BIGOT DE MOROGUES (Sébastien-François)

(Brest 05.04.1705 - Ville-Fayer 26.08.1781)

TACTIQUE NAVALE, ou Traité des Evolutions et des Signaux; avec figures en taille douce. Paris, chez H.L. Guerin & L.F. Delatour, rue Saint Jacques, à Saint Thomas d'Aquin. 1763, in-4°, veau, dos à 5 nerfs, orné, pièce de titre verte, tranches marbrées. Reliure de l'époque.

2 ff.n.ch. (Faux titre; Titre), X pp. (Epître dédicatoire à Monseigneur de Choiseul; Table des chapitres; Rapport de Messieurs les Commissaires nommés par l'Académie Royale des Sciences...), 480 pp., 1 f.n.ch. (Titre pour l'ensemble des planches) et 49 planches hors texte contenant 133 figures.

La vignette d'en-tête du livre premier (page 1) a été dessinée par COCHIN et gravée par INGRAM. Celle du livre second (page 90) a été dessinée par LE PAUTRE et gravée par CI. DUFLOS. La première planche est signée L. SCHENK.

Cachet ex-libris en partie effacé de Jean Magrin, capitaine au long cours sur la page de faux titre.

- Edition originale.

- Autres éditions:

- Edition étrangère:

(Réf: Jean et Michèle Polak: « Bibliographie maritime française », Grenoble, 1976, in-4° et supplément, Grenoble, 1983, in-4°; Catalogue Chamonal de Mars 1994, n° 228).

L'édition originale franççaise de ce livre est consultable en ligne ou téléchargeable depuis le site de BnF. Il suffit de cliquer ici pour atteindre la page web.

Référence polak:     826

Avant de publier cet ouvrage, Bigot de Morogues avait utilisé son manuscrit pendant quelques années pour instruire les gardes de la marine de Brest.

La première partie traite des évolutions navales et la seconde des signaux et ordres généraux (de jour, de nuit, et par temps de brume) par lesquels une armée navale doit connaître tous les mouvements qu'elle doit exécuter.

L'ouvrage de Bigot de Morogues reflète parfaitement le formalisme qui existait à cette époque dans la tactique navale française et européenne. Dès la fin de la guerre de succession d'Espagne, une volonté générale de prudence se manifeste. Par souci d'éviter les aléas des manoeuvres de débordement (batailles du Texel en 1673 et de Béveziers en 1690), les tentatives de concentration contre la flotte adverse deviennent de plus en plus rares dans toutes les marines et l'on impose partout la rigidité de la ligne de file et la discipline de feu. De Velez Malaga (1704) à Minorque (1756), les batailles se résument en d'interminables évolutions pour profiter des avantages du vent, suivies d'une canonnade stérile entre deux lignes parallèles. Ce formalisme règne surtout en France depuis le traité de 1696 du Père Hoste (voir cet auteur), mais aussi en Espagne et, dans une moindre mesure, en Angleterre. Ce formalisme finit par conduire à une déviation stratégique. On admet que le succès d'une rencontre tient essentiellement à une supériorité de moyens qui oblige l’adversaire à rompre ou à refuser le combat et qu'il est possible de réaliser de grandes opérations sans avoir à livrer bataille.

Cette stratégie de « non-bataille » contribue en outre à renforcer le scepticisme de nombre de chefs d' escadre, la passivité, le manque d' ardeur de bien des officiers (dislocation de l’escadre de Conflans lors de la bataille des Cardinaux de 1759; bataille manquée de Trinquomalé de 1782; défaite des Saintes de 1782). Ce déplorable procédé qui défendait à un amiral d'employer les forces sous son commandement, qu’il envoyait à l'ennemi avec l'ordre de recevoir plutôt que de commencer l'attaque, et qui avait pour mission d'agir avec la plus grande circonspection, fut une des causes du manque de discipline, des défections effrayantes, qui signalèrent les époques de Louis XVI, de la Révolution et de l'Empire. Les conflits limités du XVIIIe siècle, exempts d'acharnement, expliquent, dans une large mesure, l'attachement général à la ligne de file rigide, le combat à distance en formation parallèles qui, s'ils ménagent le personnel et le matériel et évitent de grands désastres, ne permettent pas de remporter la bataille décisive. Dans ces conflits dépourvus de caractère national ou idéologique, le manque de passion se traduit par l'absence de combativité et de volonté de détruite l'ennemi. A cet égard, les guerres de la Révolution et de l'Empire vont constituer un tournant décisif (Voir l'ouvrage de Jean CLERK: « Essai méthodique et historique sur la tactique navale »).

(Réf: Philippe Masson: « De la mer et de sa stratégie », Paris, 1986, in-8°; Amiral Castex: « La liaison des armes sur mer », Paris, 1991, in-8°).

Voir la biographie de Bigot de Morogues dans la description de l’ouvrage : « Essay de l’application des forces… ».