RELATION CURIEUSE

RELATION CURIEUSE d'un Combat Naval donné par un Vaisseau du Roy, contre un Anglois, dont la perte est de plus de dix millions. A Brest, ce 2. Avril 1694. S.l.n.d. (1694), in-4°. Plaquette recouverte de papier marbré, sans titre. Reliure moderne.

4 pp.n.ch.

Il s'agit du récit du fameux combat mené le 27 mars 1694 au large des Sorlingues par le vaisseau du Roi le « Bon », commandé par Renau d'Eliçagaray, alors inspecteur général de la Marine à Brest, contre le vaisseau anglais « Berkeley-Castle », perçé à 64 mais armé de 48 canons et arrivant directement des Barbades après un séjour de 3 ans aux Indes avec un chargement de poivre, salpêtre, pierreries, porcelaines, étoffes d'or et de soie, lingots d'or et d'argent... pour une valeur estimée à 600.000 livres anglaises soit 7.800.000 livres de France.

Après un combat acharné de 4 heures et un abordage qui coûta la vie à 80 français, le bâtiment anglais fut pris et mis à la remorque du « Bon ». Le lendemain, sous l' effet du mauvais temps, le « Berkeley-Castle » donna des signes de faiblesses. Sa coque avait été endommagée sous la flottaison par plus de 25 coups de canon. Durant la nuit suivante, la remorque cassa et une partie du poivre de la cargaison boucha les pompes d'assèchement. Le navire anglais sombra peu après avec son précieux chargement. L'équipage français qui était à son bord put rallier le « Bon » à l’exception de 3 matelots qui périrent noyés pour s'être trop chargé de butin.

Renau vint ensuite rendre compte au roi de cette brillante action qui eût pu rapporter une fortune et il lui offrit 7 diamants que le capitaine anglais vaincu lui avait remis et que Louis XIV le pria de garder.

Le Vaisseau le « Bon » avait été dessiné et conçu par Renau d'Eliçagaray lui même. Mis en chantier à Brest en juin 1693 et construit par Jean-Pierre Brun, il fut lancé le 17 août 1693 et mis en service en mars 1694, juste avant ce combat. Long de 132 pieds, large de 33 pieds 8 pouces avec un creux de 14 pieds, ce Vaisseau de 750 tonneaux de port en lourd était armé lors de son lancement de 56 canons et avait un équipage de 7 ou 8 officiers et de 330 matelots. le « Bon » fut rayé des listes de la Marine royale en 1702 ou 1703.

(Réf: La Roncière, « Histoire de la Marine française », Paris, 1899-1932, 6 vol. in-8°; A.Demerliac, « La Marine de Louis XIV », Nice, 1992, in-4°).