RAMATUELLE (Joseph Jacques Cyprien Hippolyte d'Audibert de)

(Aix en Provence 02.04.1759 - Saint Tropez 19.10.1840)

COURS ÉLÉMENTAIRE DE TACTIQUE NAVALE, dédié à Bonaparte. A Paris, Baudouin, Imprimeur de l'Institut National, rue de Grenelle-Saint-Germain, n°. 1131. An X (1802), in-4°, demi-chagrin bleu marine, papier marbré sur les plats, dos à 5 nerfs, orné, avec titre. Reliure de l'époque.

XXV pp. (Faux titre; Titre; Épître à Bonaparte; Préface), 1 p.n.ch. (Copie d'une lettre du ministre de la marine, du 29 frimaire, an 10), 1 f.n.ch. (Table des chapitres), 535 pp., 1 p.n.ch. (Notice de quelques ouvrages du fonds de Baudouin) et 68 planches dépliantes h.t. dont 1 en couleurs (planche 3 de pavillons).

Cachet Ex-Libris: « Jean Magrin, capitaine au long cours ».

Référence Polak:     7903

Le dernier acte officiel de l'ancien régime en matière de tactique navale fut l'ordonnance de 1765, particulièrement limitée dans ses prescriptions, ne développant aucun des mouvements du champs de bataille, et abandonnant le mode de signalisation aux fantaisies de chacun. Ces errements prennent fin sous la Première République. Les règlements de l'an V (1797) et de l'an IX (1801), qui se complètent mutuellement, codifient, le premier une tactique, le second un livre de signaux. Ils s'appliqueront dorénavant à toutes les escadres françaises.

La tactique de l'an V, mise en vigueur par Truguet, ministre de la marine en 1797 est une rupture très nette d'avec les traditions du passé. Les « Mouvements de guerre » (doubler, couper, traverser, etc) se retrouvent dans la tactique de l'an V, mais développés avec une intention clairement offensive, dans un but de destruction, et débarrassé de l'aspect de vaine cinématique qu'ils avaient eu jusqu'alors. On voit même apparaître pour la première fois cette notion d'escadre légère dont d'Amblimont avait eu l'idée, et qui n'a été recueillie que par des marins révolutionnaires. Cette escadre légère, malheureusement scindée en deux parties, doit former une véritable masse de manoeuvre mobile, propre à jouer des rôles importants pendant l'action, tels que couper, doubler ou mettre entre deux feux l'avant-garde ou l'arrière-garde ennemie. La « reserve » de Morogues est loin. (Voir les auteurs Bigot de Morogues, Clerk et Grenier pour leurs ouvrages sur la tactique navale).

La tactique de l'an V parle des frégates, mais pour des rôles qui ne doivent pas mettre en jeu leur combativité c'est à dire pour la répétition des signaux, les secours à porter aux vaisseaux de ligne et pour observer les mouvements de l'ennemi. En revanche, le problème de l'abordage est envisagé à fond, avec de longs développements et beaucoup de détails. Malheureusement, ce sont les anglais, et pas nous, qui appliqueront ce système à Trafalgar.

La tactique de l'an IX est supérieure à celle de l'an V dans son économie générale, bien qu'imparfaite encore dans le maniement intégral de tous les engins dont elle dispose. Cette tactique est encore due à Truguet. Elle inaugure le règne de l'offensive officielle, elle entend la ligne d'une façon plus élastique, plus souple qu'auparavant, elle s'attache davantage aux forces qu'aux figures et comprend enfin ce que doit être l'ordre militaire. Cette tactique se sert, la première, de la formule célèbre: « On n'est à son poste que lorsqu'on est au feu, et, partout ailleurs, à moins d'un signal contraire, on désobéit également au général, à l' honneur, et l'on trahit sa patrie ». La tactique de l'an IX est avant tout manoeuvrière et économe des forces. Elle conserve le principe de l'escadre légère, mais avec possibilité de la réunir en une seule masse chargée d'un certain nombre de manoeuvres de combat sur les points décisifs de l'ennemi.

Écrite en 1802, la tactique navale de Ramatuelle a vu le jour en même temps que la tactique de l'an IX. Elle n'a pas été heureuse en stratégie. L'auteur y a laissé échapper quelques aperçus personnels douteux et a présenté l'escorte des convois comme l'opération la plus importante que puisse entreprendre une marine militaire. Ces sophismes ont fait au reste de ce travail un tort injustifié, qu'il est loin de mériter par sa partie tactique et par ses analyses excellentes des événements historiques. Le grand bon sens de Ramatuelle a été presque toujours méconnu, caché qu'il était sous quelques erreurs retentissantes.

Ce traité est, chose inhabituelle à l'époque, allégé des signaux qui encombrent généralement tous les ouvrages de ce genre. En ce qui concerne l'emploi des armes, Ramatuelle est plus catégorique que les tactiques de l'an V et de l'an IX en demandant aux frégates, outre leurs besognes ordinaires de surveillance, de renforcer la tête et la queue d'une armée au vent et les empêcher d'être doublées. Dans cette même position au vent, ces frégates serviraient, en retour, à prendre l'arrière garde ennemie entre deux feux.

Le combat rapproché, selon Ramatuelle, doit être recherché. L'abordage doit se faire le plus vite possible en l'accompagnant de tout ce qu'on peut lancer sur l'ennemi (pots à feu, grenades à main...). A l'image de la tactique du combat terrestre rénovée par les méthodes françaises, qui s'efforcent de battre l'ennemi en détail en se remuant intelligemment, Ramatuelle expose très clairement 5 plans d'attaque, essentiellement manoeuvriers, qui visent tous à porter les efforts sur une partie de l'arrangement ennemi en dégarnissant d'autres points, c'est à dire en pratiquant l'économie des forces.

(Réf: Castex, « La liaison des armes sur mer », Paris, Economica, 1991, in-8°).

Né dans une famille de parlementaires provençaux, Ramatuelle entra aux gardes-marine en juillet 1776. Enseigne de vaisseau en avril 1778, il fit campagne dans l'escadre d'Estaing et participa aux combats de la Grenade et de Savannah (1778-1779). Lieutenant de vaisseau en mai 1786, il resta en France au début de la Révolution et fut promu capitaine de vaisseau le 1er janvier 1793, mais rayé des cadres comme noble en octobre suivant, il émigra alors et entreprit des études théoriques qui aboutirent à la publication de cet ouvrage. En 1806, Ramatuelle suivit Joseph Bonaparte à Naples et pris du service dans la marine napolitaine où il commanda une escadre avant de prendre la direction de l'Ecole de marine. Rentré en France en 1814 lors de la défection de Murat, il fut alors réintégré dans la marine française, mais ne semble avoir exercé aucune activité, et fut admis à la retraite avec le grade honorifique de contre-amiral en janvier 1824.

(Réf: Etienne Taillemite, "Dictionnaire des marins français", Paris, Tallandier, 2002, in-8°).