ARCONS (César d’)

( - 1681)

DU FLUX ET REFLUX DE LA MER, et des Longitudes. Deuxieme Edition. Corrigée &

augmentée par l'Auteur. Avec ses observations Sur la jonction des Mers, la Navigation des Rivieres, la Construction des Ports de Mer, l'Artillerie navale & les Mines metalliques de France. Imprimé à Bourdeaux, & se vend à Paris, Chez Jacques Cottin, dans la grande Sale du Palais, au 5. Pilier, à l'Ecu de France. 1667, in-4°, veau, dos à 5 nerfs, orné, tranches mouchetées. Reliure de l'époque.

11 ff.n.ch. (titre, Epistre au Roy, Préface, Table des chapitres), 358 pp., et 3 ff.n.ch. intercalés entre les pages 286 et 287 (page de titre: « Obseravtions sur La jonction des Mers, La Navigation des Rivieres, La Construction des Ports de Mers, L'Artillerie navale, Les Mines mettaliques Et sur quelques effets de la Nature forts particuliers », Imprimé à Bourdeaux, & se vend a Paris, Chez Jacques Cottin, dans la grande Sale du Palais, au cinquième Pilier, à l'Ecu de France. 1667, suivie de 2 ff. d'une épître à Colbert). Nombreuses figures gravées sur bois dans le texte.

Les pages 199 et 200 sont en double.

- Edition originale parue à Rouen, Chez L. Maurry, 1655, in-8°, 14 ff.n.ch. (titre, préface, table, privilège), 266 pp, 2 ff.n.ch., 200 pp, 16 figures gravées d.l.t. (12 schémas et 4 tableaux dont 1 sur 2 pages), avec le titre: "Le secret du flux et reflux de la mer, et des longitudes, dédié à la Sapience éternelle.".

- Autres éditions:

(Réf: catalogue Miraglia du printemps 1990, n°: 1655; Catalogue de la BNF).

La seconde édition de 1667 de ce livre est consultable en ligne ou téléchargeable depuis le site de BnF. Il suffit de cliquer ici pour atteindre la page web.

Référence Polak:     136

Le phénomène des marées a très tôt étonné et intrigué aussi bien des scientifiques que les philosophes. Homère et Hérodote (450 avant J.C.) en parlaient déjà sans pour autant donner d'explication ni sur sa cause ni sur les lois de ce phénomène.

Le premier qui en eut quelque idée et qui remarqua que les marées avaient un rapport avec la lune, fut Pythéas de Marseille (4e siècle avant J. C.) qui vivait au temps d'Alexandre le Grand.

A l'époque romaine, Strabon (58 avant J.C. - 25 après J.C.), Posidonius (1er siècle avant J.C.), Pline (1er siècle), Sénèque (4 avant J.C. - 65 après J.C.), avaient aussi compris que les marées étaient liées avec le soleil et la lune. Pour d' autres auteurs de l’antiquité, les marées avaient une toute autre cause. Tel Timée (5e siècle avant J.C.) qui pensait que les marées de l'Atlantique étaient dues aux fleuves qui s'y jetaient. Platon (4e siècle avant J.C.) croyait que dans la mer, des gouffres absorbaient une partie des eaux et qui les rejetaient ensuite formant ainsi les basses et les pleines mers. Aristote (4e siècle avant J. C.) disait que le soleil entraînait avec lui des exhalaisons qui augmentaient le volume de la mer. D'autres attribuaient les marées à une ébullition causée par des feux souterrains; aux vapeurs; aux vents; à des intelligences motrices; à la pente des terres qui sont au fond des mers....

La plupart des physiciens ne purent pourtant pas empêcher de reconnaître la lune pour cause principale des marées, mais la difficulté consistait à imaginer de quelle manière cet effet était produit. Les uns disaient que la lune échauffait et raréfiait les eaux, ce qui augmentait leur volume. D'autres disaient que les exhalaisons souterraines étaient excitées et soulevées par l'action du soleil et de la lune (ce fut notamment l’avis du père Fournier dans son hydrographie).

Galilée (1564-1642) expliquait les marées surtout par les mouvements diurnes et annuels de la terre. Wallis, en 1666, reprenait cette idée en y ajoutant une circonstance importante en considérant le centre de gravité commun de la terre et de la lune qui décrivait une orbite autour du soleil tandis que la terre et la lune tournaient autour de ce centre commun. Descartes (1596-1650) expliquait les marées par la compression de la lune sur la matière céleste qui environne la terre. Le père Antoine Cavalleri, dans son mémoire qui partagea en 1740 le prix de l 'Académie des Sciences sur le flux et le reflux, se servait des inégalités de l'effort central du fluide, qu' il supposait se mouvoir en tourbillon autour de l'axe de la terre. Le jésuite Fabri, en 1665, employait l'inégalité des pressions de l'air en admettant une gravitation de l'air vers la terre et vers la lune.

Avec César d'Arcons enfin, on fait un bond en arrière dans la connaissance scientifique. En effet, il réfute en bloc l’idée de la rotation de la terre sur elle même et autour du soleil et se refuse à croire à l'influence de la lune sur les marées. Après lui, Scalberge Miniere (1680) (dont le livre est accessible et téléchargeable en ligne sur le site de la BnF depuis ce lien), Dom Jacques Alexandre (1726), puis l'abbé Brancas (1749) auront des idées tout aussi farfelues alors que l'astronome Kepler (1571-1630) avait à cette époque, déjà donné une explication exacte aux causes des marées que le physicien Newton (1642-1727) démontra mathématiquement en 1687 d'après sa théorie de l'attraction universelle.

Pour expliquer le phénomène des marées, César d' Arcons part du principe que si la terre est immobile au centre de l'univers, il est impossible qu'il y ait un quelconque mouvement des eaux à sa surface. Selon lui:

Le centre de gravité de la terre est soumis à un faible mouvement linéaire de part et d'autre du centre de l'univers qui lui est très proche et qui, par hypothèse, est « ... immobile et indivisible... ». Ce mouvement, « .. .accidentel ... » mais « .. .régulier et perpétuel... » se fait le long d'un axe passant par le centre de l'univers et par les deux pôles. Ce mouvement dure 6 heures vers le nord et 6 heures vers le sud. Entre chaque renversement de marche, la terre demeure immobile à ces points extrêmes pendant 12 minutes. L'eau qui se trouve dans l’hémisphère « . .. le plus haut... », c'est à dire le plus éloigné du centre de l'univers, tend à s'écouler par son propre poids et sa fluidité vers l’hémisphère « ... le plus bas ... », c'est à dire le plus proche du centre de l'univers. La distance dont se déplace la terre de part et d'autre du centre de l'univers est égale à l'amplitude de la marée aux pôles, là où elle est la plus forte, soit environ 30 pieds. De ces considérations, l'auteur en déduit:

·         Que la mer monte en même temps sur tous les océans d'un même hémisphère et qu'inversement, elle descend de la même façon sur les océans de l'hémisphère opposé.

·         Que la marée haute ou basse se produit partout au même moment.

·         Qu'à l'Equateur, le marnage est nul puisque la surface de la terre à cet endroit se déplace parallèlement à l'axe passant par le centre de l'univers et que la distance à ce centre restant presque constant, le niveau de l'eau ne change pratiquement pas.

·         Que la marée est étale pendant 12 minutes, période durant laquelle la terre reste immobile.

·         Que chaque Jour, le cycle des marées prend 48 minutes de retard puisque la terre s'immobilise 4 fois durant 12 minutes à chacune de ses positions extrêmes.

·         Que le phénomène des grandes marées s'explique par une variation de la vitesse de déplacement de la terre qui provoque un flux et un reflux plus important d'eau d'un hémisphère à l'autre.

d'Arcons pense donc que la cause du flux et du reflux de la mer « ... n'est autre que le mouvement régulier de la Terre, lequel est, ce me semble, ce grand Secret de la Nature, que la Philosophie n'a pu découvrir pendant tant de Siècles , & que Je n'ay découvert (si c'est luy) que comme à tâtons &: par hazard, dans l'évidence de ses effets... » (Seconde partie, Chapitre 1).

Un peu plus loin, il réfute l’idée selon laquelle la lune interviendrait dans le phénomène des marées puis rejette tout aussi catégoriquement l’opinion des « . .. coperniciens ... » et des « ... galiléens... » qui prétendent que la terre tournerait autour du soleil. Dans cette hypothèse en effet, le centre de l'univers ne correspondrait pas au centre de gravité de la terre et le mouvement des mers ne pourrait alors s' expliquer que par un déplacement de celle ci par rapport à son propre centre de gravité. Or la terre étant homogène, aucun de ses points ne pourrait se rapprocher ou s'éloigner de ce centre de gravité. Il n’y aurait donc pas de marées puisque l'eau ne serait pas plus haute d'un côté que de l'autre.

Au chapitre VI de la troisième partie de son ouvrage, d'Arcons propose 3 moyens pour déterminer la longitude d'un lieu:

·         Par les marées en partant du principe que chaque marée se produit en même temps sur toutes les mers du globe.

·         Par la lune en comparant sa position par rapport au soleil ou aux étoiles.

·         Par la connaissance de l’heure grâce au « ... poudrier ... » ou à « ...l’horloge de sable... ».

(Réf: Lalande, « Traité du flux et du reflux de la mer », Paris, 1781, in-4°).

César d'Arcons était avocat au parlement de Bordeaux.