RECUEIL

RECUEIL DE QUELQUES DISCOURS POLITIQUES, escrits sur diverses occurences des affaires & Guerres Estrangeres depuis 15. ans en ça. A S. Gervais, Par Samüel Waudreman. 1633. Est relié à la suite:

(Bachet de Merignac): RECUEIL de diverses Relations des Guerres d'Italie, és annees 1629. 1630. & 1631. A Bourg en Bresse. Par Iean Bristot. 1632.

Deux ouvrages reliés en 1 volume petit in-4°, veau, dos à 5 nerfs, pièce de titre rouge, ornée, tranches mouchetées. Reliure de l'époque, restaurée aux charnières et au dos.

4 pp. (Titre, Advertissement au lecteur), 24 pp. (« Table ou sommaire des Discours Politiques, escrits sur diverses occurences des Affaires & Guerres Estrangeres »), 484 pp. + 1 f.n.ch. (Titre du second ouvrage), 26 pp. numérotées de 157 à 182.

Le premier ouvrage est une suite de 12 mémoires écrits entre 1617 et 1629 par plusieurs auteurs. Selon l'avertissement au lecteur, certains d'entre-eux étaient déjà parus séparément. Le détail des mémoires est le suivant:

Le onzième mémoire qui concerne la marine a été écrit en 1627, durant une période cruciale pour la marine militaire et la marine de commerce de la France. Il s'inscrit dans le grand débat national qui touchait alors la marine, quelques mois seulement après que Richelieu ait été investi de sa nouvelle charge de « Grand Maître, Chef et Surintendant général de la Navigation et du Commerce » (le 20 octobre 1626) qui marque un bouleversement profond de l'organisation de la marine puisqu'à la même époque étaient supprimés les offices d'amiraux et de vice-amiraux. Débat d'autant plus d' actualité puisque cette année là, les Rochellais étaient en révolte contre l'autorité de Louis XIII et que le 21 juillet 1627, les anglais débarquaient à l'île de Ré sans que les rares vaisseaux du roi encore en état aient pu faire quoique ce soit.

En prenant possession de la Grande Maîtrise de la Navigation, Richelieu prenait en effet la tête d'une marine dans un état de délabrement avancé. Il avait demandé, peu avant, au chevalier Isaac de Razilly de faire un état de la situation et le mémoire que Razilly lui remit le 26 novembre 1626 est un modèle d'étude, de franchise et de réalisme. Il dresse un tableau objectif de la marine, explique pourquoi on en est arrivé là et comment on peut redresser très rapidement la situation par des initiatives politiques (notamment en obligeant la noblesse, le clergé et l'administration à s'intéresser financièrement à la marine et aux colonies) et des conseils militaires et techniques (sur les types de navires à construire, les industries à créer et sur les premiers objectifs à atteindre, comme châtier les barbaresques, développer les colonies...). Avec ces impulsions données à la navigation, Razilly se faisait fort de rendre, en six ans, « le Roy maistre de la mer et redoutable par tout l’unyvers ». En résumé, ce mémoire qui servit de plan de base à l'oeuvre de Richelieu distinguait 3 axes d'action principaux:

Le troisième point était alors bien avancé. L'édit de juillet 1626 consacrait en effet la naissance de la « Compagnie du Morbihan », devenue, en août, la « Compagnie des Cent Associés ». Son monopole et ses privilèges (la compagnie, basée dans le Morbihan, échappait à la juridiction du parlement de Rennes) suscitèrent en Bretagne un véritable tollé.

Une autre compagnie, la « Compagnie de la Nacelle de Saint-Pierre fleurdelisé » profita de ce trouble pour se créer, sur le papier, le 10 juin 1627 (avec le nouveau nom de « Compagnie du Saint-Esprit »). Mais l'origine de ses directeurs et de ses capitaux, hollandais, constituait un danger trop évident pour que le parlement pût y souscrire. L'affaire donna lieu à de longs débats au parlement du 15 au 17 septembre 1627.

A la même époque, d'autres projets surgirent avec l'ambition commune de créer une compagnie ayant le monopole du commerce sur toutes les régions du globe. Ces tentatives échouèrent toutes et firent place à d'autres projets, plus réalistes, qui virent enfin le jour. Il s'agissait plus modestement de créer des compagnies, chacune avec un but et une zone d'exploitation déterminés et c'est à leur spécialisation que ces compagnies durent leur succès relatif. C'est ainsi que la « Compagnie des Cent Associés » se limitait désormais au commerce avec la Nouvelle France dont elle prit le nom comme raison sociale et comme rayon d'action. La « Compagnie de la Nouvelle France », constituée le 7 mai 1627, tout comme d'autres compagnies, créées à la même époque (la « Compagnie de Saint-Christophe » par exemple), n'eurent pas le succès escompté. Richelieu dut user de la pression administrative pour que les actionnaires, levés comme on levait les troupes, s'y intéressent.

Concernant le développement de la force maritime, Richelieu ne chôma pas non plus. L'édit de 1627 décréta que 45 Vaisseaux de ligne, non compris les pataches et autres navires légers, devraient constituer l'effectif de la flotte. Pour alimenter le budget de la marine qui passa de 1.478.000 livres en 1626 à 2.762.000 en 1627 et 2.572.000 livres en 1629 et trouver dès 1627 les 3 millions de livres nécessaires aux nouvelles constructions navales et aux achats d'urgence de vaisseaux, notamment à l'étranger, Richelieu dût recourir aux expédients habituels (création d'offices, taxes, ventes de biens...). C'est de cette période que date l'acquisition en Hollande du nouveau Vaisseau amiral le « Saint-Louis » que le père Fournier représenta sur la célèbre planche de son « Hydrographie » (voir cet ouvrage).

Le onzième discours de cet ouvrage fait l'historique des glorieux faits d'armes de la marine française et montre la nécessité d'avoir une marine importante à l'image des autres pays qui ont acquis dans l'histoire leur puissance grâce à leur marine.

(Réf: La Roncière, « Histoire de la Marine Française », Paris, Plon, 1909-1934, 6 vol. in-8°).