MILLET DESCHALES (Claude-François)

(1621 – 1678)

L'ART DE NAVIGUER démontré par principes & confirmé par plusieurs observations tirées de l'experience. A Paris, Chez Estienne Michallet, ruë Saint Jacques, à l'Image Saint Paul, proche la Fontaine Saint Severin. 1677, in-4°, veau, dos à 5 nerfs, orné, tranches mouchetées, armes au centre des plats. Reliure de l'époque.

10 ff.n.ch. (Titre; Epître dédicatoire à Monseigneur le Marquis de Seignelay, Secrétaire d'Etat; Avant-Propos; Table des chapitres; Extrait du privilège du Roy), 274 pp., 53 pp. (46 pp. de tables de navigation dont 16 pages, d'un format supérieur, sont repliées et 7 pages de table des matière), 1 planche dépliante hors texte (abaque).

Le nom de l'auteur figure à la fin de l'épître dédicatoire.

Très bel exemplaire aux armes de Henry Louis Habert de Montmort sur les deux plats (voir sa biographie plus bas).

Référence Polak:     6709

Selon Pierre BOUGUER, « Ce livre est un des meilleurs que nous ayons représentant l'état des connaissances que l'on avait alors; on peu seulement lui reprocher qu'il supposait au lecteur des connaissances dont quelques-unes devaient manquer ».

Le père Claude François Millet Deschales, avec l'autorité que lui conférait la qualité de professeur royal d'hydrographie à Marseille et sous l'inspiration des méthodes anglaises s'était élevé vigoureusement contre la méthode de navigation enseignée à Dieppe principalement par l'abbé Guillaume Denis et qui consistait à affirmer que l'on pouvait utiliser les variations du compas magnétique pour déterminer la longitude.

Contre les errements de cette méthode, Millet Deschales affirmait avec raison que « la déclinaison est changeante et différente en plusieurs endroits du même méridien » comme l'avait démontré en 1635 le professeur anglais, Henry Gellibrand et que corrobora, à la fin du dix-septième siècle, le célèbre astronome anglais Halley à la suite d'une longue croisière dans l' Atlantique.

(Réf: La Roncière, « Histoire de la Marine française », Paris, 1899-1932, 6 vol. in-8° ).

Henry-Louis HABERT DE MONTMORT (1604-1679) fut Conseiller au Parlement de Paris (1625), maître des requêtes (1632) et maître des requêtes honoraire (1670). Erudit, savant, polygraphe, ce magistrat employa sa grosse fortune à soutenir la vie intellectuelle du siècle. Il fut le centre d'un cercle qui, après l'Académie de Mersenne, devint la matrice de l'Académie des Sciences. C'est chez lui que se réunit la naissance de l'Académie Française dont il fut un des principaux membres fondateurs (1634). Il était entre autre l'ami de DESCARTES et de ROBERVAL et le protecteur du philosophe et savant Pierre GASSEND, dit l'abbé GASSENDI.

Son fils, Jean Louis HABERT de FARGIS de MONTMORT (1648-1720) fut intendant de la Marine au département du Havre (1684), intendant des galères de Marseille (1688), Conseiller d'honneur au Parlement d'Aix (1690), Maître des Requêtes (1699) et Intendant des armées navales (1710-1716). Le 16 janvier 1700, il épousa Gabrielle Nicole de La Reynie, fille du célèbre lieutenant général de police de Paris (1667) Nicolas de LA REYNIE.

(Réf: Michel Antoine, « Le gouvernement et l'administration sous Louis XV », Paris, 1978, in-8°; Gérard Escat dans « Dictionnaire du Grand Siècle », Paris, 1990, in-8°).

Le père Jésuite Claude-François Millet Deschalles avait publié dès 1674 à Lyon un ouvrage intitulé « Cursus mathématicus » qui lui attira l'intérêt de Colbert, alors à l'affût de quiconque pourrait servir de professeur pour les officiers de marine. C'est ainsi qu'il fut nommé « Proffeseur royal d'hydrographie » à Marseille où Colbert avait installé les gardes de l'étendard réal des galères, homologues des gardes de la marine sur les galères installés en ce port à partir de 1665.

Alors que le père Denis n'était que « maître d'hydrographie » à Dieppe en 1666, les jésuites, le père PoIla en 1672, le père Millet Deschalles à Marseille, sont « professeurs » ce qui, hiérarchiquement, les place au dessus des « maîtres » dans la marine royale. Le maître était considéré comme empirique, un homme de métier mais de routine. Le professeur était alors perçu comme un savant, un véritable homme de science. Alors que les dieppois publiaient essentiellement à Dieppe, les Jésuites dont les écrits furent imprimés à Paris ou à Lyon montrèrent qu'ils avaient une autre dimension. Avec le père Georges Fournier et le père Hoste, Millet Deschalles est un exemple parfait de ce qui fut, de 1685 à 1762/1763, le monopole des Jésuites sur l'instruction maritime dispensée aux gardes de la marine.

(Réf: Michel Vergé-Franceschi, « Marine et éducation sous l'Ancien Régime », Paris, 1991, in-8°).