PEYSSONEL (Charles Claude de)

(Marseille 1727 - )

TRAITE SUR LE COMMERCE DE LA MER NOIRE. A Paris, Chez Cuchet, Libraire, rue & hôtel Serpente. 1787, 2 vol. in-8°, veau, décoration dorée encadrant les plats, dos lisses, orné, pièces de titre rouges et de tomaison noires, tranches vertes. Reliures de l'époque.

·         Vol. l : 3 ff.n.ch. (Faux titre; Titre; Epître à Monseigneur le Marquis de Castries), IV pp. (Avant-Propos), 340 pp.

·         Vol II: 2 ff.n.ch. (Faux titre; Titre), 377 pp., 2 pp.n.ch. (Approbation et Privilège du Roi) et 1 tableau dépliant h.t. imprimé recto-verso.

Les premières réalisations commerciales françaises vers la Crimée remontent à 1700, date à laquelle le Khan de la Petite Tartarie avait comme premier médecin le français Féraud qui profita de son crédit pour introduire dans ce royaume une mission jésuite. Avec la paix de 1739 qui mit fin à la guerre russo-turque, le marquis de Villeneuve (ambassadeur à la Porte de 1728 à 1741) réalisa un beau travail: Le traité de Belgrade qui, tout en autorisant les marchandises moscovites à trafiquer en mer Noire, interdisait l'entrée de celles-ci aux bâtiments russes. L'article 59 des Capitulations de 1740 accorda aux français le même privilège commercial, sans parler toutefois de la liberté de pavillon. Ce silence limitait la portée de l'accord mais Villeneuve put rétablir le contact avec la mission de Petite Tartarie en y envoyant, avec le titre de consul, le drogman d'origine marseillaise Venture. Ce dernier, menacé de cécité, fut remplacé en 1744 par Choquet qui installa en 1746 le siège du consulat à Caffa, place qu'aucun français n'avait pu visiter jusqu'à ce jour. Choquet lança le commerce français sur Caffa que son successeur Lancey (en 1748) continua à développer. A Versailles, on s'intéressait beaucoup aux débouchés de la mer Noire et à cet effet, le quatrième consul de cette nouvelle Echelle du Levant, notre auteur Charles-Claude de Peyssonnel, réunit une importante documentation (le contenu de l'ouvrage décrit ici) qui fut complétée en 1767 par une enquête du comte de Vergennes (ambassadeur à Constantinople) en 1767. Tout ce travail fut anéanti par la guerre russo-turque qui éclata en 1768 et qui vint bouleverser les choses. La victoire des russes allait en effet leur donner la liberté de commerce et de navigation en mer Noire (traité de Kaïnardgy du 21 juillet 1774). Notre comptoir de Caffa périclita dès 1769 et il fallut attendre de nouvelles négociations menées par Anthoine (voir cet auteur et Son ouvrage "Essai historique...") en 1781 pour que la France revienne commercer en mer Noire.

L'auteur donne ici les résultats de ses observations qu'il a noté durant le voyage qu'il a effectué en Crimée de 1753 à 1762 comme quatrième consul de la nouvelle Echelle. C'est un tableau vivant et détaillé de la vie commerciale de l'époque en mer Noire.

Après des considérations géographiques, climatiques, historiques et politiques sur la Crimée, l'auteur décrit en détail les différents produits importés et exportés de cette région de la mer Noire ainsi que de Russie tels que les tissus, les épices, les métaux, le tabac, les fruits et légumes, la porcelaine, les armes, la quincaillerie, la viande et le poisson (dont le caviar), le cuir, le vin, le sel, les esclaves... Au total, plus de 125 produits sont mentionnés avec des précisions très intéressantes sur la qualité des articles importés et exportés, leurs utilisations, les lieux de production et de consommation, les moyens utilisés pour leurs transports, leurs types de conditionnements, leurs prix, etc. On trouve ensuite un extrait des tarifs douaniers, un tableau des frais sur les marchandises exportées de Russie, une liste des équivalences des poids et mesures utilisés en Russie ainsi que des monnaies en cours.

Le second volume décrit tout aussi précisément le commerce sur les côtes des Abazes, en Georgie turque et persanne, dans la province de Trebizonde, à Rizé, en Natolie, à Sinope, en Enebolie, en Kara Agadje, en Bartin, en Bulgarie, en Walaquie et en Moldavie. L'ouvrage se termine par des précisions sur l'organisation du royaume des tartares, ses lois féodales, sa poste, ses monnaies, sa justice et sa religion.

(Réf: Gaston Rambert, « Histoire du commerce de Marseille », Paris, 1949-1966, 8 vol. in-8° et notamment vol. V, pp. 458 et suivantes).

En 1753, De peyssonel fut envoyé en Crimée en qualité de Consul auprès du Khan des Tartares. Il passa en 1757 avec le même titre à la Canée, dans l'île de Candie, d'où il adressa au ministère des mémoires importants sur le commerce de la mer Noire et sur les moyens de le rendre plus avantageux à la France. Ses talents lui méritèrent d'être appelé en 1763 à la place de consul général à Smyrne: il la remplit pendant vingt ans, et, ayant obtenu sa retraite, vint à Paris, ou il passa ses dernières années de sa vie, occupé de rédiger les observations que lui avait permis de faire une longue expérience de la politique des cabinets de l'Europe.

Il était associé des Académies de Marseille, de Lyon et Dijon, membre honoraire de celle des Antiquités de Cassel, et correspondant de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris.