du moment qu’ils y seront ils ne leur sera pas permis d’en sortir, sous quelques pretextes que ce puisse estre, à moins que ce ne fut par un ordre exprés du capitaine ou d’un officier major.

15e. A l’egard des postes que les officiers doivent occuper, on est en coutume dans nos vaisseaux de mettre le lieutenant en pied à la 1re batterie comme etant la plus grosse artillerie.

16e. Le second lieutenant à la 2e batterie le 3e à la 3e s’il y en a et les autres lieutenants et enseignes seront disposés selon leurs rangs aux batteries sur les gaillards à la reserve de quelques uns que le capitaine juge à propos de faire demeurer auprés de luy.

17e. A l’egard du capitaine en second son poste est ordinairement en avant vers le mât de mizaine pour veiller à la manœuvre et faire executer plus promptement les ordres du capitaine qui commande le vaisseau.

18e. Nonobstant cet ordre etably par l’usage les capitaines sont les maistres de mettre les mêmes officiers aux postes dans lesquels ils les croyent les plus propres, et suivant la capacité qui leur connaitront et la confiance qu’ils pouront avoir en luy.

19e.Sy on combatait dans les mers où il y aurait du fond pour y moüiller on aurait pour lors la precaution de faire tenir deux ancres parées et leurs cables leurs orins et leur bouée, et sy l’on y mouillait soit que ce fut à quelque côte ou en plaine mer on prendrait avant de moüiller les precautions necessaires pour pouvoir se traverser afin de preter le costé où on jugerait à propos,[.] Cette manœuvre devrait se faire en amarrant avant de mouiller un greslin à l’organeau de l’ancre, ou en tenant parée une ancre à touée, l’arrière du Veau. On prendrait de ces deux manières celle qui conviendrait le plus.

20e. Les officiers de chaque batterie auront la precaution de jetter la vue de temps en temps vers les ecoutilles des echelles auxquelles comme on a dit ailleurs il faudra des sentinelles, afin d’empecher que personne ne descendit ny ne montat d’une batterie à l’autre à moins d’avoir une marque d’un officier major,[.] Sans cette precaution plusieurs personnes quitteraient leur poste ce qui serait d’une très grande importance.

21e. On repete icy qu’à la vue de l’ennemy et avant de commencer le combat, les maistres doivent faire mettre au pied des mâts et ailleurs sur le pont, entrepont au milieu, à l’avant, à l’arrière, et à la hune, des pièces de différents cordages de leur rechange, comme des palans simples et doubles, des poulies de touttes especes, des lignes d’amarage, du fil, des haches, des masses, des bosses à fouet et à bouton, des marteaux, epissoirs, chevilles, cuir, suif, goudron, seilleaux de cuir ou de bois garnis de longues cordes, les fauberts en quantité les uns pendus hors du vaisseau, les autres en dedans, et autour des bailles qui doivent estres dispersées à chaque batterie sur le pont et dans les hunes, et touttes remplies d’eau[.] De plus ils tiendront dans ces mêmes endroits des estropes touttes parées, chose utille pour pouvoir racommoder et remedier aux divers accidents imprevus qui pouraient survenir, etant très certain qu’en remediant et racomodant sur le champ ce qui pourait estre rompu ou coupé, on evitera un plus long travail et qui quelques fois pour ne l’avoir pas fait dans le moment deviendrait irremediable.

22e. Car un ou deux haubans coupés, qui ne porteraient pas grand prejudice, en porteraient beaucoup sy après ces deux que l’on avait negligé de racomoder, il y en aurait deux autres que l’on aurait coupés,[.] Le mât se trouverait incomparablement plus grand.

23e. Dans le temps que quelques uns travaillent à mettre ces differentes choses en place, les autres doivent travailler à mettre et à passer de fausses drisses aux huniers et des faux habans à touttes les vergues, des bosses, etays et faux etays aux grandes vergues et à celles d’artimon avec des courbes aux deux grands mats sous les vergues afin de les empecher de tomber sur le pont sy leur drisse ou bosse etaient coupées.

24e. On devrait aussy fraper des dormans des estropes et des poulies pour y passer au besoin des doubles manœuvres comme aux poulies des grandes voilles et huniers afin qu’en voulant les carguer, sy une cargue etait coupée, l’autre puisse servir.

25e. Après que les maistres auront fait passer de la fosse aux lions tout ce qui leur est necessaire, il faut que ce qui reste soit bien paré afin que l’on puisse aisement le trouver lorsqu’on le demande aux gardiens qui y sont.

26e. Les jours de combat, il serait très à propos que l’on fit passer par des rostures l’ecoutte d’artimon, les garands des bras du grand hunier, à ceux de la grande vergue au milieu du vaisseau, au pied du mât d’artimon ou comme j’ai dis on doit avoir mis des crampes et des boucles[.] Par cette precaution en brassant les vergues d’arrière, et bordant l’artimon on ne detourne ny soldats ny matelots qui sont à costé du vaisseau pour y servir la mousqueterie ou le canon.

27e. On pourra aussy guarantir les garands de drisses des huniers de la longueur d’environ 2 ou 3 brasses en amarant leur poulies qui se mettent à costé en dehors du vaisseau au dernier hauban à 6 ou 7 pieds au dessus du pont[.] On y mettra pour les fortifier de bonnes estropes.

28e. Les jours d’occasion on doit tenir plus paré que d’autres jours, les mâts d’hune, jumelles et vergues de rechange, comme aussy les bouts dehors.

29e. Par cette precaution il n’y aurait qu’un simple garand qui viendrait sur le pont dans une poulie de retour.

30e. On ne doit pas negliger de mettre des pavois ou morceau de toilles autour de chaque hune afin d’y mettre à couvert ceux qui y seront, et qui doivent y porter comme sur le pont, une baille plaine d’eau, un marteau, des epissoirs, du fil, de la toille, des eguilles, des lignes d’ammarage, du suif, du goudron, des estropes, des poulies, une hache, des faux berts, des seilleaux, du cordage et autres choses necessaires aux gabiers pour racommoder les autres manœuvres.

31e. Ces mêmes matelots doivent avoir de bons fusils et des grenades, car etant prés de l’ennemy 10 hommes dans ce poste là vallent bien 20 ailleurs.

32e. Cette journée de combat on doit voir sy cette petitte corde qui est autour du navire à la flotaison n’est point rompue afin d’en faire mettre une sy elle l’etait car elle peut estre de consequence tant pour sauver des hommes qui tomberaient à la mer, que pour en tenir d’autres qui voudraient travailler.

33e. Les maistres ne doivent jamais oublier de tenir tous paré avec de longues cordes, 3 ou 4 tringles et des sangles pour pouvoir travailler en dehors du vaisseau ou aux mâts et autres endroits où il faudrait suspendre des hommes pour travailler.

34e. En travaillant à ces differentes choses on travaillera aussi à accomoder promptement le plancher destiné pour les blessés,[.] Ce dit plancher comme il a esté dit ailleurs doit avoir esté preparé des les commencement de la campagne, ainssy le jour d’occasion il ne doit y avoir de travail que pour le debarasser, après quoy le chirurgien et l’aumonier y descendront et y feront porter leurs coffres avec tous les ferrements, medicaments, linges et autres choses de leurs fonctions afin de n’apporter aucun retardement aux blessés qu’on leur envoira.

35e. On doit exactement deffendre à M. l’aumônier de recevoir en bas qui que ce soit que ceux qui seront veritablement blessés, et que le chirurgien major reconnaitra, et fera remonter sur le champ ceux qui après avoir etés pansés, n’auraient que de legeres blessures qui n’empecheraient pas de pouvoir agir,[.] Ce cas arrive souvent comme aussy il y en a qui descendent sans aucune blessure que celles de la peur,[.] Ces messieurs donc, doivent estre exacts à n’y souffrir que ceux qui seront veritablement blessés.

36e. Dans les poulies simples que l’on tient ordinairement au bout des vergues, on doit ces jours d’occasion y passer des cordages desquels le double doit venir jusques sur le pont car il pourrait arriver plusieurs circonstances où lesdits cordages seraient très necessaire.

37e. Comme c’est l’ordinaire que ces longs combats finissent avec le calme, il faudrait diligemment profiter de ce temps qui nous eloigne de l’ennemy pour travailler à se racommoder, et visiter les dehors et dedans du vaisseau, comme ses mâts vergues, manœuvres, pour pouvoir se mettre en etat de naviguer ou de continuer le combat, sy on s’y trouvait engagé ou sy on le trouvait à propos.

38e. Tous ces differents articles cy devant regardent le maitre qui sur tout ce qui a été nommé doit diminuer ou augmenter ce qu’il croirait estre de trop ou oublié, en donnant avis et recevant les ordres du capitaine et de l’officier qui a le detail du vaisseau.

39e. A mesure que le gros des choses s’acheve, on fera porter les armes dans la chambre de conseil sur la dunette, ou gaillard, où le capitaine le juge à propos mais on doit les ranger de façon qu’elles n’embarassent pas les manœuvres ny le passage pour pouvoir agir sans passer dessus.

40e. On fera mettre dans ladite chambre des tables de pierres à fusil mais on ne doit jamais y mettre de la poudre pour eviter les accidents qui sont arrivés autrefois.

41e. Sy on avait des grenades et autres artifices il faudrait les mettre dans des barils fermés, puis les amarer et suspendre hors du vaisseau derrière vers le couronnement ou à costé afin que s’il donne quelque coup de canon dedans, les suittes n’en fussent pas dangereuses.

42e. Pour ce qui regarde la poudre necessaire aux soldats pour la mousqueterie, on ne devrait jamais en avoir besoin, car chacun devrait en avoir 20. 30. ou 40 dans son gargoussier, qui suffiraient pendant la campagne,[.] Cecy est le soin du capitaine d’armes et sergents qui après les avoir touttes faittes sur un même calibre doivent les mettre dans des barils et les remettre au Me. canonier pour qu’il les tiennent parées dans les souttes,[.] Ainssy les jours d’occasion on les tient sur la dunette, dans les cabanes, dans le grand fanal ou ailleurs.

43e. Parmis ces armes, les pistolets, haches d’armes, sabres, doivent avoir des gances de bitord pour pouvoir les passer à la main, afin de les mieux tenir,[.] Pour les espontons, hallebardes, piques, demy-piques, on devrait avoir fait faire des boutons de la grosseur d’un œuf à demy brasse des bouts afin de pouvoir les tenir en sorte qu’ils ne puissent pas glisser des mains.

44e. Les charpentiers et calfats destinés pour demeurer en bas dans les galleries, doivent y porter tous leurs ferrements, bois, suif, plomb, des placards de bois et de plomb et des balles de suif touttes parées, des clous et enfin tout ce qui pourrait leur faire besoin, pour estre en etat de remedier aux coups de canon que l’on pourait recevoir et aux voyes d’eau qui pouraient survenir.

45e. Et afin qu’ils puissent s’en apercevoir dans le moment ils ne devraient jamais cesser d’aller ny de venir de l’avant à l’arrière et à l’archipompe en faisant tout le tour du vaisseau en dedans,[.] Ils ne seront pas surpris et les accidents ne pouront pas demeurer longtemps sans estre aperçus[.] Sy après en avoir decouvert quelques uns qui soient de consequence ils n’y travailleront tout de suitte et envoyeront promptement en donner avis au seul capitaine sans rien donner à connaître à qui que ce soit qu’à luy seul qui en ordonnera[.] C’est de quoy on doit prevenir les Mes. Charpentiers et calfats.

46e.Le maitre voillier sera employé ce jour là à quelques canons et avant d’y aller il doit mettre à part la toille le fil et les eguilles et ralingues afin que tout soit prest au besoin,[.] Il serait très important qu’on ait cousu une ralingue aux basses voiles à un pied ou environ de celles qui sont[.] Cette precaution pour les voilles fait qu’elles ne se dechirent pas sitot car sy les ralingues etaient coupées, cette dernière mise guarantirait la voille de dechirer.

47e. Et pour ce qui regarde l’artillerie les Me. canoniers doivent avoir fait porter par les canoniers chaque chose à son poste de ce qui les regarde pendant que les Me. du vaisseau feront aussy passer et ranger chaque chose à son poste par les matelots de la manœuvre.

48e.Aprés quoy le Me. canonier ira à chaque batterie d’un canon à l’autre pour voir sy tout le monde est à son poste et sy chaque canonier a fait apporter à son canon tout ce qui luy est necessaire.

49e. Comme pinces anspects, escouvillons, refouloirs, cueillers, garde feux, tirrebours, coussins, coins de mirre, boute feux garnis de mêche tressées, et sy les cornets d’amorces sont bien garnis de poudre et d’une epinglette sy les palans sont doubles, sy les bragues y sont bonnes et parées, sy touttes les platines sont sur leurs lumieres, sy les canons sont amorcés, s’ils sont detropés, et s’ils sont tous chargés, sy à chaque poste les parquets y sont garnis d’autant de boulets ronds et à deux têtes que le capitaine le souhaitte, sy ces mêmes parquets sont garnis de tampons et sçachets d’une balle d’une livre sy l’on en a ou de la mitraille.

50e. Sy les restes des etoupins, valets et bourlets y sont bien parés, sy les bragues de rechange, les cricqs, palans, essieux, affut et roües de rechange sont parés et commodes à prendre sans peine comme aussy du suif, ligne, herse, goupilles et autres choses de l’artillerie.

51e. Ces choses là se tiennent ordinairement partie dans leur chambres ou ecoutille de l’arrière et partie dans le fond de calle, aux vivres ou à l’eau.

52e. Ledit Me. canonier doit exactement examiner tous les canons et voir s’ils sont garnis de chandelles et de bitord, pouvoir les fermer et tenir prêt, pour s’en servir en cas que le combat continue de nuit ou qu’il y commençat.

53e. Il verra à chaque batterie sy les bailles y sont bien garnies de faubers et sy elles sont pleines d’eau[.] Sy elles ne l’etaient pas, il avertira les officiers majors.

54e. Il verra aussy sy la grande ecoutille de la Ste barbe est bien fermée de sa barre et cadenat et sy le cuir verd qui est dessus est bien cloué et amaré, comme aussy s’il y en a un sur la fosse aux cables afin d’eviter le feu qui pourait se mettre aux cables par malheur.

55e. Sy enfin les batteries sont bien nettes degagées et parées de l’avant à l’arrière, et après avoir bien exactement visité ses batteries et tous le canons les uns après les autres il ira demander la permission au capitaine de descendre en bas pour voir sy tout est en bon ordre et paré[.] Je suppose ces articles au cas que le tems le luy permette et y etant il examinera sy le grand fanal des souttes y est allumé, s’il est garny de bougies, s’il y a de l’eau dedans, et aussy au fanal commun s’il est garny de même pour qu’il soit paré en cas de besoin pour aller chercher de la lumiere sy par hazard le canon faisait eteindre le grand ce qui peut arriver.

56e.Il regardera sy dans les mêmes endroits des souttes, chacune des petites souttes où sont les gargousses sont bien parées et point embarassées, sy lesdittes gargousses ne sont point mellées, ce qu’il ne faut jamais faire à moins que la necessité ne l’obligeat, faute de place, auquel cas il faudrait que les plus petittes fussent avec les plus grosses, afin qu’en les donnant on ne se meprit pas en les donnant l’une pour l’autre.

57e. Il examinera s’il y assés de vallets ou mousses pour pouvoir prendre les gargousses, les donner et passer et sy ces mêmes gens sont bien dispersés, comme il faut, sy chacun d’eux sçait la gargousse qu’il doit demander et celle qu’il doit prendre, s’il connaît bien la soute qu’il doit servir,[.] cecy est de très grande consequence pour la vigilence et pour eviter la confusion, ainssy on doit y porter attention.

58e. Il remarquera sy les couroirs ne sont point embarrasser et s’il n’y a vin ny eau de vie ny couteau ny pipes dans les poches de ceux qui sont en bas.

59e. Après cette revue prompte et exacte il remontra en haut en rendre conte aux officiers et recevoir leurs ordres[.] En montant, il verra sy on a mis assés de poudre dans une soutte à pain ou ailleurs pour remplir le cornet d’ammorces, sy cette poudre est dans le bouts fermés s’il n’y a aucun danger et sy les gens commis pour cela sont propres pour le bien faire.

60e. Lorsqu’on commencera à tirer il doit autant qu’il se poura pointer quelques canons tantot à un poste tantot à un autre pour mieux redresser les canoniers.

61e. De temps en temps il doit proposer aux officiers majors de faire passer des faux berts un peu mouillés derrière et à costé des canons pour y ôter ou mouiller la poudre qui s’y repend quelque precaution que l’on puisse y prendre.

62e. Ledit Me. canonier doit aider aux officiers à veiller à tous les accidents qui pouraient arriver et les en avertir.

63e. Il doit recommander à chacun de ceux qui se sont chargés de quelque chose à chaque poste de le faire promptement et sans confusion, et qu’il n’y ait jamais à la fois deux gargousses à un même canon, recommendant à celuy qui est chargé du soin de les aller chercher de faire en sorte qu’il n’en manque jamais à celuy qui a le soin de charger.

64e. Il serait bon de temps en temps qu’il fit changer ceux qui chargent pour se soulager les uns et les autres.

65e. Il ne doit pas permettre qu’aucun canonier jette de la poudre des gargousses plus qu’elles doivent estre remplies avec les precautions qu’il est necessaire pour le commencement et la fin du combat.

66e. On ne coupe plus les gargousses avec le couteau ou avec les dents, comme autrefois on faisait avant de les mettre dans le canon, mais après l’avoir poussé au bout du canon, on la perce avec la sonde [pour le degorgeoir] par la lumiere,[.] Par cette precaution on evitte de très grands accidents ou tout au moins de longs retardements.

67e. On doit aussy recommander de ne point mettre le taupin [probablement le valet] ny le boulet sur laditte gargousse que premierement celuy qui charge se soit assuré par la sonde [pour degorgeoir] que la gargousse soit tout à fait au fond de l’ame sans quoy il arriverait de très grands accidents ou tout au moins de longs retardements.

68e. Il doit aussy leur recommander de ne jamais les recharger après qu’ils auront tirés qu’ils ne les ayent bien netoyés ce qui est très important.

69e. De tems en tems il doit tater avec les mains les canons afin de connaître s’ils ne sont pas trop echauffés auquel cas il serait bon de les frotter de suif pour les rafraichir[.] Au deffaut de suif on aurait recours à mouiller l’ecouvillon, et de passer plusieurs fois dedans et même le frotter dessus,[.] Le vinaigre vaudrait, encore mieux que l’eau.

70e. S’il y avait quelque canon demonté ou incommodé il en avertira les officiers qui sont dans les batteries qui feront faire diligence pour le monter ou changer ce qui doit se faire par les gens de la même pièce et ne point detourner les autres à moins que ce ne fut une necessité absolue.

71e. Enfin il doit se faire une grande obligation pour aider aux officiers à faire garder un grand silence et pour empecher la confusion.

72e. Afin que les meiches ne manquent pas il doit y avoir aux cuisines dans des barils plusieurs bouts en tresse, tous allumés et d’autres tous parés avec des poulverins enveloppés avec du parchemin.

73e. Sy on pouvait avoir plusieurs bouts de chaine de fer d’une brasse de long afin d’en charger quelques canons lorsqu’on est prés, rien n’est meilleur pour demater et couper les manœuvres.

74e. Autant que l’on poura on doit observer en tirant de pointer les canons au corps du vaisseau ennemy, et vis à vis du grand mât,[.] C’est la manière la plus sure pour atraper.

75e. Les sabords des chambres et ceux de la Ste barbe doivent esttres parés et garnis de leur crocqs et boucles.

76e. s’il arrivait qu’un canon fut tout à fait hors de service, on devrait le passer de l’autre bord sy on ne combatait que d’un costé et en ramener un autre à la place, ce qui se fera en très peu de temps.

77e. Sy on etait abordé par un vaisseau plus fort que soy et duquel on voullut se debarasser, il serait bon qu’en l’abordant on fit mettre double boulet dans le canon de la batterie d’en bas sur une seule gargousse et pointer pour tacher de le couler bas.

78e. Et dans les canons des gaillards, il faudrait par dessus leur charge y mettre des sachets de balles de 6 once et d’une livre,[.] Sy on en avait même des balles de mousquet pour netoyer le pont et on endommagerait le vaisseau ennmy.

79e. Ledit Me. canonier doit aussy voir sy tous les coussins et coins de mirre sont garnis de garcettes et de bitord, pour les tenir assujetis à leurs affuts, et sy lesdits coins de mirre sont tous bien coupés de manière que les canoniers puissent facillement pointer les canons aussy bas et haut que l’occasion de demandera.

80e. Il doit avertir de recommander à tous les canoniers de prendre garde en mettant le feu au canon que celuy qui aura le bout feu soit à costé de la pièce et non derrière comme aussy qu’il prenne bien garde de ne pas mettre le feu lorsqu’il passerait personne pour ne pas l’atraper.

81e. Et que dans le même temps les bragues, palans et autres ustancilles ne soint pas embarassés ny posés derrière les affuts mais à costé.

82e. S’il arrivait que l’eau entra par quelques sabords les canoniers qui s’en apercevront les 1er en avertiront promptement les officiers qui auront soin d’ordonner que l’on ferme les sabords, en mettant le canon dedans, et l’envoyeront dire au capitaine.

83e. Lesdits canoniers avertiront aussy lesdits officiers des accidents qui pouront arriver à leur poste comme du feu, des gens tués ou blessés, et des autres accidents imprevus.

84e. On doit exactement prevenir et avertir tous les gens des batteries que sy on etait obligé de tirer des deux bords, il faudrait que tous ceux du quart stribord restassent au canon de stribord et que ceux du quart de basbord passassent à babord s’il n’y etaient desja et que chaque equipage de canon, servit deux canons ils se partageraient en deux observant pourtant de s’aider les uns les autres.

85e. dans ce cas au moment qu’on crierait stribord à babord, ou babord à stribord, chacun à son poste ou à son canon qui doivent estre ceux qui sont directement opposés à ceux où ils servaient, n’emportant de leur canon quoy que se soit de manière que sy l’on a observé en garnissant les batteries, l’ordre que j’ay prescrit ailleurs, ces changements se font sans aucun desordre ny confusion.

86e. S’il n’y avait pas de petits trous d’un pied ou environ en quarré vis à vis l’ecoutille aux vivres pour pouvoir donner de main en main les gargousses qui en sortiront on les passerait par l’ouverture vis à vis les bittes où passent les drisses pour eviter comme on faisait autrefois d’aller faire le trou par les echelles,[.] Cette manière sera plus prompte et moins embarassante.

87e. S’il arrivait dans ce même poste qu’il y eut plusieurs personnes tuées ou blessées, en sorte que le reste ne puisse manier le canon, pour lors on remplacerait ces mêmes personnes par ceux que l’on aurait reservé à rester à certains postes comme gens à employer,[.] Sy ceux là ne suffisaient pas, ou qu’ils eussent déjà etés placés, on aurait recours à prendre un homme aux canons que l’on connaitrait les mieux garnis.

88e. Pour remedier encore mieux à ces accidents, que l’on se trouverait point embarassé pour un homme ou deux qui manqueraient à chaque pièce sy l’on avait les gens des deux canons voisins qu’ils doivent se regarder comme à un canon et s’aider[.] Par cet ordre, il n’y aurait pas 15 hommes à un canon de 36 mais 30 dans un besoin[.] J’ay expliqué cecy ailleurs.

89e. Comme il y a des vaisseaux dont les beaux ont beaucoup de bouge, pour lors il serait bon d’avoir pour chaque canon un petit coin de bois pour mettre sous les roues de l’avant dans le moment que lesdits canons ont tirés et sont arrivés à leur recul,[.] Par là on les empecherait de retourner sy promptement à leurs sabords,[.] Cette même precaution servira lorsque l’on combatera sous le vent.

90e. Dans les occasions sy le coin ne suffit pas il faudrait avoir recours à des palans de retraite pour les retenir ce qui est de consequence, car pour peu dans l’occasion que l’on perde du temps & quelque petit qu’il puisse estre il est toujours de consequence, et quelquefois même irreparable[.] Ainssy il ne faut jamais rien negliger, mais au contraire il faut profiter de tout.

91e. Sy le combat commençait ou s’il continuait de nuit il faudrait encore agir avec plus de precaution et moins de confusion, et c’est ce qui n’est que trés en usage,[.] Ainssy on doit en tout redoubler son aplication tant pour le feu, pour la poudre que pour le reste et pour cet effet dans le temps qu’il fait encore jour on aura soin de faire mettre touttes choses en bon etat tant les fanaux que tous ce qui convient dans l’occasion.

92e. Il arrive souvent que dans le commencement du combat et vers la fin plusieurs tirent du canon hors de la portée[.] cet article est deffendu dans les ordonnances du roy et fait un très mauvais effet donnant même du courage à l’ennemy[.] Ainssy on devrait estre regulier pour ne jamais tomber dans ces inconveniens.

93e. Sy on aborde un vaisseau ou que l’on fut abordé par luy et que le capitaine juge à propos d’estre dans le vaisseau ennemy pour en tenter seullement, il ne faudrait pas permettre d’abord à personne d’y entrer que premierement l’on eut fait ses efforts d’obliger à coup de canon de mousqueterie et de grenades les gens dudit vaisseau d’abandonner leur pont en se retirant en bas dans leurs chambres.

94e. Pour lors il faudrait y entrer vivement et plusieurs en même temps afin de se soutenir les uns les autres car s’il n’y entrait que 5 ou 6 personnes, ce peu de gens donnerait occasion aux ennemis de reprendre courage en revenant à la charge pour se deffaire de ce peu de braves gens qui y auraient entrés.

95e. Pour donc pouvoir plus surement y entrer, il serait bon que dans le commencement de la campagne on eu fait choix parmy les soldats et matelots d’un certain nombre de gens de bonne volonté, et même prevenir les officiers, lorsque l’ordre d’y entrer aura été donné[.] C’est dans ces occasions où les gens de valeur peuvent se distinguer à l’envie des uns des autres.

96e. Cette precaution de nommer un certain nombre de gens augmenterait l’entreprise des officiers qui au contraire quelque valeur qu’ils eussent pouraient chanceler s’ils ne s’assuraient sur personne d’estre suivis.

97e. dans certains abordages il pourait arriver que des vaisseaux auraient de bons retranchements dans leurs corps de garde de l’arrière et de l’avant,[.] Dans ce cas il faudrait des precautions pour ne pas sauter et se trouver entre les deux grands mâts mais il faudrait s’il se pouvait se rendre maitre du dessus desdits gaillards où ils seraient retranchés et de dessus prendre les mezures qu’il conviendrait et couper les ponts à coups de hache ou autrement.

98e.Dans les combats de vaisseau à vaisseau et même plus il est très dangereux de se mettre au vent s’il y avait une grosse mer ou les vents trop forts[.] Il est bon aussy que l’on se trouve prés du vaisseau de l’avant ou de l’arrière et que lorsque l’on veut prolonger pour se mettre bau à bau avec luy de faire passer votre equipage en sorte que l’on puisse eviter d’essuyer le feu dudit vaisseau à mezure que l’on aproche de luy qu’il vous attend avec tout son canon chargé[.] Il ne tire qu’à mezure qu’il vous decouvre ainssy il ne perd pas un coup, car pour lors il ne tirera qu’à propos en se retirant comme icy dit,[.] On rend ce feu inutille, sy on se met en etat de luy donner tout à la fois touttes les charges de vos canons.

99e. C’est une necessité absolue de profiter pendant les premières heures du combat du vent et même du 1er mouvement de la valleur de vos equipage qui sans contredit se ralentiront, comme le vent à mezure que le combat dure.

100e. Lorsqu’un vaisseau en combat un autre, il doit autant qu’il poura se tenir à costé de luy de manière que ses canons puissent le battre, en l’elongeant un peu de l’avant à l’arrière ou de l’arrière à l’avant afin que le prenant ainssy en biais il puisse plus facillement attraper les mâts et les manœuvres,[.] Cecy est sensible et pour mieux reussir à le degrayer rien n’est meilleur que de charger les canons d’en haut de scachés de boulets de 5 ou 6 onces, ou des balles de mousquet.

101e. Lorsqu’on peut ainssy degrayer un vaisseau, l’on peut croire qu’il est perdu fut il même plus gros que l’autre et superieur en artillerie car dans cet etat il ne peut plus gouverner et ainssy celuy qui le combat, le tourne comme il veut et par consequent le plante à son avantage, rendant son feu presque inutille.

102e. Pour augmenter le feu de la mousqueterie il serait très à propos que dans les exercices dans lesquels on fait tirer les soldats, on y mettat 15. 20 ou 30 matelots des plus adroits et qui sauraient manier un fusil[.] ces gens là feraient un feu qui surpasserait celuy des soldats, et qui serait très bon dans l’occasion ou la mousqueterie agirait.

103e. Sy en abordant un vaisseau le capitaine voullait tenter son enlevement il faudrait en l’abordant y jetter deux grapins vers son avant et vers le grand mât[.] Pour cet effet on doit les tenir parés avec des chaines ou des cordes qui soyent bien amarées au pied des mâts mais lesdits grapins ne doivent estre jettés que bien à propos faute de quoy il serait inutille de le faire.

104e. Il serait bon que chacun des soldats qui sont employés aux canons eussent leur fusil au pied d’eux avec leur gargoussier attachés ensemble et placés vis à vis de leur poste de l’autre bord, en tenant aux hilloires et aux beaux en sorte qu’ils n’embarassent en rien[.] En prenant ces precautions, les soldats pouraient tirer au besoin par les sabords de leur batterie, ou sur le pont.

105e. Comme quelques fois les officiers pendant certain temps du combat pouraient porter leur epée à la main pour mieux faire agir, il serait à propos dans ce moment qu’ils y mettent un morceau de liege à la pointe pour eviter de blesser quelqu’un dans l’agitation.

106e. D’abord qu’il y a quelques uns de tués il faut sur le champs le faire jetter à la mer et faire passer des faux berts sur le pont pour essuyer le sang qui y serait afin de ne pas intimider l’equipage, car la vue du sang sur lequel on marche, ne peut estre que très desagreable,[.] De même au moment qu’il y en aura de blessés il faudra sans bruit les faire porter au fond de calle.

107e. Sy en combattant les chaloupes et canots sont dans le vaisseau, ce qui arrive presque toujours lorsqu’on est en pleine mer, on a soin de mettre dedans quelques mousquetaires que l’on a soin de cacher avec quelques gardes corps, et placer d’augmentation aux canons, aux manœuvres, et à la mousqueterie l’equipage desdittes chaloupes.

108e. Avant de commencer le combat on aura la precaution de faire faire du breuvage dont le quart ou la 5e partie est de vin et le reste d’eau, et qui y ait de ce breuvage suffisemment pour n’en refuser à personne de ceux qui iront en demander, avec des bidons, bouteilles ou autres vases,[.] Rien ne soulage plus les gens alterés ou fatigués par le feu ou la fumée de la poudre que de boire souvent.

109e. Il serait très necessaire dans un corps d’armée et même dans une escadre seulle qu’il y eut deux gardes la marine, des plus surs et des plus experimentés ou à leur deffaut deux bons officiers mariniers, qui fussent un sur la poupe du vaisseau, et l’autre à l’avant qui n’eussent autre attention ny soin que de prendre garde aux signaux et aux mouvements qui se feraient tant dans l’armée, que dans celle des ennemis afin den avertir à l’instant le capitaine.

110e. Ils observeront aussy les brulots ou autres batiments qui dans la fumée ou autrement pouraient s’aprocher du vaisseau et même de la ligne,[.] Cette observation est très necessaire,[.] En ce jour là le capitaine etant tout occupé, de son devoir et de la manœuvre a de la peine à vacquer à ces sortes de choses,[.] Ainssy il se trouverait très soulagé pouvant se reposer sur ces personnes là.

111e. Sy dans ces observations le capitaine s’apercevrait de quelque desordre parmy les ennmis ou dans notre armée ou de quelques mouvements ou changements qui luy parut de consequence et qu’il crut ou soupçonnat n’estre pas aperçu de son chef de division ou par l’amiral il enverrait dans le moment un officier en donner avis.

112e. Pendant le combat ayant les chaloupes à la mer elles doivent estre armées de pierriers à boites avec des balles de fusil, plaque de plomb, haches de bois, des grenades, chemises à feu, grapin en main,[.] Enfin il ne doit rien manquer pour qu’elle soye en etat de partir quand on le jugera à propos, et agir suivant l’interet du capitaine[.] La dite chaloupe doit estre du costé qu’on ne combat pas pour estre à couvert du canon, jusqu’à ce qu’on parte[.] Il ne doit estre dans la chaloupe que son equipage de matelots et dans le tems que l’officier s’embarquera, le canonier et les soldats qui se tiendront parés s’embarqueront avec luy.

113e. Les chaloupes armées sont pour s’opposer aux aproches de quelques brulots ou pour escorter quelques uns des notres,[.] Ainssy l’officier qui sera chargé du commendement, sy c’est pour s’opposer, il ne doit rien negliger pour se rendre maitre des chaloupes, des brulots ennemis en coupant s’il se peut leurs amares, ou en abordant les brulots s’il le jugeait à propos,[.] Au contraire sy c’etait pour escorter, il faudrait qu’il n’abandonnat son brulot que lorsque le capitaine se serait sauvé y ayant mis le feu après quoy il doit escorter ou prendre dans sa chaloupe le capitaine et le mener à bord.

114e. Sy pendant le combat ou après il arrivait quelque incommodité qui fut d’importance et difficille à remedier on envoyera s’il se peut en donner avis au chef de division et sy cet accident obligeait indispensablement de quitter son poste on en expliquerait la raison audit commandant de la division afin qu’etant luy même informé, il puisse vous disculper auprés du general.

115e. Lorsqu’on est à son poste et à son devoir on ne doit jamais par une prudence immoderée, ou par une fausse bravoure, doubler le vaisseau qui est devant soy,[.] Cecy serait offensant, et on serait blamable à moins que le vaisseau ne fut hors d’etat de suivre, ou bien qu’il negligeat de serrer la ligne,[.] Pour lors l’ordre est de le doubler.

116e. On ne devrait jamais arriver ou se rallier au vent ou sous le vent de la ligne pour s’aprocher plus prés de celle de l’ennemy car en le faisant on cours risque de se mettre hors d’etat de combattre, etant indubitable qu’une ligne qui voit un vaisseau qui est separé, affecte de tirer plutôt sur luy que sur les autres,[.] Ainssy cette manœuvre serait prejudiciable au service, à moins que ce ne fut par un ordre exprés pour mener un brulot ou d’autres raisons que le general luy aurait envoyé dire ou bien s’il se trouvait à la tête ou à la queue de l’armée[.] Ces postes sont de tous ceux où un brave peut le plus se distinguer, car un vaisseau qui se trouve dans quelques uns de ces postes peut suivant l’occasion s’approcher vergue à vergue et même aborder,[.] Ces cas se regleront sur la prudence et suivant l’entretien qu’il aura pu avoir avec le general à ce sujet.

117e. Sy par des cas imprevus on se trouvait après le combat separés de son escadre ou de l’armée, on ferait ses efforts pendant la nuit pour pouvoir au jour se joindre à la division, ou à l’armée,[.] On coure risque de perdre son vaisseau en dormant parmy les ennemis[.] Cela se reglera suivant la prudence et le jugement du capitaine qui dans ces occasions de necessité ne ferait pas mal de faire en sorte que tous les officiers, et même l’equipage la connussent.

118e. Après un combat, il est de consequence qu’il y ayent des officiers qui veillent plus regulierement qu’à l’ordinaire, sy on etait à l’arrière, car il est arrivé que des vaisseaux ont laissé partir leur commandant, sans qu’ils s’en soyent aperçus quoy que les signaux de feux ou de canons eussent etés faits,[.] On donne cet avis parce que ce jour là tout le monde est fatigué et assoupy, et facille par consequent à se laisser surprendre au sommeil.

119e. Sy par malheur ou se trouvait surpris dans un port en sorte qu’on ne put absolument sortir il faudrait amener sur le pont ses basses vergues afin de pouvoir s’en servir pour s’opposer à quelques brulots,[.] Dans cette crainte il serait bon d’amenr les haubans en bas afin de les amener le long des mâts et sy le tems et l’occasion le permettent, il faudrait se faire quelques estacades de mâts, jumelles, que l’on meterait dessous pour les rendre plus forts mais il faudrait que les estacades autant qu’il se pourait fussent rangées de manière que les batiments qui voudraient aborder votre vaisseau fussent obligés par necessité de longer lesdittes estacades, et non pas les remonter droites perpendiculairement à leur quille.

120e. Pour pouvoir plus facillement et surement contenir et rassurer vos equipages, il serait bon que les poudres fussent ostées et mises dans des batiments à costé du vaisseau, d’où on ferait aporter par les chaloupes les gargousses qui seraient necessaires à mesure qu’on en aurait besoin pour tirer.

121e. Par ces precautions votre equipage etant prevenu qu’on ne saurait les faire sauter en l’air combaterait de pied ferme et avec moins de terreur.

122e. dans ces extremités on ne doit se resoudre à abandonner son vaisseau qu’on ne se voye abordé et même forcé.

123e. Sy touttes fois dans des occasions, on ne pouvait avoir aucune esperance de sauver le vaisseau il ne faudrait pas oter les poudres afin d’estre en etat de se bruler et faire sauter le vaisseau après y avoir fait toute la resistance possible, afin de pouvoir en cet abord faire sauter le vaisseau ennmy, lequel voyant cette fermeté, y penserait avant de venir à bord,[.] Ces sortes de choses se disent afin de prendre de justes mezures suivant le cas,[.] On en dira pas d’avantage chacun sachant à quoy il doit s’en tenir.

124e. Par ces grandes extremités on doit voir de quelles consequences il est de sortir d’un port où on n’est pas en sureté, sy toutefois il est possible, car un vaisseau ou plusieurs qui combattent à la mer ou sous voille peuvent attendre plusieurs hazards pour se sauver soit par le calme, soit par la tempête, la nuit, l’ennemy dématé ou degréé,[.] Enfin le sort peut faire naitre quelques ressources en combattant.

125e. Mais etant surpris à l’ancre on en a aucunes ajouté à cela que la proximité de la terre vous ôte le pouvoir d’estre maistre de vos equipages, ny de pouvoir le contenir,[.] En etant saisis de la peur aucunes precautions ne pourait les empecher de se jetter à la mer, pour pouvoir s’y sauver.

126e. Autant qu’il sera possible lorsqu’on sera bord à bord d’un vaisseau et à petitte portée de mousquet il serait très avantageux que le vaisseau que l’on aurait par le travers restat un peu de l’arrière du votre en sorte que le feu de votre mousqueterie put commender sur son gaillard d’arrière, voyant un peu l’entrée de ses chambres et sur le corps de garde,[.] Par cet avantage on rendra le feu de son arrière, superieur à celuy de l’ennemy etant plus à craindre que son avant, tant pour l’artillerie que pour la mousqueterie des vaisseaux,[.] Cet article pourait s’observer tant pour ce qui regarde un vaisseau seul que tout un corps d’armée.

127e. On devrait aussy observer etant prés d’un vaisseau ennemy de faire le moins de manœuvre qu’il serait possible et sy la necessité vous contraint de revirer de bord ou faire quelques manœuvres, il est très utille et très à propos de ne les faire qu’après s’estre un peu eloigné, car pendant ces mouvements, on expose ces mâts vergues et manœuvres, c’est à quoy on doit bien prendre garde,[.] C’est ce qui decide l’avantage d’un combat.

128e. On repette icy qu’il est très important que les ecoutilles de la fosse aux cables soyent fermées et couvertes d’un cuir vert ou d’un prelat pour eviter que n’entre du feu dedans ce qui serait presque irremediable.

129e. On repette encore que sy l’on combat de manière que la mousqueterie ne puisse pas porter, il est necessaire pour lors que tous les gens de la mousqueterie de la dunette et des gaillards et tous ceux qui sont inutils est sans postes se missent ventre bas, ce qui doit sauver du canon, ou des eclats plusieurs de ces gens là etant certain qu’on ne devrait exposer personne qu’au besoin et jamais sans necessité.

 

Des abordages

Pour aborder un vaisseau ennemy, on fait de bonne heure fraper les chesnes de grapin au bout de la grande vergue et à celle de mizaine à babord ou à tribord et on suspend les grapins par des vat et vient au bout des vergues du coté que l’on veut aborder, puis on ordonne et on dispose pour l’abordage,[.] On fait armer de sabres, pistolets, haches d’armes, et grenades ceux qui doivent sauter à l’abordage,[.] On doit avoir sur les gaillard, dunette et hunes des paniers ou barils plains de grenades, des espingolles et pierriers, chargés de balles, des espontons et piques sur les gaillards, pour deffendre et soutenir l’abordage,[.] Ensuitte on arrive insensiblement et en dependant sur l’ennemy, en tirant continuellement du canon et de la mousqueterie, et quant on est bord à bord et vergue à vergue le plus court est de faire la dernière decharge à mitraille les batteries hauttes et gaillards, à boulets ramés et à deux testes les batteries basses pour causer beaucoup de desordre,[.] Ensuitte elonger la civadière et pousser la barre à arriver en eventant le perroquet de fougue, en laissant tomber les fonds de la mizaine et donner à bord en saisissant bien les canons et fermant les sabords[.] Ensuitte on abandonne le canon et tout le monde sautte à la mousqueterie, sur les gaillards passavents et dunette.

Pendant que ceux qui sont destinés pour l’abordage, sont sur le gaillard d’avant prest à sauter car d’abord que la vergue de mizaine est au dessus des grands haubans ou haubans de mizaine, il faut laisser tomber les grapins et pousser la barre à venir au vent pour pouvoir accoster à bord et prolonger l’autre vaisseau et laisser tomber les grapins de la grande vergue, supposé que l’autre vaisseau tienne bon et ne refuse pas l’abordage[.] Pour lors on saisit bien les deux vaisseaux ensemble le mieux que l’on peut, et on fait sauter à l’abordage en s’elençant du bord contre les haubans de l’ennemy, avec des manœuvres, tachant de se rendre maitre du gaillard d’avant ou du gaillard d’arrière et observant surtout de bien soutenir par la mousqueterie des gaillars et dunette ceux qui sauteront à l’abordage, et de faire servir au sujets les pierriers, espingolles, et les armes qui peuvent tuer le plus de monde,[.] A mezure que l’on saute à l’abordage on tache de se soutenir les uns les autres par le pistolet que l’on a et les armes blanches.

Sy on est beaucoup superieur d’equipage, on est bientôt maistre des gaillards et dunette, et on force les ennemis de les abandonner et de se refugier sous les gaillards[.] Dans ce cas on doit sauter sur les gaillards et jetter des grenades dessous,[.] Sy l’ennemy persiste il faudra percer les gaillards à coups de hache pour mieux jetter les grenades, entrepont et sous les gaillards,[.] Quelques fois l’ennemy a des fronteaux et des meurtrières capables de faire abandonner les gaillards,[.] On pourait dans ce cas faire tirer du canon sous les gaillards jusqu’à ce qu’ils se rendent.

Tout ce qu’on vient de dire suppose qu’on a affaire à un vaisseau qui veut aborder et estre abordé, mais comme cela est rare, il faut parler des differentes manières d’aborder,[.] Par exemple il y a des officiers qui aiment mieux aborder sous le vent disant qu’on est le maitre de tenir ou de deborder quand on voudra ce qui n’arive pas quand on aborde au vent[.] Les autres disent qu’en abordant sous le vent on a essuyer toutte la fumée de l’ennemy qui empeche de voir où l’on tire, et qu’on aborde guère sans estre presque sur d’estre plus fort, et qu’ainssy on est presque toujours maistre de deborder, quand on a fait amener l’autre vaisseau.

Enfin l’ennemy refuse souvent l’abordage[.] Par exemple, sy on est au plus prés et qu’on veüille aborder au vent comme on l’a dit, on pousse la barre à arriver, et sy on arrive trop on coure risque aussy de se mettre sous le vent[.] Dans ce cas on reviendra au vent pour ensuitte retomber sur luy quand il voudra prendre lof pour lof.

Sy le vaisseau qu’on veut aborder fait vent arrière on l’abordera en le longeant par la poupe, pourvu comme de raison qu’on aille mieux que luy[.] Mais il est aisé à l’ennemy de refuser l’abordage, car premierement sy on l’aborde par l’avant au vent, il arrivera tout court, et sy on arrive aussy il prendra lof pour lof ce qui fait qu’on s’abat et qu’on se retrouve sous le vent[.] Qu’on tienne le vent, il attendra qu’on aye passé de l’avant et depassé de l’arrière[.] il revient ensuitte au vent dans les eaux du vaisseau qui a voulu l’aborder ce qui fait manquer tout à fait l’abordage.

Sy on veut aborder ensuitte sous le vent il viendra au vent tout à coup sans craindre de fasier parce que l’air du vaisseau soutient un peu le vaisseau et fait que l’autre vaisseau coure de l’avant sans pouvoir l’aborder.

Sy on veut enfin l’aborder par la poupe ou par l’arrière sy c’est sous le vent il n’aura qu’à arriver tout court et se delivrera encore de l’abordage,[.] Il est aisé de voir la difficulté qu’il y a non seullement d’aborder comme il faut mais même d’aborder un vaisseau.

Enfin quand on est à bord et qu’on est bien amaré avec des greslins ou des aussières et les grapins on a des bordages ou des planches de chaloupes ou canot pour aller d’un vaisseau à l’autre, et quand on s’est rendu maistre de l’equipage de l’ennemy on fait tout descendre au fond de calle après qu’ils ont mis les armes bas, et qu’on a amené le pavillon de poupe de l’ennemy,[.] On laisse une partie des ennemis dans la calle à l’eau tous desarmés, et l’autre partie on la fais aller dans la calle à l’eau du vaisseau qui a enlevé l’autre et on met des voilles d’etay, bonnettes ou vieilles voilles sur les futailles pour qu’ils se couchent tous ensemble par dessus, observant de poser des sentinelles le sabre à la main et des pistolets à la ceinture sur les ecoutilles, du moins pour un tems et il n’en laisseront sortir qu’un à un par necessité.

On ne scaurait exprimer comment une action de cette nature se passe, car trop de choses concourent à la faire varier d’une infinité de manières, [.] Ce ne sont que des manœuvres coupées, que des poulies emportées, un hunier débordé, un mât renversé, une vergue cassée un beaupré qui a manqué, des bossoirs cassés, des bouteilles fracassées, des vergues entrelassées, d’autres engagées, des bras, des balancines, des boulines embarassées et cassées, enfin des vaisseaux qu’on ne scaurait deborder, sans couper bras, balancines, cargues, boulines, haubans, galhaubans, et encore forcer ou casser mâts, vergues et racages, à piquer des vergues, brasser, renverser, et boulverser, toutte la manœuvre, sans parler des canons demontés et crevés, des ancres cassées, des hommes blessés, tués ecrasés, massacrés, poignardés, noyés et brulés et encore trop heureux quand le feu ne prend pas aux souttes des deux vaisseaux car la poudre se trouve renversées des gardes feux crevés, des grenades lancées et jettées au hazard sur le pont et entrepont et par malheur, quelquesfois dans la calle, aux endroits où il y a de la poudre, et on voit une poupe enlevée, et deux vaisseaux peut estres sautés et abimés.

Sy le vaisseau qu’il faut aborder est mouillé on pourait mouiller sur sa bouée et ensuitte filer du cable pour tomber sur luy, mais aussy il pourra couper et vous faire manquer votre coups.

Pour mieux faire il faut commencer par elonger la civadière puis avec les huniers à my mât on va l’investir par la proue gouvernant entre sa poulaine et ses haubans de mizaine,[.] De cette manière on aura beaucoup de temps et plusieurs moyens de l’acrocher.

 

Eviter l’abordage etant à la voille.

Sy on veut aborder par la proue et au vent il faut arriver tout court et sy l’ennemy arrive, vous prendrez lof pour lof ce qui le metra infailliblement sous le vent.

S’il tient le vent vous attendrés qu’il vous ait passé de l’arrière et vous reviendrez ensuitte au vent, du même bord, ce qui vous delivrera tout à fait de l’abordage.

Sy on vous aborde par la proue sous le vent il faut venir au vent sans craindre de faire fasier parce que l’air de votre vaisseau vous soutiendra.

Sy on vous aborde par la poupe il sera aisé d’eviter l’abordage en tenant tant soit peu la proue du costé opposé à celuy par lequel on vous aborde.

 

Eviter l’abordage entre vaisseaux amis sous voille ou mouillés.

Sy deux vaisseaux amis viennent vent largue l’un à l’encontre de l’autre amurés de different bord ils eviteront l’abordage en faisant arriver le moins considerable tandisque l’autre tiendra le vent[.] Celuy qui arrive cargue son artimon pour avertir qu’il arrive, mais sy l’un d’eux est au plus prés il faut que l’autre arrive à moins que celuy qui est au plus prés ne fut prompte à arriver.

Sy un vaisseau vient vous passer de l’avant vous pouvez l’eviter en metant touttes les voilles à culer sy vous etes sous le vent, mais sy vous etes au vent il faut qu’il arive tout court.

Quelques fois il arrive que quand on vire on tombe sur un vaisseau qui suit pour revirer dans vos eaux,[.] Dans ce cas le vaisseau de l’arrière fera fasier ou mettera sur le mât s’il ne veut pas doubler, le plus sur est aussi de revirer par ce moyen[.] Aucun de ces vaisseaux ne s’embarassent mais si l’on est en escadre et que le vaisseau de l’arrière soit loin de son poste s’il ne peut pas passer au vent du Vau. qui vire devant luy il passera sous le vent et continuera sa route.

Sy un vaisseau vient vent largue pour passer de l’avant ou de l’arrière lorsqu’on est mouillé et qu’il soit dans l’incertitude par où il passera il faut estre prést à filer du cable, s’il tient le vent, et qu’il ne puisse pas arriver tout court, mais sy un vaisseau vient au plus prés pour passer au vent et sous le vent d’un vaisseau mouillé il faut qu’il arrive tout court s’il croit ne pouvoir pas doubler mais s’il croit doubler il faut que le vaisseau mouillé soit preste à filer en cas de besoin.

Sy dans un calme le courant fait tomber un vaisseau qui veut passer de l’avant d’un autre qui est moüillé il faut tacher de le remorquer avec des chaloupes de l’avant ou de l’arrière.

Sy un vaisseau qui est mouillé de l’avant vient à chasser sur un autre qui est mouillé derrière luy il faudra que celuy de l’arrière fille du cable, et que celuy de l’avant mouille une deuxième ancre.

Sy un vaisseau en chassant tombe sur un autre de l’arrière qui est evité du courant, il faudra que l’un et l’autre file du cable ou plutôt celuy qui chasse mettra son perroquer de fougue pour mieux chasser et depasser l’autre vaisseau[.] On coupera ensuitte son cable qui croize l’autre ou celuy de l’autre vaisseau.

Pour pointer le canon.

Quoy qu’on ne puisse pas tirer avec autant de justesse à la mer qu’à terre on tache de le faire le mieux que l’on peut et autant que le permet le mouvement du vaisseau où l’on est, et suivant le mouvement de celuy sur lequel on tire,[.] Il faut faire attention que lorsque l’on coure la même bordée que l’ennemy et que la vitesse des deux vaisseaux est egalle, on a pas besoin de tirer ny plus de l’avant ny plus de l’arrière du vaisseau ennemy mais sy on coure deux differentes bordées il faut faire attention que le boulet qui partira de votre canon conservera l’impression que luy donne votre vaisseau, laquelle impression est opposée au mouvement du vaisseau ennemy, et qu’ainsy sy vous voulez tirer au grand mât, et que vous y pointiez, le coup ira de l’arrière,[.] Pour bien ajuster dans cette supposition, il faut sy vous voulez atraper le grand mât de votre ennemy tirer un peu plus sur l’avant, observant que plus vous serez eloigné plus il faut tirer sur l’avant le boulet ayant un plus long espace à parcourir et donnant par consequant plus de tems au vaisseau ennemy d’aller de l’avant.

On doit avoir attention que la mirre qui est à la vollée du canon doit estre assés elevée pour que la ligne tirée de la lumière par cette mirre soit paralelle à l’ame du canon,[.] S’il n’y a point de mirre, il faut tacher d’observer la difference de l’epaisseur du metal de la vollée et de la culasse pour pointer en consequence.

Les sentiments sont bien partagés sur la façon de tirer[.] Les uns veulent tirer sur les corps du vaisseau les autres à demater, les autres à couler bas,[.] Mais outre qu’il faut estre prés pour tirer ainssy comme on veut il est très difficile de decider la dessus[.] Il s’agit à la vérité de detruire son ennemy mais il faut le detruire de la manière la plus sure[.] Ainssy à bien examiner on trouvera de l’avantage et du desavantage de tous cotés[.] La difficulté est de voir, où il y a le plus d’avantage.

Par exemple un seul coup de canon dans le grand mât d’hune le fait demater, mais il faudra deux ou trois cents coups de canon dans un grand mât et ces 2 ou 300 coups de canon dans le corp du vaisseau font bien du desordre,[.] Enfin le hazard et le bonheur font l’un et l’autre bien marchander pour sçavoir dans quel endroit on doit porter ses coups.

A l’egard de la charge du canon il faut observer de ne mettre qu’un seul boulet rond ou à deux testes et une seule gargousse, ou bien une lanterne seulle, un seul feu de mitraille, ou une chaine seullement, sinon dans un abordage, où on peut mettre dans le canon des gaillards quelques lanternes, sur les boulets ronds ou un boulet à 2 testes par dessus et deux paquets de mitrailles,[.] On ne voit que trop souvent, crever le canon et desolés par leurs etats tous ceux qui les environnent.

A l’egard de la manière de servir le canon, il faut que le canonier, n’aye soin que de faire charger le canon, et le pointer, le pousser au sabord et l’amarer[.] Il faut qu’il aye toujours un homme pour le charger et un autre de l’autre bord pour manier l’anspect, d’autres pour manier la pince, et un pour le bout feu[.] Le reste doit estre sur les palans et bragues et veiller les sabords.

 

Virer de bord dans un combat.

Quand il faut virer de bord on fait fermer tous les sabords de la 1re batterie et saisir bien tous les canons avec leurs palans sur les culasses,[.] Ensuitte on fait monter tout le monde sur le pont, ne laissant que les chefs de pièce au vent, et après avoir bien préparé tout le monde pour virer le plus promptement qu’il est possible, pour ne pas faire voir à l’ennemy qu’on est faible d’equipage, on donne vent devant, on vire, et oriente les voilles le plus tôt qu’on peut,[.] On fait mettre ensuitte tout le monde à son poste comme cy devant,[.] Sy l’ennemy est au vent on pousse les canons aux sabords, sy il est sous le vent on examine sy l’on peut ouvrir les sabords,[.] Sy on le peut on les fait ouvrir, et on a attention d’amarer les canons du vent,[.] Quand on est prest à donner la bordée on vient au vent à faire fasier, et les sabords etant ouverts, et les canons poussés aux sabords on les pointe à l’instant, où on donne la bordée,[.] On ferme ensuitte les sabords sy on craint que la mer n’entre et on arrive à faire porter pleines voilles.

Mais s’il arrivait que le vent, ou quelques grains fit mettre le vaisseau à la bande, lorsque la 1re batterie serait dehors il faudrait haller tout d’un coup les canons dedans,[.] On y met le feu pour les faire rentrer dans le vaisseau et fermer les sabords,[.] On a vu des vaisseaux se remplir d’eau par les sabords et couler bas ne pouvant se relever,[.] Dans ce cas on met comme nous avons dit le feu aux canons et donner vent devant pour mettre à l’autre bord.

 

Attaquer et prendre s’il est possible un vaisseau avec deux autres un peu moindres.

Le meilleur voilier tachera de joindre l’ennemy le plus tôt qu’il luy sera possible, supposé qu’il soit en etat de soutenir son feu en luy passant au vent,[.] Etant un peu par sa hanche, il viendra au vent tout d’un coup, et luy lachera sa bordée,[.] Ensuitte il mettra ses voilles sur le mât afin que le vaisseau ne luy puisse donner sa bordée sans venir debout au vent ou mettre à son tour le vent sur ses voilles ce qui dans ce cas l’empechera de fuir,[.] On l’amusera toujours, on retardera sa marche pendant que le mauvais voilier forcera toujours de voille pour soutenir son camarade,[.] Sy le vaisseau chassé fait servir, il faut continuer de chasser, et faire la même manœuvre que cy devant,[.] Des que le mauvais voilier aura joint, le bon voilier arrivera un peu en forçant de voilles et quand il sera à portée, et la volée preste, il fera un peu arriver pour bien presenter le côté et envoyera sa bordée du vent[.] Il reviendra ensuitte au vent pour faire fasier et brassera à culer et aussy tôt le mauvais voilier fera la manœuvre que faisait le bon voilier en premier lieu, c’est à dire vient au vent et envoira sa bordée de dessous le vent.

De cette manière on le desemparera bientôt et on l’obligera de se battre dans les formes, mais supposé qu’il le fasse c’est à dire qu’il fasse des arrivées et qu’il vienne au vent pour donner ses bordées des deux bords, il est obligé de partager son monde dans les batteries et le canon n’est pas si bien servy.

 

Servir le canon etant entre deux feux.

Les officiers qui commandent les batteries et les Me. canonier doivent examiner ceux qui sont les plus capables de servir les canons, et en choisit deux[.] L’un servira le canon d’un bord et l’autre celuy de l’autre et le canonier qui etait chef de la pièce commande les deux pièces à la fois et les pointe liu même autant qu’il peut.

Le reste des hommes qui servent la pièce se partagent de manière qu’il y en ait pour le moins deux pour charger et pointer chaque pièce, et les autres servent tantôt d’un bord tantôt de l’autre, suivant le besoin et à mezure qu’on fait les decharges, observant de tirer les pièces l’une après l’autre pour qu’elles soient mieux servies et même sy les deux vaisseaux sont de l’arrière on ne peut tirer qu’une bordée après l’autre mais s’ils viennent presque par le travers on fera la manœuvre cy devant.

 

Aborder & prendre sy l’on peut un vaisseau avec deux autres.

Le meilleur voillier le viendra prolonger sous le vent et l’autre au vent se tenant toujours de l’arrière le beaupré au vent de la poupe du vaisseau que l’on veut aborder,[.] Sy l’ennemy vient tout à coup au vent pour refuser l’abordage, celuy du vent forcera de voilles pour l’aborder et le prolonger au vent, venant au vent tous d’un coup,[.] Celuy qui est sous le vent qui est le meilleur voillier forcera de voilles pour passer de l’avant ou mettra à culer pour venir aborder son camarade au vent.

Mais sy le vaisseau ne refuse pas l’abordage sous le vent ou que celuy de dessous le vent donne à bord, celuy du vent arrivera tout court ou plutôt s’il est prés laissera culer et ensuitte forcera de voilles pour venir prolonger son camarade sous le vent[.] De cette manière on fait sauter les deux equipages à bord de l’ennemy du même bord,[.] Outre que le 2e Veau. aborde bien plus aisement et à loisir son camarade on ne se tue point les uns les autres car sy on mettait un vaisseau entre deux feux à la fois lorsque les boulets et balles portent, et doublent du vent sous le vent ou aux deux vaisseaux qui attaquent il arriverait qu’on se degrayerait et qu’on se tuerait les uns avec les autres[.] Comme les canons de la 1re batterie restent inutiles parcequ’ils ne reste personne entre pont, et même les autres canons, on doit d’abord qu’on a donné sa bordée et qu’on tape à bord, il faut dije fermer tous les sabords, amarer les palans parce que les matelots se rompraient,[.] L’ennemy pourait même mettre le feu dans le vaisseau par les sabords et il pourait entrer aussy de l’eau dans le vaisseau.

On observe aussy quand il fait gros temps de ne point aborder, lorsque les ris sont dans les huniers par le gros vent, ou qu’ils sont serrés[.] Il est impossible de se servir de la 1re batterie ny d’abborder à moins de risquer, non seullement de demater mais même de se briser et couler bas[.] Aussy a t’on vu des fregattes soumettre et faire amener des vaisseaux de guerre, la batterie d’en bas etant inutille, et etant obligé de se battre des deux bords avec des vaisseaux qui avaient presque autant de canons sur le pont chacun que le gros vaisseau quoy qu’elles n’eussent pas de batteries basses.

Dans pareil cas on pourait et on doit s’appliquer à desemparer l’un des deux et tacher de le couler bas,[.]

On prendra l’autre facilement et peut estre les deux sans quoy on coure risque d’estre enlevé par des fregattes[.] Dans un vaisseau de guerre ce qui arrive infailliblement sy on a le malheur d’estre degréé de quelques mâts d’hune ou peut estre demâté, car pour lors ils n’on qu’à se tenir toujours de l’arrière et donner une bordée tour à tour sans que le vaisseau puisse en donner que rarement et de loin en loin,[.] On se trouve bientôt criblé de coups et obligé d’amener et de se rendre en amenant le pavillon.

Il faut observer que dans un combat on en met à poupe qu’un petit pavillon, parcequ’il est moins embarassant.

Il est ordonné sous peine de la vie par les ordonnances d’amener dans les vaisseaux du roy que lorsqu’on y est forcé l’epée à la main, c’est à dire à l’abordage,[.] Il est cependant visible qu’il y a des cas qu’on oblige par là les capitaines à faire detruire l’equipage entier ou couler bas puisqu’il n’est pas le maitre d’aborder, ou de se faire aborder et qu’on peut cependant le canoner, continue pendant qu’il est dematé de tous mâts ou degrayé entierement[.] Tout ce qu’il peut faire est de degrayer l’ennemy qui se trouve plus fort que luy, de mettre des canons de l’arrière et de ne se rendre qu’à l’extremité[.] Tant qu’on a du monde on peut toujours esperer de se sauver en dematant l’ennemy,[.] Un seul coup de canon de l’arrière peut couper tous les haubans des mâts, une lieure de beaupré, des etays de mizaine, de grands mâts, ou de mâts d’hune, couper des mâts des vergues & ainssy comme on peut avoir le bonheur de le faire il ne faut se rendre qu’à l’extrémité.

D’ailleurs le feu peut se mettre dans l’ennemy et l’obliger de quitter pour l’eteindre,[.] Des canons peuvent crever et causer beaucoup de desordre dans son equipage[.] Tant d’evenements peuvent arriver qu’on doit toujours esperer et attendre la dernière extremité pour se rendre.

 

Pour deborder

Sy c’est parce que le feu est dans le vaisseau ennemi, on fait mettre touttes les voilles sur le mât, et couper à coups de haches les bras, balancines et etays, haubans, galhaubans qui retiennent les vergues,[.] On coupe les grapins et les amares qui saisissent les deux vaisseaux,[.] Sy on est sous le vent on est bientôt debordé, et c’est pour cette raison qu’il y a des capitaines qui aiment à aborder sous le vent car sy on est au vent, les vergues de l’avant et de l’arrière, les pattes d’ancre et la vergue de civadiere font qu’avec le vent qui vous pousse continuellement sur l’ennemy, on ne peut deborder, qu’en brassant les voilles sur le mât et ensuitte au vent pour les parer des vergues, manœuvres et voilles de l’ennemy,[.] Le vent et la mer pousse toujours le vaisseau sur l’ennemy de façon qu’on est obligé de couper presque touttes les voilles, vergues et manœuvres de l’un et de l’autre vaisseau, pour pouvoir deborder,[.] Sy on etait assés heureux pour faire rendre le vaisseau ennemy on serait plus tôt debarassé parcequ’alors on le ferait deborder le premier.

 

Empêcher un grand mât de venir bas lorsqu’il est offensé d’un coup de canon.

On doit avoir dans les vaisseaux de guerre, six jumelles au moins. 2 pour le grand mât. 2 pour le mât de mizaine, et 2 pour le beaupré, et de plus trois autres pour les basses vergues afin de renforcer les mâts et vergues qui seront offensées dans le combat[.] Sy l’on reçoit quelques coups de canon dans les bas mâts ou les mâts d’hune dans le combat on peut mettre sur le mât, sy c’est au bas mât, on peut y appliquer deux jumelles l’une d’un bord et l’autre de l’autre, avec de bonnes rostures,[.] Sy on n’a point de jumelles on peut amener le mât d’hune et les vergues sur le pont et ayant largué les racages et coupé le bout du mât d’hune qui depasse au dessus des barres on le saisira sur l’arrière du mât avec de bonnes rostures[.] Ensuitte on hissera un autre mât d’hune sy on le juge à propos, mais il vaut mieux en ce cas prendre un mât d’hune de rechange et l’appliquer sur l’arrière du mât par de bonnes rostures en larguant le racage de la grande vergue que l’on suspend par le moyen des suspentes et larguant la drisse on se trouve en etat de faire voille comme auparavant,[.] On sent bien que pour cette manœuvre il ne faut pas estre en la presence d’un ennemy qu’on craint.

 

Empêcher un mât d’hune de venir bas, etant offensé d’un coup de canon.

Sy on avait le tems on en metrait un autre, mais comme quelque fois il faut faire voille promptement, on peut quand le coup de canon est haut amener le hunier au dessous du coup et saisir ensuitte les haubans et galhaubans au dessous du coup de canon.

Sy le coup est prés du chouquet on peut mettre des pinces autour du mât emboitées ou enchassées en dedans et faire de bonnes rostures ou bien prendre les ris dans les basses voilles[.] Amener la vergue, ensuitte le mât d’hune pour que le trou se trouve au dessous du chouquet, et reprendre les haubans pour les racourcir, et sy le coup est au milieu on agira avec des pièces comme on vient de dire.

 

Raccomoder une vergue offensée d’un coup de canon.

Sy c’est une des basses vergues on apliquera une jumelle dessus avec des rostures, et sy c’est une vergue d’hune on en a de rechange,[.] Sy on en a pas on tachera avec des pinces que l’on saisit à l’endroit du coup de canon de renforcer la vergue[.] Sy on le juge à propos on doit commencer par carguer les voilles pour soulager les mâts et vergues offensées,[.] Où on ne fera pas les manœuvres sous le canon, et encore moins sous la mousqueterie de l’ennemy à moins qu’on ne le juge necessaire par quelque avantage considerable.

 

Pour les coups de canon dans l’eau

Il faut quand on est au vent et qu’on a reçu un coup de canon sous le vent, venir vent devant, fermer les sabords et laisser en virant touttes les voilles sur le mât pour faire carguer le vau., et sy le vent ne le fait point assés carguer, il faut le faire carguer par le moyen des canons des gaillards et de la 2e batterie et s’il fait beau il faut passer tous les canons sous le vent,[.] On a remarqué que les vaisseaux de guerre sont alors assés à la bande pour boucher des voyes d’eau faittes par des coups de canon qu’on a reçu dans l’eau. On doit estre prés à haller les canons au vent d’abord qu’il y aura aparance de plus de vent.

 

Remonter les canons demontés dans le combat.

La façon la plus facille pour les remonter, surtout les grosses pièces, est de se servir d’un bout de cordage proportionné à la pesanteur du canon avec lequel on fait un tour mort sur la vollée[.] De chaque bout du cordage, on estrope une grosse poulie,[.] On amare sur l’organeau qui est en haut du sabord deux autres poulies fortes, dont les estropes sont les plus courtes que l’on peut,[.] On se sert ensuitte de deux bouts de cordage que l’on amare par l’un de leur bout à cet organeau, et les autres bouts vont passer dans les deux poulies qui sont amarées sur la vollée, ensuitte dans les poulies qui sont amarées à l’organeau, après quoy on amare sur le retour de ces deux cordages de bons palans qui servent à enlever la vollée.

On fait la même chose pour hisser la culasse en même temps que la vollée, sur un organeau qui est dans le beau,[.] Par le moyen de ces deux appareils, on enleve le canon et on luy change son affut,[.] Le Me. canonier doit avoir tout parée pour le besoin.

On se sert pour les petites pièces de trevires qui se font sur la vollée et sur la culasse en renversant entierement le canon, en faisant entrer ces tourillon dans l’affut de rechange où on l’assujetti par les plates bandes,[.] Ensuitte de quoy à force de palan qui sont amarés sur les trevires de la vollée et de la culasse, et à force d’hommes, de coins, de pinces et d’anspects, on releve le canon.

 

Faire arriver un vaisseau dematé du mât de mizaine et du beaupré.

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Il faut tanter de le faire arriver à l’ordinaire, c’est à dire amener la vergue d’artimon, pousser la barre au vent, filler de la grande ecoutte à mezure que le vaisseau arrive,[.] Il y a des vaisseaux qui arrivent de cette manière.

Mais s’il n’arrive pas il faut border la grande ecoutte, attacher le 1er hauban, haller les bras et les boulines, apareiller l’artimon, le hisser et le border tout plat,[.] Le vaisseau viendra au vent jusqu’à ralinguer[.] Pour lors il perd entierement son air de venir au vent, et commence à s’abattre,[.] On doit dans ce moment là carguer l’artimon, amener la vergue, pousser la barre à arriver, filler de la grande ecoutte, larguer les bras et filer à mezure la bouline, brasser au vent à mezure que le vaisseau arrive, laissant toujours porter la voille sans lever le lof, jusqu’à ce que le vau fut vent arrière.

 

Couper un grand mât.

Quand on est forcé par un mauvais temps il faut degarnir le mât de sa vergue et de touttes les manœuvres qui pouraient le retenir, ny laisser que les haubans et le grand etay[.] Pour faire tomber le mât sous le vent, il faut couper les haubans au vent les premiers, commençant par l’avant, crainte que le mât ne tombe en avant.

Il faut couper le mât sous le vent, mais lorsqu’il commence à vouloir tomber, il faut qu’il y ait des matelots prets avec des haches pour couper promptement le grand etay et les haubans sous le vent,[.] Sy on coupait les haubans sous le vent les 1er le mât tomberait facilement au vent et pourait crever le navire,[.] Quand on est contraint de couper un mât etant mouillé, il faut tacher de faire carguer le vaisseau du costé que l’on veut jetter le mât avec les mêmes precautions que cy dessus.

 

Couper le grand mât le mât de hune haut.

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Il faut en pareil cas sy la derive le permet ayant de l’eau à courir, faire arriver le Vau. Par le moyen d’une civadiere fautte de quoy quelques voilles d’etay ou bonnettes, qui se peuvent toujours apareiller sur un grand mât de mizaine, supposé que touttes les vergues soient amenées sur le plat bord,[.] Il faut gouverner vent arrière jusqu’à ce que vous ayés jetter votre mât dehors.

Il faut pour cet effet disposer tout ce que vous avez de haches dans le Vau. Et les porter pour couper les haubans, les etays et le mât.

Lorsque tout sera disposé avant de rien couper on saisira par dehors les haubans, du costé où on veut jetter le mât, au moyen d’une barre de cabestan fautte de quoy un mât de la chaloupe qui les prend tous par dehors, et après avoir presenté le dit mât ou barre, il faut sur chacun des haubans, mettre un palan à fouet, la poulie double à la hauteur du plat bord, la poulie simple aux organaux sur le pont,[.] Prenant la barre à travers, on palanque tous les haubans ensemble à toucher le plat bord du vaisseau, et lorsque les haubans seront saisis et touchent au plat bord, il ne faut pas perdre de temps à larguer les galhaubans d’arrière des deux bords, l’etay du grand mât d’hune, et d’abord après les avoir largués, coupés vers les haubans du costé que vous [ne] voulés [pas] que le mât tombe,[.] Il faut les couper tous à la fois par le moyen d’un homme avec une hache à chacun et deux hommes au grand etay qui ne doivent point le couper, qu’on aye coupé les premiers haubans, et que le mât ne soit à la mer, et pour faire voir que tous les haubans doivent estre coupés avec le grand etay, c’est qu’il est à remarquer qu’il vous reste tous les haubans du costé que vous voulés que le mât tombe,[.] Il est sur que les haubans qui viennent de l’arrière empecheraient que le mât ne tombe sur l’avant ny dedans le vaisseau,[.] Il faut pour le même effet aider à faire tomber le mât à coups de hache du costé où on a coupé les haubans, et le mât ayant tombé à la mer, les haubans sous le vent qui n’ont pas etés coupés restent saisis au plat bord du vaisseau, vous les coupés facilement[.] Imédiatement après les premiers haubans coupés, le mât tombe sur le plat bord, et est emporté à la mer la teste en bas[.] C’est pour lors qu’il faut en toutte diligence couper l’etay sur le plat bord et ensuitte les haubans sous le vent tous à la fois,[.] Il faut prendre garde qu’aucune manœuvre ne puisse retenir le mât ny l’engager au costé du vaisseau.

 

Couper le mât de mizaine.

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Il faut saisir les haubans au plat bord comme il est dit pour le grand mât,[.] Il faut avoir une grosse poulie frapée au tenon du mât de mizaine dans laquelle on passe une grosse aussiere dont un des bouts va s’amarer sur le beaupré et l’autre vient dans une poulie de retour au pied du mât de mizaine d’où il va au cabestan,[.] On roidit bien cette aussiere qui tient lieu d’etay[.] Ensuitte on coupe les rides de l’etay, et faux etay, en même temps que l’on coupe les haubans du costé où il ne sont pas saisis, et pour faire rompre le mât plus tot il faut coupper du costé, où vous avés coupés les haubans[.] En cette manière le mât de mizaine tombe à la mer[.] Dés qu’il y est on coupe l’aussiere qui tient lieu d’etay et le mât vient le long du vaisseau,[.] Vous coupés alors les haubans, qui sont saisis à la lisse, ou bien vous depassés les rides sy le temps vous le permet.

 

Couper le mât de beaupré.

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Il faut arriver vent arrière ou largue selon que la mer se trouve moins rude, degarnissant le beaupré de touttes choses, roidissant le faux etay qui passe sous le racage de mizaine, que l’on doit etablir entre les deux lieures de beaupré[.] Pour cet effet on frappe deux herses d’ancre au ras de la lieure, la plus haute & un crocq de caillorne sur chacune,[.] On passe ensuitte la ride du faux etay dans ces deux poulies, et vient s’amarer au mât de mizaine, dont on roidit[.] La manœuvre, de mettre une barre de cabestan traversée et saisie sous le beaupré est trop longue à operer,[.] On largue ensuitte la ride de l’etay de mizaine dont on fait courir le colier au ras de le lieure de beaupré[.] De là on roidit ledit etay de mizaine.

Il faut en même temps prendre l’etay, du petit mât d’hune qui est etably sur le bout du beaupré, et le porter à joindre l’etay de mizaine après quoy on peut couper le beaupré par dehors l’etay.

Il serait encore mieux de depasser le petit mât d’hune ou bien de l’amener un peu en larguant les haubans et galhaubans que l’on saisit par une bonne lieure au ton du mât[.] On saisi aussy le mât d’hune, au mât de mizaine par une bonne rosture et on prend les deux ris dans le petit hunier.

Sy on est mouillé et qu’il faille couper le beaupré il fat commencer par couper la sousbarbe et passer dans la poulie de bouline de mizaine du costé où vous voulés jetter le mât, une manœuvre de la grosseur de la bouline des deux bouts de notre manœuvre, venant aux porte haubans du vaisseau du même costé,[.] Un des bouts sera amaré à demeure sur une des chaines d’haubans et sur l’autre un palan à fouet, pour palanquer et aider à rompre le mât quand on le coupera.

On pourait fraper une poulie au dessus de l’endroit où on coupe le beaupré et y passer un cordage dont un bout serait amaré au membre du plat bord, et l’autre dans le bord,[.] Etant à l’eau le long du Vau., on pourait l’embarquer.

 

Couper le mât d’artimon.

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Sy ayant coupé tous les mâts on veut couper celuy d’artimon, il faudra le faire tomber dans le vaisseau par le moyen de deux palans qu’on frape, un de chaque bord du couronnement qui viennent du ton du mât,[.] On frape un autre palan sur le gaillard d’avant et sur l’etay d’artimon,[.] Cela preparé on coupe les rides des haubans de l’arrière des deux cotés, et on en laisse un de l’avant de chaque bord[.] Le mât ainssy depouillé de ses haubans, il ne luy reste que ceux de l’avant qui tiennent toujours le mât droit,[.] On le coupe par le pied au ras du pont.

Il faut avec discretion en coupant le mât, palanquer sur l’etay et filer les deux palans qui viennent du couronnement,[.] Par ce moyen le mât tombe doucement au milieu du Vau. Sans rien rompre,[.] Le même mât peut servir pour faire un beaupré ou un mât de mizaine.

 

Remedier à un beaupré qui n’a plus de lieure.

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Il faut prendre un greslin, qui passe sur le beaupré et sous le taille mer et faire plusieurs tours qu’il faudra arreter les uns après les autres,[.] Après quoy il faudra faire des trevires de tous les guarands ensemble, et virer sur les trevires tant que les greslin en poura souffrir, et pour qu’en virant, les tours du greslin ne montent pas le long du taille mer il faudra mettre un taquet par dessous le taille mer, par un homme que l’on fait descendre dans une elingue,[.] De plus on passe des greslins à plusieurs tours qui embrassent la poulaine et le beaupré qui venant par les ecubiers vont au cabestan, où on les roidit.

 

Demater un beaupré sans machine à mâter.

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Il faut se servir d’un mât d’hune pour cabre dont le pied est etably sur le tambour hors du fronteau, sy c’est un Vau. à 3 ponts ou à 2 ponts et demy, mais sy c’est un vaisseau à 2 ponts sans gaillards, on le met au pied du mât de mizaine,[.] On tient la teste du mât d’hune par le clan par le moyen d’une caillorne qui vient du mât de mizaine, frappée au dessous des barres au ras des taquets.

Il faut que le mât d’hune soit soutenu encore par deux endroits à egalle distance, en venant du clan en bas par le moyen du palan frapé sur le mât de mizaine, et sur le mât d’hune aux endroits cy dessus et pour soutenir ce mât des deux côtés, on laisse la vergue de mizaine hautte en croix et on se sert de palans de bout de vergue, dont on met la poulie double sur la teste du mât d’hune et l’autre simple au bout de la vergue,[.] Le garand passe dans la poulie simple qui est sous la vergue pour la drisse de la bonette, et de là vient à la poulie de rechange de cargue point, et de là se rend au pied du mât de mizaine,[.] Après avoir etably les guarands des deux clans au pied dudit mât, on les roidit tous deux egalement de chaque bord tenant la vergue droitte en croix sur les bras [pour barres],[.] On peu après cela etablir hardiment deux francs funins au dessus du clan du mât de hune, pour demâter le beaupré rompu.

On peut embarquer le beaupré dans le Vau. par le moyen des palans et caillornes, avec lesquels etants suspendus on le mene dans le navire.

 

Autre manière.

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On fait une cabre de deux mâts d’hune, dont les pieds s’etablissent sur le tambour joignant la rembarde du gaillard d’avant.

On met pour servir d’etay à la cabre deux palans un de chaque côté de la poulaine et par derrière on mettra deux autres palans ou caillornes un peu plus forts parcequ’ils faut que la cabre ait un peu de pente sur l’avant du vaisseau.

Pour mettre la cabre perpendiculaire sur l’etambray du beaupré, pour pouvoir mettre facilement le mât dans sa carlingue, il faut que les deux palans de l’arrière, viennent de travers du grand mât sur le plat bord à la croisée de la cabre,[.] En venant ainssy de loin ils sont beaucoup plus surs.

Il faut sur la cabre à 3 distances egalles de moyens palans au nombre de six sur chaque bigue sçavoir trois qui prennent le mât d’hune, depuis la croisée en bas qui viennent sur l’arrière, et trois autres frapés au même endroit qui vont sur l’avant,[.] Pour virer le mât de beaupré il faut deux caillornes du vaisseau en cas qu’on les juge assés fort ou bien se servir de francs funins en la place d’une caillorne,[.] Lorsque l’on mâte le beaupré le 1er parce que l’on suppose que le Vau. n’ait aucun mât,[.] On peut demâter un beaupré avec le même appareil et le conduire dans le bord par le moyen de palans et de caillornes.

 

Autre manière.

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Sy un vaisseau se trouve dans une radde venant de la mer ou prest à y aller, et qu’ont soit obligé de demâter le beaupré, soit qu’il soit rompu ou poury, il faut se servir de la vergue de mizaine,[.] On la met le long du vaisseau, un bout en avant et on la vire à la hauteur ordinaire,[.] On met un petit mât d’hune pour luy tenir lieu d’aiguille[.] Le pied dudit mât d’hune sera placé sur le tambour en dehors de la rembarde du gaillard le plus proche qu’il se pourra de l’estambray du beaupré, l’autre bout du mât sera amaré avec le bout de la vergue de mizaine, et il faut que cet amarage soit positivement à plomb sur l’etambray du beaupré,[.] Après on met tout joignant audit mât sur la vergue de mizaine les deux francs funins pour mâter.

Outre la balancine ordinaire qui est sur la vergue on met de plus à joindre l’amarage du franc funin et sur la croisée une caillorne qui vient du chouquet du mât de mizaine,[.] De plus on frappe sur la vergue entre la caillorne et la balancine une grosse poulie simple dans laquelle on passe une ecoute d’hune[.] Ayant passé et amaré le dormant de l’ecoutte au chouquet du mât de mizaine et repassé le bout dans une poulie simple frapée sur le chouquet, et de là sur un des rouets du sep d’ecoutte de mizaine où on l’amare[.] Tout cela forme trois differentes balancines,[.] Pour empêcher que la vergue ne rompe, on les roidit bien tous trois egalement, ensuitte on affale les francs funins, on les frappe sur le beaupré, et on vire hardiment pour le mettre en place ou pour l’oster.

 

Remater un vaisseau de tous mâts.

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Il ne reste que les deux mâts d’hune de rechange qui seront employés pour le grand mât, et le mât de mizaine manquant, ainssy que le beaupré, qui se trouve rompu, on se sert de jumelles,[.] Il en faut mettre deux, endentées et embarquées l’une contre l’autre, et les remplir d’un arc boutant ou de bois le plus convenable,[.] Par ce moyen, vous faites un mât de la grosseur d’un mât d’hune.

Sy il reste une partie considerable du beaupré on l’ostera de sa carlingue, et on le sciera en deux[.] On joignera ces deux moitiés pour fortifier en guise de jumelle le mât d’hune qu’on doit faire servir de beaupré, sur lequel il y a desja des jumelles pour le fortifier,[.] Ces deux moitié de beaupré doivent estres mises sur le mât, le bout d’en bas au ras de l’etrave allant en haut dans toute sa longueur,[.] Le beaupré se trouve comme cela fort jusqu’au collier d’etay de mizaine, qui est l’endroit où il travaille le plus[.] Sy on a point de vergue de civadiere on prendra un arc boutant ferré, qu’on grossit par le milieu à la grosseur d’une vergue de petit hunier allant en queue de rat sur les deux bouts,[.] Après l’avoir fortifié par des rostures il faut la garnir,[.] On oste de la voille ce qu’elle a de trop [d'envergure.] Il n’y aura qu’une couture à faire, et une epissure aux deux ralingues.

Il faut à un mât qui n’a pas la force d’un beaupré proportionné, garnir deux haubans de chaque bord qui seront frapés sur le beaupré au ras du collier d’etay de mizaine par deux demy clefs et viendront s’ammarer de chaque bord à la 1er chaine de haubans de mizaine, ou à des organaux qu’on pourra mettre plus bas que les chaines d’haubans.

Il faut tenir ces quatre haubans roides et comme ces deux haubans de chaque costé viennent de loin ils pourraient empecher d’amurer la mizaine,[.] Pour obvier à cet inconvenient, on prend une eguillette à travers qui prend les haubans et les raprochent de la poulaine tant qu’on veut,[.] Lorsqu’ils seront au dessus des harpes de la poulaine il faut les y saisir,[.] Les ayant fourés ils ne nuisent pas à la voille.

 

Mâter un grand mât d’hune sur le trone d’un grand mât.

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Il doit rester deux mâts d’hune de rechange,[.] Aussy pour mâter le grand mât d’hune sur le trone du grand mât, il faut avec deux bout dehors faire une cabre sur le gaillard d’avant, et etablir sur la croisée un palan pour mâter ce mât à demy,[.] Il faut de plus avoir deux palans au dessus des barres dudit mât venant tous deux du couronnement,[.] De plus il faut prendre un hauban de chaque costé le plus de l’arrière, les joindre ensemble par les deux bouts et y crocher un palan,[.] On en fait de même aux deux autres haubans suivants c’est à dire un de chaque costé, que l’on noue pareillement et auxquels on croche un palan,[.] Lorsque le mât est à demy mâté par la cabre, ses palans frappés sur la teste du mât qui apelle de l’arrière, et ceux frappés sur le couronnement, mettent le mât droit[.] Auparavant de palanquer, il faut mater le pied sur sa carlingue par le moyen de levier, et trevires, aux forces de bras, ce qui etant fait on le saisi par un trevire qu’on passe par le trou de la clef, afin qu’aucun roully ne puisse le demonter de sa carlingue.

Auparavant que de commencer à le mâter il faut le garnir de ses haubans, etays, barres et chouquet[.] Ensuitte on mettra sur chaque hauban qui restent des deux costés un palan à fouet, sur lequel on hale à mezure qu’on le mâte avec les deux palans et haubans de l’arrière,[.] On met deux hommes sur l’etay qui le filent en garand,[.] Il faut en même temps etablir ses palans qui sont frapés sur les haubans aux membres du vaisseau, aux chesnes, à travers des porte haubans[.] Il faut etablir une poulie de retour par chacun des palans, ce qui etant fait le mât se trouve debout et assuré. On etablit un cap de mouton sur chaque hauban, qu’on roidit à l’ordinaire, les haubans etant tenus pendant ce temps par les palans dont il a eté parlé,[.] Sy le trone du grand mât etait eclaté à ne pouvoir le bouger par l’avant, on poura le faire, par l’arrière, et mettre le pied du mât d’hune comme celuy de l’avant,[.] On metrait la cabre sur le gaillard d’arrière ou sur l’etambray d’artimon et les palans sur les bossoirs, et au lieu des haubans de l’arrière on se servirait de ceux de l’avant des grands haubans, et après les avoir joints palanquer dessus.

Il faut prendre garde en coupant la teste du grand mât pour y placer le pied du mât d’hune de luy laisser la hauteur qu’il faut pour que le grand hunier ait toutte sa chute et qu’on puisse l’appareiller,[.] On pourait mettre dessus un mât de perroquet.

 

Mater un petit mât d’hune sur le trone du mât de mizaine.

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La manière est semblable à celle du grand mât d’hune excepté qu’il faut mettre le pied du mât derrière le trone qui reste,[.] On mâte ce mât à demy par le moyen d’une cabre etablie entre la grande amure et le gaillard d’avant,[.] Après cela on frape aux deux tiers du mât des palans doubles qui viendront de chaque bossoir avec un etay. Cet etay doit estre un palan frapé à la teste du mât et sur le bout qui reste du beaupré[.] S’il ne restait pas il faudrait le fraper sur la teste du lion embrassant toutte la fleche, et s’il n’avait ny beaupré ny poulaine, il faudrait faire un beaupré comme il est dit cy dessus, en montant le mât par le moyen de deux palans doubles et celuy qui sert d’etay[.] Il faut avoir aussy un palan sur chacun des haubans comme il est dit dans l’article du grand mât d’hune.

On peut apareiller un petit hunier pour mizaine sans avoir de beaupré, en le portant autant de l’avant qu’il se pourait avec un perroquet dessus mais il faut travailler à mettre un beaupré,[.] On doit pour mater facilement le petit mât d’hune fraper les palans aux deux tiers et non tout en haut du mât parce qu’ils n’y a point assés d’eloignement pour les palans, pour le prendre par la teste qui aurait trop de bricolle[.] On peut facillement avoir un pallan pour luy tenir la teste, afin qu’elle ne lance point et qui servira d’etay ce qui l’empeche de lancer.

 

Mâter un artimon et en faire un avec une vergue.

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On fait d’une vergue n’ayant point de mât, et même de la vergue d’artimon sy on l’a sauvée,[.] On la coupe de longueur, on la grossit avec des jumelles sy on n’a point d’autres mâts.

On mâte ordinairement un mât d’artimon en prolongeant la grande vergue et la piquant,[.] L’ayant fait passer en dedans des haubans, sur le bout de la vergue on met une calliorne qui suspend le mât ayant fortifié la vergue par des balancines, comme il a esté dit pour la vergue de mizaine, mais il vaut mieux se servir de la vergue d’artimon, le pied etant apuyé et saisi à celuy du grand mât par deux taquets frapés sur le beau, la teste de ladite vergue etant aplomb sur l’etambray, on la soutient par plusieurs palans frapés sur le grand mât et sur ladite vergue.

Sy c’etait un gros navire dont l’artimon fut pesant on soutiendrait la teste par une cabre,[.] Fautte de palans on se servirait de plusieurs poulies simples, frappées le long de la vergue et du mât dans lesquels on passerait une aussière de l’un à l’autre et dont le bout viendrait s’ammarer au pied du grand mât,[.] Il faut toujours de quelques manière qu’on mette la vergue, pour mâter le mât d’artimon se servir d’une cabre qu’on fait des deux vergues d’hune pour soutenir la vergue qui est en grue ou prolongée.

Sy on se sert de la vergue d’artimon pour en faire un mât, on peut luy faire une vergue avec un arc boutant et une voille avec une grande voille d’etay ou avec deux s’il en est besoin.

 

Suspendre un grand mât avec ses vergues et mâts tous hauts pour en oster 4 ou 5 pieds qui se trouvent pouris depuis la carlingue.

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On percera le 1er pont en dehors des hilloires stribord et babord à toucher les deux beaux les plus prochains du mât, faisant deux demy clefs sur le mât, avec le milieu de chaque haussiere dont les deux bouts doivent venir passer dans les trous faits au 1er pont et faire un nœud plat,[.] C’est icy la demonstration d’une suspente audit mât dont il s’en fait 4 au 1er [pont] un à chaque bord [pour bau ?] à stribord et deux autres à babord au dehors au ras des hilloires des deux côtés de chaque bord [pour bau ?],[.] Touttes les 4 suspentes etant passées et mises à demeure sur le pied du mât au dessus du mât et arrettées semblablement sur les beaux, il faut de chaque bord prendre une barre de cabestan et assembler en virant la suspente qui vient du bout [pour bau ?] de l’avant du mât à celle qui vient du bout [pour bau ?] de derrière et en virant egalement des deux bords, on suspend le mât.

Lorsqu’il est ainssy suspendu on cloue trois grosses tringles d’un pouce et demy d’epaisseur à egalle distance sur le mât depuis le premier pont au 2e après quoy on fait sur ces tringles une rosture de quelques vieilles aussieres.

Lorsqu’on aura osté le bout du mât poury et que la meiche dudit mât sera faitte à la grosseur ordinaire, en degrossisant le bout du mât, on poura l’amener dans sa carlingue,[.] Il faut clouer le long du navire deux bordages sur l’etambray dudit mât à toucher de chaque costé aux tringles qui sont clouées sur les deux bordages qui joignent au mât empechant avec les suspentes qu’on a fait au fond de calle que le mât ne puisse caler qu’à mesure qu’on devire les trevires qui sont sur les suspentes[.] En devirant on defait tout autour par en bas la rosture qu’on a faitte sur le mât qui va du 1er pont au 2e[.] En calant le mât la rosture porte toujours sur les deux bordages qui sont cloués comme il est dit cy devant à joindre au mât, et sy, la 1re devirée, le pied du mât ne portait pas sur la carlingue, il faut faire un appareil de quatre suspentes à trevire qui vient du 1er pont aux beaux du second, tout semblablement à se qu’on a fait au fond de calle.

Ce deuxiesme appareil sert de suspente en attendant qu’on reprenne celle du fond de calle, et après avoir monté les deux dernières clefs frappé sur le mât de la longueur qu’il faut que le mât cule [calle] pour porter sur sa carlingue,[.] Cette manœuvre se fait sans larguer, ny haubans, ny etays, aux conditions qu’il n’y ait pas plus de trois à quatre pieds à rogner du grand mât,[.] S’il fallait qu’il y eut plus de 4 pieds à rogner, outre la manœuvre cy dessus il faut presenter au grand mât les deux mâts d’hune, et en faire une cabre sur laquelle on etablit deux calliornes ou francs funins, qui servent pour suspendre et amener, surtout sy c’est un lieu où il y a de la mer.

Pour le grand mât on se sert des deux grands mâts d’hune. Pour le mât de mizaine on prendra les deux petits mâts d’hune.

 

Racomoder une vergue rompue.

Sy la vergue etait rompue au milieu et que l’on ne put la racourcir, il faudrait faire bien toucher les deux gros bouts pour y entailler 4 bonnes pinces de fer egalement distante l’une de l’autre,[.] Par dessous ces pinces on met 4 bonnes et longues barres de cabestan que l’on saisira bien avec de bons clous, et des rostures bien serrées mais il faudrait peu de clous. Pour raccomoder ainssy des vergues il faut les elonger sur le pont[.] Quand on ne peut pas les evitter par le milieu elles n’en sont pas moins fortes,[.] En 1689 sur le Vermandois nous en raccomodames une avec laquelle nous demeurames ensuitte 10 jours à la cape sans qu’elle se rompit, nous observames seullement d’y amarer des palans dont les garands etaient saisis à la teste du grand mât, ce qui soutenait et aidait la vergue qui etait rompue au tiers vers l’un des bouts,[.] Ces palans servent de balancines, dans les accidents en amurant les voilles,[.] Prendre des precautions pour le faire en sorte que l’endroit de la vergue offensée puisse estre soulagé.

 

Remedier à une voye d’eau.

Sy la voye d’eau etait inconnue, on ne saurait pour lors qu’avoir recours aux pompes et aux puits qui se font aux ecoutilles, à la reserve de celle de la Ste barbe de laquelle toutte fois on se servirait suivant la necessité[.] Pour faire ces puits de manière que l’on put aisement puiser l’eau avec des seilleaux, barils, bailles ou autres vases, on se servira de planches, de triangles, de caillebotis et d’echelles, et on les amarera de manière qu’il n’y ait d’un etage à l’autre que 4 à 4pieds ½,[.] On les placera en sorte que l’on puisse donner et prendre lesdits vazes sans confusion, y ayant un costé pour les donner et un autre pour les prendre d’une main à l’autre,[.] A ces dits vazes aux uns seront amarés de longues cordes et aux autres des palans simples suivant leur poids.

Dans ce tems encore plus qu’en tout autre il faut que …[ ?] et conduits, soient bien debouchés, point embarassés, libres & degagés.

 

Remedier à une poupe ebranlée par la grosse mer.

Lorsqu’on se trouve dans ce cas là on doit commencer par soulager l’arrière, autant qu’il sera possible et particulierement par le haut evitant par là que le vent n’augmente le mal.

On doit passer le plus de canon de l’avant qu’il se peut[.] Après avoir ainssy allegé l’arrière on passera des greslins par dessous la quille qui viennent passer par des sabords, embrassant toutte la poupe puis passer lesdits greslins, plusieurs tours, et à chaque tour le bien roidir au cabestan ou avec des palans, observant, suivant le mal, que lesdits greslins passent par les sabords les plus bas qu’il se pourait afin qu’ils fassent plus de force.

Ces sortes d’accidents peuvent souvent se trouver irremediables,[.] Cependant les soins que l’on pourait y apporter pouront garantir de se perdre,[.] En 1673 sur le conquerant, vaisseau venu de hollande nous nous trouvames dans le cas, et nous etant bien servy de ce remede, nous reussimes heureusement, sans quoy très assurement le vaisseau aurait pery.

 

Fortiffier des haubans faibles ou mollis.

Avant que le mauvais temps soit tout à fait arrivé il faut par precaution comme c’est l’usage ordinaire, faire mettre de longues barres, babord et stribord sur les haubans et y faire des trelingages avec un cordage de 2 à 3 pouces observant de roidir ce cordage de façon que tous les haubans fassent force egalement,[.] Outre cela on pourait dans certains temps profiter des roullis pour roidir les riddes d’haubans en les roidissant tous à la fois, ou en partie du même costé qui serait celuy de dessous le vent, sy les vents dependaient du même costé, mais sy le vaisseay etait vent arrière pendant les roulis on riderait un costé l’un après l’autre.[.] Sy c’etait des haubans qui fussent rompus ou gatés par quelques efforts, ou par quelques coups de mer il faudrait promptement passer des caillornes et palans aux endroits où lesdits haubans seraient rompus afin de pouvoir par ces precautions donner le temps d’episser ou de mettre des cosses auxdits haubans rompus.

Et sy dans ce cas on craignait pour le mât il faudrait promptement passer le double d’un greslin à la teste du mât sur les barres pour le bien amarer ou rider du costé où serait le mât en saisissant à quelques sabords au bout du membre ledit bout de greslin afin de servir d’hauban,[.] Ces precautions donneront du temps pour mieux remedier au reste.

 

Fortifier un etay rompu ou molly

Il faut commencer par se mettre vent arrière puis dans le moment amener et serrer touttes les voilles du mât duquel serait ledit etay puis dans ce moment il faudra porter les caillornes et palans en avant des mâts et les bien amarer pour les roidir aux endroit que l’on connaît estre les plus necessaires pour faire force et tenir le mât, jusqu’à ce qu’on y ait aporté d’autres remedes par quelques bouts de greslin[.] Suivant le mal on pourait episser ledit etay, sans depasser le collier de la teste du mât, ce qui est un grand travail et même si l’etay etait trop court on pourait episser quelques bouts de greslin[.] Pour ce sujet il serait très bon qu’on embarquat 15 ou 20 brasses de cordage de la grosseur des etays[.] Quoy que cet accident ne paraît que très peu de chose, il pourait pourtant estre très dangereux sy on negligait un instant à y apporter le remede convenable car on courerait risque de perdre ses mâts particulierement sy c’etait l’etay de mizaine.

 

Raccomoder un gouvernail dont la teste est rompue.

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La tête du gouvernail etant coupée à la barre presque à moitié, il faut prendre la longueur dont on veut que soit l’empature qui doit estre forte et longue[.] S’il y a du bois prendre ensuitte les deux pièces du jas d’ancre de rechange que l’on cheville comme sy on les mettait sur l’arrière[.] On les lient par deux cercles de fer au bas de la mortaise dessus et dessous et on coupe un des bouts auprés de l’endroit où sera la mortaise de 8 ou 9 pouces,[.] S’il y a trop de longueur, laissant le bout que l’on veut raporter sur la tete du gouvernail rompu dans toutte la force du bois et dans l’epaisseur des deux pièces du jas,[.] Pour lors on fera transporter ce jas derrière à la grande chambre où l’on travaillera à l’empature du jas semblable à celle qu’on aura faitte au dessus du gouvernail,[.] Ces empatures doivent estres longues et s’endante comme l’on empatte deux pièces d’aiguilles ou deux pièces d’etambot, à queue d’hirondelle,[.] La longueur du jas rêgle la longueur de l’empature parcequ’il faut laisser le bout qui passe par dessus le gouvernail rompu dans l’endroit où est faitte la mortaise ce qui donne la même longueur qu’avait le gouvernail dans tout son entier.

Après avoir presenté ces empatures, il faut les cheviller avec des chevilles à pointes perdues autrement à fiches, ce qui etant fait il faut des deux côtés du gouvernail et du jas raporter deux cordages qui fortifie cette empature,[.] Ce travail ne peut se faire à la mer qu’en demontant le gouvernail[.] Après quoy on se sert de la barre comme auparavant,[.] Sy on n’avait point de jas que l’on peut employer on pourait couper un des pieds des bittes des cables dans le fond de calle supposé en avoir quatre, fautte de quoy on prendrait un beau dans l’endroit le moins necessaire pour faire le travail comme cy dessus.

Sy la barre n’est qu’à demy coupée on y peut mettre deux gardes, pourvu qu’elles ne soient pas sur le demy cercle,[.] On pourait dans un besoin et dans une belle mer luy mettre des gardes quand elle serait coupée à demy sur le quart de cercle, mais ayant du temps il faut mettre la barre de rechange.

Sy le quart de rond est tout à fait coupé il faut se servir de la vieille barre pour faire un traversin dont les deux bouts sont appuyés sur des espontilles que l’on met à stribord et à babord et un troisiesme au milieu sy on en a besoin, après quoy on se sert de celle de rechange,[.] Sy on avait point de traversin on couppe un arcboutant de longueur convenable, que l’on traversera sous la barre sur les taquets qui doivent toujours estres à la sainte barbe.

 

Moyen de fermer les sabords de la 1re batterie dont les mantelets auront etés rompus par un coup de mer ou par un coup de canon.

Il faut scier un moyen bordage de mezure et appliquer les pièces sur les moulures du membre, comme fait le mantelet le long du navire, parce que le bois est dans sa force,[.] Elle est clouée par les deux bouts des deux costés chacun,[.] Il faut par dessus une planche de chesne ou de sap qui remplisse depuis la ceinture d’en bas par dehors, jusqu’à la prochaine au dessus du sabord, et la clouer tout du long[.] Sy on a pas le temps de calfater, il faut clouer un morceau de prelat, par dessus en dehors qui couvre tout le sabord,[.] En cas qu’on fut pressé, il faudra prendre une ecoutille la plus convenable et la mettre sur la ceint d’en bas du seillet où on la cloue sur le bord, et l’autre partie au ras de la ceint au dessus du sabord,[.] On la coupe sy elle est trop longue,[.] On la cloue du haut en bas.

 

Amurer et border les basses voilles soit dans un beau tems soit dans un coup de vent.

On commence par faire defreler ou larguer les garcettes des bouts des vergues, ensuitte la sangle ou couillard des fonds et on jette les garcettes sur l’avant des voilles.

Ensuitte on largue touttes les cargues quand il fait beau tems et on abraque le mou des ecoutes des boulines faisant larguer ou affaler les ecoutes et les boulines de revers, les cargue fonds et cargues boulines, et les ecoutes du vent.

Quand on a bien roidy à bras les ecoutes, on garnit le grand ecouet au petit cabestan, on frape des bosses du gaillard dessus l’ecouet pour le degarnir des bosses de bout du cabestan et l’amarer aux taquets dessous le vent ou bien on fait un amarage en croix sur le double de l’ecouet autour du cabestan.

On frape aussy un fouet sur l’ecouet de mizaine[.] On y croche le palan d’amure dont l’autre poulie est crochée à une herse du fronteau d’arrière du gaillard d’avant en faisant bien palanquer,[.] On amure la mizaine tout bas observant de faire toujours larguer premierement les balancines du vent,[.] Il y a des personnes qui font pezer sur lesdittes balancines de dessous le vent,[.] Quant il vente on tient un peu les bras du vent pour tenir les voilles en ralingue.

Quand on a bien amuré les basses voilles on fait achever de les border ayant auparavant abraqué le mol des ecoutes,[.] On les borde de manière que la ralingue de la grande voille touche au premier hauban, mais l’ecoutte de mizaine ne se borde pas à toucher le 1er hauban d’autant que son amure est au milieu du vaisseau, mais on la borde de manière qu’elle soit orientée comme la grande voille à peu prés,[.] Ensuitte on fait fraper les bosses sur les ecouets et on les amare à leur tournage. Cela fait on fait haler les bras et les boulines.

Quand on a bien roidy à bras la grande bouline on croche un palan dans la cosse de la moque de bouline qui est frapé dans une herse prés du collier du grand etay sur le fronteau du gaillard.

La bouline de mizaine se hale à bras,[.] Il y a des officiers qui font roidir et amarer les balancines quand on a amuré pour mieux élonger la ralingue.

Sy on veut amurer les basses voilles dans un grand coup de vent, il faut tenir les bras du vent afin que le vent ne donne pas à plomb dans la voille et qu’elle se puisse amurer avec plus de facilité[.] A mezure qu’on amure il faut larguer en douceur les points de dessous le vent pour empecher que les voilles ne battent et ne se dechirent par les secousses qu’elles donneraient sy on larguait tout à coup les points de dessous le vent,[.] Lorsque l’on borde la grande ecoutte, il faut larguer en douceur les bras du vent afin d’empecher autant qu’il se peut que la voille ne porte plain et que par ce moyen elle puisse estre bordée avec plus de facilité.

On borde comme on a dit plus haut la grande voille jusqu’à ce qu’elle touche le premier hauban,[.] La mizaine ne se borde pas sy plat parce qu’elle ne porterait pas et occasionnerait de la derive par la raison que son amure est au milieu du navire.

Sy les huniers etaient hauts avant d’amurer les basses voilles, on amenerait un peu les huniers en brassant un peu au vent, ensuitte on les amurera comme cy devant, observant pour les bien amurer de larguer les balancines du vent et des qu'elles le seront, on tiendra les bras de dessous le vent un peu largue et ceux du vent bien roide.

 

Carguer les basses voilles dans un beau temps et dans un coup de vent.

On commence par elonger touttes les cargues et tout le monde etant rangé dessus on fait larguer les boulines et les ecoutes et à mezure que l’on file les ecoutes de dessous le vent, on peze bien sur les cargues points et sur les cargues de dessous le vent pour abraquer le mol.

Quand la poulie de cargue point est presque jointe à la poulie d’en haut on fait lever le lof et filer à mezure que l’on peze sur les cargue points et sur touttes les cargues.

Dans un gros coup de vent cette manœuvre est très delicate et on ne scaurait prendre trop de precautions pour la bien faire, pour ne pas dechirer les voilles,[.] Lorsqu’on veut carguer dans ce cas là une basse voille, on fait elonger touttes les cargues et fausses cargues, faisant ranger dessus tout le monde,[.] Tout etant prest on attend une accalmy où le vent fait moins de force, et tout à coup on fait haller sur touttes les cargues de dessous le vent, principalement sur les cargues points en faisant filer en garand l’ecoutte et la fausse ecoutte où il doit y avoir de bons officiers mariniers car c’est souvent ce qui fait manquer la manœuvre. Lorsqu’on a carguer la voille sous le vent ou du moins le point on fait lever le lof que l’on fait filer à mezure que l’on cargue avec toutte la vitesse possible en brassant au vent pour deventer la voille et la faire fasier, en filant en garand la bouline pour empecher la voille de s’abattre quand elle a commencé de ralinguer en faisant bien egorger, on peze sur les fausses cargues, ce qui ressere les enflures de la voille, car le vent la fait enfler et se lever contre l’etay,[.] S’il n’y avait point de baderne pour l’empecher de s’elever on aurait toutte les peines du monde à carguer la voille.

Enfin tout le secret consiste à faire en sorte que le vent donne le moins possible à la voille sans pour autant la mettre tout à fait sur le mât[.] Afin qu’on puisse la carguer facilement il ne faut pas aussy qu’elle ralingue trop, car cela la fait battre d’une telle force qu’elle se dechire presque toujours à quelques endroits, et on tient dans ce cas la bouline de revers en la filant en garand pour l’empecher de battre.

 

Prendre les ris des basses voilles.

On fait carguer les basses voilles comme on vient de dire ensuitte on fait capeller une poulie sur chaque bout de vergue ou bien on se sert des poulies qui y sont pour hisser les bonnettes basses[.] Sy les balancines ne sont pas amarées on les fait bien amarer et on frape les ecoutes d’hune sur le ton du mât, sous le chouquet, et on roidit bien les ecoutes d’hunes et les palans de roullis,[.] On saisit bien la vergue contre le mât avec un faux batard afin que la vergue n’ait point de jeu,[.] On brasse bien la vergue afin que la voille ne fasse que fasier,[.] On amarre bien roide les bras du vent et on tient seullement ceux de dessous le vent[.] On passe ensuitte un vat et vient par les poulies susdites des bouts de vergues puis par la patte ou lunette de la pointure d’où il vient faire dormant sur l’extrémité de la vergue.

L’autre bout vient passer par des poulies frapées sur les barres d’avant du grand mât et puis par des poulies de retour sur le pont,[.] Ensuitte on fait pezer sur le vat et vient, pour faire ranger les pointures sur leurs taquets et on fait 1eme la pointure du vent et les matelots abraquent les garcettes de la bande de ris depuis la pointure du vent en venant à l’autre, et quand ils ont bien soulagé la voille et l’ont ploiée en avant de la vergue, on fait la pointure de dessous le vent,[.] Ils amarent de suitte touttes les garcettes, ensuitte ils prennent les fanons et les serrent,[.] Sy on ne veut pas serrer la voille lorsque tout le monde est lors de dessus la vergue, on la fait amurer de la hauteur de la bande de ris pour pouvoir l’amurer tout bas à l’ordinaire.

 

Enverguer et desenverguer une basse voille à la mer.

Il faut commencer par amener la vergue au mât ou a 6 à 7 pieds du pont au gaillard puis la faire saisir afin qu’elle aye le moins de mouvement qu’il se poura après quoy en enverguera la voille toutte ployée et lorsqu’elle sera bien amarée d’un bout à l’autre de la vergue, on mettra entre chaque raban du fil de carret pour la tenir ployée[.] Lorsqu’elle sera tenue par ses fils on denouera les rabans ou garcettes qui la tiennent frelée[.] On ployera bien ces rabans en racourcy pour empecher qu’ils ne battent et ne s’embarassent les uns les autres ou dans quelques mouvements ou poulies[.] Après ces premières precautions, et pour empecher que le vent ne vous maitrise, on amarera à 3 ou 4 differents endroits 3 ou 4 manœuvres courantes en guise de cargue dont les doubles viendront sur le pont et que l’on tiendra en main et amaré à mesure que l’on hissera la vergue afin de pouvoir les oter quand on voudra defreler et faire servir la voille[.] Pour mettre la voille au vent la vergue etant hautte on metra sy l’on peut le navire vent arrière pour mieux amurer et border la voille.

Lorsque la vergue est amenée pour la guinder facilement on peut sy le vent n’est pas excesivement fort amurer et border la voille afin que le vent donnant dedans on puisse hisser plus facilement la vergue.

 

Mettre à la cape à la grande voille etant sous les basses voilles au plus prés.

On file l’ecoutte d’artimon s’il est dehors, on pousse la barre à arriver et on file un peu de la grande ecoutte et de la fausse ecoutte, on halle sur les faux bras en larguant la grande bouline à mezure[.] Quand la mizaine est presque à l’abry de la grande voille, on fait carguer l’artimon et ensuitte la mizaine en commencant sous le vent et ensuitte au vent,[.] On la cargue assés aisement à l’abry de la grande voille.

Ensuitte on revient au vent, on borde la grande ecoutte tant que l’on peut et la fausse ecoutte en même temps[.] On assure ensuitte bien roide les bras du vent & on hale la bouline.

On frappe ensuitte deux palans sur le point du vent de la grande voille, l’un à l’ancette qui est au dessus du point et l’autre à une patte ou ancette qui est auprés du point sur la ralingue de fond lesquels servent à soulager le grand ecouet,[.] Quelque fois on laisse la barre sous le vent auxquels on la laisse droite et presque toujours.

On doit tenir les bras du vent roides et ceux de dessous le vent mols, car s’ils etaient tenus la vergue pourait casser,[.] Sy on mettait à la cape à la mizaine on cargue la grande voille comme il est dit, on borde la mizaine et on l’amure ayant soin après qu’elle est amurée de bien haller sur la bouline de roidir bien ferme les bras du vent de pezer sur la balancine du vent qu’on avait filé pour amurer la voille,[.] Ensuitte on borde l’artimon pour cet effet et après avoir amaré l’ours du vent, orienté la vergue et pezé sur le martinet,[.] Il faut observer de faire larguer premierement touttes les cargues du bout d’en haut dessous le vent et ensuitte les cargues du vent et dessous le vent, et border à mezure parce que quand on a pas affalé les cargues de dessous le vent et border à mezure, il arrive qu’elles se trouvent engagées entre le mât et la voille, ou entre les haubans et la voille, et il n’est point aisé de les affaler, et par consequent de border cette voille,[.] On a l’habitude de border autant que l’on peut pour bien affaler les cargues et pour filer un peu de l’ecoutte sy l’on veut.

On amure ensuitte l’artimon et on frappe une fausse ecoutte sur le point de la voille et de cette manière le Vau. est à la cappe à la mizaine et à l’artimon.

Les espagnols se servent beaucoup de cette cape, et on apelle communement cape à l’espagnole[.] On tient toujours la barre du gouvernail droite,[.] Le vaisseau doit la sentir aller plus de l’avant, que dans la precedente mais aussy il faut que les vents ne soient que mediocrement forçés, sans quoy le vaisseau aurait trop à souffrir des coups de mer non seullement de son avant mais même partout et coure risque de faire manquer le beaupré ou les lieures ou demâter du petit mât d’hune[.] Elle fait enfin trop fatiguer le vaisseau,[.] Plusieurs officiers ne sont d’avis de mettre à la cape de cette manière que d’un temps maniable.

Quand il arrive que les basses voilles souffrent beaucoup et qu’on craint de les perdre on fait amener en douceur la vergue d’artimon la voille etant carguée en filant de la drisse à mesure que l’on palanque sur le palan de drisse et qu’on peze sur touttes les cargues en filant du martinet[.] On l’amare aussy à 3 ou 4 pieds de la dunette et on fait les ris de la voille[.] Ensuitte on la hisse un peu moins qu’auparavant et le moins que l’on peut pour qu’elle ne touche pas à la dunette,[.] Ensuitte on l’oriente et on la borde au plus prés avec une fausse ecoutte[.] Dans cette situation, on ne craint point de perdre un grand mât ny basses voilles, et on est du moins tranquille de ce costé là[.] Le vaisseau ne fait guere que deriver par le travers et cule quelque fois, mais comme il n’est guere apuyé il roule plus qu’à la cape à la grande voille.

Enfin il arrive quelques fois que le vent est sy fort que l’on perd les basses voilles, l’artimon et que l’on est obligé de demeurer à sec et sans voille, en tenant pour lors la barre sous le vent,[.] Dans ce cas on oriente les vergues comme sy on avait des voilles, de cette manière le vaisseau se meut par des elans et bien souvent presente le costé au vent car quand il arrive, il va de l’avant et le gouvernail le fait venir au vent et quand il est venu beaucoup au vent il cule et le gouvernail le fait arriver aussy[.] Quand on veut courir vent arrière à sec il ne faut pas dresser la barre lorsqu’on est arivé dans la battu, et gouverner comme sy on etait à la voille.

 

Rider les etays et haubans à la mer.

Il faut prendre un beau temps petit vent et belle mer puis carguer touttes les voilles et faire vent largue pour que le vaisseau ne se tourmente pas[.] Ensuitte on frape une poulie d’ecoutte sur le grand etay, au dessus du colier ou de la fusée[.] On passe un greslin dans cette poulie qui vient passer par une poulie d’ecoutte frapée sur l’un des bossoirs et va ensuite faire dormant sur l’etay au dessus de la poulie,[.] L’autre bout vient passer dans une poulie d’ecoutte frapée sur l’autre bossoir et se garnit au cabestan[.] Quand on l’a bien roidy on bosse et on amare bien le greslin, et on roidit bien l’etay et faux etay par le moyen des rides[.] On ride aussy l’etay d’hune[.] On fait a peu prés la même chose pour l’etay de mizaine,[.] Il faut observer de larguer les coins du mât et de filer en garand un des galhaubans de perroquet d’hune puis on ride les haubans et galhaubans.

 

Amener les basses vergues et les mâts d’hune dans un mauvais temps.

Il faut carguer touttes les voilles d’arrière et les serrer et arriver vent arrière ou largue,[.] On doit mettre au gouvernail un homme qui sache bien gouverner afin de ne point donner d’elans au vaisseau,[.] On laisse autant de voille de l’avant que l’on peut.

Ces precautions etant prises on amene la grande vergue[.] En cette sorte on frape des palans de roulage babord et stribord de la vergue sur le bout et qui sont frapés sur le plat bord, puis on fait larguer les haubans et moustaches de la vergue et la suspente et on prend un tour ou deux sur la teste du sep de drisse ou du chomar et on presente la bosse dessus le garand de la drisse[.] Ensuitte on largue les cargues fonds, cargues boulines et ecouttes d’hunes et on frape le calebas du racage sur le pont[.] Ensuitte on fait filer en douceur et egalement de la drisse et des balancines et on peze sur les cargues points, sur les cargues fonds, et sur les bras l’un après l’autre et on l’amene ainssy à 7 ou 8 pieds au dessus du plat bord.

On passe ensuitte une suspente sous la goujure du pied du mât d’hune qui est frapée au ton du mât, et l’autre bout fait 2 ou 3 tours sur le ton du mât,[.] On passe sy l’on veut par une poulie qui est frapée sur le chouquet et vient passer par les rouets du sep d’ecoutte d’une [pour d’hune ?] laquelle sert à soutenir le mât sy la guinderesse venait à manquer.

On frape sur les haubans et galhaubans des palans à fouet, et sur l’etay on fait bien bosser et garnir la guinderesse au cabestan[.] Ensuitte on vire pour soulever tant soit peu le mât d’hune en filant en garand tant soit peu des rides des haubans et galhaubans (on supose les perroquets degrayés de leurs mâts) d’abord que la clef a sorty par les coups de masse qu’on luy donne,[.] On fait bien bosser la guinderesse et puis devirer pour prendre 2 ou 3 tours sur la teste du sep de drisse, et larguer ensuitte la bosse et filer en garand à mezure que le mât s’amene[.] On palanque sur les etays, haubans et galhaubans[.] Quand le pied du mât a descendu sous la hune on fait bosser pour fraper des retenues [ ?] sur le pied qui passent par le trou de la clef et viennent passer par des poulies frapées sur les haubans babord et stribord.

On fait une brague qui embrasse le grand mât et passe par le trou de la clef pour empecher que le tangage ne fasse battre le pied du mât d’hune contre le grand mât, et s’en ecartant et retombant ensuitte dessus on amene de cette manière le mât d’hune le pied entre les deux itagues et aussy bas qu’on veut[.] On saisit bien le haut du mât autour du grand mât et on travaille à le degrayer ou à le changer et en mettre un autre en sa place que l’on hisse avec les mêmes precautions.

 

Empecher de faire chapelle.

Il peut arriver qu’un coup de gouvernail donné mal à propos les courans ou changement de vents qui saute tout d’un coup de l’avant, fassent coeffer les voilles sur le mât, c’est ce qu’on apelle faire chapelle.

Pour remedier à cet inconvenient qui peut faire tomber un vaisseau sur un autre ou retarder le chemin, il faut essayer ce qui suit,[.] On pousse la barre à arriver, on cargue l’artimon et on fait ralinguer les voilles d’arrière,[.] On traverse autant que faire se peut la mizaine, c’est à dire on passe un bout de manœuvre par dessus le point de la voille sous le vent, et on hale par ce moyen le point de la voile le plus au vent qu’il est possible et sy malgré tout cela il vient toujours au vent il faut lever le lof de mizaine la brasser sur le mât aussy bien que le petit hunier, l’amurer à l’autre bord, et bien haler sur les boulines de revers[.] Sy cela ne fait point arriver le vaisseau, ce qui arrive quand le vent depend beaucoup de l’autre bord, il faut absolument virer de bord ou laisser donner le vent dans la mizaine et changer les voilles de l’arrière pour faire ensuitte un petit bord pour revirer sur le même bord.

Il y a des manœuvriers qui voyant les voilles bien coeffées ou bien prevoyant qu’il serait difficile d’empecher le vaisseau de virer de bord ne touchent à rien et laissent touttes les voilles dans leur première scituation, poussant seullement la barre à venir au vent et carguant l’artimon,[.] Le vent donnant sur les voilles de l’avant oblige toujours l’avant du vaisseau à continuer de venir au vent et de faire le tour, et quand le vent depend de l’autre bord il borde l’artimon et le vaisseau revient au vent sur le même bord sans avoir changé les voilles, ayant seullement fait un tour entier.

Mais plusieurs officiers aiment mieux dans ce cas aider le vaisseau à faire le tour en levant le lof de la grande voille en mettant le vent dans les voilles de l’arrière le plus tôt qu’on peut pour ensuitte venir sur le même bord et amurer la grande voille du même bord, quand le vent commence à dependre du même bord qu’auparavant[.] Enfin c’est aux particuliers à scavoir se servir suivant les occasions de l’une et de l’autre de ces manœuvres.

 

Mettre en panne.

Un vaisseau met en panne quand les voilles sont disposées de telle manière qu’en les contrariant les unes les autres elles rendent le vaisseau comme immobile.

1er. On brasse les voilles de l’avant et du milieu au vent.

2e. On borde l’artimon, et on met la barre du gouvernail au vent sy le vaisseau recule mais s’il ne recule pas on la metra sous le vent.

En cette disposition les voilles de l’avant, et du milieu portent la proue à ariver et l’artimon pousse la poupe sous le vent et fait venir la proue au vent, de même les voilles de l’avant et du milieu poussent le vaisseau en arrière et l’artimon le pousse un peu de l’avant,[.] Par consequent le vaisseau demeure presque immobile ne va qu’un peu de l’avant, ce qui sera cause que le gouvernail poussera un peu le vaisseau à venir au vent observé que c’est à cause qu’il recule.

3e. On cargue les basses voilles et on amene un peu les huniers en brassant un peu le petit au vent afin qu’il prenne vent devant, et on brasse le grand sous le vent afin qu’il porte,[.] En cette scituation, le vaisseau est poussé de l’avant et au vent par le grand hunier et il est poussé en arrière et arrive par le petit de sorte qu’il reste comme immobile.

Observé que sy le vaisseau va de l’avant la barre du gouvernail doit estre sous le vent, mais s’il recule on doit mettre la barre au vent qui contribue etant ainssy à faire venir le vaisseau au vent, quand le vaisseau recule.

Sy en cet etat le vaisseau arivait on pourait border l’artimon ou faire servir le perroquet de fougue et sy nonobstant tout cela le vaisseau arivait il faudrait un peu brasser le petit sous le vent,[.] Il n’est pas à craindre que le vaisseau aille trop au vent à cause du petit hunier qui reçoit le vent plus à plomb quand le vaisseau vient au vent, et a plus de force pour le faire ariver.

Ainsy on est plus sur quand on est en panne avec l’artimon mais aussy le vaisseau derive plus.

4e. On peut mettre encore en panne en faisant servir le petit hunier et mettre le grand sur le mât[.] En cet etat le vaisseau n’arive pas sy aisement parce que la voille du petit hunier pince plus le vent et a moins de force, pour faire ariver,[.] La voille du grand hunier porte plus à aller au vent,[.] C’est pour cela que cette manière de mettre en panne semble plus convenir à une armée qui est en ligne, parce qu’elle met plus le vaiseau en danger de prendre vent devant,[.] On ne s’en sert pas hors du combat, où il est plus important de ne pas arriver que de ne pas prendre vent devant.

 

Virer vent devant.

La première chose que l’on fait c’est de faire bien porter les voilles, ensuitte on borde l’artimon tout plat autant que l’on peut et on avertit en même tems de se preparer à virer de bord en disant "parer à virer",[.] On elonge alors les ecouets, les ecoutes, les bras, et les boulines de l’autre bord, et on met un homme sur chaque manœuvre, prest à larguer, c’est à dire un homme à l’ecouet du vent, un à chaque bouline, et à chaque ecoutte, et à chaque bras sous le vent, lesquels defont les tours ne laissent que celuy qu’il faut pour empecher que les manœuvres ne leur echapent.

On pousse ensuitte la barre sous le vent, et on avertit en disant, "à dieu vat",[.] On brasse un peu le petit hunier au vent et on donne un chocq à la bouline, en larguant un ou deux pieds,[.] On donne aussy un chocq à la bouline de mizaine[.] On file en douceur l’ecoutte de mizaine, et à mezure que le vaisseau vient au vent, on largue les bras du vent, du petit hunier, et on rebrasse sous le vent quand le vent donne bien sur les voilles de l’avant, et à mezure que le vaisseau arrive.

Quand l’artimon et le perroquet de fougue ne portent plus on fait pezer sur l’ourse du vent pour mettre l’artimon suivant la ligne de la quille.

On change le perroquet de fougue en larguant les bras de la bouline, en brassant et hallant la bouline de l’autre bord afin que le vent qui donne dessus, serve à pousser l’arrière du vaisseau du costé oposé à l’avant qui est poussé en même temps, par le vent qui donne sur les voilles de l’avant vers l’autre bord,[.] Dans cette scituation touttes les voilles sont sur le mât.

On file ensuitte de l’ecoutte de la grande voille, on largue l’ecoutte et on defrape ou decroche les palans de la bouline de la grande voille, et du grand hunier, et on porte les palans de la grande bouline sous le vent ou de l’autre bord,[.] Et quand le vent a depassé de 15 ou 20 degrés de l’autre bord, on fait lever le lof de la grande voille, on largue l’amure et pese en même tems sur la cargue point, pour soulager le point de la voille et bien abraquer le mol de la grande ecoutte,[.] Et quand on voit que l’artimon et perroquet de fougue sont prests à porter et qu’avant d’avoir changé la grande voille elle portera on fait decharger de l’arrière, c’est à dire on fait larguer les bras qui etaient sous le vent avant de commencer à virer et qui sont presentement au vent,[.] On fait déjà larguer en bande le grand bras et le bras du grand hunier en larguant dans le même instant la grande bouline et celle du grand hunier[.] On abraque à la hate le mol de la grande ecoutte et des bras de l’autre bord, car le vent fait tout d’un coup venir les voilles de l’arrière dans une scituation à peu prés perpendiculaire à la quille, ou du moins les vergues[.] Quand le vent donne dans les voilles, on fait amurer et retenir les bras du vent.

Il ne faut point oublier de faire changer la barre du gouvernail d’abord que le vaisseau commence à culer, ce qui arrive après avoir levé le lof ou quand le vent qui donne sur les voilles a rompu l’air du vaisseau,[.] on file en garand les bras du vent à mezure que l’on amure,[.] Quand on a bossé et amuré la grande voille, on borde son ecoutte à faire toucher la ralingue au 1er hauban sous le vent,[.] Pendant qu’on la borde on doit larguer les bras du vent et remarquer à mezure que le vaisseau arive quand il est tems de rechanger les voilles d’avant, ce qui arive quand le vaisseau a viré ou qu’il est abatu de manière que le vent est presque en travers ou que les voilles de l’arrière sont plaines sans estre brassées ny boulinées,[.] On fait decharger d’avant dans ce tems, c’est à dire on fait changer les voilles de l’avant en pezant sur les cargues points de mizaine, pour soulager les points de dessous le vent larguant en bande les bras et les boulines du vent de la mizaine et du petit hunier, brassant et bordant en même temps pour mettre le vent dedans.

On tient ensuitte les bras du vent pour amurer la mizaine avec plus de facilité, et quand on a hallé à bras on frape dessus à l’ordinaire le palan d’amure, observant de n’abraquer que le mol des ecouttes pendant que l’on amure et de tenir bien les bras du vent, ce qui fait aussy rallier le vaisseau au vent, car le vent donnant dans les voilles de l’arrière et dans celles de l’avant, le vaisseau coure de l’avant et le gouvernail et l’artimon le font venir au vent,[.] Mais d’abord qu’on a amuré la mizaine on fait larguer les bras du vent et border la mizaine à demeure.

On fait haller ensuitte sur les bras et boulines de la grande voille et du grand hunier et on les amare à mezure puis on fait haller les bras et la bouline de mizaine et après les avoir amarés on fait la même chose au petit.

Ensuitte on pare touttes les manœuvres, et on les ceüille auprés leurs taquets et tournages.

Voicy ce que dit Mr. De Tourville au sujet de revirer de bord,[.] La plupart des officiers dit-il, lorsque le vaisseau est au plus prés ou que l’on veut virer de bord ou prendre vent devant, commande d’arriver pour donner de l’air au vaisseau,[.] Il convient que les voilles soient pleines, mais il ne faut pas trop arriver parce que l’etant trop, et metant tout à coup la barre à venir au vent le gouvernail n’a pas assés de force pour le faire revenir tout à coup au vent, mais lorsque les voilles sont plaines sans touttes fois ralinguer, il faut mettre la barre droite et aussy tot que le vaisseau commence à venir au vent, il faut pousser la barre du gouvernail tout à fait sous le vent, brasser le petit hunier au vent afin qu’il ne porte pas sy plain, et larguer en douceur l’ecoutte de mizaine afin que le vaisseau aye toujours de l’air en virant et coure de l’avant et derive moins,[.] Sy on larguait tout d’un coup l’ecoutte de mizaine dans une belle mer, le vaisseau ne laisserait pas de virer vent devant, mais il arriverait et perdrait d’avantage en virant qu’en larguant en douceur l’ecoutte de mizaine.

On largue la bouline du petit hunier quand il commence à ralinguer afin qu’etant sur le mât le navire soit plus abatu.

Ces manœuvres se font dans une belle mer, car elle ne reussirait pas d’un mauvais temps[.] Ils croyaient qu’on ne devait point la larguer ou choquer quand il ventait bon frais, et de certains marins disent qu’il faut toujours choquer les boulines d’avant[.] Ils sont aussy d’avis de porter deux ecouttes d’artimon, l’une au vent et l’autre sous le vent pour que l’artimon ne se borde pas au milieu du vaisseau, mais sous le vent ce qui ferait courir le vaisseau plus de l’avant et servirait à faire virer en bordant au vent,[.] Ces deux ecoutes sont inutiles,[.] Lorsque l’on donne vent devant on peze sur l’ours d’artimon sous le vent pour que la voille aille plus au vent et fasse plus d’effet sur le vaisseau.

On affale la grande ecoutte lorsque les voilles de l’avant sont sur le mât afin que rien n’empeche de changer les voilles de l’arrière[.] On hisse le point de l’amure pour aider à decharger la grande voille en levant le lof, mais dit il d’un beau temps, car dans un coup de vent la bouline n’etant point larguée en même temps, on pourait faire deralinguer toutte la voille, car il faut aussy observer en dechargeant les voilles de l’arrière et celles de l’avant, de larguer entierement les bras du vent,[.] Sy on ne les larguait pas tout à fait, on pourrait rompre les vergues,[.] On ne doit point craindre de les larguer en bande parce que les vergues se mettent en croix,[.] Pour lors le vent etant dans les voilles on tient les bras du vent pour amurer avec plus de facilité,[.] On peut ajouter à tout cecy qu’on peut changer les voilles de l’arrière d’abord que le vent depend de l’autre bord,[.] On commence par changer l’artimon et le perroquet de fougue à l’abry des voilles de l’arrière, ensuitte les voilles de l’arrière à l’abry de celles de l’avant en observant de bien tenir les bras du vent, d’abord que les voilles commencent à ralinguer, de peur de faire rompre les vergues,[.] Après tout cecy il n’y a point de mal de respecter ce qui suit.

Virer vent devant etant au plus prés, c’est vouloir pour plusieurs raisons faire aller le vaisseau au plus prés,[.] Pour cela il s’agit quand on veut virer vent devant de faire venir l’avant du vaisseau au vent, et de faire tomber l’arrière du vaisseau sous le vent ou de faire tourner le vaisseau de manière que le vent vienne à faire ralinguer les voilles, puis dessus les voilles, ensuitte de l’avant puis de l’autre costé du vaisseau, jusqu’à ce que le vent puisse donner dans les voilles, quand on les aura brassées autant que l’on veut au vent et du costé du vent avant que l’avant du vaisseau aurait depassés le lit du vent.

Or il faut savoir que les 1er haubans et les gambes d’hunes empêchent avec le racage qu’on ne puisse brasser les vergues autant que l’on voudrait,[.] Tout ce que l’on peut faire dans les gros vaisseaux, c’est de leur faire faire un angle avec la quille, qui fait que les voilles sont plaines, lorsque la direction du vent fait un angle de 67° 30 m. avec la quille du vaisseau et dans les fregattes cet angle n’est que de 50° à peu prés parce qu’elles sont un peu plus etroittes et ont plus de mâture, mais avant que le vent puisse donner de l’autre bord il faut qu’il aye depassé de 5 à 6 quarts de vent, et voicy en peu de mots ce que l’on fait.

1e. Après avoir porté plain pour donner de l’air au vaisseau, on dresse la barre et on borde l’artimon[.] Quand le vaisseau commence à venir au vent, on brasse un peu le petit hunier à venir au vent, et on choque les boulines afin que le vent donnant dessus aide le vaisseau à venir au vent.

2e. On largue, on choque la bouline de mizaine et on file l’ecoutte en douceur afin qu’elle perde toutte la force qu’elle a pour faire arriver, et à mesure que le vaisseau tourne, ou que le vent donne sur le petit hunier, on le rebrasse de l’autre bord pour que le vent agisse mieux sur le petit hunier pour faire tourner le vaisseau.

3e. On dresse l’artimon quand il ne porte plus pour que le vent donnant toujours dedans pousse l’arrière sous le vent.

On ne largue point entierement la bouline de mizaine de peur qu’elle ne fasse un sac qui pourait acculer [ ?] l’avant du vaisseau sous le vent.

4e. Quand le perroquet de fougue qui est à l’abry des voilles de l’arrière, on change l’artimon et le perroquet de fougue pour qu’il serve à pousser l’arrière du même bord,[.] Quand on change les voilles de l’arrière, quand le vent donne dedans on empechera le vaisseau de continuer, de virer ou de s’abattre.

5e. Quand le vaisseau commence à venir au vent sy on brassait beaucoup les voilles de l’avant au vent, sans pourtant les mettre tout à fait perpendiculaires à la quille, le vaisseau ariverait bien plus vite, mais il acculerait d’avantage,[.] Au contraire sy on ne les brassait pas du tout, le vaisseau ira de l’avant en virant, parce que l’air du vaisseau le soutiendra contre la force du vent sur les voilles qui tendent à le faire culer, c’est pourquoy on ne brasse qu’avec les voilles de l’avant que quand le vaisseau est vif pour venir au vent.

6e. Quand le vent est prêt à donner dans l’artimon on change les voilles de l’arrière pour les amurer de l’autre bord et après les avoir amurées et bordées, on change celles de l’avant.

On ne change point les voilles de l’avant en même temps parcequ’elles servent avec celles de l’arrière à faire virer le vaisseau, pendant que l’on change celle de l’arrière, de manière que le vent depende après de l’autre bord pour donner dans les voilles, quand on les a changées, et même les voilles de l’avant, etant trop sur le mât pendant que le vent est dans les voilles de l’arrière,[.] On ne craint pas après avoir viré que le vaisseau revienne au vent ce qui pourait arriver sy on changeait trop tot les voilles de l’avant, car le vent qui donne dans l’artimon et dans le perroquet de fougue pourait faire venir le vaisseau au vent, faire fasier touttes les voilles et faire chapelle, ce qui ne peut arriver pendant que le vent est sur les voilles d’avant, car le vaisseau est en panne,[.] Il n’y a qu’à faire servir les voilles de l’avant, quand le vaisseau a perdu son air pour virer, et que la grande voille est bordée.

7e. On change la barre du gouvernail quand le vaisseau commence à culer parce que la barre qui tendait à le faire virer ou venir au vent quand le vaisseau courait de l’avant ferait abattre le navire quand il cule,[.] Aussy on met la barre au vent ou de l’autre bord d’abord que le vaisseau cule mais il faut avoir soin de dresser la barre quand le vaisseau a viré et quand il coure de l’avant et que l’on change les voilles de l’avant, de peur qu’il ne fasse trop venir au vent de l’autre bord, et ne fasse fasier les voilles.

Quand on s’aperçoit de cela on pousse la barre au vent pour faire ariver le vaisseau, ou largue l’ecoute d’artimon, et on le cargue s’il est necessaire.

On fait fasier le perroquet de fougue, on traverse la mizaine, et même on brasse au vent pour empecher de faire chapelle.

 

Remarques.

Il n’est pas aisé de virer vent devant avec les huniers quand il y a de la mer, parcequ’ils ne donnent pas assés d’air au vaisseau pour manier la houle que le vent jette sur l’avant du vaisseau,[.] Les basses voilles seulles suffisent encore moins parce qu’elles donnent encore moins d’air, parce que celles de l’avant font des sacs au vent du mât et poussent la proue sous le vent.

 

Saisir la chaloupe dans les vaisseaux.

On commence par passer un bout d’aussiere ou le cableau de la chaloupe d’un bout à l’autre du Vau par le sabord correspondant de la 2e baterie qui passe par dessous la quille de la chaloupe et par dessus le canot et après avoir fait 3 ou 4 tours, on fait avec les bouts une bridure qui joint les doubles d’en haut ce ceux de dessous la chaloupe, babord et stribord. On prend ensuitte une barre de cabestan que l’on passe auprés de cette bridure, et on fait un trevire qui acheve de roidir parfaitement cette manœuvre qui embrasse le canot et la chaloupe.

On fait aussy deux saisines l’une prés du banc d’arrière et l’autre prés du banc d’avant du canot,[.] On peut aussy lever les goupilles des bancs de la chaloupe, ce qui est convenable, et fait que les coups de mer n’y ont point tant de force et qu’on peut les mieux saisir.

 

Mettre le canon de la 1re batterie sur le 2e pont sans mâts ny chevre.

(Cliquez ici pour voir l'article correspondant du manuscrit "Instructions pour la marine")

Il faut etablir deux barres à servir de montant dont un des bouts est endenté par un adent et un clou, au coin du beau du 2e pont sur le grand paneau, et le bout d’en bas en arrière du panneau,[.] Ayant cloué les deux montants, et arrestés par les taquets et clous, il faut mettre un bordage entre les deux barres, ayant même scituation pour servir de sole et de fond aux canons,[.] Ces trois pièces formeront, ce qu’on apelle un poulain dont on se sert pour lever des grands fardeaux,[.] Ensuitte on met le canon, la culasse à l’entrée du poulain,[.] On frape deux palans sur chacun des tourillons qui viennent tous du gaillard d’avant.

Il ne faut pas oublier auparavant, que la culasse tombe entre les deux montants de mettre dessus les bordages, un roulleau en arrière dessous le canon qui roulle dessus,[.] Il faut qu’il soit juste entre deux bordages, roulant sur la solle.

Sy deux palans ne suffisaient pas et ne faisaient pas assés de diligence, il en faut mettre un troisieme à la vollée, avec une pince dedant pour le crocher,[.] On en peut mettre un autre sur le bouton, et lorsque le canon est sur le deuxieme pont on en use comme cy dessous.

 

Debarquer le canon de la 2e batterie, d’un vaisseau qui n’a ny mât ny chevre.

(Cliquez ici pour voir l'article correspondant du manuscrit "Instructions pour la marine")

Il faut prendre deux bordages ou barres de cabestan et les couper de longueur pour endenter et clouer un bout sur le plat bord, et l’autre à l’illoir etablissant les chantiers droit entre deux sabords en sorte que l’affut puisse entrer, entre deux barres, et que le canon puisse s’apuyer sur elle à la vollée et à la culasse,[.] Pour lors on etablit deux aussieres dont un bout est amaré à demeur sur un des membres du plat bord et l’autre passe au retour sur le plat bord, avec lequel trevire, on prend le canon par les deux bouts et on vire dessus jusqu’au plat bord,[.] Il faut en même temps avoir les autres bouts passés à trevire, pour recevoir le canon et le filler du plat bord en bas dans le batiment, ou sur la terre, où on le veut mettre.

Sy la force des hommes ne suffit pas on mettrait un palan sur chaque bout.

 

Mettre une chaloupe à la mer d’un mauvais tems, dans un Vau dematé de tous mâts.

(Cliquez ici pour voir l'article correspondant du manuscrit "Instructions pour la marine")

Il faut commencer par prendre la barre de rechange du gouvernail et le plus fort des bordages, mettre un bout de la barre et du bordage sur le plat bord, sous le vent, et les autres bouts presentés sous la chaloupe, l’un à travers de l’amure et l’autre à travers du bau de l’arrière,[.] Il faut après se servir d’un criq à l’arrière de la chaloupe, et un autre à l’avant,[.] On la monte sur le chantier un bout après l’autre,[.] Il faut des trapes à palans sous le vent pour aider à la monter sur le chantier[.] Il faut aussy des trapes simples au vent.

Il faut sy la mer est grosse pour s’opposer au tangage, qui la ferait courir de l’avant ou de l’arrière sur le chantier, avoir de bons palans etablys un sur le gaillard d’avant, l’autre sur celuy d’arrière,[.] Sy on craint que le chantier ne rompe, il faut mettre du canon dans son affut sous chaque milieu du chantier,[.] Quand la chaloupe sera montée à la hauteur du plat bord, il faudra prendre des vergues d’hunes, et les passer par dessous la chaloupe en dedans des deux chantiers, et amarer les deux vergues, qu’elles ne puissent se serrer ny s’ouvrir, par le moyen d’un espar qu’on amare par dessus les deux bouts.

Après avoir ainssy etably les deux vergues on mettra un cricq sur chacun des chantiers et on vire la chaloupe jusque par dessus le niveau du sabord [pour plat bord], en palanquant toujours la chaloupe sous le vent, et filant en garand les trapes du vent,[.] La chaloupe s’en ira à la mer commodement, coulant sur les vergues.

Sy dans le vaisseau il ne se trouve point de vergues d’hune on peut faire la même manœuvre avec des jumelles, et pour empecher la chaloupe de virer ou d’emplir lorsqu’elle est sur les deux vergues en dehors du plat bord, il faut faire deux petites saisines frapées aux vergues du costé en dedans du vaisseau et à la vergue qui est dessous, et une autre à la vergue au travers de l’amure et à la vergue qui est dessous.

Ces deux saisines tiendront la chaloupe droite sur les deux vergues qui vont avec elles à la mer le bout d’en bas, est à piq le long du bord,[.] Il faut que les saisines ne serrent point la vergue, afin que la chaloupe ne soit point retenue, et coule facilement le long desdittes vergues.

 

Mouiller.

D’un beau tems quand on approchera du mouillage on passera l’ancre à la bouée, on elongera le cable jusqu’au grand mât, et on prendra un tour de bittes[.] En même tems on serrera la grande voille, on carguera la mizaine et on amenera les huniers à my mâts,[.] Enfin quand on sera au lieu du moüillage, on bordera l’artimon pour venir au vent et on mettra un des huniers sur le mât tandis que l’on serra l’autre[.] Quand l’air du vaisseau sera entierement rompu et qu’il commencera à s’abattre, on laissera tomber l’ancre et on filera doucement du cable autant qu’il sera necessaire mettant le perroquet de fougue sur le mât quand le vaisseau n’evitera pas promptement,[.] Quand on a assés filé du cable, on le bosse en l’arrière des bittes, on fait la fourure, ensuitte on le bosse, on file, et on le rebosse après.

S’yl y avait du courant contraire à la routte, il ne faudrait pas carguer les voilles avant que d’estre au moüillage, parce que le courant romperait aisement l’air du vaisseau,[.] On pourrait aussy de beau temps aller au moüillage avec touttes les voilles qu’on metrait ensuitte sur le mât avant de mouiller, mais il faut estre sur de carguer vite les voilles en même temps.

Quand il vente beaucoup on va au moüillage avec la mizaine seulement et on s’en sert pour rompre l’air du vaisseau,[.] On fait deux tours de cable aux bittes et on moüille l’ancre du vent de peur que le cable n’aille sous le taille mer, et on file beaucoup de cable avant de bosser comme un cable et demy au moins.

Lorsqu’on moüille dans une rade sans s’affourcher et que la marée est plus forte que le vent il faut avoir toujours des voilles prestes pour faire roidir le cable qui pourait sans cette precaution s’embarrasser sous le jas ou la patte de l’ancre, ou s’enjaller [ ?], et quand on mouille de calme dans une mer etalle, ou qui cesse de monter ou de descendre, on doit toujours donner au cable une brasse moins que le fond en elongeant parce qu’il serait à craindre que le poids de l’ancre ne fit rompre la patte comme il arive souvent, et on ne doit filer du cable qu’à mezure que le vaisseau derive ou cule de peur qu’il ne s’embarasse autour de la patte, comme on vient de le dire plus haut.

Il faut remarquer qu’en laissant tomber l’ancre pour mouiller il faut toujours pousser la barre du gouvernail du costé qu’on ne mouille pas pour que le cable ne soit pas sous le vent.

 

Mouiller sous la mizaine vent arrière d’un temps forcé.

On elonge le cable jusqu’au grand mât et on prend deux à trois tours de bitte afin que l’ancre ayant pris fond le cable ne file qu’en guarand, et qu’on puisse le bosser et pour que l’ancre puisse prendre fond avant que l’air du vaisseau la fasse chasser. Sy on elongait pas le cable il arriverait que l’ancre ne prendrait pas fond et on aurait de la peine à le filer à cause des tours de bitte que l’on a pris.

L’ancre et la bouée etant prests à mouiller il faut carguer et serrer la mizaine avant que d’estre tout à fait au mouillage, et border l’artimon,[.] Lorsque le vaisseau commence à venir au vent, et qu’il a perdu son air ou sa vitesse, et qu’il commence à deriver le costé de travers à la lame et au vent, il faut laisser tomber l’ancre du costé du vent afin que lorsque l’on file le cable il ne se trouve point sous la coupe gorge ou taille mer du vaisseau[.] Dans cette occasion il faut mouiller la grande touée de stribord qui est l’ancre de flot ordinaire, car on episse ainsy les cables ensemble pour moüiller dans des grands fonds qui demandent qu’on file plus d’un cable pour pouvoir tenir le vaisseau ou que l’impetuosité des vents ou de la mer le requiert car on est quelque fois obligé pour pouvoir tenir et ne point chasser de filer deux. 3. ou 4 cables avant de pouvoir bitter et bosser à demeure pour faire teste, et même les holandois ont des touées de 5 à 6 cables pour mouiller sur les bancs d’hollande[.] Parceque plus les ancres apellent de loin moins les cables travaillent, outre que l’ancre tient beaucoup mieux au fond et fait que le vaisseau coure moins risque de chasser.

La touée ou l’ancre de stribord se moüillent toujours au large,[.] On doit se trouver du costé du large ou des gros vents qui sont à craindre qui peuvent faire chasser ou derader,[.] On doit filer au moins un cable et demy ou deux avant de bitter et faire teste,[.] La 1re chose que l’on doit faire quand on est moüillé, c’est d’amener les basses vergues et les mâts d’hune, et degréer les mâts et vergues de perroquet[.] Quand il vente fort, ou que le fond est mauvais, et même lorsqu’on veut moüiller d’un temps forcé sur des bancs au large ou dans des rades foraines, on est obligé à cause de la grosse mer ou du mauvais tems d’amener les basses vergues et les mâts d’hunes avant de mouiller de crainte que lorsque le vaisseau vient à faire teste c’est à dire lorsque le cable retenant l’avant il vient au vent et à ne plus deriver, il ne fasse chasser l’ancre ou fasse rompre le cable et casser la patte de l’ancre.

Sy on a mouillé dans une radde et que la tenue soit mauvaise et qu’on aye de quoy chasser, on peut empenneler comme on le verra plus bas.

 

Empenneler avant et après estre moüillé.

On frappe un greslin en forme d’aussière sur la croisée de l’ancre ou bien on etalingue ou on frape le bout de l’orin sur l’organeau de l’ancre à touer[.] Ensuitte on frappe un orin et une petitte bouée sur le bout de l’orin, et lorsque touttes le voilles sont carguées, on vient au vent du costé que l’on veut mouiller en bordant l’artimon, et quand le navire est amorty on moüille l’ancre à touer[.] On file du greslin à mezure que le vaisseau cule puis quand il est au bout qu’il est redde et qu’il fait force on largue la serre bosse et la bosse pour mouiller l’ancre du bossoir,[.] De cette manière l’ancre ne peut chasser qu’en trainant l’ancre à touer sur le fond, ce qui la retient et empêche de chasser sy facillement.

Sy on est mouillé que l’on veut empenneler il faut prendre l’orin de l’ancre avec tout au moins le double de brasse qu’il y a de fond où l’on est,[.] La bouée etant defrapée il faut etalinguer le bout de l’orin sur une petite ancre à touer et lorsque la marée porte en avant de l’ancre, il faut y porter l’ancre à touer qui etant mouillée soulage et empechera de chasser.

On peut aussy empenneler de cette manière[.] On frape un des bouts de greslin sur le cable qu’on a filé[.] On suppose qu’il ny ait qu’un cable de filer que l’epissure soit à bord et que l’ancre chasse[.] On fait déjà un nœud de bouline avec le bout du greslin sur le cable en dehors de l’ecubier et l’autre bout se frape sur l’une des ancres à touer, et on y frape un orin qui est au moins deux fois la longueur du brassiage de fond[.] Ensuitte comme le vaisseau chasse et presque le costé en travers, on moüille la petitte ancre et on file de la touée et du cable mouillé puis quand l’ancre vient encore à chasser quant on a bitté le cable il arrive que la petitte ancre fait roidir le greslin peu à peu et enfin on fait courir le nœud de bouline vers l’organeau de l’ancre de la touée tout le long du cable, et pour lors ne pouvant plus glisser le greslin et l’ancre à touer retiennent l’ancre qu’on avait mouillé et elle est comme empennelée,[.] On peut filer plus ou moins de cable que l’on veut.

Il y a des marins qui voudront faire servir le cable d’affourche et son ancre d’empennelure à la grande touée ou à l’ancre mouillée[.] Dans ce cas il faudrait faire une bague du bout du cable pour qu’il glisse le long de l’autre cable,[.] Quand on n’a point d’ancre à touer on peut se servir d’un canon pour servir d’ancre à touer pour faire une empennelure.

 

Autre manière d’empenneler avec une petite ancre.

Sy en mouillant on avait dessein d’empenneler il faudrait fraper deux orins sur l’ancre que l’on voudrait mouiller et les amarer à une même bouée afin d’en prendre un pour y etalinguer l’ancre d’empennelure,[.] Sur cette seconde et petitte ancre il faudrait qu’il y eut un orin fort et long afin que ladite ancre etant mouillée son orin puisse venir s’amarrer sur cette première bouée pour y pouvoir par ces mêmes orins lever l’ancre empennelée,[.] Sy par hazard on etait obligé d’appareiller sans chaloupe car le vaisseau etant à picq la grosse ancre qu’on aura moüillé, il est sensé que prenant la bouée où les deux orins seront amarés, on levra l’ancre qu’on aura mouillé pour empenneler[.] Sans cette precaution il faudrait lever la grosse ancre, ayant demaré l’orin où serait amaré la petitte ce qui serait un temps et une peine qu’on eviterait par là.

Autre manière d’empenneler avec une grosse ancre le vaisseau chassant,[.] Dans le temps que l’ancre chasse, il faudrait faire au bout du cable une bonne guêne ou estrope au bout de laquelle il y eut 15. 20. 25 brasses de cable plus ou moins etalingués à l’ancre avec laquelle on voudrait empenneler[.] Après avoir fait cette guaine du même bout de cable, d’un autre cordage il faudrait faire embarder le vaisseau à stribord et à babord afin que cette dernière ancre que l’on laisserait tomber pour empenneler puisse aller à fond le plus long qu’il luy sera possible, et à costé du cable de l’ancre,[.] Cette gance ou boucle, coulante au long du cable ne s’arresterait qu’au bout du cable et à toucher à l’organeau de l’ancre, laquelle ancre serait retenue par celle que l’on aurait laissé tomber et se trouverait faire teste, et en barbe de la première,[.] Avant de laisser tomber cette ancre il faudrait y mettre un bon et fort orin afin de pouvoir s’en servir pour la relever, sans quoy on aura de la peine à pouvoir la lever et pour le faire il faudra lever la 1re et en demarer le cable qui aurait eté mis à ladite ancre.

 

Mouiller d’un gros vent dans une radde où il n’y a point de chasse.

On empennele la 1re ancre que l’on mouille et on file un cable ou ce que l’on peut de cette 1re ancre puis on mouille une 2e ancre avant de faire teste, et on file du 2e cable,[.] On bitte et bosse le 1er pour que le Vau. Vienne à l’appel du 1er et du 2e cable puis on file des deux en même tems observant de les faire travailler egallement et de ne point mettre d’orin à la 2e ancre que l’on moüille parce que l’orin pourait raguer et couper le 1er cable,[.] Sy le vent vient à calmer, on relevera d’abord la 2e ancre de peur que les cables ne se raguent, ou ne se croisent.

Mais sy le vent etant forcé, vient à changer on doit avoir grande attention à filer le cable qui travaille le plus sans quoy celuy qui travaille venant à manquer la secousse que le vaisseau donnerait à l’autre ancre ou cable le fera aussy manquer infailliblement.

Quand on mouille au large sur des bancs dans des coups de vent et qu’on a 4 ou 5 cables dehors bout à bout ou des touées de cette longueur, on a vu des beauprés au tangage s’engager par dessous le cable,[.] Ainssy il serait bon de tenir l’arc boutant au baton de focq en place pour elonger le beaupré,[.] Pour filer du cable on le pousse dehors, et on le halle de la calle pour qu’il file plus facilement et que le navire aille plus vite,[.] On prend comme on a dit plusieurs tours de bittes, plus ou moins selon la force du vent, et on met la paille des bittes en place au travers de la tete des bittes[.] C’est une longue verge de fer rond qui empeche que les tours de cable ne se decapellent par dessus les bittes, car on a vu dans des gros tems qu’on ne pouvait dans ces cas arrester le cable, et que le feu se mettait dans les bittes ou dans le traversin par le frottement et la vitesse du cable[.] On a pour ce sujet des seilleaux d’eau tout préts pour jetter dessus.

 

Mouiller vent arrière devant une place pour la canoner.

Il faut etalinguer une aussiere ou un greslin sur l’organeau de l’ancre que l’on veut mouiller et passer le bout par un sabord de la Ste barbe afin qu’etant mouillé on puisse virer dessus et mettre en même temps le costé à travers.

On ne doit pas s’engager de cette manière sans avoir une flutte mouillée avec deux grosses ancres hors de la portée du canon afin que les navires puissent porter une ancre à touer sur la flutte pour se retirer avec plus de facilité.

 

Rafraichir un cable.

Dans un gros coup de vent il faut larguer les bosses de l’arrière des bittes qui font force et les bosser touttes molles afin que larguant les bosses de l’avant, le cable luy même ne file que la longueur que les bosses de l’arrière ont etés larguées et pliées,[.] Sy on ne prenait pas cette precaution, il arriverait que le cable filerait plus qu’il ne faudrait et quelque fois la fourure du cable irait dehors,[.] Il faut lorsqu’on file un cable dans un gros vent filer en douceur ayant attention de faire deux tours de bitte, et de mettre la paille à la teste des bittes pour que le cable ne passe pas par dessus[.] Comme le feu pourait s’y mettre Il faut avoir des seilleaux pleins d’eau pour l’eteindre.

 

Visiter les cables.

D’abord que le vent a calmé après un gros tems il faut lever premierement les ancres que la force du vent avait fait moüiller, comme grande ancre et autres et laisser seullement les ancres qui affourchent le vaisseau, mais il faut cependant, desafourcher pour voir sy les cables ne sont point ragués ou offensés[.] Quelquefois on se contente de les soulever avec la chaloupe et le canot pour les visiter jusqu’auprés de l’ancre en les hallant dessus la chaloupe et cela s’appele visiter les cables en les pomoyant ou à bras.

 

Depasser les cables.

Il arrive souvent que le changement de vent ou les courants font que les vaisseaux tournent la poupe où ils avaient le cap, de manière que c’est l’ancre d’affourche qui sert au lieu de l’autre ancre et sy le navire a evité du bon costé c’est à dire de babord à stribord en arrière ou qu’il ait abatu sur babord en avant il n’y aura point de croix, mais s’il evitte de l’autre costé il y aura une croix, et on tache quand la marée change de se faire eviter dans le sens contraire à son evitage de la premiere fois mais sy l’artimon et le perroquet de fougue ne le peuvent pas et qu’il continue toujours d’eviter du même côté, les cables viennent à corder en tournant d’un tour sous le taille mer[.] Comme ces tours sont fort dangereux on ne doit pas passer la nuit en cet etat, car sy on etait surpris d’un coup de vent et qu’il fallut filer du cable ces tours l’empecherait et même les cables se raguent et se coupent par le tangage.

Et voicy comment on defait ces tours,[.] Quand il n’y a point de chaloupe, on commence à crocher le crocq à trois branches qui est frapé au bout d’une aussiere qui passe dans une poulie frapée sur le beaupré au dessous sur l’avant de la vergue de civadiere, et le bout vient se garnir passant par les roüets du sep d’ecoutte d’hune du petit hunier au cabestan d’avant et les croqs se crochent sur le cable d’affourche,[.] Ensuitte on vire sur l’aussiere pour soulager et hisser le double du cable d’affourche hors de l’eau, ensuitte on amare bien l’aussiere que l’on degarnit du cabestan et on frape un ou deux greslins suivant le vent sur le cable d’affourche que l’on roidit bien par le moyen du cabestan et de palan,[.] Ensuitte on frape le bout de la bouline de mizaine sur le cable, l’ayant passé par l’ecubier du cable d’affourche et frapé dans la calle sur le cable,[.] On halle dessus et on allege ou halle le cable le bout dehors de l’ecubier, et voilà la raison pourquoy il faut qu’il n’y ait guere de cable dedans car on serait trop longtemps à depasser le cable,[.] Le bout etant dehors on frape un bout de cordage sur le bord du cable, ensuitte on halle le bout dans l’ecubier, et on frape des palans dessus pour le roidir puis on prend un tour de bitte et on le bosse,[.] On largue ou file le bout des greslins qu’on defrape et on file le croq à trois branches pour le decrocher et le tour est osté.

Les cables se raguent souvent, lorsqu’ils se croizent ou lorsqu’ils portent ou trainent sur des fonds de rochers,[.] Quand on a visité un cable et qu’on s’aperçoit qu’il est ragué, on le fait fortifier avec un cordage que l’on fait entrer entre les cordons avec des masses de bois et en palanquant sur le bout du cordage.

On ne doit point se servir d’un cable sans l’empeigner lorsqu’il y a 7 à 8 ou 10 fils coupés mais lorsqu’il n’est que lavé, c’est à dire elongé et usé à force de servir on n’a pas besoin de l’empeigner,[.] On ne se sert de ces sortes de cable que quand il n’y en a point d’autres[.] Quand il y a des tours coupés ou en partie il faut couper le cable, oter le mauvais et episser ensuitte les bouts ensemble.

Les cables etant mouillé et renfermés dans la fosse aux cables viennent souvent à s’echauffer et deviennent roussatres ou noirs et moisis,[.] Pour voir s’ils peuvent servir, il faut couper quelques fils et voir s’ils cassent aisement.

Pour eviter que les cables ne s’echauffent, on a l’habitude de les moüiller de temps en temps d’eau de mer,[.] Il vaut mieux leur donner de l’air par le moyen d’une manche.

Lorsqu’on a perdu quelques bouées et que le cable ont manqués il faut les chercher en les draguant c’est à dire en attachant des boulets à deux testes au milieu du cordage pour qu’ils traine sur le fond sur l’arrière de l’ancre puis deux chaloupes prennent chacun un bout de l’amarre et la trainent vers l’ancre sur le fond,[.] L’amare venant à rencontrer l’ancre areste les chaloupes,[.] On fait une espece de lien ou nœud coulant avec une aussiere, pour saisir la pate et soulever l’ancre du fond.

 

Virer facilement un cable.

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Dans un beau temps pour faire diligence il suffit ayant disposé le tournevire de la manière ordinaire de fraper une grosse poulie simple sur le pont au grand mât directement sous le tournevire,[.] Passe dans cette poulie une aussiere entiere proportionnée au tournevire, et la passer au petit cabestan en manière de tournevire, la saisissant sur le tournevire avec des garcettes comme on fait sur le cable,[.] Cette aussiere se vire sans discontinuer et sans reprise[.] De cette manière une armée aura apareillé plutôt qu’une autre.

Dans un gros tems et dans un fond vazeux le cable jettant du goudron on doit croiser les garcettes sur le cable ensuitte sur le tournevire et les etandre tous deux sur le cul de fusée conduisant les garcettes loin jusqu’au grand mât sans larguer[.] Lorsqu’il y a danger que le cable ne file par l’effort de la mer et du vent il faut prendre de tems en tems des bosses dans la fosse aux cables, les larguant et reprenant plis à plis[.] Sy on n’avançait pas il faudrait fraper sur le cable vers l’avant un palan à itague dont l’autre poulie serait amarée au pied du grand mât et mettre le guarand du palan au petit cabestan, ou bien sy l’ancre est proche d’estre à picq et que le tems le permet prenés l’orin dans la chaloupe et l’ajuster l’ayant passé par dessus le bossoir on le vire au petit cabestan,[.] S’il etait faible, coulés un greslin par un nœud coulant dans lequel on met un cercle que l’on cale par un petit boulet,[.] Lorsqu’il a pris la patte on le serre et on ne largue point l’orin que le greslin ne fasse force au dedans du vaisseau.

Sy dans un gros vent le fond est de vaze et que le tournevire ne morde pas le cabestan, il faut encore passer un tour et le dessecher avec de la cendre,[.] Passer des copeaux, de l’etoupe et de vieux balets entre les dents du cabestan, et le tournevire[.] Mettre plus de monde au retour du cable avec une bosse à l’etreindre,[.] Il faut metre aussy un coussin d’affut pour le soutenir, proche le cabestan, et clouer sur le pont des cheuvrons et jetter du sable pour que les hommes qui virent au cabestan ne glissent pas.

Lorsque le cable se trouve neuf, jettant du goudron ou etant gras par la vaze, il faut en cueüillir le double qui vient de l’ecubier sur le pont par le travers du grand mât en elongeant deux canons avant de le cueüillir dans la fosse aux cables,[.] Lorsqu’on est à la voille on le met dans la fosse aux cables.

Pour virer un cable dans un gros temps on prend une aussiere proportionnée au tournevire, on en amarera un bout au grand mât et on passera l’autre dans une poulie frapée contre le grand mât au 1er pont dont on fait l’estrope aussy longue que l’on veut, etant à deux œillets pour elever la poulie par un caillebotin au niveau du 2e pont afin que le bout de l’aussiere puisse aller au petit cabestan,[.] Le cable et le tournevire sont saisis par des garcettes dont chacune le croise par un tour mort.

Dans un gros temps il faut faire bosser le cable et le tournevire auparavant que de choquer parce qu’en choquant on peut faire manquer les garcettes et faire aller l’ancre à la mer.

Avec peu de monde on peut virer un cable[.] Pour cet effet on frape sur le cable une grosse poulie dans laquelle on fait passer un palan à itague dont le dormant est saisy au grand mât et sur le garand de cabestan à itague, on fait fraper un palan double dont l’autre poulie est saisie sur l’artimon et 4 hommes halant sur le garand des palans levent l’ancre.

 

Manière de se servir d’une ancre qui n’a qu’une patte.

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Il faut lui estroper une poulie sur la croisée du côté qu’elle n’a point de patte et passer lorsqu’on veut moüiller l’ancre une aussiere dedans et amarer un des bouts de laditte aussiere sur le beaupré au ras du collier d’etay de mizaine.

On laissera aller en mouillant la serre bosse comme on fait ordinairement, l’autre etant à picq et sur la bosse de bout, il faut haller sur l’aussiere qui est passée dans la poulie qui vient de dessous le beaupré après quoy il faut virer doucement de la bosse de bout, et l’ayant depassé de l’organeau, laissera tomber l’ancre,[.] Il faut filer du cable et de l’aussière qui est frapée sur la patte egalement, et par ce moyen votre ancre ne peut manquer de tomber la patte en bas,[.] Il faut surtout laisser culer le navire avant de mouiller parce que sy vous mouillés en courant de l’avant votre vaisseau tirera votre ancre dessous.

 

Manière de faire tenir autant qu’il se peut les ancres dans une rade foraine sans abry.

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Il faut d’abord en arivant dans une radde foraine sy vous voyés aparence de mauvais temps et que du vent qui vous charge le plus à la coste, vous ne puissiés pas vous elever à la voille, et parer tous les dangers il faut mouiller une grande touée et filer suivant la quantité d’eau la grosse mer et les vents qu’il y aura,[.] Après quoy il faudra travailler à degarnir le vaisseau de ses perroquets mâts et perroquets d’hunes sy on n’a pas fait mettre le tout sur le pont, c’est à dire les vergues d’hunes avec les perroquets et leurs voilles, les mâts d’hune restant debout le long des grands mâts.

Sy vous avés dans le vaisseau plusieurs ancres etalinguées il faut après avoir filer votre grande touée jusqu’au bout, episser un cable d’affourche pourvu qu’il ait la grosseur des autres et qu’il soit bon à pouvoir s’y fier,[.] Après avoir epissé le cable d’affourche et filé, il ne doit plus vous rester qu’une touée parcequ’on voit par experience qu’un plus grand nombre vous embarasse pour filer facilement beaucoup de cable à le retablir sur les bittes.

Il est sur que sy un vaisseau pouvait aller à l’ancre avec ses deux ancres sur le bord ayant tous ses 3 cables en deux touées qu’il tiendrait dans une mauvaise radde par le moyen d’une longue touée et il se sauvera même à l’apuy d’une seulle ancre plutot qu’un autre navire qui se trouvera 3 ou 4 ancres etalinguées ou mouillées.

On ne doit mouiller plusieurs ancres que dans un lieu où n’ayant point de chasse, on irait à la côte ne pouvant filer du cable,[.] Il faut toujours que les cables et les ancres d’un vaisseau soient egalles,[.] De cette manière, on peut episser des cables ensemble tant qu’on veut sur une même touée, supposé comme il est dit qu’ils soient proportionnés au vaisseau,[.] Sy on embarque differentes grosseurs de cable et differents poids d’ancres elles ne peuvent jamais assurer un vaisseau, dans une rade,[.] Il faudrait tout au plus que trois grosses ancres sur le bord et une à touée et le surplus bien garé au fond de cale.

Un vaisseau a d’ordinaire cinq grosses ancres et deux petittes et il y en aurait de cette manière trois au fond de calle et 4 sur le bord,[.] Il peut ariver dans un combat à un vaisseau d’avoir ses ancres rompues, soit les vergues, les pattes, ou le jas[.] En pareil cas, celles qui sont au fond de calle sont celles sur lesquelles on peut compter pour les 1re rades où vous allés après le combat et supposé qu’on ne perde point d’ancres par des coups de canon, vous etes aussy en etat ayant trois ancres sur le bord que sy il y en avait un plus grand nombre parce que leur quantité fait un grand embaras de cables sur les bittes et les ancres accablent le haut du vaisseau.

Le vaisseau qui aura 8 cables pour son armement peut les mettre 3 à 3 epissées ensemble[.] Les deux bouts de touées de 3 doivent s’etalinguer aux deux ancres du bossoir afin qu’elles soient touttes deux egallement prêtes et de tous tems,[.] Il vous reste deux cables pour la grosse ancre qu’on ne doit mouiller ordinairement que dans la dernière extremité.

Tout le monde conviendra que la grande quantité d’ancres qu’un vaisseau mouillera contribuera à sa perte, et s’il n’y en a qu’une ayant de quoy filer elle est toujours sure de tenir.

 

Entrer un vaisseau dans un port à la voille etant incertain qu’il soit assés large pour pouvoir eviter.

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Le vaisseau qui entrera à la voille sous vent arrière, largue, ou au plus prés, dans un port où il y a 9 ou 10 pieds d’eau, plus que le vaisseau ne tire mais où il est incertain s’il y a assés d’espace pour pouvoir eviter doit pour plus de sureté detalinguer un des cables, le depasser de l’ecubier et le porter par un bout entre pont au sabord de la Ste barbe du costé où est l’ancre qu’on a detalinguée[.] On fait courir le bout du cable par dehors le vaisseau jusqu’à l’organeau de la même ancre et on l’etalingue tout de nouveau en toutte diligence.

Lorsqu’on est entré dans le port on mouille cette ancre de l’avant en faisant attention autant qu’on peut d’eviter que le vaisseau ne passe dessus ladite ancre, de crainte que s’il ny avait pas beaucoup d’eau la patte ne touchat les flancs du vaisseau ou la quille ce qui occasionnerait plusieurs accidents[.] Il faut toujours songer de bonne heure à rompre l’air par la diminution des voilles, comme on fait d’ordinaire ou en serrant autant qu’on en aurait d’inutille.

Lorsque les marées portent comme la scituation du port il n’y a rien à craindre en serrant touttes les voilles dés l’entrée supposé que le vent soit arrière ou largue afin d’etaler plus facilement le vaisseau,[.] Sy dans ledit port il n’y avait pas assés de distance pour eviter le vaisseau le cap à la mer il faudra filler beaucoup du cable de l’ancre de derrière jusqu’à ce que l’on puisse mouiller l’ancre de l’avant[.] L’ayant mouillée au milieu du canal il faut virer sur le cable de derrière et filer celuy de l’avant jusqu’à mettre egallement les deux cables dehors,[.] Il faut après avoir mis le navire en place porter de chaque costé du port un greslin tant de l’arrière que de l’avant amaré à quelques roche, ou à quelqu’arbre,[.] S’il ne se trouve ny roche ny arbre, il faut porter des ancres et les enterrer de sorte qu’elle puisse tenir[.] De cette façon les trois amares font une patte d’oye tant de l’avant que de l’arrière,[.] Etant ainssy amaré il n’y a point de temps que l’on ne fut sans crainte.

Quand on est incertain s’il y a de l’espace pour courir et pour eviter, il faut toujours mouiller une ancre par derrière et ayant etalé le vaisseau faire sonder des deux côtés pour voir sy on peut filer d’avantage[.] S’il y a de l’evitage il faut mettre le cap à l’entrée du port et l’amarer de l’avant par une grosse ancre et une autre derrière et faire porter des amares des deux côtés pour en former une patte d’oye dont les deux bouts sont amarés au cable en avant de l’ecubier et les deux autres bouts sur celuy de l’arrière.

 

Faire eviter un vaisseau dans un lieu etroit.

(Cliquez ici pour voir l'article correspondant du manuscrit "Instructions pour la marine")

Dans le port où il faudra qu’un navire mouille l’ancre par derrière comme il a esté dit cy devant, dans l’incertitude d’y trouver assés d’espace pour y eviter s’il mouillait à l’ordinaire une ancre devant s’il ne se trouvait que l’espace suffisant, il sera necessaire pour eviter le navire au même endroit de porter 4 amares à terre scavoir deux d’avant et 2 autres d’arrière,[.] Après quoy une chaloupe se trouve au sabord d’arrière pour ceuillir ce qui reste dans le vaisseau du cable de l’ancre mouillée par derrière, en faisant passer le bout par le même sabord par où on passe le cable.

Il faut sy c’est un port de marée prendre l’heure de la plaine mer afin de ne pas risque d’echouer le navire,[.] Lorsque le cable sera entierement ceüilly dans la chaloupe, le double etant bossé dans la sainte barbe, on portera le bout avec la chaloupe prés les ecubiers et on prendra par le dedans du vaisseau ledit cable par son ecubier ordinaire et on halera à bord tout ce qu’il y aura de mol,[.] Lorsque le cable sera roide, le bout du greslin qui reste dans le vaisseau et dont l’autre bout est amaré par dessus à terre sera passé par le sabord de la Ste barbe et le double amaré ainssy qu’on a fait au cable,[.] Il reviendra dans le vaisseau par la porte d’avant, du costé où est le bout du cable[.] Ayant ainssy dans le bord le bout du cable et du greslin qui viennent de derrière tous deux d’un même coté il faut filer l’autre greslin qui vous reste derrière et virer sur l’autre qu’on a depassé de l’arrière à l’avant[.] On vire aussy sur le cable après avoir largué les bosses frapées dessus à la Ste barbe,[.] On continue à virer jusqu’à ce que le vaisseau soit debout à son cable[.] Il faut en même temps filer avec precaution les deux greslins de devant de manière qu’ils empêchent le vaisseau de toucher d’un costé ny de l’autre à terre.

Après avoir mis ainssy le vaisseau debout à son cable au milieu du canal il faut porter le bout du greslin qu’on filait et qui a passé par derrière[.] Il faut le porter di-je en avant de sorte que les 2 greslins babord et stribord avec le cable qui est droit devant au milieu du canal forment une patte d’oye et les deux qui ont cy devant servis à l’avant du vaisseau se trouvent à l’arrière à la même scituation qu’ils etaient lorsqu’ils etaient en avant et s’il faut mouiller une des grosses ancres, il faut la porter derrière au milieu du canal avec la chaloupe, passant le cable par un des sabords de la Ste barbe et former avec laditte ancre et les deux greslins qui sont desja à terre une patte d’oye[.] Sy on pouvait s’amarer par derrière à un même cable et les deux bouts à terre ils seront encore plus forts[.] Quand le port se trouvera plus large que la longueur d’un cable, il faudra s’amarer comme on vient de le dire avec deux greslins et une ancre par derrière et par devant.

Lorsqu’on entre dans une radde sans avoir de grosse ancre ny pouvoir porter des amares à terre ny s’echouer, s’il y a des vaisseaux dans la radde on range le plus gros auquel on donne une aussiere pour s’y amarer et un bout de cable pour l’etalinguer à une de ses ancres s’il en a de rechange et s’il veut le recevoir.

Sy on a qu’une 2e ancre et qu’elle soit trop legere on met de bons orins sur la patte au bout desquels on etalingue des canons qu’on mouille les premiers pour servir d’empennelure et lorsqu’ils travaillent, on moüille l’ancre,[.] Sy on a des petittes ancres on les mouille les unes après les autres ou bien on en laisse tomber une etalinguée à une touée de greslins[.] S’il y a de la chasse, et lorsqu’on est à peu prés au bout de cette touée, on en etalingue le bout sur la patte de la deuxieme ancre, et le cable sur l’organeau[.] On file entierement cette touée et quand elle apelle on laisse aller la 2e ancre[.] On file du cable selon qu’on en a besoin et on desagrée le vaisseau pour qu’il ne donne pas tant de prise au vent.

 

Nombre d’hommes que l’on pourait mettre à chaque canon suivant leur calibre.

Canons Hommes Ou bien Tout au moins Serait trop peu
48 17 16 15 14
36 15 14 13 12
24 11 10 9 8
18 10 9   8
12 8 7   6
8 6 5 4 3
6 4 3   2
4 3 2    

 

Table des equipages des Vaux suivant leur rang.

Canons 110
116 ou
104
100
98
96
94
92
90
88
84
80
78
74
70
68
64
60
58
54
50
48
44
40
Nombres d'hommes 1000
ou 900
800 700 600 550 ou
520
420 ou
380
360 ou
320
280 ou
240
Maistres 3 3 3 2 2 2 2 2
Pilottes 6 6 4 4 4 3 4 4
Me. canoniers 3 3 2 2 2 2 2 2
Contre maistres 4 4 2 2 2 2 2 2
Bossemants 2 2 1 1 2 1 2 2
Quartiers me. 12 8 8 6 4 4 4 4
Canoniers 48 36 30 28 26 20 22 16
Matelots 560 450 400 372 350 260 217 169
Soldats 248 200 170 120 100 80 60 50
Calfats 7 6 4 4 4 4 4 3
Voilliers 3 4 3 2 2 2 2 2
Patrons de chaloupe 2 2 2 1 1 1 1 1
Armuriers 2 1 2 1 2 2 2 2
Gardes la marine 20 18 18 16 12 10 6 4
Gens du munitiore. 10 10 8 4 6 5 5 4
Charpentiers 6 5 4 4 4 4 4 3
Fraters 2 2 2 1 1 1 1 1
Mousses 60 40 37 30 26 27 20 10

Total

1000 800 700 600 550 430 360 280

 

Suitte de la table cy à costé

Canons 110
116
ou
104
100
96
ou
92
90
86
ou
80
78
74
ou
70
68
64
ou
60
58
54
ou
50
48
44
ou
40
Me. canoniers aux batteries 3 3 3 2 2 2 2
Gardes de la marine 10 10 8 6 4 4 4
Gens de la manoeuvre 150 110 80 72 50 45 40
Soldats à la mousqueterie 120 90 70 60 45 38 30
P. armer les chaloupes 60 50 26 24 17 17 13
Gens dans les hunes 16 12 10 8 6 4 2
Au gouvernail 6 5 4 4 2 2 2
Aux galleries d'en bas 6 4 4 2 2 2 2
Aux soutes à poudres 3 2 2 2 1 1 1
Aux coffres d'avant 2 2 2 1 1 1 1
Aux ecoutilles 6 6 6 4 2 2 1
Gens du munitionnaire 10 10 8 8 6 6 4
Fraters en bas 6 1 1 1 1 1 1
A distribuer l'eau 3 1 1 1 1 1 1
Valets ou autres à placer 35 6 3 11 10 32 31
A la fosse à lion 3 2 2 1 1 1 1
Total de la dre colonne de la page cy après. 561 486 420 343 279 201 144

Total

1000 800 650 550 430 360 280

 

Table pour remplir les postes dans un combat

Les mousses n’y sont pas compris[.] On les emploiera pour aider à passer les gargousses, à remplir les cornets ou à quelques postes.

Canons Nombre d'équipage 1re batterie 2e batterie 3e batterie Gaillard et dunette Total
110
106
ou 104
1000
ou
900
14 canons de 48 ou 36 à 17 hommes font 238 15 canons de 24 à 11 hommes font 165 14 canons de 12 à 7 hommes font 98 12 canons de 8 ou 6 à 5 hommes font 60 561
100
96
ou
92
800
ou
750
14 canons de 48 ou 36 à 15 hommes font 210 15 canons de 24 ou 18 à 10 hommes font 150 14 canons de 12 à 7 hommes font 98 7 canons de 8 ou 6 à 4 hommes font 28 486
90
86
ou
80
700
ou
650
13 canons de  36 ou 24 à 13 hommes font 169 14 canons de 18 ou 12 à 10 hommes font 140 13 canons de 12 ou 8 à 7 hommes font 91 5 canons de 8 ou 6 à 4 hommes font 20 420
78
74
ou
70
550
ou
500
13 canons de 36 ou 24 à 13 hommes font 169 14 canons de 18 à 9 hommes font 126   12 canons de 8 ou 6 à 4 hommes font 48 343
68
64
ou
60
430
ou
380
13 canons de 24 à 10 hommes font 130 13 canons de 18 ou 12 à 9 hommes font 117   8 canons de 8 ou 6 à 4 hommes font 32 279
58
54
ou
50
360
ou
350
11 canons de 18 à 9 hommes font 99 12 canons de 12 à 7 hommes font 84   6 canons de 6 à 3 hommes font 18 201
48
44
ou
40
280
ou
240
10 canons de 12 à 8 hommes font 80 11 canons de 8 à 5 hommes font 55   3 canons de 6 à 3 hommes font 9 144

 

Table pour le quart

 

Nombre d'équipage 900 800 700 600 500 450 400 350 300 250 200 150
Tribord Dunette 15 14 13 10 10 8 6          
Babord Dunette 15 14 13 10 10 8 6          
Gailld. D'arrière Str. 91 77 68 58 50 44 39 38 33 26 20 16
Gailld. D'arrière Bab. 91 77 68 58 50 44 39 38 33 26 20 16
Milieu Strib. 90 78 68 58 51 44 40 38 33 26 20 16
Milieu Bab. 90 78 68 58 51 44 40 38 33 26 20 16
Gailld. D'av Strib. 91 77 68 58 51 44 40 38 33 26 20 16
Gailld. D'av Bab. 91 77 68 58 51 44 40 38 33 26 20 16
Soldats dont la moitié de quart 265 252 230 196 140 137 119 94 75 68 60 37
Valets 12 12 12 12 12 12 12 10 10 10 8 8
Gens du munitre. 10 9 9 8 8 7 6 3 5 5 4 3
Fraters 5 5 4 4 4 4 3 3 3 2 2 2
Mousse 34 30 13 12 12 12 10 10 9 9 6 5

 

Rolle pour le combat

Nombre d'équipage 900 800 700 600 500 450 400 350 300 250 200 150
1re batterie 240 224 210 196 156 156 144 122 110 80 70 65
2e batterie 150 140 140 126 117 110 93 89 77 70 50 24
3e batterie 120 98 65 60 40 18 15 10 6 5    
4e batterie 28 28 12 4 2              
Grande hune 6 6 5 4 2 2 2 2 2 1 1 1
Dunette 14 12 10 6 6              
Gaillard d'arrière 42 39 33 29 24 24 19 16 12 12 9 8
Milieu 40 38 33 28 22 18 16 14 10 10 9 8
Hune de mizaine 6 6 5 4 2 2 2 2 2 1 1 1
Gaillard d'avant 42 39 34 29 24 24 19 16 12 12 9 8
Poudres 48 40 40 25 20 15 14 12 10 8 6 1
A la chaloupe 21 19 17 17 16 16 16 15 15 14 13 9
Au canot 15 14 14 13 13 12 12 12 11 10 9  
Calfats 7 6 6 5 6 3 3 3 3 3 2 1
Charpentiers 6 5 5 4 3 3 3 2 2 2 1 1
Fraters 6 6 5 4 3 3 3 2 2 2 1 1
Mousqr. Galrd d'ar. 28 20 19 11 10 10 10 10 10 10 10 10
Mousqr. Milieu 25 20 19 12 11 10 10 8 6      
Mousqr. Galrd d'av. 27 20 19 12 12 11 10 10 10 10 9 9
Mousqr. Dunette 29 20 19 12 12 11 10 10        

 

Abbatre un vaisseau en carenne

[Le texte qui suit se trouve dans la note de 5 pages qui accompagne le manuscrit. Le texte en italique correspond à du texte écrit à posteriori, mais de la même main, en marge du texte initial].

Abbatre un vaisseau en carenne c’est le coucher sur un cotté jusqu’à ce que sa quille soit hors de l’eau pour reparer ses defectuosités ou luy donner un nouveau courroi[.] Cette manœuvre commence en otant et vuidant tout ce qui est dans le vaisseau jusqu’à son lest et l’on embarque les eguilles qui servent à le coucher[.] Avant de les mettre en place l’on fortifie les ponts par de bonnes epontilles sous les endroits où ils [les eguilles] doivent etre posés et l’on met deux bordages sous leurs pieds lesquelles doivent porter sur les beaux voisins,[.] Les pieds de ces eguilles ne doivent jamais toucher aux cottés du vaisseaux[.] Il doit y avoir au moins quatre pouces de distance entre lesquelles on met un bordage et l’on assujetit le poids des eguilles par des coins.

Le bout de ces eguilles est taillé en sifflet et l’on en pose ordinairement 2 sur le mât, à la distance de 6 à 8 pieds[.] Entre le sifflet de l’eguille et le mât on met de la toile pour preserver le mât de l’impression que l’aiguille pourrait faire dessus[.] La plus longue des eguilles s’appuye ordinairement au dessous des jottereaux par le travers du mât et la petite au dessous tant soit peu en arrière pour mieux souttenir l’appel des haubans qui tirent le mât de l’arrière,[.] Il faut encore remarquer que l’on doit faire sur chaque eguille deux bonnes rostures à …[ ?] avec de bons cordages qui ayent dejà servis[.] Ensuite de quoy l’on y fait entrer force coins pour les affermir et roidir d’avantage[.] Ces eguilles se mettent pour soutenir les efforts que les mâts on à souffrir.

On rassemble tous les haubans basbord et stribord contre le mât au dessous immediatement de la plus haute rosture et les y saisit et amarre bien roide avec une autre rosture faite de vieux cordage ce qui etant fait l’on roidit à force les haubans surtout du cotté que l’on veut carrener faisant toucher le mât à l’etambray[.] L’on amarre de plus sur le mât 2 faux haubans (qui se nome pataras) que l’on roidit de mesme manière que les premiers[.] Quelques personnes roidissent leurs haubans en leur première situation mais je trouve les mâts moins assurés[.] Si c’est un gros vaisseau ou que l’on croy difficile à coucher on hissera les mâts de hune à my mât qui serviront à luy donner du balan[.] L’on ammarre ensuite deux poulies de franc funins scavoir une sur chaque rosture des equilles.

La mesme manœuvre qui vient de se faire au grand mât se fera aussi au mât de mizaine (on met aussi 2 aiguilles au mât de mizaine sur tous les vaisseaux)[.] Si le vaisseau est gros ou difficile à coucher on mettera 2 aiguilles avec 2 poulies de franc funin et si c’est un vaisseau à trois ponts on posera une cinquieme aiguille au mât d’artimon avec une poulie de franc funin amarée sur la rosture (une eguille est suffisante au mât d’artimon sans franc funin).

Pendant tout ce travail l’on a du employer tous les calfats à repasser et brayer toutes les coutures du costé du vaisseau que l’on veut coucher de mesmes que les sabords, daleaux et trous par où l’eau pourrait y entrer[.] Les charpentiers pareillement ont dus estre occupés à faire le bardy qui prend depuis la dunette jusqu’à l’etrave du vaisseau de mesme que boucher avec des planches les sabords de la seconde batterie que les calfats doivent calfater et brayer[.] Ils doivent pareillement mettre une manche de toile goudronnée ou huilée sur les eguilles lesquelles les enveloppe[.] Le bas de cette manche descend sur le bardy et y est mis pour deffendre l’insinuation de l’eau quand le vaisseau est couché fort bas.

Il doit avoir au moins 4 pouces de distance des aiguilles au bardy car si malheureusement elles y touchaient l’effort qu’elles font les ferair crever.

Si l’on juge que le vaisseau est très difficile à coucher l’on doit passer du lest dans son fond de calle mesme entre deux ponts du costé que l’on veut faire pencher et si l’on juge que l’on ait de la peine à luy faire paraître le talon de son etambot on mettra du leste en avant sur le mesme costé où l’on y fera des coffres que l’on remplira de boulet ce qui fera plonger d’avantage l’avant et rellevera l’arrière.

Toutes ces manœuvres etant faites l’on doit se precautionner des pompes en cas que le vaisseau fit de l’eau lesquelles se placent dans la grande ecoutille leur petit bout portant sur le coté du vaisseau qui se doit coucher et le gros sortant au second ou troisième pont autour duquel on dresse un echaffaut presque parallelle au costé du vaisseau pour que les hommes ayent de la facilité à pomper en cas de besoin.

Il convient de mettre des retenues sur le cotté du vaisseau pour le tenir au cas qu’il eut trop d’inclination à se coucher et qui serviront aussi à le relever s’il ne s’y portait pas de luy mesme[.] Ces retenues sont ordinairement des caliornes saisies à la teste des mâts des pontons lesquelles par leurs autres bouts ou crocs sont amarrées ou crochées sur une elingue qui embrasse toutes les chaines d’haubans ou à des organeaux qui sont au costé du vaisseau qui doit s’abattre.

Ces precautions etant bien prises contre tous les accidents il ne s’agit plus que de passer les francs funins dans les poulies qui sont amarrées à la teste des eguilles et dans les chaumars et poulies qui sont dans les pontons qui repondent à chaque mât[.] L’on passe successivement de rouet en rouet à l’une et à l’autre poulie jusqu’à ce que le dernier garant vienne repondre dans le dernier rouet du chaumar et de la vat se tourner par trois ou quatre tours autour de la cloche au bas du cabestan pour etre prest à virer dessus[.] Cette manœuvre se fait egalement à tous les mâts[.] Ensuite l’on fait mettre tout le monde sur les barres du cabestan lesquells en virant les franc funins feront coucher le navire.

Lorsque l’on a decouvert neuf ou dix bordages que l’on veut carenner l’on amarre plusieurs bonnes cosses sur les francs funins pour les retenir et faire reposer l’equipage[.] On commence alors à le chauffer[.] On luy donne le tems pour le nettoyer et lorsqu’il l’a eu de long en long l’on continue de virer jusqu’à ce que l’on ait decouvert pareil nombre de bordage ou plus ayant attention de mettre encore des bosses sur les franc funins[.] L’on donne pareillement le second feu de long en long[.] l’on continue la troisième virure en larguant les bosses jusqu’à ce qu’il ait montré sa quille et l’on donne le troisième feu egalement que les autres observant de bien bosser les francs funins[.] L’on commence toujours le feu sous le vent.

Avant de donner le feu l’on doit avoir mis des matelots sur le haut du vaisseau avec des seillots pleins d’eau tout prêt à jetter aux endroits où le feu gagnerait trop[.] De plus l’on doit etre attentif dans les vaisseaux pour voir s’il ne fait point d’eau de mesme qu’à remarquer si les appareils ne manquent point, si les forces que l’on fait sont proportionnées les unes aux autres ainsi que lorsque l’on commencera de virer le navire parcequ’il serait dangereux qu’un appareil faisant plus de force qu’un autre court risque de manquer et faire manquer les autres[.] Il est à presumer qu’on a choisy ces appareils de bonne qualité.

Abbattre un vaisseau sur la terre dans une ance au bord du rivage qui est à l’abry et dont les vaisseaux peuvent s’aprocher pour y carener sur le bord et qui se fait en la manière qui suit[.] L’on dispose la manœuvre pour coucher le vaisseau de la manière dont il est decrit cy dessus à l’exception que si on n’a pas d’eguille on fait servir à cette usage les mâts de hunes du vaisseau qui se posent en croix par leurs petits bouts en arrière du mât sur lequel on les saisit par de bonnes rostures faites de vieux codrages et par des coins que l’on fait entrer à force qui les assujetit et roidit[.] L’on fait le bardy comme cy dessus[.] L’on fait fermer et boucher tous les sabords daleaux et trous par où l’eau pourait s’insinuer[.] L’on eleve deux mâts ou vergues en forme de cabre sur le bord de l’eau par le travers du grand mât et mât de mizaine au bout desquelles cabres l’on y amarre à chacune une caliorne lesquelles doivent servir à retenir le vaisseau supposé qu’il eut trop de facilité à se coucher lorsqu’il a perdu son tout[.] Elles doivent aussi servir à le relever supposer qu’il ne s’y porte pas de luy mesme.

L’on mouille de plus au large deux ancres à touer par le travers du grand mât et mât de mizaine dont on amarre les greslins après etre bien roidis à ses mâts lesquels greslins servent à relever le vaisseau de crainte qu’il ne s’aproche trop de la terre en suivant l’appel de ces appareils[.] L’on peut brider aussi le navire de crainte qu’il ne s’eloigne trop de la terre par de bonnes aussieres qui passent par dessous la quille du navire et dont les deux bouts viennent s’amarrer en entourant le vaisseau au grand mât et mât de mizaine et les deux autres bouts sont amarrés à terre pour servir de retenue[.] Toutes les precautions et manœuvres etant prises il s’agit d’etablir à terre celle qui convient[.] Pour coucher le navire l’on debarque tout son canon en 2 piles vis à vis de son grand mât et mât de mizaine dans une espece d’herse ou elingue composé d’un gros cordage qui fait plusieurs tours et dont on presume que la force est assés suffisante pour soutenir celle que le vaisseau fait à se coucher[.] On etablit sur cette herse, elingue ou drogme une poulie de franc funin à chacune qui correspond à chaque poulie de franc funin qui sont à la teste des mâts[.] Ensuite l’on passe successivement le franc funin dans tous les rouets et poulies des drogmes avec celles des testes de mâts si bien que les derniers garants s’alongent à terre lesquels on fait garnir au cabestan si on en a pour les virer jusqu’à ce que l’on ait mis la quille du vaisseau hors de l’eau si le terrain le permet[.] Je suppose que l’on a 2 cabestans pour chaque mât[.] Un pour le franc funin du grand et l’autre pour celuy de mizaine.

Faute de cabestan l’on peut se servir de 4 calliornes que l’on garnit de la teste des mâts pour faire servir à la place des cabestans[.] L’on amarre une caliorne à chaque franc funin et son autre bout au corps mort ou arbre s’il y en a[.] L’on fait virer ou palanquer dessus l’equipage jusqu'à ce que leurs poulies soit à joindre puis l’on amarre sur les mesmes francs funins des secondes calliornes que l’on pallanquera et tirera ainsy que les premières successivement jusqu’à ce que l’on ait couché le navire au point où on desire[.] Si cependant il était trop dur à coucher l’on pourait former des coffres dans son fond de calle mesme au premier pont sur le cotté où on veut l’abattre dans lesquels on mettrait des boulets qui luy faciliteraient son panchant plus d’inclination à se coucher.

Le bardy est un batard d’eau fait de planches calfaitées et brayées dans leurs jonctions qui s’attache et se cloutte sur les hauts du bord du vaisseau d’un gaillard à l’autre[.] Il est soutenu par des epontilles qui sont appuyées sur le pont[.] Son usage est d’empecher que l’eau n’entre dans le vaisseau par son costé lorsqu’il est couché[.] Pour etre carenné l’on cloutte aussi des planches sur les sabords de la seconde batterie que l’on calfaite et braye ainsy que le bardy.