BERTHOUD (Ferdinand)

(Plancemont 18.03.1727 - Paris 20.06.1807)

L'ART DE CONDUIRE ET DE REGLER LES PENDULES ET LES MONTRES: A l'usage de ceux qui n'ont aucune connaissance d'Horlogerie. A Paris, Chez l'Auteur, rue de Harlay, Chez Michel Lambert, Libraire, à côté de la Comédie Françoise. 1759, in-16°, veau, dos lisse, orné, pièce de titre rouge, tranches rouges. Reliure de l'époque.

XVI (Titre; Plan de cet ouvrage; Table des articles; Approbation; Privilège du Roi; Avis au relieur), 80 pp. et 4 planches dépliantes hors texte.

Les planches sont signées du sculpteur CHOSSARD.

- Édition originale.

- Autres éditions:

- Éditions étrangères:

(Réf: Jean Polak: « Bibliographie maritime française », Grenoble, 1976, in-4°; « Ferdinand Berthoud », La Chaux-de-Fonds, 1984, in-4°; Vente publique « Chayette »du 14.06.94 à Drouot, n°48; catalogue 10 de Fougerolle d'octobre 1995, n°8).

L'édition originale française de 1759 est disponible en consultation et téléchargement depuis cette page.

Référence polak:     698

L'auteur expose « les causes qui s'opposent à la justesse des montres » et détaille les opérations à effectuer pour les régler, notamment au moyen des tables de variations du soleil. Il donne aussi les règles à suivre pour le choix des montres et pour leur transport.

Né à Plancemont dans le canton de Neuchâtel en suisse, d'un père qui fut maître charpentier et architecte, Ferdinand Berthoud entra à 14 ans en apprentissage chez son frère Jean-Henry, expert horloger pendulier à Couvet.

Il y resta 4 années puis partit pour Paris en avril 1745, alors âgé de 18 ans. Son installation dans la capitale fut sans doute facilitée par la présence de son frère Jean-Jacques qui y résidait depuis 1742. Ferdinand y parfait ses connaissances et exerça ses talents de compagnon doué chez les maîtres de la communauté des horlogers. Sa renommée commença à poindre à partir de 1750 et en avril 1752, il proposait déjà au jugement de l'Académie Royale des Sciences une pendule à équation sur laquelle Charles Etienne Camus et Bouguer firent un rapport élogieux. A 26 ans, Ferdinand ne cachait alors pas sa vocation de savant et sa volonté à s'insérer dans la société de son temps. Homme raffiné, toujours en quête des derniers perfectionnements et révélant son goût des exposés didactiques, vouait alors une admiration particulière aux maîtres horlogers Sully, Julien Le Roy, Rivaz...

Le 4 décembre 1753, par un arrêt du Conseil du roi, en contradiction avec les règlements corporatifs et par faveur spéciale du souverain, Ferdinand Berthoud accédait à la maîtrise. Dès son établissement comme maître horloger, il ouvrait boutique rue de Harlay et déposait peu après, en novembre 1754, à l'Académie Royale des Sciences, un projet de machine pour mesurer le temps sur mer, qui ne fut jamais étudié. La même année pourtant, l'Académie approuvait une montre et une de ses pendules à équation qui marquait les mois, quantièmes de mois et les années bissextiles. Sa renommée était devenue telle dans ce domaine qu'il fut chargé de rédiger, à partir de 1755, plusieurs articles de « l’Encyclopédie méthodique » de Diderot comme ceux de l’équation, l’horloge, l’horlogerie, le pendule...

En 1759, Berthoud publiait son premier ouvrage: « L'art de conduire et de régler les pendules et les montres » qui eut un grand succès car dès 1761, une deuxième édition était réalisée à La Haye. En 1763, il publiait « L'essai sur l'horlogerie », en 2 volumes in-4°. La même année, l'Académie des Sciences étudia son Horloge Marine N°1 dont la construction fut achevée début 1761. En mai 1763, avec Camus et l'astronome Lalande, il fut chargé d'aller examiner à Londres la fameuse montre « H4 » de Harisson qui, en 1761 et 1762, après un voyage de 117 jours à la Jamaïque, avait pris seulement 1m 54,5 s de retard.

Ce fut un échec car Harisson refusa de laisser voir sa montre mais à cette occasion, Berthoud se fit connaître un peu plus dans le milieu scientifique de l'époque composé notamment de La Condamine, Duhamel du Monceau, D'Alembert, Daniel Bernouilli... qui intercédèrent en sa faveur et lui obtinrent, le 16 février 1764, l'élection comme membre de la Royal Society anglaise.

En 1764, Berthoud achevait son Horloge Marine N°2 et sa première Montre Marine N°3 qui fut éprouvée dès la fin de l'année en mer au large de Brest sur la frégate « l'Hirondelle » commandée par le chevalier de Goimpy. De retour à Londres en février 1766, Berthoud ne pût toujours pas examiner la montre « H4 » de Harisson, mais dévoila certainement quelques secrets de fabrication puisqu'il fit peu après au ministre de la Marine, le duc de Praslin, un compte-rendu optimiste de son séjour et lui réclama une pension de 3.000 livres en compensation de son travail passé sur les horloges marines et en prévision des frais qu'il estimait pour la réalisation de deux nouvelles horloges marines selon la technique anglaise. Un mémoire du 7 mai 1766, adressé au ministre de la Marine, exposait clairement son désir d'obtenir cette pension et le titre d'Horloger Mécanicien du Roi et de la Marine. Ses projets se tournaient alors résolument vers les horloges marines et la détermination de la longitude en mer. Son projet de construction de deux horloges marines fut aussitôt approuvé par le roi le 2 août 1766 avec financement à l'appui et cela deux jours seulement avant que Pierre Le Roy ne présenta au souverain sa montre à longitude désignée par la lettre « A ».

Berthoud se consacra à cette commande mais ne fut pas prêt en 1767 quand l'Académie Royale des Sciences retint comme sujet du prix à décerner cette année là: « La meilleure façon de mesurer le temps en Mer ». Pierre Le Roy fut donc le seul à présenter ses montres à longitude « A » et « S » qui furent testées de mai à août 1767 sur la frégate « l'Aurore » au cours d'un voyage en mer du Nord entièrement financé et organisé par le Marquis de Courtanvaux. Si ce voyage fut trop court pour être concluant et que le prix ne fut pas attribué, il permit néanmoins de faire la preuve que la France pouvait rivaliser avec l'Angleterre dans la détermination des longitudes par les horloges.

Berthoud, tout occupé à la fabrication de ses deux horloges (numérotées « 6 » et « 8 »), ne participa pas non plus au voyage de la frégate « l'Enjouée » destiné à éprouver une nouvelle fois les montres « A » et « S » de Le Roy. Ce voyage dont le récit fut publié par Cassini fils en 1770, se déroula de juin à octobre 1768 sur la côte ouest d'Afrique et à Terre Neuve. A la suite de ce voyage auquel il avait participé, Pierre Le Roy obtint en 1769 le double prix de l'Académie Royale des Sciences qui n'avait pas été attribué en 1767.

Le 3 novembre 1768, Berthoud remettait lui même ses horloges « 6 » et « 8 » à Fleurieu et à l'astronome Pingré, chargés d'éprouver ces 2 horloges dans le cadre des attributions de la Marine et non pas dans celui d'épreuves d'un concours. Ce voyage de 10 mois de la corvette « Isis » sur la côte d'Afrique, aux Antilles et à Terre Neuve, permit de mesurer des longitudes à moins d'un demi-degré près, ce qui était une réussite. Il fut récompensé de ses travaux le 1er avril 1770 en obtenant une brevet d'Horloger Mécanicien du Roi et de la Marine. Dès lors, Berthoud se consacra entièrement à son projet de construire de nouvelles horloges marines et de publier le résultat de ses recherches dans un livre (le « Traité des horloges marines »). Il abandonna donc la direction de son atelier de la rue Harlay à son neveu Henri Berthoud pour s'occuper tout d'abord à préparer ses horloges N°3 (pour la campagne de Chabert en Méditerranée), N°6 pour des observations à faire dans les mers de l'Inde et N°8 qui embarqua en 1771 sur la frégate « La Flore » pour le voyage de Verdun de la Crenne, Borda et Pingré. Ce voyage, entrepris par l'Académie des Sciences qui voulait une fois de plus éprouver les dernières horloges marines dans le cadre de son nouveau prix sur le même sujet que celui de 1767 et 1769, permit de comparer les horloges « A » et « S » de Pierre Le Roy avec celles de Berthoud et de quelques autres concurrents. Berthoud qui considérait que la valeur de ses horloges avait été amplement et définitivement démontrée au cours du voyage de « l'Isis » en 1768-1769, n'avait pas jugé utile de participer à ce concours. Son horloge N°8 ne fut donc embarquée qu'à titre de comparaison.

Après ce voyage d'un an de 1771 à 1772, l'Académie remit son prix de 1773 à Pierre Le Roy. Ses deux montres à longitude s'étaient très bien comportées et sans deux accidents malheureux, auraient pu donner une précision encore meilleure sur le calcul des longitudes (à un quart de degré prés) que la N° 8 de Berthoud. Ce voyage fut le dernier entrepris pour éprouver des horloges marines.

Début 1773, Berthoud présentait au roi son « Traité des horloges marines » qui fut entre autre à l'origine de la grave discorde qui opposa définitivement Pierre Le Roy à Berthoud qui, très injustement, s'attribuait dans son livre tout ce qui avait été fait en France depuis Sully sur les horloges marines. Pierre Le Roy qui n'avait aucun goût pour la polémique, se retira vite de la bataille, écoeuré de n'avoir reçu aucune commande de la Marine. Cet homme de génie qui avait mis en application sur ses montres à longitude, bien avant Berthoud, les principes de la chronométrie moderne (limitation des frottements, compensation thermique simplifiée...) n'avait jamais accepté que son concurrent ait obtenu le titre d'Horloger de la Marine.

Berthoud obtenait du souverain, peu après la sortie de son livre, une commande ferme et annuelle de 4 horloges marines. Débordé de travail, il était sollicité de toutes parts pour fournir des horloges: à Kerguelen pour son expédition australe en 1772; au Marquis de Chabert pour son ouvrage hydrographique sur la Méditerranée en 1775; au Chevalier de Borda en 1776...

Son effort créatif porta alors sur la réalisation de montres à longitude actionnées par un ressort, plus faciles à utiliser et moins fragiles que les horloges à poids. En 1783, Ferdinand perdait son neveu Henri. Cette mort qui l'accabla lui révéla en outre la situation déplorable des affaires de son atelier. Henri laissait en effet plus de 60.000 livres de dettes. En juin 1785, Ferdinand obtenait la nomination de son autre neveu Louis Berthoud comme Elève Horloger Mécanicien de la Marine aux appointements de 1.000 livres par an. Cette aide lui fut d'autant plus précieuse que depuis 1783, sa vue s'était altérée. Toujours en 1785, il remettait 5 horloges à poids et à ressort au Comte de la Pérouse qui partit pour une exploration dont il ne revint pas. En décembre 1786, Ferdinand obtenait l'accord du roi pour le financement de la publication de son « Supplément au traité des horloges marines ».

Les dernières années de l'Ancien Régime furent marquées pour Berthoud par la rédaction de plusieurs ouvrages et par la livraison continue d'horloges marines.

En vertu de la loi du 16 octobre 1791 qui supprimait les places des ingénieurs, des officiers et de tous ceux attachés auprès du ministère de la Marine n'ayant pas de fonctions actives et permanentes, Ferdinand Berthoud et son neveu Louis furent réformés. Par un mémoire de janvier 1792, Ferdinand exposait au ministre ses recherches et ses activités au service de la Marine et prit soin de faire imprimer ce mémoire pour mieux le faire connaître. Le jugement du sort de Berthoud fut renvoyé à l'Assemblée Nationale. Forfait, député de la Seine Inférieure, établissait en 1793 un rapport favorable à Berthoud qui obtint finalement en novembre 1794 le rétablissement d'une partie de ses prérogatives d'horloger avec un traitement de 6.000 livres et une pension de 3.000 livres non cumulables. Il était depuis peu membre du jury chargé d'étudier le nouveau système décimal.

Depuis la Révolution, Berthoud n'avait jamais cessé de travailler à ses horloges. Installé désormais au Louvre avec son atelier et aux frais de la République, Ferdinand fut élu en 1795 membre de l'Institut et continua à veiller à l'entretien des horloges marines, mais avant tout, il réserva ses soins à la publication de ses ouvrages: « traité des montres à longitudes » (1792), « Histoire de la mesure du temps » (1802)...

Il mourut à Paris le 20 juin 1807 après une courte maladie.

(Réf: « Ferdinand Berthoud 1727-1807 », La-Chaux-de-Fonds, 1984, in-4°; Jean Le Bot, « Les chronomètres de Marine français au XVIIIe siècle », Grenoble, 1983, in-4°).