RENAU D'ELICAGARAY (Bernard)

(Armandaritz [Pyrénées-Atlantique] 02.02.1652 - Pougues Les Eaux 30.09.1719)

DE LA THEORIE DE LA MANOEUVRE DES VAISSEAUX. A Paris, Chez Estienne Michallet, premier Imprimeur du Roy, ruë S.Jacques, à l'Image S. Paul. 1689, in-8°, veau, dos à 5 nerfs, orné. Reliure de l'époque sauf le dos, refait postérieurement à l'imitation.

5 ff.n.ch. (Titre; Préface; Table des chapitres), 117 pp., frontispice gravé et 25 planches dépliantes gravées h.t.

Erreurs de pagination: La page 64 est suivie par la page 67 et la page 108 est numérotée 87. Cet exemplaire est néanmoins complet.

Le frontispice, dessiné et gravé par F. ERTINGER, sera repris pour l'ouvrage de Pitot, « La Théorie de la manoeuvre des vaisseaux » (voir ce livre).

- Cet ouvrage parut à Londres en 1705 avec le titre « Theory of the handling or working of ships at sea ».

Référence Polak:     8108

Cet ouvrage qui provoqua une vive opposition entre son auteur et les savants Huygens et Jean Bernouilli, ne porte pas de nom d'auteur. Le travail de Renau avait été revu et mis en état de paraître par le géomètre J. Sauveur (1653-1716), nommé membre de l'Académie des sciences en 1696. Ce volume traite uniquement de l'effet du vent sur la voilure, de l'eau contre le gouvernail, et de la résistance éprouvée par le navire.

Surnommé « Le petit Renau » à cause de sa petite taille, Bernard Renau d'Elicagaray fut très tôt remarqué par Colbert du Terron, intendant de marine à Rochefort, qui lui fit étudier les mathématiques et l'embaucha pour travailler sur les constructions navales. En 1680 et 1681, le Roi, travaillant de plus en plus à perfectionner les constructions de ses vaisseaux, appela à sa Cour ses « Généraux de mer » et les architectes navals les plus experts du Royaume. Il voulait les engager à unir ensemble leur science et leurs expériences pour découvrir une méthode générale et nouvelle de construction de ses vaisseaux. Leurs entretiens durèrent de 3 à 4 mois. Seignelay y assistait et Colbert s'y rendait quand il y avait des décisions à prendre. De leurs savantes discussions sortirent deux méthodes, dues l'une au célèbres Duquesne et l'autre au chevalier Renau. Mais Duquesne, en présence du Roi, reconnu loyalement la supériorité de la méthode de Renau sur la sienne.

Renau avait imaginé une « machine pour tracer les gabarits des vaisseaux », machine qui économisait les bois et réduisait les journées d'ouvriers. A la suite de ces séances d'études, le Roi ordonna à Reneau d'aller avec Seignelay, Tourville et Duquesne, à Brest, pour faire l'application de ses principes de construction et utiliser sa machine à tracer. Les résultats furent concluants mais son instrument, compliqué à utiliser et basé sur des calculs trop abstraits, ne fut guère adoptée par les charpentiers.

En 1681, Renau était au Havre puis à Dunkerque pour enseigner pareillement aux maîtres charpentiers l'art de construire les vaisseaux selon sa méthode. C'est à cette époque qu'il imagina un nouveau type de navire: la galiote à bombes à partir de galiotes hollandaises sur lesquelles il plaçait des batteries de mortiers pour lancer les bombes. Les cinq premières galiotes à bombes furent lancées en 1682 au Havre et à Dunkerque et participèrent avec une très grande efficacité au bombardement d'Alger d'août 1682 mené par Duquesne puis à celui de Gênes en 1684. Employé à terre avec Vauban, il revint à la marine en 1689 et fut nommé capitaine de vaisseau et inspecteur général de la Marine en mars 1691. Mal vu par Pontchartrain, il participa en 1691 aux sièges de Mons et de Namur, puis fut envoyé d'urgence à Saint-Malo pour y réparer les vaisseaux avariés à la bataille de Barfleur. Employé ensuite à Brest, il y construisit plusieurs bâtiments dont le « Bon » avec lequel il prit, le 27 mars 1694, au large des Sorlingues, un indianam anglais richement chargé ( voir l'ouvrage « Relation curieuse d'un combat naval », 1694). Commandant « l'Intrépide » en 1696, il passa aux Antilles pour en inspecter et en perfectionner les fortifications. Revenu en Espagne en 1701 pour y mettre en état la flotte et les fortifications de Philippe V, il se heurta à l'inertie et à la mauvaise volonté des espagnols qui provoquèrent le désastre de Vigo (1702). Maréchal de camp en 1704, il participa au siège de Gibraltar puis fut chargé par Philippe V d'Espagne, avec rang de lieutenant général, de la défense de Cadix.

Revenu en France en 1715, il refusa les offres du Grand Maître de l'Ordre de Malte et fut nommé en septembre 1715 conseiller au conseil de marine. Il fut nommé lieutenant général des armées navales en mars 1716.

(Réf: Etienne Taillemite, « Dictionnaire des Marins français », Paris, 1982, in-4°).