SAVERIEN (Alexandre de )

(Arles 1720 – 1805)

L'ART DE MESURER SUR MER LE SILLAGE DU VAISSEAU. Avec une Idée de l'Etat d'Armement des Vaisseaux de France. Dedié aux marins. A Paris, Quay des Augustins, Chez Ch. Ant. Jombert, Libraire du Roi, pour l'Artillerie & le Génie, au coin de la rue Gille-Coeur, à l'Image Notre-Dame. 1750, in-8°, veau, dos à 5 nerfs, orné, pièce de titre marron, tranches rouges. Reliure de l'époque.

XXXVIII pp., 1 f.n.ch. (Faux titre; Titre; Epître aux marins; Introduction), 262 pp., 1 f.n.ch. (Errata) et 4 planches dépliantes h.t.

Ex-Libris de J.M. Brossard.

Les planches sont signées « FRANCOIS », (dessinateur et sculpteur).

Référence Polak: 8675

A une époque où la détermination de la position par point astronomique en latitude et longitude n'était encore que très approximative faute d'appareils d'observations suffisamment précis et de connaissance exacte de l'heure à bord, le principal moyen de connaître sa position en mer était l'estime. Pour cela, il fallait déterminer avec le plus de précision possible la direction suivie par le navire par rapport au Nord géographique; la vitesse vraie, c'est-à-dire sur le fond et enfin de trouver le moyen d'utiliser ces éléments (les rapporter aux dimensions de la terre) pour conclure le point, autrement dit résoudre le problème loxodromique en transformant en coordonnées géographiques les renseignements de la route et de la vitesse.

cet ouvrage de Saverien s'intéresse à la détermination de la vitesse.

Le premier « loch », qui vient du mot log, ou bûche, morceau de bois jeté à l'avant du navire et dont on mesurait le temps de passage jusqu'à l'arrière, donc sur une distance connue, est décrit pour la première fois en Angleterre dans un livre de William Bourne intitulé: « A regiment for the sea » , paru en 1577. Il apparaît ensuite dans tous les traités de navigation à partir de 1620. En 1750, Saverien critique sévèrement le loch qui est utilisé sur les navires de l'époque. Il consistait en une « nacelle » de bois lestée, reliée à une corde divisée par des noeuds placés de 5 en 5 brasses. La nacelle, jetée à la mer, était maintenue immobile sur l'eau en filant la corde. Il suffisait alors de compter le nombre de noeuds qui avaient été filés pendant 30 secondes pour avoir la distance parcourue pendant ce temps. A cette méthode fastidieuse, imprécise et inutilisable par mauvais temps, mais d'un usage généralisé, Saverien vente dans ce livre les mérites d'autres types de loch, tel ceux inventés par Poleni et Pitot.

Ce dernier avait proposé son appareil dès 1732. Il est d'autant plus intéressant que son principe de fonctionnement est à l'origine du loch de pression simple encore utilisé de nos jours. Le loch à tubes de Pitot comme on l'appelle aussi, consiste à mesurer la différence de pression statique et dynamique dans deux tubes dépassant du fond du navire (à la hauteur de son centre de gravité pour que l'effet du tangage n'intervienne pas dans la mesure). Le premier tube, vertical, donne la pression statique (la hauteur d'eau correspond à l'enfoncement du navire) et le second tube, recourbé vers l'avant, donne la pression dynamique. La différence donne, en utilisant une table, la vitesse.

L'utilité et l'utilisation de l'invention de Pitot furent discutées au cours d'un conseil de marine à l'issue duquel on se résolut à continuer à utiliser le loch traditionnel tant la perspective de devoir percer la coque pour faire passer les tubes effraya les marins.

Saverien propose ensuite deux « sillomètres » de son invention dont les principes de fonctionnement sont ceux de Poleni et de Pitot.

L'ouvrage se termine par une « Idée de l'état d' armement des Vaisseaux de France » (titre p. 179; Avertissement p. 181 et texte pp. 183 à 225). L'auteur y décrit les 5 rangs des Vaisseaux selon les ordonnances de 1670 et 1689, puis décrit un Vaisseau (mâture, voilure avec leurs proportions, pavillons, gréement, armement), une frégate, un brûlot... Vient ensuite un résumé sur le rôle de chaque homme à bord d'un vaisseau, de l'amiral au matelot, sans oublier l'aumônier et le chirurgien.

On trouve ensuite ( pp. 226 à 245) un mémoire ayant pour titre: « Le Manège du Navire, ou l'Art de faire mouvoir le Navire en tout sens » (avis au lecteur p. 226, titre et avertissement p. 227 et 228 et texte pp. 229 à 245). Il s'agit de la solution à deux problèmes mathématiques touchant le mouvement d'un navire sur l'eau et la résistance qu'il oppose à ce fluide. Le premier problème avec sa solution avait déjà paru en juin 1748 dans le Mercure Français.

(Réf: Jean Randier, « L'Instrument de Marine », Paris, 1978, in-4°; F. Marguet, « Histoire générale de la navigation du XVe au XXe siècie », Paris, 1931, in-8°).

Alexandre de Savérien fut ingénieur de la marine en 1745.