HOSTE (Paul)

(Pont-de-Veyle [Ain] 19.05.1652 - Toulon 23.02.1700)

L'ART DES ARMEES NAVALES, ou Traité des évolutions navales qui contient des regles utiles aux Officiers Généraux & Particuliers d'une Armée Navale; avec des exemples tirez de ce qui s'est passé de plus considérable sur la mer depuis cinquante ans. Enrichi de figures en taille douce. A Lyon, chez les frères Bruyset, rue Merciere, au Soleil. 1727. Suivi de:

THEORIE DE LA CONSTRUCTION DES VAISSEAUX, qui contient plusieurs traitez de Mathématique sur des matières nouvelles & curieuses. A Lyon, Chez Anisson, & Posuel, 1697.

Deux parties reliées en un volume in-folio, veau, dos à 6 nerfs, orné, pièce de titre marron, tranches rouges. Reliure de l'époque.

Ex-libris en parti effacé « Jean Magrin, capitaine au long cours » sur une dés pages de garde, signature manuscrite sur les pages de faux titre et de titre.

- Édition originale parue à Lyon, Anisson et Posuel, 1697, in-folio, 6 ff.n.ch., 424 pp. et 134 figures; 6 ff.n.ch., 172 pp., 2 ff.n.ch. et 11 planches dépliantes.

- Éditions étrangères:

Référence polak:     4512

Cet ouvrage (édition de 1697) est également consultable en ligne depuis le site de l'European Cultural Heritage Online. Il suffit de cliquer ici.

L'exemplaire de « L'Art des armées navales » du père Hoste, que l'on trouve à la bibliothèque de l'Arsenal, aux sciences, Sous le numéro: 9086, porte en tête la note manuscrite suivante: « Il est singulier que le seul traité que nous ayons des évolutions navales et de l'art de faire manoeuvrer les vaisseaux de guerre soit d'un jésuite et encore plus que ce livre soit bon; mai il faut savoir: 1 ° que le père Hoste a passé la plus grande partie de sa vie avec des marins, ayant montré pendant bien des années les mathématiques aux gardes-marines de Toulon; 2° qu'il a fait douze campagne sur les vaisseaux du roy avec MM. les ducs de Mortemar, maréchaux d'Estrées et de Tourville et 3° enfin, qu'on prétend que le maréchal de Tourville même l'a aydé à composer ce livre cy. Si ce dernier fait est vray le scrupule de messieurs les marins doit être bien levé. (il parait que messieurs les marins avaient des scrupules). Il n'y a que cette édition de ce livre. Louis XIV en fut si content, qu' il accorda une pension à l'auteur qui était né à Pont-de-Vesle en Bresse, en 1652, et est mort à Toulon en 1700. Le traité de la construction des vaisseaux (du même auteur) est inférieur à celuy des évolutions navales; du moins est-il bien moins utile à présent, la théorie et la pratique de cette science estant bien perfectionnée ».

Cette curieuse note manuscrite est antérieure à 1727, date à laquelle eut lieu la réédition de l'ouvrage. La « théorie de la construction des vaisseaux » provoqua des frictions entre le père Hoste et Tourville qui se trouvèrent en désaccord sur de nombreux points. En effet, Hoste connaissait toutes les imperfections des méthodes de son temps et il se rendait bien compte qu'il ne suffisait pas de fixer les règles ordinaires ou les exprimer géométriquement, comme le faisait Renau d'Eliçagaray, puisqu'on en changeait nullement la nature. Les deux adversaires, ne pouvant s'entendre, convinrent de faire construire chacun une frégate ayant même longueur, même largeur et même creux, les autres proportions étant laissées à leurs appréciations. Le résultat de cette lutte fut défavorable au père Hoste. Manquant d'expérience, abandonné à ses propres moyens et privé de bons conseils, il avait contre lui les constructeurs eux même qui craignaient qu'il n'eût l'avantage dans sa recherche du perfectionnement de la construction navale. Son navire à fond plat avait peu de tirant d'eau et montrait donc, entre autres inconvénients, trop de facilité à dévier dans les routes obliques. Hoste s'empressa de reconnaître la suprématie de Tourville mais Bouguer admit loyalement qu'il avait « plus de vrai gloire à échouer comme il le faisait qu'à réussir comme son concurent » et qu'on célébra trop haut la victoire de Tourville.

Paul Hoste fut admis, à 17 ans, dans la Compagnie de Jésus, et enseigna d'abord les mathématiques dans plusieurs collèges de son ordre. Ses goûts l'ayant porté à l'étude spéciale des sciences appliquées à la navigation, il obtint, par l'entreprise du duc de Mortemart, d'être nommé chapelain des maréchaux d'Estrées et Tourville qu'il suivit, pendant 12 ans, dans leurs diverses expéditions, participant notamment sur le vaisseau « Soleil Royal » à la bataille de La Hougue en 1692.

En 1685, Seignelay décida de confier l'instruction théorique des gardes de la marine aux Jésuites. Ils devaient leur enseigner les mathématiques, l'hydrographie, sciences nobles, mais aussi « les devoirs d'un bon chrétien » pour « inciter les jeunes gens à fréquenter les sacrements et bannir d'entre eux les jurements peu honnêtes ». Particulièrement versé dans les sciences, savant en hydrographie et assez habile en matière de construction navale, Hoste, auteur de plans de vaisseaux, fut pourvu de l'emploi de professeur de mathématiques au collège royal de la marine de Toulon qui était également le séminaire des aumôniers de la marine fondé en 1687. Hoste fut l'auteur de nombreux autres ouvrages dont un « Recueil des traités de mathématiques... », Paris, 1692, en 3 volumes. Le Roi accepta que le père Hoste lui dédicace ses derniers ouvrages et lui offrit un présent en remerciement de son oeuvre, avec une pension. Il mourut à Toulon, le 23 février 1700, à l'âge de 48 ans.

Ce fut, après le père Fournier, le Jésuite qui prit une part importante dans l'enseignement maritime.

(Réf: Michel Vergé-Franceschi, « Marine et éducation sous l'Ancien Régime », Paris, 1991, in-8°).