GRENIER (Jacques-Raymond, vicomte de)

(Saint-Pierre [Martinique] 28.06.1736 - Paris janvier 1803)

L'ART DE LA GUERRE SUR MER ou tactique navale, assujetie à de nouveaux principes et à un nouvel ordre de bataille. De l'Imprimerie de Didot l'Aîné. A Paris, Chez Didot fils Aîné, Jombert jeune, rue Dauphine, 1787. Grand in-4°, demi veau, papier marbré sur les plats, dos à 5 nerfs orné avec titre. Reliure du début du XIXe siècle.

2 ff.n.ch. (Faux titre et Titre), 54 pp., 1 f.n.ch. (Approbation et Privilège) et 19 figures sur 9 planches dépliantes hors texte.

Référence Polak:     4098

Le traité de tactique de Grenier inaugure en France l'exposé des idées nouvelles en matière de tactique navale qui seront largement plus développées et mise en application en Angleterre avec Jean Clerk (voir cet auteur).

Grenier se sépare franchement de Hoste et de Bigot de Morogues (voir ces auteurs). Il critique la ligne de bataille intangible usitée depuis le début du XVIIIe siècle, montre qu'elle ne signifie rien en elle même et qu'en l'envisageant comme une panacée on n'aboutit qu'à démoraliser le commandement quand elle vient à être rompue pour une cause fortuite. Il en donne comme preuve la bataille des Saintes (1782). Il reproche à cette ligne son caractère défensif, la paralysie dont elle accable l'armée, l'impossibilité qu'elle amène d'attaquer avec vigueur, le combat indécis auquel elle conduit. Enfin, Grenier dégage quelques principes d'économie des forces, perdus de vue depuis plus de cent ans (les méthodes de Suffren exceptées), qu'il déclare vouloir mettre en pratique.

(Réf: Amiral Castex: « La liaison des armes sur mer », Paris, 1991, in-8°).

Grenier est né à Saint-Pierre à la Martinique en 1736. Entré aux gardes de la Marine en décembre 1755, il servit en 1756 sur le « Hardi » à la Martinique, participa au retour à plusieurs combats et passa sur le « Dragon » à la bataille des Cardinaux (20 novembre 1759). Sur « l'Hébé » en 1761, il rallia la Martinique où il commanda la corvette le « Téméraire » avec laquelle il livra combat à une frégate anglaise. Enseigne de vaisseau en janvier 1762, il participa sur la « Biche » en 1765 à l'expédition de Larache. Nommé en août 1767 commandant de « l'Heure du Berger », il fit une longue campagne dans l'océan Indien, explora les îles Seychelles et reconnut, de concert avec l'abbé Rochon, une nouvelle route entre l'île de France et les Indes. Il rectifia les erreurs de d'Après de Mannevillette et ses travaux rendirent les plus grands services à Suffren lors de la campagne de 1781-1782. La publication en 1770 du récit de cette campagne provoqua une polémique avec Rochon mais les Académies des sciences et de marine donnèrent raison à Grenier dont les conclusions furent confirmées par Kerguelen (1771-1772). Lieutenant de vaisseau en mars 1772, il fit de 1772 à 1776 une nouvelle campagne dans l'océan Indien sur la « Belle Poule ». Ses travaux scientifiques, qui lui avaient donné accès à l'Académie de marine, lui valurent, en septembre 1776, une pension du Roi. Embarqué en 178 sur le « Sphinx », il prit part à la bataille d'Ouessant. Commandant la « Boudeuse », il rallia l'escadre d'Estaing aux Antilles, prit le 22 janvier 1779 la corvette anglaise « Weazle », se distingua à la prise de la Grenade et participa à l'expédition de Savannah (septembre 1779) puis assura en 1780 des missions d'escorte des convois aux Antilles. Capitaine de vaisseau en mai 1781, il servit sur la « Bretagne » puis fut affecté à l'intendance de l'escadre de Guichen. Chef de division en mai 1786, il quitta le service en avril 1789. Au moment de sa mort, en janvier 1803, il travaillait sur un ouvrage sur les vents et les courants marins.

(Réf: Etienne Taillemite, « Dictionnaire des Marins français », Paris, 1982, in-4°).