MAUPERTUIS (Pierre-Louis MOREAU de)

(Saint-Malo 28.09.1698 - Bâle 27.07.1759)

LA FIGURE DE LA TERRE, déterminée par les observations de Messieurs De Maupertuis, Clairaut, Camus, Le Monnier, de l'Académie Royale des Sciences, & de M. l'Abbé Outhier, Correspondant de la même Académie, Accompagnés de M. Celsius, Professeur d'Astronomie à Upsal, Faites par ordre du Roy au Cercle Polaire. A Paris, de l'Imprimerie Royale, 1738, in-8°, veau marbré, dos à 5 nerfs, orné, pièce de titre marron, tranches mouchetées. Reliure de l'époque.

XXIV pp. (Titre; Préface), 2 ff.n.ch. (Table des chapitres), 184 pp., 1 carte et 9 planches dépliantes h.t.

La carte de la région du cercle polaire où a été mesuré l'arc du Méridien a été gravée en 1736 par DELAHAYE.

- Edition originale.

- Autre édition:

- Edition étrangère:

(Réf: Catalogue de vente publique faite à Lyon le 03.12.1987; catalogue Sotheby's « Three-D » de décembre 1993; René Taton, « L'expédition Géodésique de Laponie (avril 1736-août 1737) » dans « La figure de la Terre du XVIIIe siècle à l'ère spatiale », Paris, 1988, in-8°; catalogue Thomas Scheler d'avril 1995, N° 93).

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Référence Polak:     6540

Cet ouvrage relate le fameux voyage en Laponie pour mesurer un degré de Méridien. Voir l'ouvrage de LA CONDAMINE: "Journal du voyage à l'Equateur" pour situer cette expédition dans son contexte scientifique et historique. L'abbé Outhier, compagnon de Maupertuis dans cette expédition, est lui même l'auteur d'un récit de ce voyage (voir cet ouvrage).

 La mission partit le 2 mai 1736 de Dunkerque et arrivait à Stockholm le 21 mai. Les observations débutèrent le 19 juillet dans la vallée du fleuve Tornea, orientée sensiblement Nord-Sud, au fond du golfe de Botnie, dans la mer Baltique. Elles étaient terminées en juin 1737. Après passage à Stockholm, les scientifiques se présentaient aux autorités à Paris le 21 août 1737. Rondement menée, la mission avait prouvé que la terre était bien un sphéroïde aplati aux pôles conformément aux idées de l'Anglais Newton et du Hollandais Huygens. Le 13 novembre 1737, Maupertuis en faisait à l'Académie Royale des Sciences, réunie en séance publique solennelle, le compte rendu triomphant.

 La préface de ce livre avait été lue à l'assemblée publique de l'Académie des Sciences le 16 avril 1738. L'ouvrage parut dans un climat agité, si l'on croit Voltaire qui écrivait à Formont le 23 décembre 1737: "Les esprits sont à Paris dans une petite guerre civile; les jansénistes attaquent les jésuites, les cassinistes s'élèvent contre Maupertuis et ne veulent pas que la terre soit plate aux pôles".

 Maupertuis envoya son livre à Voltaire qui lui répondit par un commentaire très élogieux, accompagné d'un poème (lettre de Voltaire du 22 mai 1738). Le jugement de Voltaire résume bien la situation sur l'appréciation de l'utilité du voyage: « Il me semble que votre préface est très adroite, qu'elle fait naître dans l'esprit du lecteur du respect pour l'importance de l'entreprise, qu'elle intéresse les navigateurs, à qui la figure de la terre était assez indifférente; qu'elle insinue sagement les erreurs des anciennes mesures, et l'infaillibilité des vôtres, qu'elle donne une impatience extrême de vous suivre en Laponie... ». N'oublions pas que Voltaire, en 1738, était très anxieux du succès de ses « Eléments de la philosophie de Newton ».

 C'est en juin 1738 que les « Mémoires de Trévoux » donnèrent un long extrait de ce livre (p. 1282-1307). Le journaliste reproduit de nombreux passages et ne formule aucun jugement dépréciatif, au contraire. En octobre 1739, le « Journal des Savants » en publia un extrait de plus de dix pages avec de très nombreuses citations (p. 588-601).

Maupertuis décrit bien le combat qu'il a dû mener et les causes de nature idéologique qui empêchaient certains savants français d'accepter les théories de Newton comme vraies:

« Nous trouvâmes donc en arrivant de grandes contradictions: Paris, dont les habitants ne sauraient sur rien demeurer dans l'indifférence, se divisa en deux partis: les uns prirent le nôtre, les autres crièrent qu'il y allait de l'honneur de la nation à ne pas laisser donner à la Terre une figure étrangère, une figure qui avait été imaginée par un Anglais ou un Hollandais. On chercha à répandre des doutes sur notre mesure: nous la soutînmes peut-être avec un peu trop d'ardeur; nous attaquâmes à notre tour les mesures qu'on avait faites en France: les disputes s'élevèrent, et des disputes naquirent bientôt des injustices et des inimitiés. Le Ministre, qui avait fait de grandes dépenses pour les mesures du méridien de la France, ne voulait croire ces mesures inutiles qu'à la dernière extrémité. Cependant ceux qui avaient anciennement mesuré le méridien de la France recommencèrent leur ouvrage en 1740 et trouvèrent que les degrés du méridien croissent à contre sens de ce qu'ils avaient trouvé autrefois; ce qui confirmait la plus grande longueur des degrés que nous avions observée vers le pôle.

Enfin deux des mathématiciens du Pérou revinent en 1744; et leurs mesures s'accordaient encore avec les nôtres: en sorte que toutes tendaient à prouver l'aplatissement de notre globe vers les pôles.

La figure de la Terre se trouva donc décidée par l'accord des opérations sous les trois zones: il n'y eut plus de diversité de sentiments que sur la part que chacun voulut y avoir. Revenus les premiers avec les premières mesures qui s'accordassent avec la figure que donnaient les lois de l'équilibre nous voulûmes avoir résolu le problème: ceux qui avaient réformé en France leur ancienne mesure voulurent partager l'honneur de la solution. Enfin les mathématiciens de l'équateur, par les obstacles qu'ils avaient eus à vaincre, par les soins qu'ils y avaient apportés, par le long temps qu'avait duré leur opération, prétendirent que la décision de la question était due à leurs travaux. Ils ne pouvaient guère en disputer l'honneur à ceux qui les avaient précédés: ils se disputèrent entre eux. L'un par la publication de l'ouvrage commun, prévint ses compagnons, et semblait s'approprier presque tout le mérite de l'opération; l'autre eut bien de la peine à se faire écouter, et ne parvint que tard à faire connaître la grande part qu'il y avait. Le dernier arrivé, sans montrer seulement à l'Académie ses observations, alla enrichir l'Espagne de ses connaissances et de ses talents ». (Maupertuis, Lettre sur la figure de la Terre, extrait, dans « Œuvre », II, 1756, pp. 264-266).

 En mai 1739, La Caille et Cassini de Thury entreprirent de nouvelles mesures du méridien en France sur une ligne rejoignant Dunkerque à Perpignan et trouvèrent des résulats qui confirmaient les observations de Maupertuis, en contradiction avec les premières mesures faites par Jacques Cassini au début du siècle qui avaient été à l'origine de ce vaste débat et de ces expéditions.

(Réf: Anne-Marie Chouillet, « Rôle de la presse périodique de langue française dans la diffusion des informations concernant les missions en Laponie ou sous l'équateur » dans: « La figure de la Terre du XVIIIe siècle à l'ère spatiale », Paris, 1988, in-8°).

Pierre-Louis Moreau de Maupertuis avait commencé une carrière militaire avant de s'adonner aux mathématiques. En 1736, il fut chargé par l'Académie des Sciences de diriger l'expédition mémorable envoyée en Laponie pour mesurer la longueur d'un arc de Méridien de 1 degré, afin de trancher entre diverses théories sur la forme de la Terre et de son aplatissement et cela en parallèle avec l'expédition de La Condamine et Bouguer qui étaient parti dès 1735 pour l'Amérique du Sud afin d'y effectuer le même travail aux environs de l'Équateur. Les résultats de ces opérations, qui furent exécutées avec le plus grand soin, furent favorables à la théorie Newtonienne de l'aplatissement de la Terre à chaque pôle, et Maupertuis regagna Paris en 1737. Il mit alors une verve étonnante à attaquer les mesures de la Terre faites avant les siennes, et devint membre de la Royal Society. En 1744, dans un mémoire intitulé « Accord des différentes lois de la nature qui avaient jusqu'ici paru incompatibles », il reprit la proposition de Fermat pour l'optique et énonça son fameux principe de moindre action: « Le chemin que tient la lumière est celui pour lequel la quantité d'action est moindre ». En 1746, il accepta avec empressement l'invitation du roi de Prusse qui, sur les conseils de Voltaire, lui confia la direction de l'Académie Royale de Prusse. Celle-ci connut alors une ère de prospérité inouïe, en même temps que l'influence française atteignait son apogée en Prusse. Mais à Berlin, Maupertuis se fit beaucoup d'ennemis; ce fut d'abord König, qu'il fit expulser de l'Académie pour avoir osé prétendre que le principe de moindre action était inexact et qu'en tout cas il appartenait à Leibniz. Ce fut ensuite Voltaire, qui sembla prendre le parti de König et qui écrivit à cette occasion son « Micromégas » et « La diatribe du docteur Akakia, médecin du Pape ». Atteint d'une grave maladie de poitrine, Maupertuis regagna la France en 1756, y languit quelques mois puis alla mourir à Bâle en 1759, chez les Bernouilli, qui lui avaient gardé une fidèle amitié. Il fut membre de l'Académie des Sciences depuis 1723 et membre de l'Académie française depuis 1743.