DUGUAY-TROUIN (René)

(Saint-Malo 10.06.1673 - Paris 27.09.1736)

MEMOIRES DE M. DU GUÉ-TROUIN, Chef d'Escadre Des Armées De S. M. T. C. et Grand-Croix de l'Ordre Militaire de S. Louis. A Amsterdam, Chez Pierre Mortier, 1730. ln-12°, veau, dos à 5 nerfs, orné, pièce de titre rouge, tranches rouges, roulette intérieure. Reliure de l'époque.

4 ff.n.ch. (Titre, Epître « A Monsieur DUGUÉ-TROUIN »), 290 pp.

Vignettes de « LFDB. », gravées par « FM. LA CAVE » en en-tête de l'épître et en début du texte, à la page 1.

Ex libris manuscrit sur la page de titre.

- Edition originale clandestine non expurgée.

- Autres éditions:

(Réf: Jean et Michèle Polak: « Bibliographie maritime française », Grenoble, 1976, in-4° et supplément, Grenoble, 1983, in-4°; catalogues Chamonal 1986, 1987 et 1988; catalogue J. Lepert/ L. Scheler de 1990; catalogue Bellanger n° 147; catalogue Polak 48 de 1994, n° 478).

Référence Polak:     2855

En 1720 ou 1721, date probable de la première rédaction de ses mémoires, Duguay-Trouin a cessé de naviguer. A l'exception d'une brève démonstration de forces en Méditerranée en 1731, pour impressionner le Dey d'Alger, il ne reprit pratiquement plus la mer. La sincérité et le soucis de vérité, choses bien rares dans les Mémoires -fort nombreuses- publiées à cette époque et l'absence de toute pause dans le texte tiennent pour une part au fait que ce texte n'était nullement destiné à la publication. Écrit à la demande de son frère et de ses amis, il resta longtemps à l'état de manuscrit car son auteur ne voulait alors pas le publier. Aussi, sans soucis de paraître, ni la volonté de dissimuler, Duguay-Trouin se livre tout entier dans ses Mémoires. Loin de chercher à composer un personnage, il ne dissimule rien de ce qu'il a connu et ressenti dans sa vie de marin. il fut d'ailleurs très irrité de voir ses Mémoires publiées sans son autorisation à Amsterdam, en 1730 (cet ouvrage), à partir sans doute d'une copie du manuscrit original que Duguay-Trouin avait prêté au cardinal Dubois en 1723 et qu'il n'avait récupéré, grâce à l'intervention du Régent, qu'après la mort du Premier Ministre, la même année. Cette édition clandestine de 1730 porte le titre: « Mémoires de M. Du Gué-Trouin ». Elle est due à Pierre de Villepontoux et le texte est non expurgé.

Dans son épître datée de Londres, du 7 mars 1730, Villepontoux écrit: « Permettez que j'aye l'honneur de vous offrir vôtre propre ouvrage, je ne pouvois rien choisir de plus digne de vous, ni qui fit mieux votre éloge. Tout ce que j'ai à craindre, c'est que vous ne desaprouviez la liberté que j'ai prise de faire paroître ces Mémoires sans votre aveu: mais, Monsieur, le but qui vous les a fait écrire ne doit-il pas justifier l'intention qui me les a fait publier ? . . » « ... S'il s'est trouvé quelques fautes de Copiste dans le Manuscrit qui m'a été donné sans qu'on m'ait voulu dire de qui on l'avoit reçu, vous vous trouvez maintenant engagé, Monsieur, à les rectifier, & vous ne serez pas longtemps sans voir paroître une nouvelle édition à laquelle j'ajouterois avec plaisir une Carte du Rio-del-Janeiro si vous vouliez avoir la bonte de ma la communiquer: La seule crainte d'en faire paroître une peu exacte en ayant privé cette édition. Je suis avec le plus profond respect, Monsieur, Vôtre très-humble & très-obeïssant Serviteur. P. Villepontoux ».

Le titre de cet ouvrage portait une double injure qui augmentait encore le ressentiment de Duguay-Trouin: L'orthographe favorite de son nom n'était pas respectée et le titre glorieux de Grand-Croix de l'ordre de Saint-Louis qui lui était attribué était usurpé puisqu'il était, depuis le 1er mai 1728, que commandeur de cet ordre.

Moins dédaigneux du succès de son auteur, Villepontoux avait complaisamment reproduit ces aventures de jeunesse que Duguay-Trouin, sur les conseils du Cardinal de Fleury, avait retranché de son manuscrit.

Cette affaire de publication clandestine s’ajoutait à celle de la publication, en 1729, des Mémoires du Comte de Forbin, rédigées par Simon Reboulet (voir cet ouvrage) dans lesquelles Duguay-Trouin ne put que sursauter en lisant le récit de l'événement qui s'était produit en 1707. Cette année là, Duguay-Trouin commandait une escadre de 6 vaisseaux et était parti de Brest avec Forbin qui commandait le même nombre de navires mais qui était à cette occasion son supérieur hiérarchique. Le 21 octobre 1707, à l'entrée de la Manche, ils rencontrèrent ensemble une escadre anglaise de 5 vaisseaux de guerre escortant un convoi qui fut aussitôt pris en chasse. Le combat se termina par la capture de 3 de ces vaisseaux de guerre, l'incendie d'un quatrième et la prise de 15 navires du convoi. Cette action glorieuse à laquelle Duguay-Trouin eut la plus grande part, le Comte de Forbin voulait se l'approprier.

Résistant toujours à la tentation que lui inspirait ses amis à répondre à ces mémoires en publiant les siennes avec amples réfutations, Duguay-Trouin accepta toutefois que si on les publiait, ce serait après sa disparition et qu'il faudrait y joindre un extrait des interrogations subies devant l 'Amirauté de Brest, quelques jours après le combat du 21 octobre 1707, par les capitaines anglais des vaisseaux capturés ainsi que la liste de tous les officiers qui avaient servi alors sur son escadre durant cette journée historique. Ces 2 conditions ont été réalisées dans la première édition officielle des Mémoires de Duguay-Trouin de 1740 (voir l'ouvrage suivant). Elles occupent respectivement les pages XIV à XXVII de l'avertissement et les pages 250 à 256 du texte.

René Duguay-Trouin est né à Saint-Malo le 10 juin 1673 dans une famille d'armateurs. Ses parents le destinaient à l'état ecclésiastique mais il s'embarqua en 1689 sur la « Trinité », frégate armée en course par son père.

L'année suivante, il se signala au combat sur le « Grénédan » de sorte qu'à 18 ans on lui confia le commandement du « Danycan » avec lequel il fit une descente à Limerick (Irlande) et brûla deux bâtiments ennemis. Commandant le « Coëtguen » en 1692, il captura encore plusieurs navires anglais. Il commanda ensuite le « Profond », « l’Hercule » et la « Diligente » avec laquelle près des îles Sorlingues, il fut blessé et fait prisonnier au cours d'un dur combat contre une escadre anglaise (1694). Conduit à Plymouth, il séduisit une jeune anglaise qui l'aida à s'évader. Commandant le « François » en 1695, il prit six marchands et deux navires de guerre anglais ce qui lui valut une épée d'honneur. Joignant ensuite l'escadre de Nesmond, il captura trois indiamen sur les côtes d'Irlande. Commandant en 1696 le « Sans Pareil », il attaqua un convoi hollandais, fit prisonnier l'amiral Wassenaër et prit trois vaisseaux et douze marchands. Cet exploit lui valut d'être admis dans la marine royale comme capitaine de frégate en avril 1697. La guerre de succession d'Espagne lui donna l'occasion d'accumuler les actions les plus brillantes. En 1703, il capturait 28 baleiniers hollandais au Spitzberg, en 1704 un vaisseau et 12 marchands. Commandant le « Jason » en 1705, il enleva les vaisseaux anglais « Elisabeth, « Revenge » et « Coventry » puis, en vue de Lisbonne, un vaisseau portugais et en revenant à Brest une frégate et 12 marchands après avoir dispersé un convoi portugais de 200 navires.

Capitaine de vaisseau en novembre 1705, en 1706, il participa avec une petite escadre à la défense de Cadix. En 1707, avec le tardif concours de Forbin, il captura presque entièrement un gros convoi anglais qui portait des troupes au Portugal. En mars 1709, commandant « l’Achille » et une division, il attaqua avec succès un convoi anglais fortement escorté. Anobli en 1709, Duguay-Trouin avait alors à son actif la prise de 16 bâtiments de guerre et de plus de 300 marchands. C'est en 1711 qu'il réalisa un des plus extraordinaires exploit de la marine à voiles en allant attaquer avec une petite escadre la colonie portugaise de Rio de Janeiro pour y venger l'assassinat du capitaine Duclerc. Financée par un groupe d'armateurs malouins et par le comte de Toulouse, l'opération réussit brillamment et rapporta de gros dividendes. La ville de Rio fut prise le 21 septembre puis rançonnée. 5 navires de guerre et 60 marchands furent pris ou détruits. Chef d'escadre en août 1715, il fut réduit à l'inactivité par la paix. Membre du conseil d'administration de la Compagnie des Indes en 1723, lieutenant général en mars 1728, il commanda en 1731 une escadre chargée d'aller bombarder Tripoli pour châtier les pirateries barbaresques et obtint la libération de nombreux captifs. Duguay-Trouin mourut à Paris le 27 septembre 1736.

(Réf: Etienne Taillemite, « Dictionnaire des Marins français », Paris, 1982, in-4°).