FOURNIER (Georges)

(Caen 1595 - La Flèche 13.04.1652)

HYDROGRAPHIE contenant la théorie et la pratique de toutes les parties de la navigation. Seconde Edition. Reveuë, corrigée & augmentée par l'Autheur avant son deceds. Plus la Navigation du Roy d'Escosse Jacques Cinquiesme du Nom, autour de son Royaume, & isles Hebrides & Orchades, sous la conduite d'Alexandre Lyndsay excellent Pilote Escossois. A Paris, Chez Jean Dupuis, ruë Saint Jacques, à la Couronne d'or. 1667, in-folio, demi vélin à coins, papier marbré sur les plats, dos à 6 nerfs, orné de décorations à froid, pièce de titre basane marron, tranches mouchetées. Reliure postérieure.

11 ff.n.ch. (Titre, Epître « Au Roy », Table des chapitres), 706 pp., 8 ff.n.ch. (Table des matières, « Permission du R.P. Provincial » et Privilège du Roy), 6 pp. (« Navigation du Roy d'Escosse... »), 1 planche et 1 table dépliantes hors texte. Nombreuses gravures dans le texte.

Quelques erreurs dans la pagination dont 2 sauts de pages (290 à 293 et 437 à 448).

La table des latitudes ortives est à la page 420. La grande planche « Description d'un navire royal » est à la page 12.

       - Edition originale parue à Paris, Michel Soly, 1643, in-folio, 11 ff.n.ch., 922 pp., 8 ff.n.ch., gravures dans le texte et grande planche dépliante représentant le navire royal. Les pages 555-556 se répètent; elles donnent la table des latitudes ortives.

- Autres éditions:

(Réf: J. Polak, « Bibliographie maritime française », Grenoble, 1976, in-4°).

Référence Polak:     3575

Cet ouvrage est également consultable en ligne depuis le site de l'European Cultural Heritage Online. Il suffit de cliquer ici.

« L'Hydrographie » de Fournier est la première encyclopédie de la mer. C'est un texte capital pour toute étude de la marine du début du XVIIe siècle car c'est le seul document imprimé de cette ampleur et de surcroît, écrit par un non terrien.

L'édition originale de cette oeuvre monumentale est parue à Paris en 1643 et connut un succès considérable aussi bien auprès des marins, soucieux de se mettre au fait des techniques nouvelles (notamment les tables loxodromiques ou moyens de résoudre mathématiquement les problèmes de l'estime que fait connaître Fournier, n'étaient connues que depuis 1634 et n'étaient encore pas utilisées sur les navires français), qu'auprès des terriens curieux pour qui les choses de la mer étaient encore entourées de mystères.

Citons ici la célèbre et rocambolesque aventure de Nicolas Gargot, capitaine du vaisseau du roi le « Léopard » de 34 canons et 250 hommes d'équipage qui fut réveillé un matin de 1649 par une révolte de son équipage qui avait pris soin de lui dérober sa jambe de bois. Le malheureux se défendit et échappa aux coups de piques de ses assaillants avec un poignard et un exemplaire de « l'Hydrographie » dont il s'était emparé pour lui servir de bouclier.

Parue quelques mois après la mort de Richelieu et en pleine « période française » de la guerre de Trente ans, la première édition se situe à l'époque de l'apogée de la puissance navale que Louis XIII et le cardinal avaient donné à la France. 1643, c'est aussi l'année de l'éclatante victoire de Maillé-Brézé sur la flotte espagnole au cap de Gate, près de Carthagène. Succès considérable qui assura à la France la maîtrise de la Méditerranée occidentale. Cet ouvrage arrive aussi au cours d'une période d'expansion coloniale particulièrement intense de la part de la France.

Le succès de l'édition de 1643 fut tel qu'en 1666, on ne pouvait plus en trouver un seul exemplaire. A cause de cela, le libraire Jean Dupuis décida de publier une deuxième édition (parue en juillet 1667), complétée par des annotations que Fournier (mort depuis 14 ans) avait fait sur un exemplaire de l'édition de 1643 à laquelle, pour augmenter l'attrait de l'ouvrage, Dupuis incorpora la célèbre gravure du vaisseau royal (le « Saint Louis », commandé en Hollande en 1626/1627 et non la « Couronne » comme on l'a longtemps cru) et rajouta à la fin un routier de l'Ecosse.

Cette édition, écrite avec des caractères d'imprimerie plus petits, ne comportait que 706 pages au lieu de 922 pour la première. La gravure qui n'était pas fixée dans les exemplaires diffusés, pouvait être achetée séparément. C'est ainsi qu'on la retrouve quelquefois dans des exemplaires de l'éditions de 1643 qui ont été reliés à posteriori (selon la bibliographie de Jean Polak, il y aurait bien eu 2 éditions différentes de cette planche. La première, que l'on retrouve dans les exemplaires de 1643, diffère de la seconde en ce que les canons sont plus gros et que la carène sous marine du Vaisseau n'est pas tracée).

Quant au routier de l'Ecosse qui n'a rien à voir avec Fournier, c'était à l'origine un manuscrit mis au point par le pilote anglais Alexander Lindsay durant le voyage de Jacques V Stuart (1512-1542), roi d'Ecosse, autour de son royaume pendant l'été 1540. Tombé entre les mains des anglais, les secrets de ce précieux routier maritime furent dérobés au cours d'un séjour en Angleterre entre juin 1546 et le printemps 1547 par le premier cosmographe du roi Henri II, Nicolas de Nicolay d'Arfeuille (1517-1583) qui le traduisit en 1547 et le publia en 1583, année de sa mort, sous le titre: « La navigation du roy d'Ecosse, Jacques cinquiesme de nom, autour de son royaume et isles Hébrides et Orchades, soubz la conduite d'Alexandre Lindsay, excellent pilote escossois, recueillie et rédigée en forme de description hydrographique et représentée en carte marine et routier ou pilotage », Paris, G. Beys, 2 parties en 1 volume, in-4°, figures, planche et carte. Ce routier fut utilisé en 1548 par le Prieur de Capoue Léon Strozzi qui, avec son escadre de 16 galères dans laquelle se trouvait Nicolas de Nicolay, s'empara du château de Saint-André en Ecosse et enleva à ses geôliers la jeune reine d'Ecosse Marie Stuart (fille de Jacques V qui épousa François II, roi de France), âgée de 6 ans, pour lui permettre d'échapper à sa cousine Elisabeth, reine d'Angleterre, dont elle était l' héritière légale.

Cette seconde édition n'eut pas le succès de la première. Elle coûtait fort chère et sur les 20 chapitres qui la composaient, moins de la moitié seulement étaient consacrés à la navigation, ce qui rebutait les marins qui avaient alors d'autre part à leur disposition plusieurs traités de navigation divers, moins volumineux et moins chers. En effet, à partir de 1665, la publication de nouvelles méthodes de navigation loxodromiques plus précises, faisaient perdre à l' hydrographie de 1667 qui présentait dans ce domaine peu de modifications par rapport à l'édition de 1643 beaucoup de son intérêt novateur.

En 1679, le libraire Antoine Dezallier qui s'était installé dans le local de Jean Dupuis (à la Couronne d'or, rue Saint Jacques), fit paraître une autre édition, faite à partir des invendus de 1667. La page de couverture est changée (la vignette a disparue) et la planche du vaisseau ainsi que la table des latitudes ortives n'y figurent pas (sauf sur certains exemplaires reliés avec la planche et la table éditées en 1667). Elle n'eut pas plus de succès que l'édition de 1667 qui est la plus complète de toute.

« l'Hydrographie » de Fournier comporte 20 livres:

(Réf: J. Humbert et Ch. Duval dans l'avant propos de la reproduction de l'édition de « l'Hydrographie », Grenoble, 1973, in-4°; Frank Lestringant, « Les cosmographes du roi: André Thevet et Nicolas de Nicolay » et Michèle Polak, « Les livres de marine français au XVIe siècle » dans « La France et la Mer au siècle des grandes découvertes », Paris, Tallandier, 1993, in-8°).

Georges Fournier était le fils d'un professeur de droit à l'université de Caen. Il fut élève au collège du Mont à Caen, fit sa philosophie chez les jésuites à La Flèche, et son droit à Caen. Novice chez les jésuites de Tournai en 1617, étudiant en leur collège de Lille, il devint régent de grammaire à Eu de 1620 à 1624. Après des études en théologie à La Flèche et à Bourges, poussées jusqu'en 1627, il devint régent à Rouen, puis professeur de mathématiques à La Flèche de 1629 à 1640. Attaché en 1633 au service d'Henri d'Escoubleau de Sourdis, il fut l'un des premiers jésuites à s'être intéressé à la formation des officiers de marine. Il enseigna les mathématiques à Dieppe et y devint aumônier de la marine royale. Il fit campagne avec Sourdis sur le « Corail » et le « Saint-Louis » contre les espagnols (Fontarabie en 1638 et en Méditerranée en 1640/1641). Professeur de mathématiques à Hesdin de 1640 à 1642, il fut atteint par la disgrâce de son protecteur Sourdis en 1641 et se consacra à La Flèche à ses travaux scientifiques. Après la publication, en 1643, de son « Hydrographie », il travailla, au collège parisien de Clermont, avec Boulliau (1605-1694). Il se livra alors à des études de géographie, d'astronomie, d'hydrographie, s'intéressa aux vents et marées, à la navigation, aux ports, à la pêche, au commerce maritime, à la construction navale, à la conduite des officiers de vaisseau et à l'art de commander aux matelots. Il publia des « Commentaires géographiques » en 1643, un « Traité de la sphère » la même année et un ouvrage sur la « Dévolution des gens de mer ». Ses livres de géométrie euclidienne parus à Paris en 1644 et 1654 furent traduits en Angleterre où ils donnèrent lieu à trois éditions successives.

Préfet des études au collège de Caen de 1645 à 1646, puis attaché au collège d'Orléans de 1648 à 1649, Fournier publia encore une description géographique des rivages, à Paris, en 1648 et 1651, en deux volumes, et un « Traité des fortifications ou architecture militaire », à Paris, en 1649, traduit en plusieurs langues.

Rentré au collège de La Flèche, Fournier y mourut à 57 ans en 1652. Sa « Nouvelle description de l'Asie », réalisée en collaboration avec plusieurs missionnaires, ne fut éditée qu'en 1656.

(Réf: Michel Vergé-Franceschi, « Marine et éducation sous l'Ancien Régime », Paris, 1991, in-8°).