KERGUELEN de TREMAREC (Yves-Joseph de)

(Trémarec [Finistère] 13.02.1734 - Paris 03.05.1797)

RELATION des combats et des évènements de la guerre maritime de 1778 entre la France et l'Angleterre, mêlée de réflexions sur les manoeuvres des généraux; précédée d'une adresse aux marins, sur la disposition des vaisseaux pour le combat; et terminée par un précis de la guerre présente, des causes de la destruction de la Marine, et des moyens de la rétablir. S.l. (Paris), Imprimerie de Patris, 1796, in-8°, demi-veau, plats recouverts de papier rayé bleu et rose, coins en vélin. Dos lisse, orné, pièce de titre marron. (Reliure d'époque).

1 f.n.ch., 403 pp.

La page de faux titre porte la mention: « Histoire des évènements des guerres maritimes entre la France et l'Angleterre, depuis 1778 jusqu'en 1796, an 4 de la République ».

Ex-Libris manuscrit sur la page de titre : « R.G.C. Moysset ».

- Edition originale.

- Autre édition:

(Réf: Jean Polak: « Bibliographie maritime française », Grenoble, 1976, in-4°).

Référence Polak:     4855

Mis à la retraite en avril 1796, Kerguelen mit à profit son temps libre pour rassembler les notes qu'il avait prises dès 1779 et qu' il avait complétées pendant son court passage au ministère de la Marine en 1793. De ces écrits, il publia cet ouvrage considéré comme trop sommaire, mais généralement exact et impartial. Présenté au consul des Cinq-Cents, cet ouvrage rappela l’attention sur son auteur qui aurait peut-être pu être appelé au ministère de la Marine quand il mourut en 1797 à la suite d'une courte maladie.

(réf: Levot et Doneaud, « Les gloires maritimes de la France », Paris, 1866, in-8°).

D'une noble et ancienne famille de Bretagne, Yves-Joseph de Kerguelen de Trémarec entra dans les gardes de la marine en 1750, et, malgré l'infériorité de sa position, fut adjoint, quatre ans plus tard, à trois membres de l'Académie de marine pour lever le plan des côtes de Brest. Il servit également sur le « Protée », le « Tigre » et « l'Algonkin » avec lesquels il effectua une campagne au Canada puis sur « l'Héroïne » au cap vert. Enseigne de vaisseau et académicien de la marine en 1755, il embarqua sur « l'Emeraude » envoyée aux Antilles dans l'escadre de Perier de Salvert. Après un bref séjour à Dunkerque en 1758, il embarqua l'année suivante sur le « Courageux » dans l'escadre de Bompard à la Martinique et à Saint-Domingue. Rentré à Brest, il reçut en février 1761 le commandement du « Sage » armé en course avec lequel il fit une campagne aux Antilles et dans l'Atlantique nord. L'année suivante, il commanda à Dunkerque un groupe de frégate et de bâtiments légers. Lieutenant de vaisseau en juin 1763, il fit des travaux d'hydrographie en Bretagne puis s'intéressa à la construction navale et fit construire une corvette-canonnière d'un type nouveau: la « Lunette » (1766) portant 4 canons de 24, ayant un faible tirant d'eau, allant à la rame comme à la voile, et propre, par sa forme combinée avec ses dimensions, à opérer une descente. En 1767, il reçut le commandement de la « Folle » chargée d'aller protéger les pêcheurs français sur les côtes d'Islande. En mission en Angleterre en 1768, il commanda la même année « l'Hirondelle » pour une nouvelle campagne en Islande. En 1769, il commanda « l'Aberwrach » en mission sur les côtes de Bretagne pour l'instruction des pilotes. Kerguelen soumit en 1770 au ministre de la marine un projet de voyage aux terres australes dont on croyait que Gonneville n'avait découvert en 1504 qu'un des points avancés. La crainte d'une rupture avec l'Angleterre fit ajourner cette entreprise jusqu'en 1771. Le 1er mai de cette année là, il partit de Lorient pour l'océan Indien sur le « Barryer » et arriva en août à l'île de France. Avec les flûtes la « Fortune » et le « Gros ventre », il vérifia la nouvelle route des Indes découverte par Grenier puis descendit vers le sud. Le 14 février 1772, Kerguelen aperçut les terres australes, mais à cause d'une brume épaisse accompagnée de neige et de temps à grains, il ne put procéder qu'à une prise de possession rapide et ne faire qu'une reconnaissance très incomplète de la nouvelle terre. Rentré à Brest en juillet 1772, il fut nommé, en récompense, chevalier de Saint-Louis et capitaine de vaisseau, ce qui le rendit un objet d'envie de la part de ses camarades, la plupart ses anciens.

Il repartit en mai 1773 avec le « Roland » et « l'Oiseau » revoir sa découverte à laquelle il donna son nom, et dont il confirma la prise de possession au nom de Louis XV. C'est cette même île, qui, revue en 1779 par Cook, a été appelée par lui « île de la Désolation ». Au lieu de poursuivre sa découverte, Kerguelen alla à Madagascar où, dans la baie d'Antongil, il aida l'aventurier hongrois Beniowski à incendier plusieurs villages. Revenu à Brest en septembre 1774, il fut accusé de commerce frauduleux et d'embarquement clandestin d'une jeune fille à son bord. Condamné en mai 1775 à être rayé du corps, il fut emprisonné à Saumur. Pendant sa captivité, il rédigea la relation de ses deux derniers voyages, publiée en 1782 et saisie en mai 1783 par ordre du roi. Il fut libéré en août 1778 et arma aussitôt la « Comtesse de Brionne » à Rochefort avec laquelle il fit la course en mer du Nord. En juillet 1781, il arma le « Liber Navigator » en vue de faire un nouveau voyage d'exploration, mais fut pris par les anglais au large de Paimbœuf le lendemain de sa sortie. Rallié aux idées nouvelles de la Révolution, engagé dans la garde nationale de Quimper en 1790, Kerguelen adressait aux représentants du peuple et au Comité de Salut Public, mémoires sur mémoires pour essayer d'obtenir sa réintégration dans la marine.

Il y parvint en 1793, et fut même pourvu, le 11 mai de cette année, du brevet de contre-amiral commandant une division dans l'escadre de Morard de Galles, mais, ayant voulu donner sur l'affaire de Quiberon des détails qui étaient en désaccord avec le rapport officiel de Jean Bon Saint-André, on profita d'une révolte qui éclata sur les bâtiments de la flotte, le sien compris, pour le destituer une nouvelle fois et l'arrêter en août 1794. A force de soumissions et de flagorneries, il parvint néanmoins à être libéré en décembre 1794 puis à être réintégré dans son grade et nommé sur le « Redoutable » faisant partie de la flotte de Villaret-Joyeuse avec laquelle il prit part au combat de Groix (22-26 juin 1795). Mis à la retraite en avril 1796, il se consacra à la rédaction de sa « Relation des combats... » avant de mourir, peu après, des suites d'une courte maladie, le 3 mai 1797.