LA CONDAMINE (Charles Marie)

(Paris 28.01.1701 - Paris 04.02.1774)

JOURNAL DU VOYAGE FAIT PAR ORDRE DU ROI, à l'Equateur, servant d'introduction historique à la mesure des trois premiers degrés du méridien. A Paris, de l'Imprimerie Royale, 1751. ln-4°, veau marbré, dos à 5 nerfs, orné, pièce de titre marron, tranches rouges. Reliure de l'époque.

1 f.n.ch. (titre), XXXVI pp. (Préface; Sommaire des années comprises dans l'Introduction historique; Fautes à corriger dans l'Introduction historique), 280 pp., XV PP. (Table des matières), 6 planches dont 5 dépliantes plus 1 tableau dépliant.

La carte des routes maritimes suivies durant l'expédition et celle de la province de Quito ont été dessinées par d'Anville.

Ex-libris manuscrit et cachet sur la page de titre de Louis-Marie-Joseph, comte de CAFFARELLI du FALGA (voir sa biographie plus loin dans les commentaires) avec mention manuscrite: « Caffarelli, Enseigne de Vaisseau, 1784, à l'Orient, 13 livres 10 sous ».

Référence Polak:     4979

La question de la figure de la Terre fut l'une des controverses scientifiques les plus passionnées et ayant eu le plus grand retentissement dans la Société au cours du XVIIIe siècle.

Au printemps 1733, Louis XV ordonnait au géographe Cassini II de faire lever des cartes géographiques du Royaume en vue d'améliorer les voix de communications fluviales et terrestres. Les scientifiques se mirent aussitôt au travail en s'entendant, pour cette entreprise qui dura 11 ans, de se baser pour les coordonnées géographiques, sur le méridien de Paris et sa perpendiculaire. Ce parti ranima les vieilles controverses demeurées latentes parmi les savants au sujet de la « figure de la terre ». En 1687, Newton avait démontré que celle-ci était un sphéroïde aplati aux deux pôles. Loin d'être unanimement acceptée, cette vérité ouvrit un long débat où Cassini en était arrivé, à partir de données empiriques de l'astronomie pratique et de la géographie, à affirmer que la terre était oblongue, aplatie à l'équateur. La discussion était importante, sa conclusion entraînait des conséquences majeures sur la géographie et la navigation. Pour en sortir, à la fin 1733, Godin, astronome à l'Observatoire de Paris, reprenant une idée de La Condamine, suggéra à l'Académie des Sciences l'envoi d'une expédition qui opérerait dans les terres américaines proches de l'équateur la mesure d'une portion d'un de grand cercle (3 degrés de méridien à partir de Quito au Pérou). Proposition, bientôt suivie d'une autre de Maupertuis, newtonien convaincu, en faveur d'une entreprise analogue vers le pôle Nord. L'Académie acquiesça à ces deux projets, que Louis XV agréa et que Maurepas eut à mettre en oeuvre, en sa qualité de secrétaire d'État chargé à la fois des Académies et de la Marine.

L'expédition envoyée au Pérou sous la direction de La Condamine leva l'ancre à La Rochelle en mai 1735 et fit usage en route pour le calcul de la latitude du « nouveau quartier anglais » (l'octant, apparu en 1731). Les travaux de La Condamine et de ses compagnons - le botaniste Joseph de Jussieu, les astronomes Pierre Bouguer et Louis Godin, l'ingénieur de la marine Vergui, des dessinateurs et un horloger mécanicien chargé de surveiller et régler les instruments- furent ralentis par des confrontations personnelles, par des tracasseries de l'administration coloniale espagnole, par les difficultés du terrain et du climat et par l'ampleur de la tâche. La Condamine ne rentra à Paris qu'en janvier 1745, précédé par Bouguer qui lui disputa la propriété des découvertes. Celles-ci, outre une nouvelle confirmation expérimentale de la thèse newtonienne sur la forme de la terre, étaient nombreuses et de qualité, concernant la botanique, la géographie, la médecine, le génie rural et civil, la cartographie, l'anthropologie, l'administration coloniale: les herborisations de Jussieu firent connaître le quinquina, La Condamine avait effectué la première reconnaissance scientifique du bassin de l'Amazone et dressé la carte de la province de Quito, il rapportait de précieuses indications sur l'inoculation et il introduisait en Europe un produit que lui avaient révélé des indiens et un missionnaire et qui n'était autre que le caoutchouc. D'autres travaux furent effectués touchant la variation de la réfraction astronomique avec l'altitude, l'attraction du fil à plomb par les masses montagneuses, la vitesse du son variant avec la température. . .

L'expédition de La Condamine devint un modèle pour toutes les entreprises ultérieures du même genre et fut à l'origine de nombreuses publication. Pierre Bouguer qui était revenu en France huit mois avant La Condamine, avait lu, dès le mois de novembre 1744, dans une assemblée publique de l'Académie des Sciences, une relation abrégée des opérations faites dans la province de Quito. Elle mettait un terme définitif à la question de la forme de la terre et La Condamine ne crut pas nécessaire d'en reparler dans son ouvrage « Relation abrégée d'un voyage... », Paris 1745, in-8° (voir ce livre) dans lequel il ne faisait qu'une relation succincte de son retour par la rivière des Amazones. Sur requête du Roi, le comte de Maurepas demanda un peu plus tard aux participants de cette expédition de rédiger un ouvrage commun relatant les détails du voyage qui devait être englober dans les Mémoires de l'Académie. La chose tarda à se concrétiser du fait des mauvaises relations existantes entre La Condamine et Bouguer. Ce dernier publia, seul, son ouvrage « La figure de la terre », Paris, 1749, in-4° (voir ce livre). La Condamine, libéré de la contrainte d'écrire une oeuvre commune, publia à son tour cet ouvrage qui est la première partie d'un ensemble de trois volumes in-4 ° édités de 1751 à 1754.

Le premier étant le journal du voyage décrit ici. Le second volume porte le titre: « Mesure des trois premiers degrés du méridien dans l'hémisphère austral, Tirée des Observations de Mrs de l'Académie Royale des Sciences, Envoyés par le Roi sous l'Equateur. Paris, Imprimerie Royale, 1751. ln-4° de 6ff.n.ch., 266 pp. ch., X, VIII et 3 planches dépl.h.t.

En 1752 La Condamine publia l'ouvrage: « Supplément au Journal Historique du Voyage à l'Equateur, & au Livre de la Mesure des trois premiers degrés du Méridien: servant de réponse à quelques objections ». Paris, Durant & Pissot, 1752. In-4°, 52 pp. plus l'Avertissement qui faisait suite à la brochure de Bouguer: « Justification des Mémoires de l'Académie des Sciences de 1744 & du Livre de la Figure de la Terre... », imprimé la même année (voir cet ouvrage). La polémique entre Bouguer et La Condamine se poursuivit puisque ce dernier publiait 2 ans plus tard un « Supplément au Journal Historique du Voyage à l'Equateur, et au Livre de la Mesure des trois premiers degrés du Méridien. Pour servir de réponse aux objections de M. B., Par M. de La Condamine, Seconde Partie », A Paris, chez Durand & Pissot, 1754, in-4°, 222 pp. plus un Avertissement, des pièces justificatives et une table. Bouguer ne pouvait faire autrement que de répondre et publia alors une « Lettre à M*** dans laquelle on discute divers points d'Astronomie pratique, et où l'on fait quelques remarques sur le Supplément au Journal Historique du Voyage à l'Equateur de M. de la C., Par M. Bouguer », A Paris, chez Guérin, 1754, in-4°, 51 pp. à laquelle La Condamine répliqua par une « Réponse de M.*** à la lettre de M. Bouguer ».

La relation de La Condamine, écrite avec plus d'élégance que celle de Bouguer et semée de traits piquants, assura à Son auteur un plus grand succès que n'eut son rival avec « La figure de la terre ». Dès lors, Bouguer regarda à tort La Condamine comme son ennemi personnel et prétendit faussement qu'il s'appropriait toutes ses découvertes.

Voir aussi l'ouvrage de Maupertuis: « La Figure de la Terre... » et les commentaires qui l'accompagnent au sujet des réactions et des polémiques qui firent suite aux voyages destinés à définir la figure de la terre.

Louis-Marie-Joseph, comte de CAFFARELLI du FALGA (Le Falga [Haute Garonne] 21.02.1760 - ? 14.08.1845), d'origine romaine, entra au service comme cadet au régiment de Bretagne-infanterie mais passa presque aussitôt aux gardes de la Marine. Enseigne de vaisseau en mai 1781 au quartier de Toulon, il participa aux combats de Tobago, de la Chesapeake, de Saint-Christophe et des Saintes (1780-1782). Lieutenant de vaisseau en mai 1786, il dut quitter la Marine pour raison de santé et fit campagne en 1793-1794 à l'armée des Pyrenées orientales. Nommé conseiller d'Etat en 1799, il fut l'année suivante le premier préfet de Brest et réorganisa complètement l'arsenal et les services. Comte de l'Empire en 1810, il mit sur pied les écoles navales embarquées à Brest et à Toulon en 1811, révisa le service de l'inscription maritime et dirigea le service des approvisionnements de la flotte. Nommé commissaire extraordinaire à Toulouse en 1814, pair de France pendant les Cent-Jours, il quitta la vie publique en 1815. (Réf: Etienne Taillemite, "Dictionnaire des marins français", Paris, Tallandier, 2002).

Charles-Marie de La Condamine commença ses études au lycée Louis le Grand avant d'entamer une carrière militaire qui ne dura que quelques années pour se consacrer à l'étude des sciences physiques et naturelles. En 1730, il entra à l'Académie des sciences en qualité d'adjoint chimiste et avait alors déjà goûté à de nombreuses disciplines scientifiques. Attiré par les voyages, il participa dès l'année suivante à un voyage de Duguay-Trouin durant lequel il navigua en Méditerranée et sur les côtes d'Afrique et d'Asie Mineure, rapportant pour l'Académie des sciences une moisson d'observations scientifiques. De retour en France, il fut chargé en 1735 par l'Académie des Sciences de conduire avec Pierre Bouguer et Godin une expédition scientifique au Pérou dont le but était de mesurer sous la ligne de l'équateur un degré du méridien et un degré de l'équateur. La mesure géométrique de l'arc du méridien fut terminée en août 1739 puis commença la mesure astronomique de ce même arc qui fut effectué en 1740. C'est durant cette opération que débuta entre La Condamine et Bouguer un conflit de paternité sur la découverte et l'explication d'une erreur de mesure de l'arc de méridien. La Condamine quitta le Pérou le 11 mai 1743, après 8 ans de travaux, mais au lieu de revenir directement en France, il choisit de passer par la rivière des Amazones d'où il rapporta le caoutchouc. Il fit quelques observations astronomiques à Cayenne avant de regagner la France en 1744. La Condamine se consacra ensuite à ses observations et découvertes sur l'inoculation de la petite vérole. Son premier mémoire en la matière date de 1754 et c'est en 1755 que M. Tenon, de l'Académie des sciences, eut le courage de faire, en France, les premières inoculations. En 1757, il fit un voyage en Italie à la suite duquel il fit un mémoire sur les mesures des anciens en s'efforçant d'en déterminer exactement les valeurs en se basant sur l'intuition selon laquelle les principaux édifices anciens avaient dû contenir un nombre rond de mesures de l'époque. Peu après un autre voyage effectué en Angleterre en 1763, il commença à ressentir une insensibilité croissante de l'extrémité de ses membres. Cette paralysie l'empêcha de poursuivre ses observations scientifiques et il se consacra alors à la poésie et à la lecture. Il mourut des suites d'une opération audacieuse qu'il avait voulu faire tenter sur lui-même. Il avait été élu à l'Académie française en 1760.

Par ses écrits, La Condamine contribua beaucoup à répandre la pratique de l'inoculation de la petite vérole. Il a publié à cet effet un ouvrage ayant pour titre: « Histoire de l'inoculation de la petite vérol... », Amsterdam, par la Société Typographique (Avignon), 1773, 2 parties en 1 vol. in-12°.