SULLY (Henry)

(1680 - 1728)

DESCRIPTION ABREGEE d'une Horloge d'une nouvelle invention, Pour la juste mesure du Temps sur Mer. Avec Le Jugement de l'Academie Royale des Sciences sur cette Invention. Et une dissertation sur la nature des tentatives pour la Découverte des Longitudes dans la Navigation, & sur l'usage des Horloges, pour la mesure du Tems en Mer. Par Henry Sully, Horloger de S.A.S. Monseigneur le Duc d'Orléans. A Paris, Chez Briasson, ruë Saint Jacques, à la Science. 1726, in-4°, veau, triple filet à froid encadrant les plats, dos à 5 nerfs, orné, pièce de titre rouge, tranches mouchetées. Reliure de l'époque.

10 ff.n.ch. (Titre; « Avertissement de l'Auteur au Lecteur »; « Avis »; « Approbation »; « Privilege du Roy »; Epître dédicatoire « Au Roy »; « Table des matieres »), 48 pp. (pour la « Description abregée d'un Horloge d'une nouvelle invention, Pour la juste mesure du Temps sur Mer. Examiné & approuvé par l'Académie Royale des Sciences à Paris, au mois de Mars 1724. »), 4 ff.n.ch. (Page de titre séparé: « Suite de la description abregée d'une Horloge d'une nouvelle invention, Pour la juste mesure du tems sur Mer. Par Henry Sully. A Bordeaux, Chez Raymond la Bottiere, Place du Palais. A Paris. Chez Briasson et Claude Jombert, Ruë S. Jacques. A Amsterdam, Chez J. Frederic Bernard. 1726. »; « Avertissement »), pp. 49 à 290, 1 f.n.ch. (« Errata »; « Avis au Relieur ») et 3 planches gravées sur cuivre dépliantes hors texte.

Précieux exemplaire ayant appartenu successivement à Ferdinand Berthoud, Antide Janvier, Louis Moinet et Jos Thadaeus Winnerl comme l'indiquent les inscriptions manuscrites à l'encre de 5 écritures différentes au verso de la seconde page de garde:

« Pr. Aoust 1765

de Mr Guernix de la Tour

olim ex Libr. Celeberimi ferdinandi Berthoud, Defuncti.

Postea ex libris Antidii Janvier, cum notis aliq.

Denique ex libris Lud. Moinet

le 1 juillet 1853 Winnerl ».

Les initiales de Ferdinand Berthoud se trouvent sur la page de titre.

Vignette ex-libris gravée par F. SEVRIN de R. Panicali au dos du premier plat.

Cachet ex-libris à l'encre « R.P. » au recto de la seconde page de garde.

Nombreuses annotations manuscrites, au crayon et à l'encre dans les marges du texte. La plupart d'entre elles sont de la main de Janvier, quelques unes sont de Berthoud dont une, page 255, qui fait allusion aux querelles qui l'opposa publiquement à Pierre Le Roy dont il mentionne le nom.

La première planche: « Nouvelle Pendule à Levier approuvée par l'Académie Royale des Sciences 1724 » est signée « BORDE scripsit » avec la mention: « A Paris Gravée par de ROCHEFORT graveur et désignateur du Roy pour l'Academie Royale des Sciences. 1725 ». La seconde planche, sans titre, est signée « de Rochefort fecit ». La troisième planche, sans titre, est signée « de Rochefort delin. 1726 ».

Cet exemplaire est cité dans le « Traité d'horlogerie » de Moinet à la page 504 au sujet d'une note manuscrite de la page 267 de cet ouvrage.

Comme précisé dans la table des matières au début de l'ouvrage, la première partie (pp. 1 à 48) a été imprimée à Paris en janvier 1726 alors que la seconde partie (4 ff.n.ch., pp. 49 à 290 et 1 f.n.ch.) a été imprimée à Bordeaux en décembre 1726.

- Edition originale.

- Autre édition:

(Réf: Jean et Michèle Polak: « Bibliographie maritime française », Grenoble, 1976, in-4° et supplément, Grenoble, 1983, in-4°; catalogue de vente publique de la bibliothèque horlogère de Monsieur R.P. à Drouot les 14 et 15 juin 1994, n°: 468).

Référence Polak :    8956

C'est vers 1720 qu'Henry Sully s'occupa sérieusement de la réalisation de montres marines. Celle qui fit l'objet de deux mémoires à l'Académie des Sciences en 1723 et 1724 (ces mémoires font partie de l'ouvrage -voir plus loin-) était spécialement ingénieuse, elle mérite une courte description car elle contenait des principes originaux dont l'un au moins fut utilisé par la suite. Outre un système oscillant entièrement nouveau qui retint l'attention de Bernouilli, l'idée la plus féconde de Sully concernait les paliers destinés à réduire les frottements aux pivots du balancier. C'était une découverte importante puisque, à l'époque de Sully, on ne connaissait pas en France les pivotages à pierres (rubis) et une montre ordinaire des mieux faites pouvait varier, au bout d'un certain temps, d'une demi-heure en vingt-quatre heures, par suite de l'augmentation des frottements. Pour cela, Sully appuyait l'extrémité de l'axe du balancier sur la circonférence de deux rouleaux de grand diamètre par rapport à l'axe, substituant ainsi un roulement à un glissement. L'avantage était énorme. Cette innovation, dont l'usage dans l'horlogerie revient sans conteste à Sully, fut largement utilisée par ses successeurs, dont Le Roy et Berthoud qui l'appliquèrent avec bonheur à leurs horloges marines et il est incontestable que ce dispositif fit faire un pas décisif à la chronométrie de l'époque. Sully soumit son horloge à l'examen de Cassini à l'Observatoire de Paris le 9 janvier 1724, elle y varia de 21 secondes en 8 jours, soit une marche diurne meilleure que 3 secondes, résultat remarquable pour l'époque. Cette pendule fut aussi essayée dans une berline sur route pavée, mais l'artiste avait conçu son oeuvre en vue de son utilisation à la mer et il souhaitait la faire éprouver à bord d'un navire.

En 1726, il se rendit à Bordeaux sur la réputation de l'Académie des Sciences de cette ville, il était muni d'une lettre d'introduction que lui avait remise l'abbé Bignon, alors Président de l'Académie des Sciences de Paris. Malheureusement, on ne mit sur place à sa disposition qu'une barque de 4 tonneaux et un brigantin de 12 tonneaux. Un premier essai, auquel participa Montesquieu, alors Président de l'Académie de Bordeaux, eut lieu le 9 septembre entre Clayrac et Blaye par calme plat. Un second fut effectué le 17 septembre depuis Bordeaux. On alla un peu plus loin que la première fois, mais le temps devint subitement très mauvais et l'essai ne dura que 7 heures 1/2. La pendule avait varié d'une demi seconde par heure. A ce taux, sa variation eût été de 1 minute en cinq jours, soit plus de 8 minutes en six semaines. L'erreur sur la longitude eût été de 2° dans le même temps. Mais on ne peut évidement rien conclure d'une expérience aussi courte dans des conditions aussi difficiles. Pour Sully, l'épreuve avait été concluante puisque dans les deux essais, la variation de son horloge avait été la même alors qu'elle avait été soumise à des efforts très différents, ce qui prouvait que les mouvements du navire n'avaient aucune influence sur son fonctionnement. Entre les deux essais de son horloge et de sa montre marine, Sully effectua, le 11 septembre à Pichon, l'essai de son "méridien portatif universel", instrument de son invention destiné à trouver le midi vrai, tirer une ligne méridienne, connaître la déclinaison magnétique d'un lieu et trouver la latitude, le tout par le soleil (cet appareil est représenté et décrit dans cet ouvrage). Les choses en restèrent là et deux ans plus tard, Sully mourut prématurément à l'âge de 48 ans.

L'influence de Sully sur l'horlogerie française fut importante, il avait en outre formé un élève qui devint son ami: Julien Le Roy (père du célèbre horloger Pierre Le Roy). Celui-ci devait s'illustrer à son tour, il contribua beaucoup par ses écrits à la renommée de son maître.

La première partie de l'ouvrage est composé des pièces suivantes:

La seconde partie de l'ouvrage (pp. 49 à 290), dont l'avertissement est daté: "A Bordeaux ce 31 Decembre 1726", comprend les pièces suivantes:

(Réf: Jean Le Bot, « Les chronomètres de marine français au XVIIIe siècle », Grenoble, Terre et Mer, 1983, in-4°; F. Marquet, « Histoire générale de la navigation du XVe au XXe siècle », Paris, Société d'Editions Géographiques, Maritimes et Coloniales, 1931).

Biographies résumées:

Ferdinand BERTHOUD: Voir sa biographie particulière.

Antide JANVIER: (Avignon, près de Saint-Claude, 1751 - Paris, 1835). Horloger français. Son premier planétaire (1768) enthousiasma la municipalité de Besançon. Horloger du Roi en 1784, Janvier présenta à Louis XVI, en 1789, une horloge astronomique et une horloge géographique, actuellement à la Malmaison. Pendant la Révolution, il continua ses travaux. De 1789 à 1801, Janvier exécuta une sphère mouvante qu'il décrivit dans un mémoire, remis à Ferdinand Berthoud qui le publia en partie dans son "Histoire de la mesure du temps" (tome II, pp. 207-238). Les relations entre Berthoud et Janvier furent plus courtoises et empreintes d'une estime réciproque qu'amicales. Janvier n'appréciait en effet pas la façon de travailler de Berthoud dont il disait en 1821: "Rien n'est plus contraire aux progrès de l'horlogerie et à l'instruction des citoyens qui s'y dévouent, que cette variété de plans, cette multitude d'idées souvent contraires, qui à l'époque où nous sommes, ne laissent plus à notre jugement assez de mobilité pour se prêter à l'inconstance d'une imagination aussi active". Indépendant et désintéressé, il mourut misérable à l'hôpital Cochin.

(Réf: Larousse en 10 volumes; C. Cardinal, « Ferdinand Berthoud 1727-1807, horloger mécanicien du Roi et de la Marine », in-4°, La Chaux-de-Fonds, Musée international d'horlogerie, 1984).

Horloger anglais, Henry Sully vint s'établir à Paris, vers 1714, à l'âge de 34 ans. Il avait déjà acquis une certaine réputation dans son pays puis avait séjourné en Hollande et ensuite à Vienne. Il se fit remarquer dans cette ville par le Duc d'Aremberg qui devint son protecteur et le détermina à l'accompagner en France.

Au début de 1718, le Gouvernement avait décidé d'établir à Versailles une Manufacture d'Horlogerie. La direction en fut confiée à Sully qui fit venir de Londres une soixantaine d'ouvriers. L'intrigue vint à bout de l'entreprise qui ne dura que deux ans, elle avait eu au moins l'avantage de procurer d'habiles ouvriers aux horlogers parisiens. Sully quant à lui, resta en France et y poursuivit ses travaux sur l'horlogerie qui avaient déjà donné lieu à la publication de quelques ouvrages. Ce fut à cette époque que cet artiste s'occupa sérieusement de la réalisation de montres marines. Sully mourut prématurément  en 1728, à l'âge de 48 ans. « Son illustre Pasteur, M. le Curé de S. Sulpice, ordonna son enterrement, où les pompes funèbres furent amplement déployées: il le fit inhumer dans son église, vis-à-vis les portes du sanctuaire du grand autel et peu à l'occident de la méridienne même sur laquelle Sully traçait les degrés des signes quelques jours avant sa mort » (Julien Le Roy, « Règle artificielle du temps », Paris, 1737).

(Réf: Jean Le Bot, « Les chronomètres de marine français au XVIIIe siècle », Grenoble, Terre et Mer, 1983, in-4°).