LA COUDRENIERE

ETABLISSEMENTS propres à rendre la marine de France la plus formidable de l'europe sans qu'il en coute rien à Sa Majesté. Par M. de la Coudreniere. Manuscrit du XVIIIe siècle, petit in-folio, demi-maroquin rouge à grain long, papier marbré sur les plats, dos lisse, orné, avec titre en long. Reliure moderne signée "C. Honnelaîtrs".

4 pp. manuscrites n.ch.

Vignette ex-libris au dos du premier plat: « Des archives de Michel Adanson naturaliste français Collaborateur de l'Encyclopédie Membre de l'Académie des Sciences Membre de l'Institut 1727-1806 ».

Voici le texte intégral de ce manuscrit:

«  La France possède plusieurs grandes villes maritimes dont chacune serait capable d'équiper des flottes considérables si l'on tirait tout le parti possible de leurs richesses. Cependant ces mêmes villes ont, en temps de guerre, leur port bloqué par une ou deux frégates. Les Corsaires que l'on y arme vont seuls à l'aventure et selon les caprices du Capitaine aussi le plus grand nombre devient-il une proie assurée pour l'ennemi.

Pour remédier à ces abus et donner à la marine de France des forces analogues à la puissance de la royauté; il faudrait que dans les places où l'on pourrait armer en guerre, ceux d'entre les négociants armateurs qui auraient le plus de crédit et le plus de lumière s'assemblassent en corps et formassent une chambre de marine à la quelle ils puissent associer d'autres personnes notables qui seraient bons géographes et bons politiques. Voici les observations qu'il conviendrait d'observer dans la création de ces nouveaux corps.

1.       Ces Chambres de marine obtiendraient de Sa Majesté le droit exclusif d'armer en guerre, et de fixer, d'après ses ordres, la destination de ces armements.

2.       Des personnes de tout pays, état et condition pourraient s'intéresser au bénéfice qui reviendrait de ces expéditions en fournissant des fonds à la Chambre de marine d'une des places maritimes du Royaume.

3.       Les mises seraient réduites en actions et les intéressés seraient libres de retirer leurs mises après la guerre finie.

4.       Il conviendrait pour de bonnes raisons que le Roy fut le principal intéressé dans ces armements et pour cet effet Sa Majesté céderait aux chambres de marine, ses vaisseaux, ses ports et ses magasins, ce qui ferait une mise considérable.

5.       Les Chambres de marine entreraient dans tous les détails et étudieraient les moindres particularités capables d'influer sur le bien-être de la marine et l'avantage du commerce.

6.       Ces Chambres s'occuperaient pendant la guerre à faire escorter les flottes de vaisseaux marchands, à faire croiser sur nos côtes, bloquer les ports de l'ennemi, courir sur la mer pour faire des prises &c.

7.       Lorsque Sa Majesté voudrait exécuter des opérations importantes, elle enverrait ses ordres à ces Chambres pour qu'elles agissent de concert.

8.       Chaque Chambre de marine aurait un délai d'un an après la guerre finie, pour rendre ses comptes et donner aux intéressés ce qui leur appartiendrait.

9.       Les petits vaisseaux, comme Corsaires et autres seraient vendus aux armateurs à la fin de la guerre et les gros vaisseaux resteraient aux intéressés.

10.   Les Chambres tireraient le meilleur parti possible des gros vaisseaux pendant la paix, soit en les frétant pour le service de Sa Majesté ou pour celui des étrangers, soit en les employant à établir des Colonies nouvelles sur lesquelles elles auraient des privilèges exclusifs pour les dépenses qu'elles y feraient.

12.   S'il s'agissait d'établir une grande île comme celle de Madagascar, Sa Majesté la diviserait en autant de portions qu'il y aurait de Chambres de marine en état de faire ces établissements. Leur rivalité les porterait à faire tous leurs efforts pour se distinguer dans ces entreprises. Elles s'observeraient réciproquement et parviendraient à lever tous les obstacles que l'on rencontre dans ces sortes d'établissements.

13.   Pour augmenter le commerce de l'inde et celui du Levant les Chambres de marine pourraient former des associations et employer leurs vaisseaux à faire ce commerce sans qu'elles puissent prétendre à aucun privilège exclusif.

Que de biens résulteraient de la création de ces nouveaux corps ! un seul port marchand pourrait posséder une marine considérable, les Chambres de marine seraient éclairées, les armateurs qui les composeraient, étant les plus riches, les plus instruits et ayant de grosses mises prendraient plus d'intérêt au succès des opérations. Ces Chambres auraient l'utilité d'une compagnie sans en avoir les abus. Ne faisant point de commerce particulier, leur rivalité ne produirait qu'une émulation qui exciterait l'industrie et les engagerait dans des entreprises de conséquence. L'intérêt particulier se trouverait lié avec l'honneur et l'intérêt général. L'argent ne manquerait point: une foule de préteurs s'empresseraient à porter à ces Chambres leurs richesses parce qu'elles seraient des débiteurs plus sûrs que des particuliers qui hasardent tout ce qu'ils ont dans le commerce. La marine de Sa Majesté formerait une grosse mise qui lui rapporterait de grands revenus, et toute la dépense qu'elle fait pour cette marine étant supprimée, il en résulterait une épargne considérable pour le trésor royal. La quantité de ces armements créerait un grand nombre de places que Sa Majesté ferait remplir par des gens de talents qui sont obligés présentement de rester dans l'oisiveté. Enfin l'on ne verrait plus ces discordes funestes entre la marine royale et la marine marchande, qui (2 mots illisibles) uni au succès des opérations. Mais le point le plus essentiel à considérer, c'est sans doute, de voir que par le moyen de ces Chambres, la France pourrait employer sur la mer toute la puissance dont elle est capable, ce qu'elle ne peut faire dans la forme actuelle de la marine. Le ministère se trouverait soulagé d'une infinité de petits détails. Il n'aurait qu'à diriger ces grands corps pour leur faire exécuter ses projets ».

Le 11e paragraphe, composé de 4 lignes de texte, a été raturé par l'auteur.