BOISSAYE DU BOCAGE (Georges)

(Le Havre 01.08.1661 - Le Havre 26.09.1717)

EXPLICATION ET USAGE D'UNE PARTIE DU CERCLE UNIVERSEL. De ses tables et echelles. Necessaire à tous pilotes et utile à toutes sortes de personnes. Au Havre de Grace, chez Jacques Gruchet, Imprimeur & Libraire de Monseigneur le Duc de S. Aignan & de la Ville. 1683. ln-12°, veau, dos à 5 nerfs, orné, tranches mouchetées. Reliure de l'époque.

4 ff.n.ch. (Titre; Avant propos; Extrait du privilège du Roi; Table des matières), 144 pp.

Ex-libris manuscrit « A Cavent Dumoiron a Crespy » sur la page de titre.

- Edition originale.

- Autres éditions:

(Réf: Jean et Michèle Polak: « Bibliographie maritime française », Grenoble, 1976, in-4° et supplément, Grenoble, 1983, in-4°; A. Anthiaume, « Evolution et Enseignement de la Science Nautique... », Paris, 1920, 2 vol. in-8°).

Référence Polak:     918

Quant il écrivit ce livre, Georges Boissaye du Bocage était âgé de 22 ans mais montrait déjà qu'il avait des connaissances très étendues sur la science du pilotage. Il déclare dans son avant-propos que « l'usage du cercle universel, de ses échelles et de ses tables, est si difficile à expliquer qu' il faudrait être consommé dans les Mathématiques pour en donner les démonstrations », et il ajoute: « Je suis trop jeune et la matière est encore trop délicate pour moy ». Si dit-il, plusieurs savants « ne m'avoyent pressé de mettre à jour le peu de connoissances que mon père m'a donné, je n'aurois jamais entrepris ce travail ».

Le Cercle Universel que décrit Boyssaye du Bocage n'est pas un système de son invention. Certains détails, et non des moins importants, sont empruntés à l'astrolabe planisphérique du moyen-âge qui a été étudié par de nombreux auteurs dont Jean Duval, Le Vasseur de Beauplan, puis Meynier, l'abbé Dicquemare, Degaulle, Dulague. Le but de tous ces auteurs étant la recherche à l'aide de cet instrument des solutions à de nombreux problèmes d' astronomie nautique.

La partie principale du cercle consiste en un cercle avec un fil fixé au centre. Très rapprochés les unes des autres, sont six circonférences. Dans les intervalles des trois plus grandes sont marqués les douze mois de l'année, tous les jours de l'année, de 5 en 5 et tous les jours de chaque mois avec le lieu du soleil au zodiaque pour chaque jour. A l'aide de ce simple tracé, l'auteur peut trouver le lieu du soleil à telle date de l'année. Grâce à d'autres tracés sur la figure principale, Boissaye du Bocage peut déterminer la déclinaison du soleil et son ascension droite; l'heure du lever et du coucher du soleil; l'heure du lieu en connaissant la hauteur du soleil avec sa latitude et sa déclinaison; la hauteur du pôle; les heures des pleines et basses mers en fonction de la position de la lune... Avec d'autres échelles, l'auteur calcule les logarithmes, les latitudes croissantes et tous les principaux problèmes de navigation.

(Réf: A. Anthiaume, « Evolution et Enseignement de la Science Nautique... », Paris, 1920, 2 vol. in-8°).

Georges Boissaye du Bocage était le fils de Georges Boissaye du Bocage (1626-1696), hydrographe du roi, premier professeur de l'Ecole royale d'hydrographie du Havre à partir de 1666 et auteur de plusieurs cartes marines de l'embouchure de la Seine et de la côte du Havre à Saint-Valery-Sur-Somme. Il avait épousé en 1661, Anne PERIER, soeur d'Etienne Perier (1644-1726), capitaine de vaisseau et de port de Dunkerque, père de nombreux marins dont Etienne Perier (1687-1766) dit « Perier l'âiné », lieutenant général des armées navales et Antoine-Alexis Perier (1691-1757) dit « Perier le cadet », chef d'escadre en 1752.

Le Georges Boissaye du Bocage qui nous intéresse, succéda, le 1er novembre 1694, comme professeur d'hydrographie au Havre à son père avec qui il avait travaillé à établir des cartes avant de poursuivre son oeuvre littéraire et scientifique. Dès 1690, Boisssaye du Bocage avait effectué des observations sur les marées dans le port du Havre et cela avant même que l'Académie des Sciences ne s'en préoccupe sérieusement. Le phénomène des marées, encore mal connu à cette époque, était d'importance pour la sûreté de la navigation et puis il était bon de rechercher la part d'influence de la lune sur les marées. En 1693, trois experts en la matière, parmi lesquels nous trouvons Boissaye du Bocage, avaient été chargés de faire des « Observations sur le montant de la mer, à la platte forme du Bassin du Havre de Grace, tous les jours des trois premiers mois de la présente année 1693 avec les vents qui y ont régné ». Les mêmes expériences avaient été renouvelées en 1694. Des études similaires furent menées en 1701 et 1702 au Havre et à Dunkerque. Boissaye du Bocage fut chargé de celles du Havre grâce auxquelles Cassini put confirmer, par les observations réalisées, les hypothèses de Descartes sur les marées. De santé fragile, il lui fut adjoint, à partir de 1711, un de ses cousins germain, Michel Frémont, qui lui succéda à l'école d'hydrographie du Havre, après sa mort, survenue le 26 septembre 1717. Boissaye du Bocage fut enterré, comme son père, dans l'église Saint-François, au Havre.

Son beau-frère Michel du Bocage de Bleville (1676-1727), lieutenant de frégate, se distingua sur mer en servant avec Jean Bart, Duquesne, Tourville, avant d'effectuer de 1707 à 1716 un voyage au Chili, au Pérou, en Chine et au Japon.

(Réf: Michel Vergé-Franceschi, « Les officiers généraux de la marine royale (1715-1774) », Paris, 1990, 7 vol. in-8°; A. Anthiaurne, « Evolution et Enseignement de la Science Nautique... », Paris, 1920, 2 vol. in-8°. Voir aussi le site très complet et instructif consacré aux instruments de mathématiques et contenant une page très intéressante sur le cercle universel de Boissaye du Boccage et divers instruments de navigation).