BRANDT (Gérard)

(Amsterdam 25.07.1626 - Amsterdam 12.010.1685)

LA VIE DE MICHEL DE RUITER, Duc, Chevalier, Lieutenant Amiral Général de Hollande & de Oüest-Frise. Où est comprise l'Histoire Maritime Des Provinces Unies, depuis l'An 1652. jusques à 1676. Traduit du Hollandois de Gerard Brandt. Et enrichie de Figures. A Amsterdam, De l'Imprimerie de P. & J. BLAEU, Pour Waesberge, Boom, à Someren & Goethals, 1698, in-folio, veau, dos à 6 nerfs, orné, pièce de titre rouge, tranches rouges. Reliure de l'époque.

1 frontispice, 1 portrait, 3 ff.n.ch. (Titre; Epître dédicatoire « A son Excellence Monseigneur François Le Fort, Général des Armées de sa Majesté Czarienne » et Avertissement), 717 pp., 17 pp.n.ch. (Index; Fautes à corriger et Emplacement des planches), et 8 planches hors texte dont 7 dépliantes avec titres et légendes en hollandais.

Les 7 premières planches sont signées du graveur: STOOPENDAEL. La dernière planche, non dépliante, est signée: MULDER.

cachet ex-libris sur la page de titre et vignette ex-libris en partie arrachée au dos du premier plat.

- Éditions en hollandais:

Référence polak:     1190

La traduction en français de cet ouvrage est due à Nicolas AUBIN (son nom apparaît en signature de l’épître dédicatoire), auteur lui même d’un « Dictionnaire de Marine » publié à Amsterdam en 1702 (voir ce livre).

Ruyter (Michael-Andriaan-Zonn Van ) (Flessingue 1607 - Syracuse 1676) était le quatrième fils d'un pauvre ouvrier brasseur. Il travailla enfant dans l'échoppe d'un cordonnier puis s'engagea en 1618 comme mousse, préposé aux ancres et aux cordages à terre. Pilote à 22 ans, Ruyter fut prisonnier des espagnols à la suite d'un combat naval malheureux. Déguisé en mendiant, il s'évada et traversa la France pour regagner Flessingue. Après une jeunesse tumultueuse, il devient capitaine corsaire. Entre 1631 et 1641, il navigue au Groenland, aux Antilles, au large du Brésil, puis commande un vaisseau dans la marine des Etats-Généraux, dans la flotte destinée à secourir les portugais contre les espagnols. En 1643, il navigue au commerce puis repasse dans la marine de guerre des Provinces-Unies sous les ordres de Tromp. En 1652, Tromp, malheureux devant l'amiral anglais Blake, est disgracié. Ruyter le remplace et avec 30 bâtiments, il contraint l'amiral anglais Ascough à se réfugier à Plymouth (août 1652). Blake vient alors remplacer Ascough alors que Corneille de Witte vient à son tour renforcer Ruyter. Le 8 octobre 1652, Blake l'attaque près des bancs de Goodwin, à l'entrée de la Tamise. Ruyter, après cinq heures de combat, doit se retirer en Hollande. Tromp est alors rappelé à la tête de la flotte des Etats-Généraux et Ruyter sert sous lui en 1653. Sur les côtes de Guinée et en l'île de Gorée, il est chargé ensuite de prendre aux anglais leurs territoires de la côte africaine.

En 1657, « contre les lois de la mer », il s'empare de deux vaisseaux français, commandés par le chevalier de La Lande (revenant à Toulon, après avoir débarqué des troupes à Viareggio). Ruyter est à bord de l'escadre hollandaise de l'amiral Wassenaer (35 voiles) qui bat l'amiral suédois Wrangel à l'entrée du Sund et qui vient mouiller à Copenhague, le Danemark ayant obtenu l'appui de la Hollande dans la guerre qu' il soutenait contre la Suède. Ruyter remplace Wassenaer à la tête de l'escadre en 1659, il fait une descente dans l'île danoise de Fionie qui fut très brillamment exécutée. Le roi de Danemark le fait chevalier de ses Ordres. Vice-amiral de Hollande en 1663, il purge après la paix de 1665, certains parages de la Méditerranée, de la présence barbaresque. Il fait prisonnier le célèbre renégat Armand de Diaz.

Pendant la guerre avec l'Angleterre, il livre trois batailles aux anglais dans la Manche. Du 11 au 14 juin 1666, une bataille de quatre jours l'oppose à l'amiral anglais Monk, au large de Dunkerque. En compagnie de Tromp (le fils) et d'Evertsen, il attaque violemment et impose aux anglais une véritable déroute. Le 4 août cependant, les anglais prennent leur revanche sur Ruyter et Evertsen. Le 11 septembre est livré la troisième bataille: Ruyter franchit le pas de Calais avec 81 Vaisseaux et 13 brûlots. Il bouscule la flotte anglaise à la hauteur de Boulogne, puis regagne la Hollande. L'année suivante, ayant remonté la Tamise, il sème l'effroi à Londres le 4 juin 1667, d'où la paix de Bréda signée le 31 juillet suivant entre l'Angleterre et la Hollande.

Lieutenant amiral général de Hollande, Ruyter combat à Solebay le 7 juin 1672 et il résiste à l'escadre franco-anglaise du vice-amiral d'Estrées et du duc d' York. Il a à son bord Cornélis De Witt, député des Etats. Au moment de l'exécution de celui-ci et de son frère Jean De Witt (1672), Ruyter est d'abord accusé de complicité avec eux, mais finit par obtenir la protection du pouvoir. Les 7 et 14 juin 1673, puis le 21 août 1673, il combat à Schooneveldt, à Walcheren et au Texel et il résiste aux efforts conjugués du prince Rupert et du vice-amiral d'Estrées. En 1674, il ne peut s' emparer de la Martinique, arrêté dans son entreprise par le marquis d' Amblimont.

L'année suivante, l'Espagne demande aux Provinces-Unies le secours de leur flotte pour s'opposer à Louis XIV venu en aide aux messinois révoltés. Ruyter entre en Méditerranée et Duquesne lui livre le 8 janvier 1676 la bataille d'Alicudi, indécise, mais comptée pour une victoire par la France. Le 22 avril 1676, nouvel affrontement: Ruyter commande l'avant-garde de la flotte placée sous les ordres de l'amiral d'Espagne don Francisco de la Cerda. Il livre bataille à l'avant-garde de la flotte de Duquesne, commandée par d'Almeras. Mortellement blessé, il veille à la bonne retraite de sa flotte et succombe à ses blessures le 29, à Syracuse, à 70 ans. L'Europe lui rendit un hommage unanime. Louis XIV vit en lui « un homme qui faisait honneur à l'humanité ».

(Réf: Michel Vergé-Franceschi, article « Ruyter » du dictionnaire dans « Mes campagnes de mer sous Louis XIV » de Philippe de Villette-Mursay, Paris, 1991, in-8°). Voir aussi « Relation de Sicile ».

Gérard Brandt était le fils de l'horloger Gérard Brandt et son épouse Neeltje Jeroens. A 17 ans Gerard Junior a écrit la pièce De Veinzende Torquatus, puis entra dans le théatre municipal d'amsterdam "Amsterdamse Schouwburg", dont son père était régent. Quand il devint plus tard un prédicateur bien connu et érudit sérieux, il ne voulut pas que ses œuvres de jeunesse et ses erreurs soient rappelées. Il est surtout connu pour son "grafrede" sur Pieter Corneliszoon Hooft en 1647, une traduction de l'éloge de Jacques Du Perron de Ronsard qu'il avait interprété par l'acteur Van Germez. Il a également poursuivi son travail, dans lequel il a été accusé de plagiat dans "Aen den onbeschaemden lettre-dief".

Sous l'influence du professeur Casparus Barlaeus, et de la fille de Barlaeus en particulier, Brandt a renoncé à l'horlogerie en 1652 pour devenir un prédicateur de la "Fraternité Remonstrante" à Nieuwkoop. Il a épousé Suzanne van Baerle et leurs trois fils sont devenus plus tard prédicateurs. Brandt a travaillé de 1660 à 1667 à Hoorn, avant de s'installer à Amsterdam. En 1676 Michiel de Ruyter était mort et, en 1681, son fils Engel de Ruyter lui a commandé une biographie de son père pour 400 florins. Brandt a reçu des informations pour cet ouvrage de la veuve et des enfants de Ruyter, mais il a été laissé inachevé à la mort de Brandt en 1685. Les fils de Brandt: Caspar et Johannes complétèrent la biographie et la publièrent en 1687.