CLERK (Jean)

ESSAI METHODIQUE ET HISTORIQUE SUR LA TACTIQUE NAVALE, orné de gravures, en quatre parties. Ouvrage écrit en Anglais par Jean Clerk, Ecuyer, d'Eldin, Membre de la Société des Antiquaires d'Ecosse, & de la Société Royale d'Edimbourg, et traduit par Daniel Lescallier, Commissaire-Général des Colonies, & Correspondant de la Société Royale d'Agriculture de Paris. A Paris, Chez Firmin Didot, Libraire, rue Dauphine, N° 116; Dezauches, Géographe du Roi, rue des Noyers; et Bossange & Compagnie, Libraires- Commissionnaires, même rue. Et à Amsterdam, Chez D.J. Changuion & Gabriel Dufour, Libraires. 1791. Suivi de:

ESSAI METHODIQUE ET HISTORIQUE sur la tactique navale, orné de gravures, en quatre parties. ouvrage écrit en anglais par Jean CLERK, Ecuyer, d'Eldin, Membre de la Société des Antiquaires d'Ecosse, & de la Société Royale d'Edimbourg, Et traduit par le citoyen Daniel Lescallier. IIe volume, Qui contient les IIe, IIIe & IVe parties. A Paris, Chez Firmin Didot, Libraire, rue Thionville, n° 116; Dezauches, Géographe, rue des Noyers; Bossange, Masson et Besson, Lib. rue des Mathurins; Baudelot et Eberhart, Impr.-Lib. rue Jacques, n° 30. L'an VI (1798).

2 parties en un volume in-4°, veau, dos à 5 nerfs, orné, pièce de titre verte, tranches marbrées. Reliure de l'époque.

Les pages 137 à 152 de la première partie sont occupées par des « OBSERVATIONS Sur la partie historique de l'Essai de Tactique navale de Jean Clerk ». Il s'agit de commentaires et de précisions de Daniel Lescallier sur le texte de Clerk.

De même que pour la première partie, Daniel Lescallier a ajouté dans la deuxième partie (pages 103 à 128), des « OBSERVATIONS sur la quatrième partie de l'Essai de Tactique navale de Jean Clerk, qui contient des Descriptions de Combats ».

Certaines planches sont signées: C. HAUSSARD, d'autres: E. HAUSSARDET d'autres enfin sont anonymes.

Ex-libris « Lafosse aîné de St Pôl de Léon »

NOTA:

(Réf: Catalogue NC15 de Edward J. Lefkowicz, USA).

Référence Polak:     5884

Jean Clerk fut à l'origine en Angleterre d'une nouvelle tactique navale qui modifia les conditions des batailles navales de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle.

Dans Son ouvrage, Jean Clerk préconise l'abandon de la ligne de bataille en recommandant la rupture de la ligne adverse, coupée, prise en enfilade, et tournée, le but majeur étant d'isoler une partie de la ligne adverse et de la détruire (toujours en tenant compte du vent qui empêche l'autre partie de la ligne de secourir la partie concernée). Cela suppose le duel d'artillerie à courte distance qui deviendra une spécialité anglaise.

La deuxième partie de l'ouvrage de Jean Clerk parut à Londres plusieurs années après la première partie.

Après la traduction de la première partie, Daniel Lescallier fut nommé Commissaire civil dans les colonies de l'océan Indien en février 1792. Fait prisonnier par les anglais le 22 août 1793 lors de la capitulation de Pondichery, il ne rentra en France qu'en 1797, à l'époque où Clerk publiât la seconde partie de Son livre.

L'ouvrage contient d' intéressantes descriptions détaillées de plusieurs combats navals franco-anglais célèbres des années 1744 à 1782 (combat devant Toulon en 1744, combat de Minorque en 1756, combat d'Ouessant en 1758, combats en Amériques entre Rodney, Hood, Byron, Graves... et d’Estaing, Destouches, de Guichen, de Grasse... à la Martinique, à la Grenade, à l'embouchure de la Chesapeake... (1780-1782) ou aux Indes entre Pocock et Daché (1758); Hughes et Suffren (1782)...).

Au cours du conflit de la Révolution et de l'Empire, une profonde mutation se manifeste dans la tactique navale (voir l'ouvrage de Bigot de Morogues: « Tactique navale » pour un historique de cet art). Grâce à Clerk, le principe de la ligne de file rigide et le combat à distance en formation parallèles qui avait dominé tout le XVIIIe siècle devient périmé. Le nouveau procédé de Clerk s'inspire de la rupture de la ligne adverse pratiquée par Rodney aux Saintes (1782). Dans cet ouvrage qui devait constituer le livre de chevet de Nelson, l'auteur constatait qu'on ne devait attendre aucun résultat de la rencontre de deux armées ennemies qui se combattent en se prolongeant à bord opposé: « La plus grande habileté à manoeuvrer, le feu le plus vif, l'approche bord à bord, tout cela ne peut servir à rien en pareil cas et on n'obtiendra jamais aucun succès contre une armée ennemie qui tient le vent, qui court à bord opposé et qui cherche à s'éloigner, à moins qu'on ne puisse couper sa ligne en deux et qu'on ne mette en usage quelque autre moyen d' arrêter sa marche. » La flotte assaillante (à condition qu'elle soit « au vent ») formée en deux colonnes parallèles doit, non pas à proprement parler rompre la ligne adverse, mais l'accabler, faire masse sur son centre et son arrière, en assurer la neutralisation avant que l'avant-garde obligée de virer de bord n'ai le temps d'intervenir. Cela suppose un duel d'artillerie à courte distance qui deviendra une spécialité anglaise d'autant plus efficace que l'Angleterre a alors réalisé dans ce domaine des progrès considérables par rapport à ses rivales. Grâce à un entraînement intensif (les artilleurs anglais tirent trois ou quatre fois plus vite que leurs adversaires), à des améliorations techniques (pointage latéral des canons selon un angle de 45°) et au fait qu'ils tirent à bout portant, les pertes anglaises des six grandes batailles majeures de la période 1793-1815, ne dépassent pas 5.749 hommes dont 1.483 tués alors que celles de leurs adversaires atteignent 16.313 hommes dont 9.068 tués auxquels il faut ajouter 22.657 prisonniers. Durant la même période, la Royal Navy ne perd au combat que 10 navires, un vaisseau et 9 frégates, alors que ses adversaires, français, hollandais et espagnols enregistrent la perte de 377 bâtiments, dont 139 vaisseaux, pour la plupart capturés. Bilan stupéfiant qui tranche avec les résultats obtenus par la marine anglaise au cours des conflits précédents du XVIIIe siècle, à l'apogée du formalisme (Voir Bigot de Morogues), 17 vaisseaux seulement avaient été capturés.

(Réf: Philippe Masson: « De la mer et de sa stratégie », Paris, 1986, in-8°; Amiral Castex: « La liaison des armes sur mer », Paris, 1991, in-8°).