ETAT DE LA MARINE AU 1er DECEMBRE 1791

ETAT DE LA MARINE au 1er décembre 1791. ln-8°, maroquin rouge, dentelle encadrant les plats, avec une caravelle à chacun des coins, dos lisse, orné de caravelles et d'ancres de marine, pièce de titre maroquin vert, petite dentelle intérieure, gardes de tissus de soie bleu, tranches dorées. Reliure de l'époque.

4 ff.n.ch. (2 pp. avec encadrement vert et or, sans texte; Faux titre sur la première page du second feuillet; Table sur les deux pages du troisième feuillet et titre sur la première page du quatrième feuillet: « LISTE GENERALE DES OFFICIERS DE LA MARINE Suivant leur Rang et Ancienneté. Au 1er Décembre 1791 »), 162 pp., 1 f.n.ch.

Note manuscrite sur le 1er feuillet, dans le cadre vierge avec mention: « Pour notre cher et bon Monsieur Le Vot, souvenir d'un ami » suivi de la signature: « L. Perriers, Brest le 20 décembre 1864 ». (Perriers était administrateur civil de Saint-Hélène en 1847).

Beau manuscrit soigneusement calligraphié dans un bel encadrement vert et or à chaque page. Saffroy 426 signale un seul exemplaire avec le même nombre de page (162) aux Archives Nationales. Très bel exemplaire.

Cet Etat de la marine n'a jamais été imprimé. Il contient la liste de tous les officiers de Marine à la date du premier décembre 1791, depuis l’Amiral de Penthièvre jusqu' aux « sous Ingénieurs du Ports et Arsenaux de Marine », en passant par les Elèves de la Marine de 1ere, 2eme et 3eme classe et tous les officiers du ports du Royaume et commissaires des classes avec pour chacune des catégories et grades, l'appointement et la date des nominations. Soit un total de 1.614 noms cités pour les officiers et élèves du service actif et 439 noms pour le personnel des ports et arsenaux.

Environ 80% du corps de la marine française n'a pas été engagé dans la Révolution, ni pour, ni contre. De 1789 à 1790 les officiers sont en grande partie restés à leur poste, mis à part les hauts gradés chargés de responsabilités. Ne pouvant plus les assumer, ils ont été les premiers à partir en 1790 (Du Castellet, Rions, Glandevès-Castellet, Bougainville).

L'année 1791 est relativement calme et la disparition de l'ancienne Marine de Louis XVI est plus administrative que physique. Le 29 avril 1791, le grand-corps des officiers de vaisseaux, créé par Richelieu, structuré par Colbert en 1689 (voir l’ « Ordonnance de Louis XIV pour les armées navales »), est supprimé. L'Amirauté de France est également supprimée à cette même date. Une nouvelle hiérarchie tente de mettre sur le même pied marins de l'Etat et marins du commerce. Les vice-amiraux remplacent les lieutenant généraux des armées navales, les contre amiraux, les chefs d'escadre. Le 4 mai 1791, les pensions sur l’ordre de Saint-Louis sont retirées aux officiers d'active (elles avaient été créées en 1693, avec l'ordre, par Louis XIV). Le 15 mai 1791, Claret de Fleurieu, ministre depuis sept mois, laisse le poste à Thévenard, chef d'escadre de 1784, roturier malouin. Avec la promotion du 15 mai 1791, il espère enrayer le processus d'émigration et retenir en France les officiers soucieux de leur carrières. Mais ces mesures administratives demeurent en fait lettres mortes au niveau des ports. Dans la réalité des faits, en 1790 et en 1791, on constate en effet la disparition d'examens pour les élèves de la Marine dans les collèges de Vannes et d' Alais créés en 1786 par Castries. En mars 1791, le ministère a informé Toulon, Brest et Rochefort que les corvettes destinées à l’instruction des élèves ne seraient pas armées cette année-là. Le résultat de la fuite du Roi et les émeutes de Brest (23 juin 1791) et de Toulon (23 août 1791) ne font qu'amplifier l'émigration. A Toulon, dans la seule année 1791, le commandement de la Marine a changé six fois de mains alors qu'à Paris, cinq ministres chargés de la Marine se succèdent. Fin 1791, l’émigration est une réalité que déplore Louis XVI. Le 13 octobre 1791, il écrit aux commandants des ports: « Comment se peut-il que les officiers d'un corps dont la gloire m'a toujours été si chère et qui m'ont de tout temps donné des preuves de leur zèle se soient laissés égarer au point de perdre de vue ce qu' ils doivent à mon affection et à la patrie. Comment se peut -il faire ? ».

Après 1792 Sous la pression des événements (les massacres de septembre notamment), l'émigration devient massive et Castries-Vagnas écrit: « La Marine composée de plus de 1.000 officiers... en a vu émigrer plus de 900 ». Deux promotions d'officiers de vaisseau ont lieu le 1er janvier (voir l'ouvrage: « Procés-verbal de l'examen des comptes... ») et le 1er juillet 1792. Considérées rapidement, elles peuvent donner l’illusion d'une Marine qui continue à tourner. Mais si l'on regarde cas par cas le destin des nouveaux promus, on s'aperçoit que ces promotions n'ont plus guère de signification. Alors que dans l'Etat du 1er décembre 1791 le duc de Penthièvre est le Seul amiral d'active, sont promus amiraux en 1792: d'Estaing (bientôt guillotiné), Du Chaffault, 84 ans (bientôt emprisonné et mort en prison). Sont promus contre amiraux Kersaint (bientôt guillotiné), d'Albert de Rions (qui émigre le 15 janvier 1792). Bougainville, promu vice amiral le 1er janvier 1792, démissionne en février. Bernard de Marigny, contre amiral depuis 1791, démissionne en janvier 1792 de Son poste de commandant de la Marine. En janvier 1792, sur 640 officiers inscrits à Brest, 210 seulement sont à leur poste, 361 absents sans congés. En mars de cette même année, il ne reste plus que deux vice amiraux sur neuf, 356 lieutenants sur 530, 42 capitaines de vaisseaux sur 170.

Si au début de la Révolution il pouvait être question de contestations d'individus pour des raisons plus ou moins personnelles, il n'en n'est plus du tout de même en 1792, année à partir de laquelle la Révolution se radicalise et les réactions se politisent.

(Réf: Michel Vergé-Franceschi, « Les officiers de 1789 et leur devenir » dans Neptunia N° 174, 1989; Jean Meyer et Martine Acerra « Marine et Révolution », Rennes, 1988, in-8°).