MORIN (Jean-Baptiste)

(Villefranche en Beaujolais 23.02.1583 – Paris 06.11.1656)

LA SCIENCE DES LONGITUDES de Jean Baptiste Morin, Docteur en Medecine & Professeur du Royaux Mathématiques à Paris. Reduite en exacte et facile pratique par luy-mesme, sur le Globe Celeste; tant pour la Terre que pour la Mer: En faveur des Pilotes & Capitaines de Mer. Avec la censure de la nouvelle Théorie & Pratique du secret des Longitudes du Pere Leonard Duliris, Recollet.

A Monseigneur l'Eminentissime Cardinal Mazarin. A Paris, Aux dépens de l'Autheur, loge au faux-bourg S. Marcel, rue du Puits de Fer, près les Peres de la Doctrine Chrestienne; chez lequel le livre se vend: Ensemble chez Jacques Villery, Librairie du palais, en la Gallerie Dauphine, 1647. Est relié à la suite:

RESPONSE DE JEAN BAPT. MORIN Docteur en Medecine, et Professeur du Royaux Mathématiques à Paris: A l'Apologie scandaleuse du P. Leonard Duliris Recollect, touchant la Science des Longitudes; pour les navigations. A Paris, Aux despens de l'Autheur, logé au Faux-bourg S. Marcel, ruë du Puits de Fer, près les Peres de la Doctrine Chrestienne, chez lequel il se vend: Ensemble chez Jacques Villery Libraire au Palais en la Gallerie Dauphine: Et chez Jean le Brun au Globe Celeste, ruë Sainct Jacques. 1648. Est relié à la suite:

ADDITION D'IMPORTANCE du Sieur Jean Baptiste Morin, touchant l'ephemeride Maritime du P. Leonard Duliris Recollect, nouvellement mise en lumière. S.l.n.d.

Ensemble de 3 pièces reliées en 1 volume in-4°, veau marbré, dos à 5 nerfs, orné d'ancres de marine et de fleurs de lys, pièce de titre marron, tranches rouges. Reliure de l'époque.

4 ff.n.ch. (Titre; Epître dédicatoire à Monseigneur l'Eminentissime Cardinal Mazarin), 62 pp., 1 f.n.ch. blanc, + 88 pp. + 8 pp. et figures d.l.t.

Référence Polak:     6841

En 1634, Jean Baptiste Morin annonçait qu'il avait découvert le secret des longitudes. Astronome remarqué par son ardeur à s'opposer aux idées modernes (plus d'un siècle après Copernic, il voulait démontrer l'immobilité de la terre), il ne croyait pas aux horloges (qui n'en étaient qu'à leur balbutiement) pour déterminer la longitude. Il préconisait pour la calculer, l'usage de la lune.

Dès 1514, Johann Wermer avait pensé que la lune pouvait servir d'horloge pour déterminer la longitude en mesurant sa hauteur et sa distance angulaire qu'elle faisait avec des étoiles situées dans le voisinage de sa trajectoire tout au long de sa rotation de 30 jours environ. Mais à l'inverse de ses prédécesseurs comme Kepler, Longomontanus... qui ne pratiquaient cette méthode que dans certains cas particuliers permettant la simplification des calculs de parallaxe, Morin voulait des méthodes générales et précises par l'établissement de tables lunaires exactes donnant à l'avance les éphémérides de cet astre pour comparer le lieu précis de la lune de celui de son observateur, ce qui impliquait également la construction d'un instrument d'observation suffisamment précis. Pour répondre à ces deux problèmes qui ne furent résolus qu'au siècle suivant, Morin proposait la fondation d'un observatoire destiné à accumuler les observations de la lune et l'utilisation d'un quart de cercle lesté (pour le maintenir immobile à la mer) et muni d'une alidade (il fut le premier à observer des étoiles en plein jour). En fait, la méthode de Morin était, comme le disait Galilée: « vraie dans l'abstrait, impraticable dans le concret ».

En 1634, Morin présenta son projet à Richelieu. Les commissaires l'approuvèrent, puis se déjugèrent car Richelieu ne voulait pas s'engager sans garantie de succès. Morin s'adressa alors aux astronomes de renom dont il reçut des réponses tièdes sinon hostiles, qu'il travestit à son profit auprès de ses amis politiques (Nota 1). Richelieu mort, il finit par obtenir satisfaction de la part de Mazarin, à qui cet ouvrage est dédié, qui lui accorda en 1645 une gratification de 1.000 livres et une pension de 2.000 livres. Tombé dans l'oubli pendant plus d'un siècle, les travaux de Morin furent reconnus et plébiscités par PEZENAS, DELAMBRE et surtout FOUCHY, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences qui fit en 1783 l'éloge de sa « Science des longitudes », disant que Morin avait « ...complété et démontré le premier ce qui avait été dit avant lui... »

La « SCIENCE DES LONGITUDES » reprend la théorie de Morin de 1634 et démolit l'ouvrage du père Léonard Duliris, publié en 1647, qui s'appropriait la paternité de l'invention de Morin. Cette mise au point, loin de calmer la querelle, avait relancé les débats puisque Duliris publia peu après une apologie de sa théorie qualifiée par Morin dans sa "RESPONSE..." (reliée ici à la suite du premier ouvrage) de « ... pot pourri d'ignorance, de mensonges, de fourberies, d'injures, de brocards et de jactances insupportables... ».

Dans son livre douzième, chapitre XXI de l' « Hydrographie », traitant de la longitude, le père Fournier fait l'éloge de cet ouvrage. En parlant de l'usage de la lune dans le calcul des longitudes, il dit: « ...Monsieur Iean Baptiste Morin Beauiolois Doctoeur en Medecine, & Professeur Royal és Mathematiques, a si bien cultivé cette pensée qu'il se l'est renduë propre, & en a composé un livre que ie prise fort, pour quantité de tres-bonnes choses qui y sont, qu'il deduit fort clairement, & en bon ordre, qui avoient esté supposées des autres sans preuve, ou du moins sans explication suffisante, & pas un n'avoit dit comment il falloit remedier à plusieurs difficultez qui se rencontrent en cette practique comme il a fait en sa neufiesme, & dixiesme partie de l'ouvrage qu'il a fait sur ce sujet... ». Plus loin, il ajoute: « ... Ce n'est donc pas merveille si personne iusques à present n'a avancé aucune difference de Longitude observée par telle pratique n'ayant encore iamais esté bien deduitte iusques à Monsieur Morin qui sans doute y a apporté une extreme diligence, & a marqué exactement tout ce qu'il faudroit faire pour s'en servir à propos comme l'on peut voir en son livre de la science des Longitudes, ou par diverses propositions qu'il prouve tres-bien... ».

Nota 1: Ces lettres ont fait l'objet de la publication suivante: "Lettres Escrites au Sr Morin, Par les plus celebres Astronomes de France; approuvans son invention des Longitudes. Contre la dernière sentence renduë sur ce suject, par les sieurs Pascal, Mydorge, Beaugrand, Boulenger, & Herigone, Commissaires deputez pour en juger. Avec la Response dudit Sieur Morin au Sieur Herigone, touchant la nouvelle methode proposée par iceluy Herigone. A Monseigneur l'Eminentissime Cardinal Duc de Richelieu", A Paris, Chez ledit Sieur Morin, logé sur le Quay de l'Escole S. Germain, en la maison de M. Tournaire: Et chez le sieur Jean Libert rue S. Jean de Latran, 1635, 55pp., in-8°. Cet ouvrage est disponible sous format informatique ("pdf") depuis le site de la BnF. Il suffit de cliquer ici et de choisir ensuite l'option "Télécharger" ou de choisir le N° de la page à consulter:

Né à Villefranche-en-Beaujolais le 23 février 1583, Jean-Baptiste Morin fut un étrange personnage, astronome, médecin érudit, inventif mais d'un conservatisme agressif, mettant sa vie en jeu dans des duels se rapportant probablement à des aventures amoureuses, et dernier scientifique fervent d'astrologie (son « Astrologia gallica », posthume -1661-, n'est d'ailleurs pas tombé dans l'oubli). Morin étudia au collège de Villefranche; une « affaire » l'obligea à fuir en 1600. On le retrouve à Aix, où il est condisciple du philosophe et savant Pierre Gassend, dit l'abbé Gassendi (1592-1655), puis à Avignon où il est reçu docteur en médecine en 1613; il gagne alors Paris. En 1614 l'évêque de Boulogne se l'attache comme médecin et le fait s'initier à l'astrologie. Plus tard il est au service du duc de Luxembourg, à titre de médecin de 1621 à 1624 et d'astrologue jusqu'en 1629. Par ses horoscopes, il a gagné la faveur de la Cour, de Richelieu à Marie de Médicis; celle-ci intervient en 1629 pour lui faire obtenir la chaire de mathématique au collège royal (futur collège de France). Sa carrière de polémiste commence en 1624 lorsqu'il attaque des opposants à Aristote et à l'alchimie, tel Etienne de Claves dont les thèses venaient d'être interdites en Sorbonne; en 1638, il attaquera Descartes sur sa philosophie. Anti-copernicien, il s'en prend à Galilée; Gassendi (son ami) ayant publié en 1642 un ouvrage affirmant le mouvement de la Terre, il le critique sans ménagement; cette vaine contestation se développe jusqu'à la mort de Gassendi, que les astres lui avaient fait prédire cinq ans trop tôt. Plus positif est le combat que Morin soutint sur l'affaire des longitudes.

Il ne manquait pas de talent, mais ses choix philosophiques l'ont desservi dans ses orientations scientifiques. Il mourut à Paris le 6 novembre 1656.

(Réf: Solange Grillot, article « Morin » dans le « Dictionnaire du Grand Siècle », sous la direction de François Bluche, Paris, Fayard, 1990).